Le four à pain de l'Humanitaire

 

Le four à pain de l'Humanitaire

Ce que les gens du village appelaient et appellent encore "L'Economat" se nommait en fait "L'Humanitaire, Société Coopérative d'Alimentation àforme anonyme et à capital et personnel variables".

 

Le fournil à l'heure actuelle.

  • Le bâtiment :

La date de construction de ce four à pain remonte sans doute aux environs de l'année 1900. Construit dans un angle au fond de la cour, son emprise au sol est de 100 m2 (10 m sur 10).

Les murs en schiste sont semblables à ceux des maisons anciennes d£ nos vallées. Une porte d'entrée centrale avec imposte s'ouvre sur la chambre à farine. Les sacs étaient stockés sur une estrade qui les isolait du sol humide.

De chaque côté de la porte, une fenêtre éclaire les deux pièces séparées par un mur de refends.

 

 

Le boulanger prépare son bois.                                

Après  sa   mise   à   la   retraite,   le fournil (partie gauche) a fait place à un garage et une porte pleine à deux vantaux en bois a remplacé la fenêtre (photo au début de cet article).

Une charpente en sapin supporte la toiture en tuiles rouges, alors que les constructions anciennes étaient couvertes en ardoises naturelles ou en faisiaux.

Selon Christiane Sauvage, un incendie se serait déclaré dans le fournil pendant la seconde guerre mondiale et les ardoises ont été remplacées par des tuiles de récupération en deux lots différents.

  • Le fournil :

Dans l'angle gauche en entrant se trouvait le pétrin mécanique mis en mouvement par un moteur électrique situé en hauteur dont le support en cornières métalliques est toujours présent. Ce moteur faisait à la fois tourner le pétrin à l'intérieur du bâtiment et la scie circulaire à bois à l'extérieur. Chaque jour, le boulanger devait donc déplacer la courroie en cuir. Dans le mur extérieur existe encore également l'ouverture verticale qui permettait de monter la courroie sur la poulie de la scie (photo ci-dessus).

Le bois était abrité sous un hangar (photo précédente) qui a disparu car devenu trop dangereux.

Côté fenêtre, deux grandes maies étaient alignées contre le mur. Le boulanger y plaçait la pâte malaxée pour libérer le pétrin et préparer une autre tournée.

Des poutrelles métalliques supportaient le plafond du fournil destiné à isoler le local de la toiture.

  • Le four :

 

Ce four a été construit par la Société Ducerf d'Epernay. La façade en briques rouges occupe toute la largeur de la pièce. Un contrepoids métallique facilite l'ouverture de la porte. La petite porte à droite sert à introduire la lampe qui permet de surveiller l'aspect du pain. Autrefois, rien n'était automatisé et seul, l'œil du boulanger faisait foi.

En haut, à gauche, une petite niche devait abriter Saint Honoré, patron des boulangers ou tout simplement un réveil.

Le bois scié, fendu et séché de la veille était empilé dans la case aménagée à droite du four. Les fagots de bois s'appelaient des "bourrées". Avant la cuisson, le feu était allumé sous la sole du four. Là aussi, le coup d'œil était primordial pour évaluer la température optimale.

La pâte était découpée et divisée à la main. Les pains étaient enfournés et défournés grâce à une pelle en bois au long manche posé sur la barre au-dessus du four semblable à une tringle à rideaux. Deux casseroles emplies d'eau introduites dans le four produisaient de la vapeur, évitant à la croûte de durcir trop. Un moment d'inattention et les pains prenaient la couleur du charbon. Deux tirettes permettaient de régler le tirage et de moduler la cuisson.

Bref, être un bon boulanger ne s'improvisait pas, pas plus qu'à l'heure actuelle d'ailleurs.

 

  • L'eau :

Avant les années 50, le réseau d'eau potable ne desservait ni le magasin, ni le fournil. Identique à celles que l'on trouvait dans toutes les maisons de notre village, une pompe murale était fixée à gauche du four. Actionnée à la main, elle aspirait l'eau dans le puits et l'amenait dans une petite cuve cylindrique (ouverture visible sur la photo de gauche). Un petit feu allumé sous cette cuve chauffait l'eau. Plus tard, l'adduction d'eau a entraîné l'abandon du puits et de la pompe manuelle. Le tuyau horizontal qui surplombe la porte du four permettait alors d'obtenir a vapeur d'eau nécessaire.

Depuis sa construction, combien de boulangers y ont transpiré, trimé et veillé pour que les habitants puissent déguster le pain odorant de bon matin.

Le four à pain de L'Economat est désormais silencieux et froid. Figé, il attend depuis des décennies quel sort va lui être réservé. Il se console toutefois en se disant qu'à vingt pas de lui, son frère cadet continue d' assurer notre pain quotidien.

 

Merci à Christiane Sauvage et Jean-Pierre Turquin qui, en revenant sur place un demi-siècle plus tard, ont permis de raviver les souvenirs afin de rédiger cet article.

 

Bulletin municipal n° 29 (Patrimoine culturel)