Commerces 2

Les succursales de grandes chaînes de magasin

 L'Humanitaire

"Avec la naissance de la fédération des Travailleurs Socialistes des Ardennes, le 31 mai 1885, le mouvement coopératif prit un virage politique qui accéléra sa marche. En 1889, se créèrent une société d'épicerie "Les Amis Réunis" de Charleville et une boulangerie coopérative "L'humanitaire" de Thilay. Le 19 janvier 1890, "La Ménagère" de Monthermé voyait le jour. D'autres sociétés se constituèrent dans tout le département. On en dénombrait vingt en 1892, soixante-dix en 1903 et plus de cent en 1913.

Les coopératives de consommation dépassèrent alors leur objectif premier, celui d'une simple question d'économie domestique qui permettait aux ouvriers de vivre mieux et à meilleur marché. Elles devinrent une arme politique, un instrument de lutte et d'émancipation, une école de propagande et d'éducation. La société coopérative La Ménagère de Monthermé alla plus loin encore..." Courrier des retraités N° 139 (La Ménagère à Monthermé).

Extrait du livre "Thilay, pays des Basses Rivières" :

"C'est peut-être à l'esprit associatif de l'époque, joint, il faut le dire, à la vie difficile que connaissent les populations ouvrières de la région, qu'il faut attribuer la fondation, à la fin du 19ème siècle, d'une Société Coopérative d'alimentation qui reçut l'appellation de "L'Humanitaire". Cette société, fondée de fait en 1893, reçoit ses statuts définitifs le 4 août 1907 lors d'une réunion sous le préau de l'école de garçons.

La durée de cette société était fixée à 99 ans à dater du jour de sa constitution.

Chaque sociétaire est alors pourvu :

- d'un livret sur lequel figurent les statuts de la société.

-  d'un livre d'achat sur lequel on inscrira les acquisitions faites par lui au magasin.

A la fin de l'année civile, chaque actionnaire reçoit sa part de bénéfice au prorata du montant de ses achats. La somme ainsi reçue doit être redéployée dans le magasin même. Aussi, le plus souvent, la ménagère utilise la somme ristournée pour acheter du linge de maison et, petit à petit, se constituer un trousseau convenable.

Dans la deuxième moitié du 19ème siècle, l'industrie est bien présente dans les vallées de Meuse et Semoy. Les conditions de travail sont très dures. Les travailleurs s'organisent et des sociétés coopératives sont mises en place dans presque toutes les localités.

A titre d'exemple, quatre coopératives ont vu le jour à Monthermé :
•  La Ménagère (alimentation, mercerie, outillage)
•  La Ruche (boulangerie)
•  La Vinicole (vins et spiritueux)
•  La Fermière (beurre, œufs, fromages, volailles)

Parmi les autres coopératives créées, citons La Fraternelle à Attigny et à Deville, La Prospérité à Joigny-sur-Meuse, L'Espérance à Fumay, le Moulin coopératif de Château-Regnault en 1925 et l'Association ouvrière de l'imprimerie à Charleville, qui fut d'ailleurs chargée de l'impression des statuts thilaysiens et autres.

Extraits des statuts

• Article 4 : La société a pour but :

1-  L'acquisition, la fabrication et la manutention de toutes denrées,  marchandises et autres objets destinés aux besoins personnels des sociétaires et au besoin de leur profession ou industrie.

2-  La   vente   au   public   des   mêmes   denrées   et   des marchandises.

3-  L'achat des immeubles qui pourraient être nécessaires à son fonctionnement.

4-  La  création de toute organisation jugée utile pour le développement de la Société.

• Article 5 : La vente au public se fera au comptant. La vente aux sociétaires se fera au comptant, à la quinzaine ou au mois.

• Article 6 : La durée de la Société est fixée à quatre-vingt-dix neuf ans à dater du jour de sa constitution définitive.

• Article 7 : Le fonds social est fixé quant à présent à la somme

de 9 294 F composée de la somme de 3 294 F représentant 122 parts sociales de 27 F chacune, et de la somme de 6 000 F destinée à former les fonds de réserve de la Société.

• Article 8 : Chaque sociétaire sera pourvu   d'un livret portant le timbre de la Société et la signature du secrétaire sur lequel figureront les Statuts de la Société et d'un livret d'achat où l'on inscrira toutes les acquisitions faites par lui au magasin.

• Article 13 : Tout sociétaire ne se fournissant pas au magasin pour une somme de 100 francs au moins par an, pour lui et pour chacun des membres de sa famille habitant avec lui et âgé de plus de treize ans, sera considéré comme démissionnaire et remboursé comme tel.

• Article 21 : La Société est administrée par un conseil composé de huit membres, élus au scrutin de liste. Il est renouvelable par moitié tous les ans en assemblée générale.

• Article 22 : Le Conseil nomme parmi ses membres un secrétaire et un trésorier. La durée de leur fonction est de deux ans. Ils sont rééligibles.

• Article 24 : Une commission de surveillance de trois membres est élue chaque année par l'assemblée générale dans les mêmes conditions que le Conseil d'administration. Sa mission est de s'assurer que les prescriptions de la loi sont observées, que les opérations du Conseil d'administration sont régulières, conformes au règlement, et que les comptes de la caisse sont bien tenus.

• Article 26 : L'Assemblée générale est convoquée par le Conseil d'administration : le président, les deux assesseurs, les scrutateurs et le secrétaire forment le bureau. Ils sont élus par l'assemblée et pris dans son sein.

• Article 31 : L'année sociale commence le 1er mai et finit le 30 avril.

Le bilan et les comptes doivent être mis à la disposition, sans déplacement, au moins quinze jours avant la réunion générale.

• Article 32 : Le bénéfice net se compose de l'excédent de l'actif, déduction faite des frais généraux, charges et dépenses de toute manière. Après déduction d'une retenue de dix pour cent pour la constitution et l'alimentation d'une caisse de secours en cas de maladie, il sera réparti entre les fonds de réserve, les fonds de prévoyance et les sociétaires suivant la prescription de l'article vingt.

B Article 36 : Dont acte, fait et passé à Thilay. Et après lecture faite, les comparants ont signé avec le notaire. Signé : Autier, Badré et Bancquart, ce dernier notaire. Enregistré à Monthermé, le cinq août mil neuf cent sept.

Assemblée générale constitutive

L'an mil neuf cent sept, le quatre août, à deux heures de l'après-midi, à Thilay, dans le préau de   l'école   des  garçons,   à   la   diligence   de   MM.   Jean-Baptiste-Arthur  Autier,   outilleur,

Jean-Baptiste-Gustave Badré, outilleur, tous deux demeurant à Thilay, fondateurs de la société coopérative   de   consommation   L'Humanitaire,   au   capital   de   neuf   mille   deux   cent quatre-vingt-quatorze francs, dont le siège est à Thilay, s'est réunie la première assemblée générale consécutive à l'effet de nommer les premiers administrateurs et les premiers commissaires, les conformités des articles 25 et 32 de la loi du 24 juillet. A l'instant, M. Autier dépose sur la liste de présence des sociétaires, laquelle liste signée par eux restera annexée à la présente délibération. Les cent vingt-deux sociétaires sont présents ou représentés à l'assemblée.

L'assemblée générale forme le Bureau.

Sont élus :

Président : M. Alphonse Doudoux, boulonnier ; assesseurs : M. Davreux-Doudoux Arthur, boulonnier, M. Godart-Godart Jean-Baptiste, tréfileur ; scrutateurs : M. Badré Gustave, outilleur, M. Rousseaux Arthur, outilleur ; secrétaire : M. Autier Arthur, demeurant tous à Thilay.

• Assemblée générale du 4 août 1907 :

II est fait apport par les membres de l'ancienne société de fait que l'Humanitaire, Société coopérative de consommation à capital et personnel variables, à la Société nouvelle portant le même titre, à forme anonyme et à capital variable de 9.294 francs et représentée par les mêmes membres de tout l'actif de l'ancienne société comprenant : 1° les fonds en caisse ; 2° les marchandises en magasin ; 3° le matériel d'exploitation ; 4° une maison sise à Thilay rue de la Naux se composant de deux espaces comprenant trois places et cellier au rez-de-chaussée, quatre places à l'étage et grenier ; jardin derrière, l'ensemble d'une contenance de 3 ares 50 centiares environ, tenant d'un côté à Ballot-Cerœlet, de l'autre à Hubert-Renault, par devant à la rue et par derrière à Jadot-Hubert, une rang à porc de l'autre côté de la rue.

Acquis par l'ancienne Société de fait l'Humanitaire à M. Jean Vivent Gervaise, voiturier et Mme Marguerite Maizières, sa femme, de Thilay, suivant acte reçu par Me Protche, notaire à Château-Regnault-Bogny, le 9 juin 1893, transcrit à Charleville, le 30 du mois, volume 681, N° 48, cette acquisition faite moyennant un prix payé entièrement depuis.

L'Humanitaire fonctionnera jusqu'en 1967. La concurrence des magasins à succursales et l'augmentation des frais généraux mirent fin à la belle aventure de la coopération.

Précisons que "L'Economat" rassemblait autrefois quatre maisons séparées. La première bâtisse à gauche a fait place à un grand garage permettant de communiquer avec la cour arrière, la seconde est devenue l'habitation du gérant, la troisième le magasin proprement dit et la quatrième, le logement du boulanger aujourd'hui racheté par un particulier qui l'a transformé en garage. A l'époque où un simple couloir permettait l'accès à la cour arrière, ce n'était pas une mince affaire que d'acheminer les sacs de farine de 100 kg et le bois pour alimenter le four.

Que pouvait-on acheter à l'Economat ? Marcelle Gilles se souvient : "On y trouvait toutes les choses possibles et inimaginables : quincaillerie, chaussures, bleus de travail, tissus, nourriture et même du charbon et de la houille (boulets, braisette...). On allait dans la cour avec la brouette pour charger 50 kg de combustible pesés sur une bascule."

-Roger et Jeanne Aunet

Léon et Maria Lepère, parents de Jeanne et de Louise, tenaient autrefois un petit café à Issancourt-Rumel. Ayant postulé pour travaillera l'Economat, le couple débuta en 1924-1925, rue de la Naux.

Jeanne et sa mère servaient au comptoir. La plupart des produits étaient vendus au détail. Il fallait tirer l'huile et le vinaigre des tonneaux pour les mettre en litres et se servir de la balance toute la journée. Roger effectuait les livraisons jusqu'à Nohan et aidait également au magasin. Les gros pains étaient détaillés à l'aide du couperet posé sur le comptoir et les miettes étaient vendues pour nourrir les poules. Les clients apportaient de petits sacs gris en papier pour y entasser les produits achetés en vrac.

Léon s'occupait du charbon dans la cour. Avant de déposer les boulets dans des boxes adossés au mur, il fallait aller à la gare de Thilay pour les transborder des wagons dans des tombereaux hippomobiles. Louise, sœur de Jeanne, venait prêter main forte au magasin ainsi que son mari Kléber Vilvandré, ouvrier chez Mizen.

Roger et Jeanne Aunet travaillèrent à l'Economat jusqu'en 1931.

-M. et Mme Copine, parents d'Orner Copine, instituteur et fin footballeur bien connu dans notre vallée dès 1936, ont été gérants avant la guerre. André Cunin y achetait notamment son matériel de pêche.

 M. et Mme Pellerin ont tenu L'Economat pendant la guerre. Juste avant le conflit mondial, Louis et Jeanne Pellerin furent gérants. Leur fils René fut mécanicien sur les locomotives du petit train de 1946 à 1950.

Jeune garçon, Pierre Pilard allait acheter de l'huile à mettre en litres ainsi que des casse-croûte vendus avec un petit livre. Yvette Delloux allait acheter de la moutarde vendue au tirage sous pression ainsi que du savon gras au détail. "On venait avec son verre ou sa bouteille vide, et on ne jetait rien à cette époque-là".

 M. et Mme Marlot-Murguet

M. Marlot était boulanger de profession. Il avait un commis, Claude Sauvage, fils de René et Marcelle. Françoise Mous a travaillé au magasin en 1948/49. En août 1953, alors qu'il approvisionnait Navaux en pain, Roger Marlot tomba dans la Semoy avec sa camionnette. La jeune Nicole Sauvage qui l'accompagnait fut emportée par le courant. Par bonheur, sa jupe plissée en organdi lui servit de flotteur et un pêcheur présent sur les lieux lui permit d'éviter la noyade.

En août 1953, Roger et Andrée Marlot quittèrent Thilay pour Chooz. La famille Marlot était originaire de la Nièvre, dans le village même où Alice Murguet évacua en 1940 avec ses trois enfants Françoise, Germain et Andrée.

Denise et Pierre Turquin de septembre 1953 à janvier 1956

Mme Turquin tenait le magasin avec ses filles Josette née en 1937 et Josiane née en 1938. Jean-Pierre, né en 1941, se souvient : "II fallait au moins trois personnes pour servir au magasin. Mon père tournait à Navaux et à Naux avec une vieille camionnette au début, puis ensuite avec une plus grande rachetée à M. Bouché qui tenait la boucherie en face. A cette époque, Arthur Sauvage était boulanger.

Les camions de livraison en marchandises et en boissons reculaient dans la cour. Dans le magasin qui allait jusqu'à l'escalier, le comptoir de gauche était réservé à l'épicerie-boulangerie et celui de droite à la mercerie. On vendait du café vert en grains, reçu en sacs de 50 kg. Maïs, blé et avoine étaient stockés dans le couloir.

A l'étage, la réserve contenait notamment des buses de poêle et des accessoires de quincaillerie. Marcel Bozier était secrétaire salarié à la Coopérative. Il travaillait à mi-temps ici et à mi-temps à la boutique".

Dominique Turquin est né en mars 1954 à l'Economat. Jeune garçon à l'époque, son frère Jean-Pierre conserve une foule de souvenirs parmi lesquels les jeux avec les copains du quartier dans la grange et dans la grande cour.

André et Suzanne Adam ont débuté le 1er février 1956. Dur, dur ! Lors des tournées en camionnette sur la vallée de la Semoy, entre Haulmé et Nohan, le moteur du véhicule de livraison posait problème à cause du froid intense et de la couche de neige, le déneigement n'étant assuré que par les chevaux des charretiers locaux tirant un grand V en bois. Cette année-là, suite au blocage des glaces à Navaux, la Semoy parvint jusque devant l'Economat.

          Jacki au magasin.

 

Le fils de Mme Adam, Jacki Nix (né en 1937 et président du CS Sedan Ardennes de 1977 à 1987), donnait un coup de main au magasin. La famille habitait à l'étage ainsi que dans la cuisine sur le côté gauche au rez-de-chaussée. Mme Adam, décédée cette année, avait quitté le commerce pour l'enseignement après son départ de Thilay.

 M. et Mme Pierre Fauquet ont débuté le 1er mai 1959 à Thilay. Arthur Sauvage était déjà boulanger depuis le 1er avril 1953.

Françoise se souvient avec nostalgie : "On ouvrait de 7 h 30 à 19 h 30 avec une fermeture d'une heure pendant midi et cela tous les jours sauf le dimanche après-midi. J'étais au comptoir et Pierrot tournait avec le "tube Citroën" sur Nohan, Naux et Tournavaux. Joëlle Mathé fut vendeuse chez nous (fille de Jules, footballeur professionnel) ainsi que Jacqueline Lambert de Bogny également, Nicole Davreux et Nelly Besonhé.

 

Jean Hatrival avec sa fille, sa mère et ses deux petites-filles.

Jean Hatrival de Navaux a remplacé Marcel Bozier au poste de secrétaire.

Un comitéétait prévu dans les statuts de l'établissement. En ont fait partie Daniel Caniard, René Pilard, André Mahy, André Camus et Paul Liégeois entre autres. Chaque soir, les comptes étaient vérifiés par les gérants et l'un des membres du comité. Si une pièce de 20 sous manquait, la vérification reprenait.

Un morceau de plafond vint une fois terminer sa course sur la table de la cuisine. Deux membres du comité vinrent remettre la pièce en état après leur journée à la boutique. La vieille devanture en bois rouge fut démontée. C'est Joseph Zucchi qui refit la vitrine et la façade du magasin en utilisant les galets de la Semoy en guise de décoration.

En juillet-août, nous devions embaucher une vendeuse supplémentaire à cause de l'afflux des campeurs. Nous prîmes même des vacances en septembre, Huberte Marchai prenant le relais pendant notre fermeture et réciproquement.

Mes meilleurs souvenirs : nous connaissions nos clients sur le bout des doigts, même dans les hameaux où il nous arrivait

de livrer le complément en voiture. Tous les deux jours, on livrait par exemple Mme Smet à Wachelot, cette personne âgée préparant régulièrement sa petite liste de courses".

13 juillet 1955 : Arthur Sauvage prépare son bois.

Le four à bois :                                                                    |

Avant la construction du four "moderne", le pain était   cuit dans le four à bois installé au fond de la cour. Le bois était  abrité  sous   un   hangar  attenant  au   fournil.   La municipalité réservait alors aux boulangers des parts de bois dont l'âge permettait d'obtenir de la charbonnette et des bûches pas trop grosses. C'était le cas de la coupe Zucchi et du fond de la Gire.

En 1953, le chômage sévissait dans nos usines. Cette même année, "Tutur" et son beau-père qui chômait taillèrent l'une des parts de bois dans la Wébelette.

Arthur Sauvage fut embauché à l'Economat comme boulanger à compter du 1er avril. Son épouse Christiane raconte sans hésiter : "Avant de venir habiter à l'Economat, nous avons fait repeindre et tapisser le logement par "le Mestriaux", à nos frais bien entendu. Tutur a travaillé avec M. Marlot d'avril à août 1953, avec M. Turquin du 1er septembre 53 à fin janvier 56, avec M. Adam du 1er février 1956 à avril 1959 et enfin avec M. Fauquet jusqu'en 1960". Pierre Gilles, charretier célibataire, apportait également du bois pour le compte de l'Economat, tandis que Jean-Baptiste Cunin fendait et sciait. Dans le couloir à l'arrière du magasin, une bascule permettait de peser le blé, le son et l'avoine. Le pain défourné était emmené dans un grand panier en osier jusqu'aux rayonnages du couloir. La farine était livrée en sacs de 100 kg par le moulin coopératif de Château-Regnault.

Le vendredi, il fallait attaquer au fournil à 23 h et n'en ressortir que le samedi à 14 h. Il fallait ensuite couper le bois dans la cour, le fendre, le faire sécher dans le four libéré du pain pour préparer la cuisson du lendemain. En contrepartie, le boulanger était logé et avait droit à un pain de 350 g par jour. Lorsqu' Arthur jouait aux boules le dimanche, je surveillais le bois en cours de séchage pour éviter qu'il ne brûle".

En décembre 1959, notre boulanger chuta dans l'escalier et se cassa un pied. Après quatre mois d'arrêt, Arthur reprit le chemin de l'usine Thévenin le 1er mai 1960.

De 1953 à 1960, pas une semaine de congés payés car pas de remplaçant boulanger ! Christiane Sauvage, épouse d'Arthur, éclate de rire en évoquant ces conditions de travail d'autrefois. "Quand on dit ça aux jeunes, ils se foutent de notre gu..... !"

Bernard Horion et Claude Maizières ont remplacé Arthur. Nelly Besonhé a été vendeuse à l'Economat de 1960 à 1968.

En 1958, Jean Thiercy avait épousé une baraquine, Jeanine Paulet, dont la sœur était employée chez le docteur Lhoste. Auparavant, il avait appris le métier de boulanger "sur le tas". Après un remplacement à La Ruche de Monthermé, Jeannot vint travailler à l'Economat au début des années 60. Comme son prédécesseur, il occupa le petit logement voisin.

Jean conserve de bons souvenirs de son séjour à Thilay. Il se souvient aussi du four à bois qu'il a utilisé jusqu'en 1966. Parfois, il arriva à Jeanine de courir réveiller son époux car le bois en cours de séchage venait de s'enflammer dans le foyer.

Jean était très ami avec le couple de gérants. Quand M. et Mme Fauquet s'installèrent à Château-Regnault, le boulanger, quand il était au repos, allait parfois aider Pierrot à livrer le charbon chez les clients.

Né en 1938, Jean prit ensuite une gérance dans la Marne et il est désormais retraité près de Béziers dans l'Hérault. L'un de ses fils, Jeanic, né en 1959, exerce la profession de ... boulanger à Savy, près de Saint Quentin.

Dans le magasin, la montée d'escalier était tapissée de toile de sac, les murs en torchis étaient dans un triste état. En entrant à gauche, un petit bureau était installé, il servait à ranger les livrets des clients entre autres, puis un grand comptoir était réservé aux achats alimentaires (pain, fruits, légumes...). A droite, un autre comptoir tout aussi long était réservé à la quincaillerie, la mercerie, l'habillement... Les rayons bas étaient garnis de casiers emplis de clous de toutes tailles et de toutes formes. Les rayons hauts près de la vitrine contenaient des tissus, de la confection, du fil, des canevas..... On trouvait de tout à l'Economat. A l'étage, la quincaillerie offrait une gamme d'ustensiles ménagers ou autres. S'il manquait un produit, le gérant montait en ville chaque jeudi, notamment à la quincaillerie Martinet et Laugée."

Christiane conclut ainsi : "On avait à Thilay plusieurs magasins, deux boucheries, deux boulangeries et tout le monde vivait !"

 M. et Mme Poulain ont ensuite tenu le magasin pendant quelque temps.

- Robert et Denise Barbiaux :

Avant de venir à Thilay, Robert travaillait à la boulangerie coopérative de Château-Regnault. Là-bas, il apprit par Bernard Horion, boulanger effectuant des remplacements, que "L'Humanitaire" de Thilay recherchait un gérant.

Fin 1966, Robert Barbiaux et son épouse Denise ainsi que leur fille Michèle ont travaillé à l'Economat en tant que salariés, Jean Hatrival assurant toujours le secrétariat général.

Comme toutes ses collègues, la coopérative souffrait de plus en plus de la concurrence des grands magasins. Les locaux et le four étaient en très mauvais état et les travaux à entreprendre manquaient de financement. 

La fermeture de l'Economat eut lieu en mai 1967. La vente s'est faite à la bougie en mairie de Thilay. Après cette date, Robert et Denise poursuivirent le commerce d'épicerie-fruits et légumes en attendant la vente de la coopérative au cours du second semestre 1967. La famille Barbiaux habitait sur place, mais la boulangerie était fermée. En 1968, Robert devenu propriétaire installa un four à mazout moderne dans le bâtiment principal, à la place de l'ancienne cuisine, côté cour.

Dans les années qui suivirent, la grande salle servit de restaurant, tandis que la pièce voisine continuait d'accueillir l'épicerie et la boulangerie.

A noter que les quatre filles Nadine, Michèle, Géraldine et Janny se sont toutes mariées à Thilay.

Henri et Yvette De Luca

M. et Mme De Luca sont arrivés à Thilay en 1975. Né en 1925 à Deville, Henri a débuté à Mohon à l'âge de 14 ans. Il a ensuite travaillé à la coopérative "La Fraternelle" de Deville, puis chez Marville à Monthermé. Henri et Yvette se sont mariés en 1949, époque à laquelle ils ont tenu "La Ruche" à Monthermé pendant deux années.

A leur arrivée à Thilay, un four à mazout existait ; il avait été installé par Robert Barbiaux. L'achat d'un four électrique Bongard permit de cuire 80 baguettes au lieu de 60. Le renouvellement de l'équipement professionnel ainsi que la réfection de la toiture et des locaux a pesé lourd dans les finances, mais le commerce fonctionnait et la clientèle était fidèle. Le vendredi, Henri se levait à 2h du matin. Après le fournil, en route pour la tournée en J7

Peugeot vers Haulmé etTournavaux. L'après-midi : pâtisserie jusqu'à 20 ou 21h. Après quelques heures de sommeil, direction le fournil, puis nouvelle tournée le samedi. Yvette servait au magasin tous les jours. Le samedi, elle se levait à 5h30 pour aider son mari lors de la fabrication des galettes.

Pour se détendre le week-end, il arrivait à Henri et Yvette de se retrouver entre amis au Champ

Bernard pour faire... du pain dans le four à pain qu'ils avaient commencé à remettre en état avant que le collège de Monthermé n'entreprenne la restauration.

En 1986, Henri et Yvette ont cédé leur fonds de commerce et, depuis cette date, ils profitent de leur retraite à quelques pas de leur ancien magasin.

Parmi leurs meilleurs souvenirs figurent les parties de rigolades avec les clientes, l'une d'elles étant par exemple un jour entrée dans le magasin avec le devant de sa robe mis derrière sans s'en être aperçue.

 M. et Mme Pascal Roger

Pascal Roger s'est installé à Thilay en 1986 aussitôt le départ d'Henri De Luca. Pour ce jeune boulanger, né en 1965, ce baptême du feu fut selon ses termes une "très bonne école de la maturité".

Son épouse servait au magasin et lui, assurait la production ainsi que les tournées.

L'achat d'un laminoir, d'une diviseuse et d'une façonneuse a permis d'accroître la production pour approcher les 25 quintaux annuels. Ne pouvant être à la fois "au four et au moulin", Pascal embaucha Danièle Dupont de Tournavaux pour assurer les tournées sur la Semoy.

Un souvenir croustillant : "Milienne" Denis, cliente sur les hauts de Nohan, reprochait toujours à son boulanger thilaysien d'être en retard et de courir sans arrêt. Amusé par les "soufflantes" de sa cliente, Pascal amplifiait la mise en scène, à tel point qu'un jour, il fut pris à son propre jeu et omit de serrer le frein à main. Plus de peur que de mal, puisque seul le pendage à linge de la "Milienne" eut à en souffrir.

En 1991, Pascal Roger prit une autre boulangerie à Sedan, puis ensuite à Balan. Depuis un an et demi, il a construit une boulangerie à l'entrée de Prix-Ies-Mézières et il vient d'embaucher son quatorzième salarié. Que de chemin parcouru en 25 années de "boulange" !

 

M. et Mme Eric Noizet

 

M. et Mme Eric Boutaud

Eric et Sylvie

Boutaud ont débuté leur activité thilaysienne le 1er juillet 1999. Depuis leur arrivée, ils ont entrepris la rénovation de la façade avec pierres de parement et mise en peinture, ainsi que d'importants travaux de réfection à lintérieur vers 2005.

La totalité du logement se trouve maintenant à l'étage et la cuisine du rez-de-chaussée fait partie de l'espace de travail.

Le four électrique installé par M. De Luca est toujours en service dans la cuisine d'autrefois et le matériel professionnel du fournil a été remis au goût du jour.

Trois personnes sont aujourd'hui employées aux côtés du boulanger M. Boutaud et de son épouse. Les tournées actuelles alimentent toute la vallée de la Semoy de Linchamps à Tournavaux. C'est le seul magasin d'alimentation qui susbiste aujourd'hui dans la commune et de nombreuses personnes disent encore : "Je vais aux courses à l'Economat" en parlant de la boulangerie actuelle.

Quelques informations en complément de l'article paru dans le bulletin n° 29

L'Economat

  Témoignage d'Henry Bonnefoy, né en 1919

"Après 1930, j'ai bien connu l'Economat, Société Coopérative "L'Humanitaire". Marcel Bozier était responsable de la bonne marche du magasin, plutôt une sorte de Directeur, joueur de cuivre (basse) à l'Harmonie Municipale, fidèle chaque année à l'orchestre du bal des trois soirs de la fête à Thilay, père de Simone mariée à Clovis Rousseau instituteur. Il habitait rue des Paquis et fut dans sa jeunesse ouvrier d'usine.

Jean Hatrival, ancien gendarme, succéda à Marcel. Il développa la vente des tissus et du charbon. Le gérant de l'époque était Renan Copine, aidé de son épouse Marguerite et de Jeanne Voirain. L'un de ses fils, Orner, fréquenta l'Ecole Normale de Charleville puis en 1940 celle de Parthenay. Le boulanger était René Leclet, mari d'Emilienne et père des jumeaux Emile et Jean. "

Plus tard, Roger Marlot et son épouse Andrée née Murguet furent gérants jusqu'en 1953. Josette, née en 1944, allait en tournée avec son père à Naux et Navaux. Domiciliée dans le Gard, Josette conserve une foule de souvenirs thilaysiens. Par exemple, elle traversait la cour de l'usine Thévenin avec son petit frère Jean pour aller à l'école. En 1940, Alice Murguet avait évacué avec ses trois enfants Françoise, Germain et Andrée. Perdus sous la mitraille, ils terminèrent leur périple à pied dans la Nièvre. Là-bas, Andrée connut André Marlot qu'elle épousa ensuite.

 

Témoignage de Roger Boule, né en 1930

"M. Leclet, puis M. Marlot, ont été successivement boulangers de "L'Humanitaire". Le fonctionnement de "L'Economat", comme les habitants l'appelaient, était particulier : chaque client-coopérateur détenait un livret sur lequel le gérant notait chaque jour les achats effectués pour permettre en fin d'année le calcul de la ristourne. A l'époque, les calculettes n'existaient pas et encore moins les ordinateurs ! Le travail administratif était lourd !

Dans ces magasins, pour peser les marchandises, les balances semi-automatiques étaient fort appréciées : elles permettaient, avec un peu d'attention, de lire le prix à payer directement, sans avoir d'opération à effectuer.

René et Emilienne Leclet. Ph.  Alain Leclet.

Mme Bouché, la bouchère, était par ailleurs la correspondante du Docteur L'Hoste : elle disposait d'un téléphone, ce qui n'était évidemment pas courant à l'époque.

A l'entrée de la rue de la Naux, M. et Mme Duplat proposaient, outre les boissons, le tabac à la clientèle. C'était surtout le tabac roulé qui convenait, les cigarettes étant trop chères pour les budgets de l'époque. "   M et Mme Eric Noizet ont tenu   "L'Economat" de 1991 à 1999, entre les époux Roger et Boutaud. Né en 1964, Eric était jeune dans la profession et Thilay fut sa première boulangerie. Il effectuait des tournées sur Hautes-Rivières, Linchamps, Haulmé et Tournavaux. Un  souvenir marquant : lors de la fête à Thilay en 1991, les forains avaient commandé du pain et, erreur de jeunesse, Eric avait totalement omis cette commande. Le mécontentement des clients fut tel qu'il reste ancré dans sa mémoire.

Passionné de pêche, M. Noizet avait embauché Mme Bouché de Tournavaux pour tenir le magasin et faire la tournée du mardi matin, le patron quittant alors le fournil à 7 heures pour assouvir sa passion.

 

Bulletin municipal d'information n° 30 - décembre 2012