Loisirs frontaliers

 

Les loisirs frontaliers

 

La commune de Thilay étant située à proximité de la Belgique, le passage de la frontière s'est effectué dans les deux sens depuis des siècles pour différents motifs tels que le travail et le commerce. Conséquence du brassage des populations, de nombreuses familles de notre commune comportent des origines belges et ce phénomène se poursuit d'ailleurs de nos jours.

Au niveau des loisirs, jeunes et moins jeunes ont maintes fois franchi la frontière pour aller se divertir chez nos voisins de Bohan et de ses environs. Par la même occasion, chacun pouvait acquérir différents produits lorsqu'ils étaient moins chers que chez nous. C'était par exemple le cas du tabac, du chocolat, du café et du carburant.

Cette rubrique "Nostalgie" a pour but d'évoquer quelques-uns des hauts-lieux belges tels que les Dolimarts ainsi que les cafés et dancings les plus fréquentés par les Français : Les Dolimarts, Caravella, Ici la France, Chez Charles, Le Poulailler, la Taverne, les cafés-dancings des Hautes-Rivières ...

 

 

Vue générale prise des Dolimarts vers Sorendal. Carte postale d'Yvon Doye.

 

Le projet d'un Centre de Vacances de plus de 200 hectares fut élaboré en 1952 par les Mutualités socialistes belges. Le site retenu figurait dans les bois de Bohan, non loin de la base de 'OTAN fermée depuis la chute du mur de Berlin.

L'imposant panneau en bois planté au sommet de la côte qui mène de Bohan à Sugny stipulait ;

Centre de tourisme et d'hébergement "Les Dolimarts", chalets, restaurant du Bois-Jean, mini-golf, plaine de jeux, bowling 4 pistes, luna-park, parc à gibier.

Concernant l'hébergement, le bâtiment central construit en premier comptait 350 lits et les trois annexes de 200 lits au total furent construites dans la foulée. 52 confortables chalets en dur complétèrent le site en 1960. A cette date, l'ensemble pouvait loger plus de 1200 estivants, en grande partie flamands et hébergés en hôtel, en résidence hôtelière ou en chalet.

Cinq   bungalows doubles remplacèrent ceux en bois.

 

La publicité ne manquait pas. Documents Françoise Brouet. 

Le Central et les annexes

 

Dans les décennies qui suivirent les années cinquante, de nombreuses familles thilaysiennes ne possédaient pas de voiture et le choix des festivités était très limité. Le dimanche et pendant les congés, la journée de promenade en famille avait pour principale destination Les Baraques, le Roc de la Tour ou Les Dolimarts. Après avoir revêtu la tenue du dimanche, parents et enfants prenaient le matin la direction de la Belgique en montant à pied par Bozin en direction des Baraques. Pour parvenir aux Dolimarts, l'important dénivelé donnait soif et le pique-nique du midi accompagné de boisson fraîche ou d'une bonne glace était le bienvenu.

Salle de spectacles dans l'annexe 2. Carte postale de D. Mézières

 Après le repas, tandis que les parents et amis discutaient, les enfants se précipitaient sur le grand toboggan permettant d'accéder à la plaine de jeux (balançoire, tape-culs, bac à sable, tonneau infernal, cage à écureuil, cheval à bascule, tourniquets). Un mini-golf payant situé entre le bâtiment central et la proche forêt attirait aussi bien les enfants que les adultes. Un grand escalier longeait le toboggan, tandis qu'un parc animalier abritait sangliers et marcassins.

A l'école de Thilay, la sortie qui précédait les grandes vacances conduisait souvent au même endroit. Les anciens élèves se souviennent de leur voyage de fin d'année aux Dolimarts.

Lionel Ladouce, alors jeune élève, se rappelle que l'instituteur M. Le Vigneron emmenait les enfants à pied par le Père Labranche et Les Baraques. Le matériel de pique-nique était transporté dans une petite remorque ainsi que l'accordéon destiné à égayer cette belle journée de juillet. Aux Dolimarts, les élèves devaient dessiner le paysage au fusain, pédagogie oblige..., d'autant plus que la vue vers Sorendal et la vallée de la Semoy française était de toute beauté.

En 1987, le Centre aéré de Thilay organisait également des promenades aux Dolimarts (photo ci-dessous).

 

La monitrice Pascale Triboulot devant l'impressionnant toboggan.

 

Vers 1960, juste avant leur mariage, Cécile et Michel Béasse, alors domicilié à Deville, allaient se promener vers Bohan. Là-bas, il leur arrivait de garer leurs vélos au-dessus du pont, non loin du Poulailler. Après avoir escaladé à pied le chemin escarpé appelé le Vérat qui passe près de la croix de Bohan, ils se dirigeaient vers les Dolimarts pour y passer l'après-midi.

Lorsqu'elle était jeune fille, Cécile, née en 1942, partait déjà en Belgique à bicyclette avec ses sœurs Germaine et Mimi. Par la suite, c'est en automobile que Cécile et Michel emmenèrent leurs enfants aux Dolimarts. Là-bas, il n'y avait que l'embarras du choix parmi les attractions proposées, gratuites pour la plupart.

 

 

Le cheval à bascule. Ph. Ch. Sauvage.

 

 Le tourniquet pour petits et grands. Ph. Ch. Sauvage.

 

Un petit tour de balançoire. Ph. Ch. Sauvage.

 

La cage àécureuil. Ph. Philippe Papier.

 

Le mini-golf. Ph. Ch. Sauvage.

 

 

Le toboggan. Ph. Ch. Sauvage.

 

Christiane Sauvage et Yolande Parizel, sur les bancs qui dominent l'aire de jeux, dégustent une glace trois parfums entre deux gaufrettes. Ph. Ch. Sauvage.

 

Salle de restauration : les familles Lambert, Sauvage et Parizel. Ph. Ch. Sauvage

 

Et on en profitait pour prendre quelques photos souvenirs :

 

Les familles Sauvage, Parizel et Lambert. Ph. Ch. Sauvage.

 

Jacky Bureau, Denis Hatrival et Jean Bureau devant le Central.

 

Les enfants Cachard, Sauvage et Mahy lors d'une sortie aux Dolimarts, Ph. Ch. Sauvage.

 

Le Bois-Jean

 

Le Bois-Jean : vue générale.

 

La rôtisserie.

 Le bar

Le self

Yvon et Olga Doye, retraités à Sugny, y furent gérants de 1986 à février 2000. Le personnel était surtout familial et la nombreuse clientèle était assidue.

En 1994, après la destruction du Central et de ses annexes, le dancing du Bois-Jean poursuivit son activité. Des thés dansants avaient lieu chaque dimanche après-midi et en début de soirée.

Francine Languillier, épouse de José, figurait parmi les habitués. "Pendant plus de dix ans et jusqu'à la fin 1999, nous avons dansé le week-end avec les familles Haudrechy, Roland Parizel et Raymond Mahy. Avant, nous allions à Ici la France ou à Caravella. J'ai conservé des liens d'amitié avec la famille Doye, qui m'envoie encore ses vœux chaque année".

Entre 1990 et 2000, Daniel Pierrard, qui possède à présent un chalet à la sortie de Naux, montait lui aussi aux Dolimarts avec sa famille depuis Joigny. Les quatre frères fréquentaient le bowling du sous-sol pour tenter de gagner les bouteilles de Champagne mises en jeu. Pendant ce temps, parents et grands-parents guinchaient à l'étage supérieur.

Chaque week-end, le parking était bondé de véhicules belges et français, d'autant plus que l'entrée était gratuite au Bois-Jean. Les orchestres, eux aussi belges ou frontaliers, figuraient en nombre sur le planning de l'établissement. Le samedi de 21 h à 2 h et le dimanche de 15 h à 21 h ainsi que les jours fériés, quatre à cinq musiciens menaient le bal. Parmi les chefs d'orchestre accueillis figuraient Guy Martin de Bertrix, bûcheron la semaine et accordéoniste le week-end, Gérard et son orgue magique de Patignies, imitateur de Bourvil, Christian Collignon de Gespunsart, Michel Mercier de Fromelennes et les Blancs Loulous, formation au sein de laquelle figurait José Hyat. José, qui fut ami et collègue accordéoniste de Pierre Aubry de Navaux avant de devenir son gendre, a animé le bal des Dolimarts pendant des années. Il conserve en mémoire le souvenir d'Yvon Doye, gérant du Bois-Jean, qui lors d'une soirée-réveillon du Jour de l'An, descendit à Bohan acheter des croissants pour ravitailler l'orchestre qui jouait encore le lendemain matin. En plus des formations habituelles, des orchestres-surprise furent également programmés, ainsi que des bals masqués. Le plus souvent, les 600 places assises étaient occupées et les amateurs de danse faisaient la queue à l'entrée.

 

Le bar.José Hyat et son accordéon. Ph. Yvon Doye

 

Daniel Pierrard lors d'une soirée déguisement Ph. Yvon Doye

 

En 1992, organisation d'un rallye camping-cars. Ph. Yvon Doye.

 

 

Les quatre pistes du bowling étaient prises d'assaut dans le confortable sous-sol du Bois-Jean.

 

Le personnel était essentiellement familial. Yvon Doye, son épouse Olga et leur fille Nathalie assuraient le service.

En octobre 1993, un jeune Thilaysien, Jean-Pierre Papier, épousa Nathalie, rencontrée en Belgique et le repas de noces aux Dolimarts fut animé par l'orchestre Orner Lucas.

Stéphane Pérot, originaire de Linchamps, fut barman, tandis que son père Daniel était serveur. Les pompes à bière ne chômaient pas. Pascal, second barman et neveu d'Yvon, assurait la semaine l'entretien du site et il disposait d'un tracteur agricole. Souvent en hiver, ce tracteur était le bienvenu pour aller dégager les véhicules des clients piégés par la neige ou le verglas dans la route en lacets qui relie Bohan à Sugny. Le téléphone portable n'existant pas, c'est à pied que les victimes du mauvais temps devaient retourner aux Dolimarts pour demander de l'aide.

Le week-end, du personnel supplémentaire était embauché lors des heures de grosse affluence. Ce fut par exemple le cas de Christelle Penisson née en 1973, étudiante et résidant à Bogny-sur-Meuse. Grondée par un client mécontent car la bière comportait trop de mousse, elle éclata en sanglots et fut réconfortée par le patron. Fort heureusement, de tels incidents étaient rarissimes.

En plus du Jour de l'An et des jours fériés, le Bois-Jean célébrait les deux fêtes nationales : celle du 14 juillet et celle du 21 juillet, mais l'amitié franco-belge jouait de telle sorte que les deux dates faisaient salle comble.

A cette époque, les disputes étaient rares et les soirées se déroulaient sous le signe du rire et une excellente ambiance unissait jeunes et moins jeunes des deux nations voisines. Il n'était pas rare de se voir offrir une tournée par un groupe de belges inconnus une heure auparavant et rencontrés autour du comptoir.

Laissons la parole à Yvon, l'ancien gérant : A notre arrivée, le Bois-Jean, seul bâtiment restant, ne proposait que self et restaurant. L'activité danse a démarré en 1987, date à laquelle nous avons récupéré une bonne partie de la clientèle d'Ici la France. Au début, le thé dansant avait lieu le dimanche jusqu'à 18 h puis ensuite, les amateurs de danse et de musique, étant de plus en plus nombreux, un second après-midi fut programmé le samedi et là, bonne surprise, les deux bals faisaient à nouveau salle comble. Frites et assiettes froides furent alors proposées avec un horaire de fermeture repousséà 21 h. Pendant la saison estivale, déjeunes serveurs et serveuses étaient embauchés le week-end. Ils étaient hébergés dans l'un des bungalows doubles. Ainsi, il est arrivé que la "Mamie", grand-mère de Nathalie, héberge cinq garçons et cinq filles. Dans un souci de moralité, elle couchait entre les deux groupes.

Après avoir quitté le Bois-Jean, Olga et Yvon, pensionnés à deux pas de là, n'ont jamais souhaité de retourner sur le site des Dolimarts.

La clientèle du Centre de vacances était à la fois belge et française ; elle provenait des villages voisins, mais aussi de la vallée de la Meuse et bien au-delà de Charleville, jusque dans le Rethélois. Déjà en 1953, avant son mariage, Geneviève Soleil venait souvent le dimanche avec ses parents aux Dolimarts. Domiciliés à Charleville, les parents emmenaient la famille en voiture et le site était autant apprécié que la tasse de café belge accompagnée d'une pâtisserie au son de l'accordéon.

Les vacanciers belges hébergés sur le site effectuaient leurs courses dans les commerces de Bohan et ils en profitaient pour y consommer quelques boissons. Souvent, ils effectuaient une descente à pied par les Baraques jusqu'aux Hautes-Rivières. La recette des cafés de Failloué et du centre-ville s'en trouvait bien aise.

Jacques Zucchi se souvient de ces joyeux groupes qui, après une sérieuse cure d'alcool français, reprenaient le chemin du retour.

 

Les chalets : une architecture moderne.

 

Destruction du Central et de ses annexes. Ph. Yvon Doye.

 

Le Bois-Jean en 2006.

 

Comme ses congénères, le bâtiment du Bois-Jean a subi l'intervention des engins de travaux publics.

Peu après 2006, le restaurant abandonné des Dolimarts fut la proie des flammes. Sa destruction eut lieu en 2012.

De nos jours, la chape végétale et la forêt voisine ont repris leurs droits, rayant de la carte ce superbe lieu de vacances et de loisirs. A la Toussaint 2012, un couple de Saint Marceau rencontré sur le site venait faire un pèlerinage sur place. Il se souvenait être venu danser au Bois- Jean dès 1991.

A l'heure actuelle, il ne subsiste que les ruines des chalets, des allées goudronnées, des haies de lauriers et de conifères qui quadrillent les différentes parcelles.

Adieu Les Dolimarts et le Bois-Jean, vous avez fait rêver et danser plusieurs générations de belges et de français !