Commerces de Thilay

 

Les commerces de Thilay

 Boucheries

La boucherie rue de la Naux

Peu avant 1900, Jean-Baptiste Stévenin exploita une boucherie dans la rue de la Naux, juste à côté du café-tabac. La mère de Francine Manganone retraitée à Monthermé est née en 1896 à cet endroit. Elle était la fille de Jean-Baptiste et de Pauline née Doudoux.

Sur le linteau des ouvertures extérieures, on pouvait lire : "Boucherie et Charcuterie Stévenin Débitant" A cette époque, Jean-Baptiste effectuait les livraisons avec une charrette à cheval.

Ces inscriptions prouvent l'existence à cette époque d'un débit de boissons dans la cuisine attenante à la boucherie. M. Stévenin poursuivit l'activité jusqu'après 1920. L'Almanach Matot Braine mentionne comme successeurs M. Bureau en 1922 et M. Bouché à partir de 1923.

Mme Marie Bouché poursuivit jusqu'en 1953. Ensuite, sa fille Yvette mariée à Pierre Lecoq prit la succession de 1953 à 1956.

 

 En bas à droite : Francine Manganone, devant ses parents et sa grande sœur. En haut à gauche, la grand-mère, née Pauline Godart (de Naux), épouse du boucher Stévenin.

 

Mme Bouché a tenu seule ce commerce avant de devenir Mme Le Goff en 1959. Elle et son mari Henry ont tenu cette boucherie jusqu'en 1967.

Henry effectuait des tournées sur la vallée de la Semoy avec une halte au camping d'Haulmé pendant la belle saison. Le laboratoire était installé dans la maison voisine surnommée "La Doxie".

Les veaux et les porcs étaient abattus dans la cour arrière et les grosses pièces de viande provenaient des abattoirs de Charleville. Par la suite, un petit labo fut installé à l'arrière de la boucherie.

Les époux Le Goff avaient tenu une boucherie dans le Rhône. Là-bas, Henry, originaire de Normandie, faisait sa charcuterie comme dans le Lyonnais. A Thilay, saucisses et boudins étaient entonnés dans le labo et la grosse cuisinière installée dans la cuisine permettait de cuire les produits.

Bernard, fils pâtissier marié en 1960 à Nicole Plateau, donnait un coup de main à la boucherie. A la veille de la retraite, Henry fit abattre la "Doxie" et construire une maison neuve (n° 8 actuel) pour l'habiter après avoir vendu son commerce.

En juin 1967, cette affaire fut cédée à Chantai et Jacky Lorriette. Chantai tenait le magasin et Jacky faisait des tournées sur la vallée de la Semoy et de la Meuse (Monthermé, Château-Regnault, Les Vieux-Moulins ...)• Leurs meilleures années se situent entre 1970 et 1978,

les tournées étant épuisantes mais lucratives. Par contre, en juin 1978, date d'ouverture du magasin Suma à Monthermé, le couple enregistra une spectaculaire baisse des ventes. Le premier samedi qui suivit l'ouverture, Jacky constata en effet une baisse de 50% sur sa tournée. Son épouse suivit alors des stages de formation pour ajouter à leur activité celle de traiteur, et cela jusqu'en février 1999.

Après 3 ans de fermeture pour pouvoir bénéficier des crédits européens, M. et Mme Gérard Houzelle, gérants du restaurant "La Forge" à Naux, ont repris ce magasin en 2003. Leur fils tournait dans les villages du secteur avec son camion-pizzeria.

En 2004, un jeune boucher, Ulrich Jonval, tenta de poursuivre l'activité, mais sans succès et le magasin ferma définitivement peu de temps après.

L'équipement professionnel a été enlevé et de nos jours, un seul indice trahit l'existence de ce commerce disparu : le porte-vélos en pierre taillée inséré dans le trottoir lors de la réfection de celui-ci.

En haut de la rue de la Naux

 

Sur la photo ci-contre, de gauche à droite : Rosalie Colas, 1845-1917 (épouse de Honoré Roy nette), Pierre Roy nette 1902-1950 (fils de Raoul Roynette) boucher, Madeleine (1906-1955) fille de Raoul, Charles 1904-1963 (fils de Raoul), Marie ? ? (soeur de Raoul), Honoré 1843-1925 (père de Raoul) boucher, Raoul 1877-1947 boucher, Marie, née Liénard (1880-1935) épouse de Raoul, couple Anciaux ? (Photo J.P. Guiny)

 

 Né en 1902, Pierre Roynette, beau-frère d'Adolphe Migeot, a tenu la boucherie. Ayant fait partie des troupes d'occupation en Allemagne en 1922, il enfila le tablier à son retour à Thilay, imitant son père Raoul et son grand-père Honoré, tous bouchers rue de la Naux et tous enterrés à Thilay.

 

Raoul Roynette et son épouse Marie, née Liénard. (Photo J.P. Guiny).

Lors d'un mariage à Haubert-Fontaine, Pierre fit la connaissance d'Andrée Guiny, petite-fille de Mme Botté qui demeurait Grand-rue (devenue rue Eva Thomé) et qui eut d/ailleurs les jambes coupées par un train lors de l'exode. Pierre et Andrée eurent quatre enfants dont trois sont nés à Thilay. Anne-Marie, l'aînée, est née en 1927.

Michel, né en 1930, retraité à Viroflay (78), conserve des souvenirs intacts de ses parents, de la boucherie familiale et de sa jeunesse à | Thilay. Il se souvient de la "vie de fou" menée par son père qui travaillait souvent la nuit et à qui il arrivait de dormir sur la table de la cuisine, devant son réveil posé là pour éviter de rater l'heure.

 

Andrée Roynette devant son magasin.

 

Il n'y avait guère d'argent dans les familles ouvrières de la vallée et il fallait maintenir des prix abordables pour vendre la viande et subsister. Le père travaillait au "laboratoire" du commerce et la mère vendait au magasin.

Les animaux provenant de Maubert ou du Porcien étaient acheminés jusqu'à Thilay dans une remorque attelée à la camionnette. Le jeudi, il n'y avait pas classe à cette époque ; les enfants accompagnaient leur père, l'aidant à attraper les bêtes dans les pâtures et à les charger dans la remorque. L'abattage avait lieu dans le hangar situé entre les deux virages, là où existent encore une grande porte en bois, une petite porte avec grille et deux anneaux fixés dans le mur extérieur.

M.Roynette faisait des tournées avec sa petite camionnette Delahaye. Il se rendait à Tournavaux, Haulmé, Navaux, Naux et Nohan. A chaque halte, il fallait descendre du véhicule et lever le hayon arrière pour servir les clients. Jean Paillât, époux de Jeannine Debarre, (fille de Jules Debarre) venu de Signy-le-Petit, fut commis dans cette boucherie juste avant la guerre.

En 1940, la famille Roynette a tenu une boucherie à La Guérinière en Vendée. Pierre se rendait également sur le continent à bicyclette pour y tuer des porcs. Michel se souvient en particulier des familles Jadot et Ballot, Alfred étant industriel rue de la Motte. A La Guérinière, les trois familles se retrouvaient souvent autour de l'âtre lors de la veillée.

De retour à Thilay, changement de scénario. Pendant la guerre, chaque citoyen avait droit à 90 grammes de viande par jour. Pas d'essence, donc impossible d'aller chercher des bêtes à la campagne. Pierre se rendait à l'abattoir de Monthermé en compagnie de son collègue Bouché et de plusieurs bouchers des Hautes-Rivières. Michel avait pour tâche de coller les tickets de rationnement sur une feuille de papier qui permettait de déterminer le poids de viande autorisé. Les quartiers de viande étaient transportés sur une charrette à bras depuis l'abattoir situé sur le chemin de halage après le pont jusqu'à la gare de Laval Dieu. La viande était alors hissée dans un wagon et déposée sur une bâche posée sur le plancher. AThilay, le précieux chargement était récupéré à la gare et transporté jusqu'à la boucherie grâce à une charrette à bras prêtée par l'usine Mangon.

La viande était découpée avec grand soin, le nombre de parts devant correspondre au nombre de clients inscrits. Cette découpe avait lieu le samedi, une seule fois par semaine, sans possibilité de faire de la charcuterie.

Pour compléter les rentrées d'argent de la famille, le boucher dut parfois se transformer en bûcheron dans la forêt communale. A la reprise des tournées, le surmenage commença à peser sur les épaules de Pierre. Par l'intermédiaire de Mme Bricaut, une habitante de Charleville réfugiée rue de la Naux pour fuir les bombardements de la ville, les époux Roynette eurent connaissance d'une boucherie sans tournées à vendre sur Sedan.

La famille Roynette quitta donc Thilay en 1945. Pierre décéda à Sedan cinq années plus tard à l'âge de 48 ans.

 

• Installé   peu   après   1945,   Maurice   Lamotte travailla à Thilay jusqu'au début de l'année 1954 avant de poursuivre à Hautes-Rivières. Maurice et son épouse Andrée habitaient au premier étage. L'abattage des bêtes avait lieu derrière la boucherie ainsi que dans le hangar voisin peu avant 1950.

Les époux Gaspard ont succédé à M. et Mme Lamotte en 1954. Né en 1921, Marcel faisait les tournées en camionnette aménagée, tandis que son épouse s'occupait du magasin... et de ses deux enfants en bas-âge, le second fils Michel étant né en 1954 dans le logement familial à Pétage de la boucherie.

Un commis originaire de Nouzonville et prénommé Arthur avait été embauché. Le dimanche, Marcel partait chercher des bêtes vers Murtin-Bogny. Il emmenait souvent avec lui Jeannot Wansard, parrain de Michel. "Mantine", mère de Jean, gardait les deux enfants Gaspard.

Les animaux étaient tués dans l'abattoir situé derrière le magasin. A cette époque, le garde-champêtre de Thilay contrôlait la viande et apposait un cachet attestant la bonne qualité des produits. Claude Gaspard, demi-frère de Marcel, venait aussi depuis Charleville procéder à des contrôles. Pour saler les jambons et le lard, Marcel avait fait construire plusieurs bacs en béton dans la cave et ces saloirs existent encore de nos jours.

Hélas, des problèmes de santé étaient apparus et le couple dut renoncer à poursuivre son activité à Thilay fin 1955. Marcel poursuivit tout de même son métier à la boucherie Hénon de Château-Regnault avant de quitter pour travailler en usine. La maladie s'accentua et Marcel mourut en 1972 à l'âge de 51 ans.

• Début janvier 1956, André Machard, après avoir travaillé comme apprenti chez Lamotte à Hautes-Rivières, s'est installé rue de la Naux dans la boucherie de son ancien patron.

Son   épouse   Régine   servait   au   magasin   tout   en s'occupant de ses enfants. André Stoffel (dit Titi) était garçon boucher  et "Dédé" faisait les tournées avec sa camionnette rouge. Jean Mahy fit dans cette boucherie son apprentissage jusqu'en 1958. Jackie Couilfort lui succéda.

André tuait les bêtes dans le même hangar que son prédécesseur M. Roynette (n° 25). Cette construction servait aussi de garage pour la camionnette, une installation électrique permettant de recharger la vitrine réfrigérée du véhicule entre deux tournées. Cet hangar appartient toujours à la famille Machard.

A la fermeture de la boucherie fin 1969, André retourna à Hautes-Rivières, mais cette fois pour travailler en usine chez son beau-frère dans l'entreprise Stévenin-Nollevaux. Il continua néan­moins à tuer des cochons, histoire de ne pas perdre la main.

De nos jours, la maison appartient à M. et Mme De Luca. Existent encore les briques émaillées qui entouraient la vitrine, la visière en façade et les chambres froides aux portes blanches.

Claude Dumay fut installé 8 place des Paquis de 1965 à 1981. Il effectuait des tournées dans la commune et sur

Monthermé, tandis que son épouse Renée servait au magasin les clients de la boucherie-charcuterie. Renée, sœur d'André Thomé, réside toujours au même endroit, là où exista jadis la petite usine Delponte-Tagini avant qu'elle ne soit transformée en maison d'habitation.

• Artisan    charcutier    Devant Thilay,   Bernard   Boudsocq   ne possédait pas de magasin. Dans son laboratoire situé sur le côté de la vaste maison, il pratiquait le commerce de demi-gros et livrait surtout les épiceries du secteur.

La législation :

17 août 1949 : Lettre de la Préfecture à la mairie de Thilay (pas d'inspections de viandes par le garde-champêtre).

En 1959, la commune touchait une taxe de 1 franc 50 centimes au kilo pour frais de visite ou de poinçonnage sur la "viande foraine", c'est-à-dire la viande vendue dans les tournées.

Avant 1960, une taxe d'abattage de 2 francs au kilo était appliquée pour les "tueries particulières" dans le cas d'abattage sur place par le boucher du village. Un relevé d'abattage devait être établi chaque mois aipsi qu'une déclaration de vente de viandes foraines chaque trimestre adressée en mairie au "Directeur des Abattoirs de Thilay".

M. Jean-Baptiste Cunin, garde-champêtre et M. Mohaine, vétérinaire, étaient alors chargés d'effectuer des visites régulières sur les lieux d'abattage.

Avril 1961 : Titre communal des recettes pour frais de visite ou de poinçonnage sur la viande foraine (en NF)

13 juin 1961 : Lettre de la Préfecture (Direction des Services Vétérinaires) : "Les tueries particulières sont fermées à dater du 1er juillet par application de l'arrêté préfectoral du 8 septembre 1960. Mrs Machard et Le Goff sont concernés par cette décision."