Commerces : le succursalisme

  Le succursalisme

Naissance du succursalisme

Jusqu'au siècle dernier, il y avait en France un foisonnement de magasins d'alimentation tenus par de petits commerçants établis à leur compte. Il faut faire un gros effort d'imagination pour se représenter comment on comprenait à cette époque, le commerce de l'épicerie. On grillait le café devant la porte, on cassait le sucre moulé en pains coniques. Le sel, les cristaux de soude étaient extraits de sacs de 50 ou 100 kilos avec une pelle en bois. Les légumes secs, les graines, les pâtes alimentaires étaient exposés à la poussière dans des casiers en bois, devant les comptoirs, où les enfants s'amusaient à mélanger les lentilles avec les haricots et l'avoine avec les pois cassés. Le vin, l'huile et le vinaigre étaient tirés au tonneau ou au fût. L'agencement du magasin était souvent rudimentaire et les rayonnages s'élevaient jusqu'au plafond. Il y avait partout des tiroirs fourre-tout, où les marchandises étaient cachées et hors de la portée des clients. Tout cela était difficile à entretenir et ce devait être le règne de la poussière et des toiles d'araignée. C'était probablement très pittoresque, mais cela manquait certainement d'ordre, d'unité, de propreté, d'organisation et, à plus forte raison... de productivité. Ces épiciers vendaient cher, parce qu'ils se réapprovisionnaient par petites quantités. Leurs frais généraux étaient lourds, les prix qu'ils pratiquaient étant fonction des frais généraux.

La formule des grands établissements à succursales multiples est sortie de ce chaos à la fin du siècle dernier. Le nouveau système de vente est dû à l'esprit d'entreprise d'une poignée d'hommes actifs et avisés de l'époque. Il s'est échappé du foisonnement de ces petites boutiques et de la multitude des propriétaires (marchands et commis) qui en assuraient la marche. Ces hommes d'avant-garde ont eu l'idée de grouper un certain nombre d'épiceries, de les transformer toutes sur le même modèle, de les soumettre à une même organisation. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Les promoteurs se sont vite rendu compte qu'ils réalisaient d'importantes économies sur l'achat des marchandises, qu'ils augmentaient leur chiffre d'affaires et qu'ils réduisaient les frais généraux, et c'est là que réside le secret de la réussite des sociétés à succursales multiples. Mais la réalisation complète de ces formules a demandé beaucoup d'efforts, de patience et de travail ; et, pour servir à écrire l'histoire, remontons à la source. La première maison d'alimentation à succursales multiples a été créée à Reims en 1866 par un ouvrier tisseur, Etienne Lesage. Elle prit le nom d'Établissements Économiques des Sociétés Mutuelles de la Ville de Reims". L'idée première de son fondateur était de faire profiter les membres adhérents aux sociétés mutuelles de prévoyance pour la retraite, d'une réduction du prix sur leurs achats courants, afin de leur permettre de régler leur cotisation et celle de leur famille ; comme les profits retirés des achats effectués par les membres ne couvraient pas les frais et les secours distribués, on étendit d'abord aux actionnaires, puis à tout le monde le droit d'acheter dans les succursales. Première réaction en chaîne. Les petits épiciers détaillants, après avoir longtemps souffert de la concurrence s'unissent en un groupement d'achats en commun. Deuxième réaction en chaîne. Des maisons d'épicerie en gros de Reims, voyant leurs clients de détail diminuer, groupent leurs capitaux et fondent les "Docks Rémois" qui ont donné les succursales à l'enseigne du "Familistère". Troisième réaction en chaîne. Un épicier grossiste, M. Mignot, reprend à son compte une société d'alimentation "Notre-Dame de l'Usine", créée dans un but philanthropique et fonde les "Comptoirs Français". Quatrième réaction en chaîne. Un épicier détaillant, Modeste Goulet, au milieu de cette effervescence, installe les uns après les autres, plusieurs magasins et fonde en 1900 les "Établissements Goulet-Turpin".

  • Le Familistère

En 1888, un groupe d'épiciers en gros décide de s'associer pour former une société anonyme ayant pour raison sociale : Les Docks Rémois. Cette fondation était le résultat logique de l'évolution économique à la fin du XIXème siècle. L'augmentation de la production à cette époque devait s'accompagner de la création d'organismes vendeurs très importants. Achetant en grosses quantités, pour de nombreuses succursales, veillant à obtenir une rotation de stocks très rapide, ils pouvaient vendre des produits toujours frais à des prix très bas. Reims est à l'origine de la révolution du commerce de détail avec le développement du commerce par succursales. Les Docks Rémois comptent 850 succursales en 1914, dont 34 dans cette ville. Leurs entrepôts s'installent à Betheny sur 12 hectares.

•  LE FAMILISTERE

Étymologiquement "lieu de réunion des familles". Les Docks Rémois sont propriétaires des commerces à succursales multiples Le Familistère. Jusqu'en 1925, le Familistère utilisait pour ces livraisons des voitures hippomobiles.

•  FAMIPRIX et SUPERFAMY

La vocation non alimentaire des Docks Rémois Familistère les obligent en 1955 à créer des surfaces plus importantes de 100 à 150 m2, puis progressivement jusqu'en 1971 de 300 à 400 m2 sous l'enseigne FAMIPRIX puis SuperFamy. La revue interne FAMIRA dans les années 70 faisait le lien entre les différents acteurs des succursales. On avait ainsi des nouvelles de la grande "famille" : les naissances, les mariages, les décès, les médaillés, les départs à la retraite, etc.... Un autre magazine, FAMI, sera destiné aux clients dans les années 60.

•  RADAR

1973 , les Docks Rémois deviennent la Sté holding Radar SA. En 1975, Simon Bertault, ayant découvert les magasins allemands Aldi, crée la société Erteco à 50-50 avec Radar. En 1981, Carrefour rachète les parts de Simon Bertault et se retrouve à parité avec Radar. En 1984, Radar revend à Carrefour sa participation dans Erteco et se retrouve seul sur ce créneau jusqu'à l'arrivée d'Aldi en 1989.

 

AThilay, avant 1904, la succursale 167 du "Familistère du Nord-Est" exista à l'angle de la rue de la Motte et de la rue des Ecoles. Une enseigne était placée sur le pignon et une autre sur la façade du magasin tenu et habité par Jean-Baptiste Henry et son épouse Anatolie Autier, grands-parents maternels de Geneviève et Denis Jadot. La construction de la maison date de 1889. Le plancher du grenier de Geneviève possède encore des inscriptions relatives à l'ancien magasin.

Cette même succursale 167 a "émigré" sur la place de Thilay. Comme on le devine sur la carte postale ci-contre, l'immeuble était auparavant un restaurant. M. et Mme Bruneaux ont tenu le Fami jusqu'en 1924 puis M. et Mme Namèche à partir de 1925. Nos anciens se souviennent également de la famille Brittner avant l'arrivée de M. et Mme Ladouce en 1960.

Nelly Maizières, fille de M. et Mme Ladouce, se souvient de ses jeunes années à la succursale n° 167 du Familistère thilaysien :

1960/73 : Gérant M. Maxime Ladouce 1973/78 : Gérante Mme Yvette Ladouce

"Nous sommes arrivés à Thilay en 1960, l'année de mes 6 ans, mes frères tout juste plus grands : Francis 7 ans, Lionel 8 ans et Patrick 10 ans.

Ma mère tenait le magasin tandis que mon père, à bord de son "tube Citroën" vert, sur lequel était écrit "FAMILISTERE" en lettres rouges sur fond blanc (et qu'il avait dû acheter de ses deniers) faisait les tournées.

Les tournées

Lundi : Naux, Nohan, Navaux ; mardi : Tournavaux, Haulmé ; mercredi : Levrézy ; jeudi : Les Hauts-Buttes (en s'arrêtant à la Roche à 7 Heures, aux Woieries et en repassant aux Vieux-Moulins ) ; vendredi : de nouveau Naux , Nohan, Navaux ; samedi : de nouveau Tournavaux, Haulmé.

Mon père démarrait le matin à 8 h et revenait le plus souvent vers 13h30/14h, excepté le jeudi, jour de la "grande tournée" où il partait toute la journée.

Il connaissait ses clients par coeur et bien souvent, en attendant qu'ils répondent à son klaxon, les marchandises qu'ils avaient l'habitude de lui acheter étaient déjà prêtes sur la tablette à l'arrière du véhicule.

La tournée la plus difficile était celle des Hauts-Buttes, surtout l'hiver quand la neige pouvait faire des congères de 2 mètres de haut. Il lui arrivait de faire appel à un agriculteur des Vieux-Moulins pour tirer la camionnette bloquée par la neige. Fort heureusement, "la" Suzanne (Botté) qui tenait alors le café des Hauts-Buttes lui servait à midi une omelette au jambon incomparable dont elle gardait jalousement le secret de recette...

Lorsqu'il rentrait le soir, nous étions réquisitionnés pour "faire les vidanges" et "recharger" la camionnette pour le lendemain.

- "faire les vidanges" : à cette époque, les litres de vin, les bouteilles de bière et de limonade étaient en verre consigné. Nous les débarrassions pour les remettre dans les casiers en bois à 15 trous.

- "recharger" : c'était réapprovisionner la camionnette ou le magasin des denrées alimentaires qui avaient été vendues pendant la journée.

Bulletin municipal d'information n° 29 - décembre 2011

Les livraisons

Le stock de casiers sur le côté du magasin.

Hebdomadaires

Cette activité prenait toute son ampleur le samedi après-midi avec le ravitaillement par M. Lardenois qui réceptionnait en gare de Monthermé les denrées venant des "Docks Rémois" de Reims, donc, et nous les amenait en camion (5 tonnes de marchandises).

On appelait d'ailleurs ça "le camion" : toute l'épicerie et les liquides conditionnés en cartons, en casiers, en paquets, en caisses de bois (dans lesquelles se trouvaient les boîtes de conserves) et qu'il fallait compter et recompter jusqu'à ce que lui et nous soyions d'accord sur le nombre.

Puis venait le rangement dans la "réserve", pièce sans chauffage - avec en plein hiver des "fleurs" aux carreaux-dont les murs étaient placardés d'étagères. Un fils Ladouce grimpait sur une pyramide de cartons, moi je me chargeais de sortir les boîtes de thon et autres sardines de la caisse et avec un autre frère au milieu, nous faisions "la chaîne" pour vider l'une et remplir les autres.

Les casiers étant trop lourds pour l'un comme pour l'autre, les frangins avaient trouvé un système D : ils plaçaient un patin à roulettes dessous et acheminaient ainsi les bouteilles jusqu'au magasin ou au garage.

Les hivers rudes, on entendait parfois les bouteilles d'eau éclater dans le garage et quand la Semoy débordait, il fallait que mon père mette les cuissardes pour récupérer les bouteilles de vin aux étiquettes décollées dans la cave inondée.

Le gel et l'eau n'étaient pas les seuls ennemis des bouteilles de verre : les vides, cette fois, étaient stockées à l'extérieur le long du magasin côté place, sur laquelle tous les dimanches des "joueux" de boules en bois venaient s'adonner à leur occupation favorite. Parfois, l'une d'entre elles, percutée par un tir malheureux, volait en éclats au grand dam de mon père qui maudissait (sous cape) ces maladroits. Le lundi matin, à l'ouverture du magasin, en toute honnêteté et excuses à l'appui, un bouliste délégué venait rembourser la (ou les) vidange(s) cassée(s) la veille... Toute une époque où le savoir-faire avait droit de cité !

•  Quotidiennes

Tous les matins vers 7h, le téléphone mural noir de la cuisine sonnait pour la commande de fruits et légumes du lendemain. Mes parents l'avaient préparée ensemble la veille au vu de ce qu'il leur restait et il m'arrivait de la "passer" si la sonnerie intervenait plus tard et que, ma mère occupée à servir au magasin et mon père parti en tournée, il fallait bien s'en charger.

La commande du jour était déjà arrivée par livreur dès 6h30, de même que 3 fois par semaine, "Danone" passait, proposant ses produits, sans commande cette fois.

Enfin, les livraisons à domicile de casiers ou de bouteilles de gaz s'effectuaient avec une charrette en fer verte poussée par l'un des trois frères qui souvent se disputaient la destination, certaines clientes donnant une petite pièce pour la peine...

Le magasin

Ouvert tous les jours de la semaine de 8h30 à 12h et de 14h à 19h, le dimanche de lOh à 12h.

Ces horaires, normalement fixes, étaient souvent débordés :

-  le midi lorsque, sortant de "la boutique" au son de la sirène, une ouvrière repassait acheter à la va-vite un aliment oublié.

-  le soir quand  une  retraitée,  coutumière  du  fait, arrivait juste à l'heure de la fermeture pour faire ses achats. Mon père, alors, dans la cuisine attenante et seulement séparée du magasin  par un  rideau de lanières   plastiques,   mettait   la   table   en   faisant cliqueter   avec   insistance,    verres,    assiettes   et couteaux, histoire de faire comprendre à la cliente que l'heure de la soupe était arrivée...

Chaque matin, il retirait le "panneau" de bois peint en vert (couleur emblème du Familistère) qui protégeait la partie supérieure vitrée de la porte d'entrée et qu'il remettait le soir au moment de la fermeture. Puis, il sortait de chaque côté de l'escalier les "tableaux". C'étaient de grandes ardoises entourées, elles aussi, de bois peint en vert, sur lesquelles étaient écrites à la craie les "réclames", c'est-à-dire les produits du jour à des prix "défiant toute concurrence". Quand je fus en âge de le faire, j'adorais les préparer la veille, ajoutant de la couleur ou un petit dessin illustrant l'aliment proposé (une prédisposition à mon futur métier, peut-être...)

La braderie

Vente réclame, de textiles surtout : à gauche Mme Ladouce, à droite un vendeur qui venait pour les "promos".

En plus de l'alimentation, le magasin avait tout un espace réservé à la mercerie, aux vêtements, chaussures... qui donnait lieu une fois par an à une grande braderie sur la place.

Noël

Un catalogue de jouets était à la disposition des clients dès la mi-octobre et en plus, début décembre, d'autres jouets étaient mis en place dans la vitrine pour inciter ceux qui ne l'avaient pas encore fait, à passer commande. Quel bonheur pour les enfants que nous étions de déballer -malgré l'interdit des parents- les jouets des autres, stockés (cachés dans des cartons immenses) dans la "réserve" du 1er étage ! Tenir un poupon dans mes bras ou pour mes frères, faire rouler un char miniature ou une petite voiture à friction... c'était Noël avant Noël...

Les colis Famy

De janvier à décembre, les clients intéressés par un colis épargne (vaisselle, linge de maison, de toilette...) venaient chercher le catalogue et un collecteur sur lequel ils collaient les timbres achetés au rythme de chacun : à chaque jour qu'ils venaient, ou à la semaine, ou au mois...

A la fin de l'année, si le collecteur était rempli, ils le rapportaient au magasin en échange du colis de leur choix. Pour les collecteurs inachevés et sûrs de l'être, la marchandise était retournée au fournisseur.

Pour soulager ma conscience, je terminerai en avouant quelques larcins dont je me suis rendue coupable durant cette époque révolue : nounours en guimauve ou rochers pralinés ont parfois disparu de leur boîte, bien trop à la portée d'une petite main d'enfant... Heureusement, il y a prescription ..." Nelly Maizières.

Après 1978, les successeurs furent :

  M. André(Radar Junior),

  Hervé et Claudette Pihet

Née en 1951, Claudette a tenu l'ancien Fami du 27 février 1984 au 9 juin 1987. L'enseigne "Familistère" avait alors fait place à celle du "Radar" (Groupe Nord-Est Alimentation, puis Félix Potin vers 1986).

Radar entretenait les locaux et exigeait que les gérants habitent sur place, mais le bâtiment étant à la fois vétusté et difficile à chauffer, les époux Pihet furent dispensés de cette contrainte. Les prédécesseurs M. et Mme Serge André couchaient d'ailleurs dans la cuisine en période hivernale.

Le magasin était livré deux fois par semaine et tous les jours pour la crémerie. Les colis-épargne avec timbres étaient proposés à la clientèle. Hervé travaillait à l'usine et après sa journée, il aidait Claudette à convoyer la marchandise commandée depuis les volumineux "rolls" jusqu'au magasin. Stéphanie Béasse fit 3 semaines de stage en 1986 et tous les mercredis en 1986 et 1987 aux côtés de Claudette.

Les murs du Radar appartenaient à Georges Pierre, industriel à Nohan. Après le décès de ce dernier, l'héritier ne renouvela pas le bail et l'enseigne Radar cessa d'exister en 1987.

M et Mme Michel Mayeux tinrent le "Presque Tout" au même endroit. Décorateur, Michel avait peint une enseigne multicolore au-dessus de la porte d'entrée. Fanny, fille du couple, fut gérante de ce magasin d'articles de pêche, de bricolage et de bibelots en 1992-93.

 

Thilay

Les Hautes-Rivières            Nouzonville                     Joigny

Les autres magasins "Familistère" des environs.

Monthermé

L'immeuble est resté à l'état de ruines pendant une décennie.

Après l'avoir acheté à M. Mayeux en 1993, Bernadette Avril l'a entièrement restauré et transformé en maison d'habitation.

Les Comptoirs Français

Marcel et Aline Schérin ont tenu Les Comptoirs Français avant la guerre de 1940. Les livraisons s'effectuaient alors avec cheval et "quatre roues" carrossé comme en témoigne cette superbe photo d'époque prise sur le côté du magasin.

Christian Delaite, né en 1935, se rappelle : "Lors des hivers neigeux et très froids de 1940 à 1942, mon père Edmond domicilié à la Rowa ravitaillait le vendredi et le samedi les Comptoirs Français et le Fami depuis la gare de Deville car la gare de Monthermé était un point stratégique. Par grosses neiges, le cheval tirait un traîneau. Jusqu'en 1955, j'ai ravitaillé les magasins de la Semoy en CMC."

Après le décès en 1944 de son mari Marcel, Aline a tenu le commerce plusieurs années avec son fils Guy. Il semblerait qu'ils aient cessé en 1947 ou 1948.

Madame Maillot et son fils Daniel (Ph. Marie-Noëlle Papier)

Les successeurs : Marcel et Simone Maillot. Leurs fils Daniel et Michel sont nés respectivement en 1943 et 1954. Retraité de l'Armée, Marcel s'occupa à son arrivée des dossiers de dommages de guerre, tandis que Simone assurait la gérance du magasin. Toutes les denrées arrivaient par camion depuis Pantin en région parisienne, sauf les fruits et légumes fournis par la maison Pomona de Charleville. Le magasin ne disposait pas de fourgon et il n'y avait pas de tournées.

Daniel se souvient qu'il effectuait les livraisons d'épicerie et de boissons dans le village grâce à une remorque tirée à la main. Les casiers étaient entreposés à la cave dont l'accès existe encore sur le pignon.

Marcel possédait une 4 CV ; un garage en tôles existait sur l'actuelle place des Paquis. La 4 CV assurait les besoins locaux de la famille. Elle servit même pour emmener une cliente à la maternité de Charleville pendant les grands froids de février 1956.

Les Comptoirs Français devinrent Magasin J dont le badge devait être obligatoirement agrafé sur la blouse de la gérante.

En février 1948, Raymond Hubert et Ida Pigeot, parents d'Yvon, avaient acheté l'immeuble à Mme Rondeaux dont le mari avait été tué à Martigny (Aisne) en mai 1940.

Après la fermeture du magasin, plusieurs familles louèrent les locaux.

En 1997, Jean-Michel et Véronique Crépin devinrent propriétaires avant de transformer le bâtiment en logements locatifs.

Le Mauroy :

Située 2 rue du Moulin, cette épicerie resta ouverte jusqu'en 196Q-61. Adolphe Migeot et son épouse née Roynette en étaient les propriétaires.

Adolphe Migeot (1899-1983)et son épouse Madeleine née Roynette (1906-1955).

Les ouvriers de l'usine Mangon toute proche s'y approvisionnaient, de la même façon que les ménagères du village. Deux petits albums de cartes postales anciennes furent coédités par un studio d'art de Charleville et par M. Migeot au titre des Etablissements Economiques, L'une de ces cartes postales colorisées et reproduite en bas de la page précédente représente le quartier et le magasin devant lequel pose le propriétaire. Les Thilaysiens appelaient ce magasin le "Mauroy" du nom d'une chaîne de magasins basée à Reims. Des cases installées sous le comptoir contenaient du blé et du maïs qui étaient alors vendus au poids. Yvette Delloux se souvient d'un magasin bien achalandé en laine et en bonbons qui coûtaient quelques centimes.

Selon Denise Vindot, Marie Cophignon a elle aussi  autrefois tenu un Mauroy dans l'actuelle rue Eva Thomé (N°3)

La boulangerie Marchal, magasin Spar :

En 1913, Albert Thomé, né à Thilay en 1871, était boulanger à cet endroit. Son épouse se nommait Léontine Badré. Les livres de comptes de la brasserie Alexandre mentionnent des livraisons en 1920 au boulanger Thomé ainsi qu'au boulanger Demoyen à Thilay et au boulanger Fernand Dominé à Nohan en 1923 et 1924.

Delobel, puis Obéliane furent les boulangers qui précédèrent Roger et Huberte Marchal. En effet, après leur séjour à Nohan, ces derniers s'installèrent à Thilay en avril 1952.

Roger livrait son pain à quelques particuliers ainsi que chez la "Zilda" à Navaux et chez Joseph Chaillot, épicier à Naux autour des années 1955.

La boulangerie (8 rue Eva Thomé) possédait un four à bois, puis fut ensuite équipée d'un four à fuel et d'un four à gaz avant d'en revenir au bois. Alain et Yves, fils de Roger et de Huberte, se souviennent de quelques particuliers qui coupaient le bois dans Soumont. Annuellement, plusieurs centaines de stères étaient nécessaires à l'alimentation du four. Le gueulard était installé sous le four et deux appels d'air dans le fond permettaient d'absorber la flamme.

Le bois était stocké dans un hangar rue de la Motte. Les bûches d'un mètre étaient acheminées en brouette jusqu'au garage de la boulangerie où elles étaient recoupées en 0,50 m. Cécile Béasse se souvient de ces "brouettes à cornes" appelées ainsi à cause des deux bûches verticales qui permettaient d'empiler également des fougères et du foin. Ce hangar fut racheté en mai 1970 à Léontine Thomé par Gilbert Cazareth. Léontine, propriétaire de la boulangerie, habitait à l'étage et elle louait le rez-de-chaussée aux commerçants.

En 1970, le four à bois fut remplacé par un four Pavailler acheté àValence, beaucoup plus moderne pour l'époque.

Sous l'enseigne Spar ("sparen" signifie épargner, en allemand), Huberte vendait également des fruits et des légumes, de la viande, des conserves... A chaque achat, des timbres Spar étaient remis aux clients. Lorsque le collecteur était rempli, une ristourne de 5F était accordée.

De 1969 à1976, Yves a effectué les tournées àNaux et à Navaux au volant d'un "Tube" Citroën rallongé acheté d'occasion en Savoie par ses parents.

Le magasin fut vendu le 1er août 1984 à M. et Mme Lengyel. Cinq ou six ans plus tard, celui-ci céda les locaux à M. Legendre qui a fermé vers l'année 2000. Murielle Verdure fut embauchée chez Huberte le 1er mai 1984, puis elle continua à travailler chez Lengyel ainsi que chez Legendre. Dominique Marchai, épouse d'Yves, a travaillé chez Huberte et chez Lengyel.

Annie Dehoul, Mireille Thillois, Raymonde Taillefer épouse Mahy et Josette Didriche ont elles aussi été employées chez Huberte.

De septembre 1992 à janvier 1994, Nelly Aubry a remplacé Murielle Verdure. Elle faisait alors les tournées en Master rallongé à Tournavaux, Navaux, Haulmé et Naux. Un dépôt de pain existait à Nohan chez Marie-Joëlle Belhadji. Au retour de Murielle, Nelly prolongea la tournée jusqu'à Hautes-Rivières, Linchamps, La Neuville et Les Hauts-Buttes. En période de neige ou de verglas, Gilbert Baikrich descendait en 4x4 à Linchamps prendre le pain et les courses pour les gens de La Neuville. Nelly prenait au café de Thilay une pile d'Ardennais qu'elle remettait aux clients matinaux. En entendant les coups de klaxon, les gens de la Semoy s'écriaient : "Via la Huberte !" Pendant ce temps, Murielle faisait une seconde tournée sur Naux et Tournavaux avec le second véhicule. Murielle Bertaux fut embauchée à cette période.

Une liquidation judiciaire intervint en 2003, mettant un terme à l'activité commerciale. En septembre 2007, Kevin Delecour et Emilie Rousselle achetèrent le bâtiment pour le transformer en maison d'habitation.

 

3 Quand un livre de comptes a vraiment valeur d'archives...

Le "grand livre" de la brasserie thilaysienne Alexandre mentionne ainsi le nom, la profession et l'adresse de ses clients :

1908 Déprette bourrelier à Thilay, Nicaise menuisier à Thilay, Justin garçon de cave  Hubert Roger, maréchal à Thilay

1912 Mestriaux "Chouri" à Thilay

1923 Delmas docteur à Thilay, Tellenne curé à Thilay, Murguet-Pierquet, Comptoirs Français, Bouché-Woirin boucher

1924 Dejenève maréchal-ferrant Dominé Fernand boulangera Nohan Demoyen boulanger à Thilay Bruneaux fami à Thilay Nicaise menuisier Bureau-Guillet à Navaux Caserne des douanes Bouché-Woirin boucher à Thilay, Hubert Roger, maréchal-ferrant à Thilay, Léger-Gigot, cordonnier à Thilay, Philippe Léon cordonnier à Thilay, Petit-Cercelet plâtrier

1925 Carlier Eugène instituteur à Thilay, Lallemand instituteur à Thilay, Namèche Familistère

1926 Schérin Comptoirs Français

De nos jours, certains noms de famille cités ci-dessus ont totalement disparu de l'état civil local, suite aux déménagements des familles ou aux décès successifs.

 

Bulletin municipal d'information n° 29 - décembre 2011