Commerces hameaux

Navaux

Une petite épicerie exista autrefois au milieu de la Grand-Rue à Navaux, presque en face de la ruelle de la Fontaine. Ce petit magasin était tenu par Julie Bozier, née Troclet en 1897 et communément appelée "la Zilda ". Dès que quelque chose manquait à la maison, on envoyait les enfants du quartier chez "la Zilda", toujours disponible la semaine comme le week-end. Les enfants ne rechignaient jamais car des bocaux de friandises étaient alignés dans le magasin. Parfois, des invités-surprise venus des hameaux voisins frappaient tardivement à la porte d'une maison de Navaux. Pas de problème. Un simple saut chez "la Zilda" et la boîte de pilchards à la tomate faisait l'affaire en même temps qu'un bouillon Kub (vendu à l'unité) et un paquet de casse-croûte Rogeron pour les enfants.

Avant-guerre, Zilda se rendait tous les samedis matin au marché de Charleville pour se ravitailler en légumes et produits frais. Elle effectuait le trajet avec sa charrette et son cheval. A Nouzonville, elle était attendue par Mme Albert, une collègue épicière et les deux attelages prenaient ensemble la direction de la place Ducale. (Lors de l'évacuation de 1940, le pauvre cheval affolé par le bruit des explosions et des cris dut être abandonné dans une pâtureà Provins.)

Zilda et son frère Emile Troclet devant leur magasin. On remarque une publicité de cirage sur la façade. Ph. Raymonde Sauvage.

 

A l'époque des voitures automobiles, Abel Sauvage, gendre de Zilda, prit le volant de sa "Juvaquatre" pour faire achats et tournées à Thilay. A la fête à Navaux, l'épicerie se transformait en buvette.

Chaque samedi après-midi, les clients défilaient au magasin pour se procurer la nourriture indispensable à la semaine suivante. A défaut de caddie, une brouette faisait l'affaire. C'était le cas pour les grosses familles telles que la famille Saura. Lucile Pihet se souvient que pendant la guerre, elle allait à pied depuis Naux acheter des provisions chez Zilda. Il y avait beaucoup de monde : des personnes de Thilay, Naux et Navaux. C'était l'époque des tickets en ces périodes de rationnement qu'ont connu nos Anciens.

Hélène, fille de Zilda, prit la relève de sa mère. Avec son mari Abel Sauvage, elle faisait la tournée de Thilay le samedi soir, une Estafette bleue ayant remplacé la "Juva". En 1973, l'Estafette étant à bout de souffle et Abel âgé de 64 ans, le magasin cessa son activité. Zilda est décédée en 1977 à Navaux.

  • Petit Commerce

-  Julia Bozier-Hubert, mère d'Emile et André Bozier, est mentionnée comme commerçante sur le registre matricule de l'Ecole de Navaux en décembre 1911 et en 1915 (lors des inscriptions des enfants Emile et André) ; Julia vendait des légumes à Navaux ou dans les environs. En 1932 et 1936, elle figure encore dans l'almanach Matot Braine comme commerçante de légumes.

A cette époque, les petits cultivateurs allaient vendre leurs produits sur les marchés ou villages voisins. Ils utilisaient des attelages tirés par des chiens ou des chevaux.

  • Laitier et cultivateur

•  Né à Thilay en septembre 1899, Henri Laurent surnommé "Henri Jadot" avait pour épouse Gabrielle Hulot née en 1900 à Tournavaux. Ovide, père d'Henri, était laitier rue de l'Herdage à Navaux. Après le décès d'Ovide en 1938, Henri poursuivit l'exploitation de la ferme. Egalement déclaré comme transporteur ("voiturier" disait-on autrefois), il faisait la navette entre les usines et le petit train.

 

Henri Laurent (1899-1972) et Gabrielle Laurent-Hulot (1900-1960). Ph. Suzanne Delaite.

 

En février 1971, Suzanne, fille d'Henri, épousa Christian Delaite, né en juillet 1935, dont le père était lui aussi transporteur à La Rowa. Le couple poursuivit le commerce de lait et de beurre à Navaux. Leur petite exploitation compta jusqu'à 20 bêtes et plus, dont 11 vaches à lait, 5 veaux, 2 génisses et 2 chevaux.

 Chaque jour, y compris les dimanches et jours fériés, Christian partait dans sa Renault 4L livrer ses clients thilaysiens. La pause-café chez Evelyne Liesch et chez Germaine

Pozzi la cousine faisait partie de l'immuable planning journalier. Depuis

des décennies, les gamins de Navaux ont aidé Christian à faire les foins, à emmener les vaches sur l'île, à aller les rechercher ou même à conduire le tracteur. Chaque année, lors de la fête à Navaux, l'écurie de la place abritait invariablement la buvette tenue par les organisateurs.

A l'époque des parts de bois, le "Delaite" débardait à l'aide de son cheval puis de son vieux Dodge.

De 1973 à 1989, Poulette et Virgine, les deux juments, ont tiré le corbillard en bois aux tentures violettes qui emmena bon nombre de défunts à "Toubline" ou en haut de Nohan. René Sauvage conduisait l'attelage funèbre en dépannage, attelage conduit autrefois par Pierre Gilles puis par Henri Laurent.

Les clients du village venaient à Navaux pour prendre leur lait mais aussi leur beurre, tout en prenant le temps de discuter et de passer un moment convivial au pied de l'Herdage en compagnie des fermiers et des voisins, sur fond d'éclats de rire.

Un véritable cérémonial : la fabrication du beurre. Christian allait chercher l'eau à la fontaine proche puis faisait tourner la baratte.

Dans la maison, Suzanne pesait le beurre avant de le mouler grâce à une matrice en bois décorée d'une vache.

Depuis l'an dernier, Suzanne et Christian ont "raccroché le tablier" après une vie professionnelle bien remplie.

-  Patrick Noël, originaire de Thilay, possédait un atelier  rue  de  l'Ecole.   Il  fut  menuisier  et  surtout charpentier de 1978 à 1982.

Jacky Pinto, né en 1938, exerçait la profession de plombier-chauffagiste de 1978 à 1980. Son atelier était situé en haut de la rue de l'Herdage. Jacky est décédé en 1992.

 

Naux

  • Electricien

Georges Thomé, né en 1898, mari de Mélina née en 1897, tenait un magasin de TSF de marque Radiola, de matériel électrique, au bout de Naux (actuelle maison de M. Ernesto Freitas). Georges était également marchand de bicyclettes et artisan électricien. Homme à tout faire, Georges réparait aussi bien les vélos que les postes radio ou les fers à repasser.

 

Georges et Mélina Thomé en compagnie de leurs enfants André et Renée. Ph. Renée Thomé.

 

Michel Sauvage et son épouse ont acheté leur premier fer à repasser et leur poste radio chez Georges. Ce dernier a fait l'installation électrique de leur maison en 1965.

André Thomé né en 1931 se souvient : "On accédait à l'atelier en traversant la cuisine depuis la Grand-rue. J'aidais mon père à temps perdu avant mon service militaire. Quand on installait l'électricité chez des clients, je jouais le rôle de testeur, car j'étais insensible au 110 Vêt très peu au 220 V. Je montais tout de même sur l'escabeau en bois avant de toucher les fils. Selon ma réaction, papa déduisait la nature du courant...

La 2 CV camionnette a succédéà la 301 Peugeot. On travaillait dans la commune principalement. "

  • Couturière

Les almanachs Matot Braine de 1932 et de 1936 mentionnent Mme Thomé-Voirain couturière dans la commune. Il s'agit de Mélina Thomé, épouse de Georges, qui exerçait son activité dans la cuisine sur une machine à pédale Singer. Sa clientèle était essentiellement locale.

  • Laitier

Le Télaïr

 

 

 

Naux posséda un laitier, Lucien Simon surnommé le "Télaïr" (sans doute le mot "laitier" dans le désordre), qui faisait la tournée en camionnette. A Thilay par exemple, dans les années soixante, les riverains de la place du Monument déposaient le matin leurs pots au lait sur l'un des appuis de fenêtre de l'ancien bâtiment de l'usine Mangon. Le midi, après le passage de M. Simon, les clients récupéraient leurs récipients avant de faire bouillir le précieux breuvage sur la cuisinière.

Lucien et Marie-Louise en 1942. Ph. Michel et Ginette Parizel.

 

 

Le "Télaïr" habitait dans la côte près de l'école, Chemin de Gespunsart. Il élevait quelques vaches dans son écurie. Son épouse Marie-Louise tenait le magasin (petite épicerie qui donnait sur l'école). Des bidons de lait étaient alignés dans le couloir. Lucienne Buffet y allait acheter des paquets de lessive "Bonux" pour donner les cadeaux qu'ils contenaient à ses petits-enfants. Avant de posséder un véhicule, Lucien utilisa une charrette tirée par des gros chiens. Il allait chercher du lait sur les Hauts avec cet attelage, ou avec un traîneau par temps de neige. Plus tard, lorsqu'il partait livrer avec son "Tube Citroën" gris plus que vieillissant, Lucien roulait si lentement que les jeunes cyclistes du hameau arrivaient avant lui à Hautes- Rivières.

Lors de ses tournées, Lucien ne pratiquait pas le porte à porte. Les clients groupaient leurs pots

de lait en fer blanc par pâtés de maisons et le paiement s'effectuaient souvent à la semaine. Le laitier emplissait les pots et déposait parfois les médicaments ramenés des pharmacies voisines. Les dimanches d'hiver, Lucien livrait la boulangerie "d'Huberte" et les pots déposés sur la fenêtre. Il en profitait pour venir se réchauffer dans le fournil de Roger.

"Vaillant comme le jour", il dormait très peu, partait tôt en tournée, mangeait en route et rentrait tard, à tel point que parfois à l'automne, les voisins le voyaient cueillir les pommes à la lampe de poche. Il ne prenait jamais de congé ; il s'accorda juste une journée pour la communion de sa petite-fille Annie Parvy.

Une anecdote amusante : Lucien se plaisait à raconter qu'un jour, alors qu'il klaxonnait devant la maison d'une cliente âgée à Failloué, celle-ci a entrouvert la fenêtre en" beuquant" et en criant : "Djé n'sarô v'ni, djè sôà cul pogna" (Je ne saurais venir, je suis en pagneau volant).

Coco

Serge Da Silva surnommé "Coco" et son épouse Solange ont repris le commerce de lait et épicerie générale avec tournées dans les années 1970 à Naux, puis ensuite Devant-Thilay. Ils avaient racheté le Peugeot 37 bleu de M. Simon (qui avait remplacé le Tube Citroën), J7 qu'ils ont d'ailleurs ensuite cédé à Alain Marchai.

Adolphe Pirmez et Thérèse Marique

D'origine belge, Adolphe Pirmez et Thérèse Marique, les parents de Lucile Pihet née en 1925, sont arrivés en 1930 à Naux.

"Chez nous, pendant la guerre, dit Lucile, on élevait sept à huit vaches. Les femmes du voisinage venaient acheter du lait. Pendant que j'étais au jardin ou aux champs, elles s'asseyaient parfois à trois ou quatre dans la cuisine et bavardaient une heure ou deux. L'une d'elles, surnommée "servante à poêle", se levait de temps en temps et rechargeait le feu. A cette époque, la vie était plus calme qu'aujourd'hui et la confiance était réciproque. La porte n'était jamais fermée pendant la journée.

Le matin, j'emmenais les vaches dans les bois du Roc La Tour, en passant par la passerelle, le chemin du dépôt et la Wébelette. Je les ramenais le midi et les remmenais l'après-midi, quel que soit le temps. Parfois, une "carne" se sauvait et il fallait la rattraper vers les Six Chênons.

Dans la forêt, assise sur mon pliant, je lisais ou je tricotais bas et chaussettes en laine tandis que les vaches dégustaient dans les jeunes coupes l'abondant chépois qui donnait du bon lait.. Quand on avait trois sous, on achetait un pré pour nourrir les animaux. "

L'immense salle de séjour actuelle était autrefois une grange dans laquelle un moteur actionnait batteuse et scie circulaire. Le grenier à foin comportait plusieurs niveaux, tous remplis à la belle saison.

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Epiciers

- Chez Chayot

Rue de la Semoy, juste après l'ancienne brocante, Joseph Chayot fut dépositaire après la guerre, vers 46-47, d'épicerie et de légumes provenant de chez "Huberte" Marchai, alors installée à Nohan. Vers 1950, les enfants du hameau tels que René Jouan et Michel Parizel allaient acheter des caramels carrés à 20 sous que Joseph stockait dans de grands bocaux. Les habitants de Naux se souviennent des premiers carambars et des clochettes qui prévenaient de l'arrivée d'un client. Ce commerce a fermé juste avant 1960.

 

Francis Chayot, petit-fils né en 1931, se souvient qu'Angélina ramenait dans sa hotte du chépois qu'elle ramassait dans les coupes de la wèbe. Avant de tenir l'épicerie, Joseph avait élevé quelques vaches et vendait du lait stocké dans des écuelles en terre. Après la traite, un verre de "gnôle" et une tranche de lard grillée sur le poêle flamand assuraient la remise en forme.

L'hiver, Joseph débardait pour les gens avec cheval et "baya". Sur la route de Charleville, il avait creusé à la pelle et è la pioche un accès surnommé le "chemin Chayot". Pendant la guerre, il fut convoqué plusieurs fois à la Kommandantur car il ne livrait pas les produits exigés par l'occupant sous prétexte de veau crevé ou de blé mangé par les sangliers.

En fait, résume Francis, la famille vivait correctement.

La maison a été rachetée par les époux Caillaux-Stévenin. Le style rustique de la maison a été conservé ; dans l'ancienne écurie, les fers à cheval qui servaient à attacher les vaches sont encore scellés dans le mur.

-  Le "Kilo"

Petite épicerie pendant la guerre 40 située à côté du café dans la rue principale. Selon André Thomé, la voiture de Jean Pigeot surnommé le "Kilo" était si étroite qu'elle pouvait traverser la passerelle de Naux. L'arrière du véhicule portait les inscriptions "Pigeot-Naux". Jeu de mots volontaire ou non ?

 

 

 

Le "Kilo". Ph. Michel Parizel.

 

-  Avant   1914,   Marceline  Bayonet,     arrière grand-mère de Michel et Ginette Parizel, tint une petite épicerie au lieudit   "Dans le coin". Elle était ravitaillée depuis Charleville par un camion qui avait remplacé   charrette   et   cheval.   Les   enfants   du hameau tendaient l'oreille pour guetter l'arrivée du camion de livraison. Marceline vendait également des tickets de train à la petite gare de Naux et tricotait des chaussettes de laine pour la famille et le voisinage.-          Autrefois, les habitants de Naux se ravitaillaient dans les villages voisins ou aux Baraques, à la frontière belge.

- Selon Michèle Dromaux, un "bazar à vingt sous" ambulant venait àNaux vers 1933. Il s'agissait d'une charrette à bras munie d'un plateau garni de boutons, de différents cotons et de petite mercerie.

- La maison Delhalle de Monthermé pratiquait elle aussi le commerce ambulant de tissus, vêtements, chaussettes et bas.

-  Un marchand de peaux de lapins à vélo connut à Naux la frayeur de sa vie en 1944. Pris dans une rafle avec plusieurs hommes du hameau, il se retrouva plaqué au mur face à l'usine Papier. Par bonheur, tous furent relâchés.

  • Une anecdote racontée par Henry Bonnefoy

"Un commerce fut autrefois très florissant à Naux : celui de Marcel Picart qui louait son bouc "Bibi" à raison de 5 francs la saillie. Les clients se déplaçaient en nombre de Monthermé, Deville et même Les Mazures. Bibi était un maître, un "maître étalon ". Après 1945, cette activitéétait encore prospère, jusqu'à ce que "Bibi" prétende à une retraite méritée. Le respectable animal serait enterré au milieu de Naux, là où aurait existé un cadran solaire. "

Marcel habitait avec sa mère Marie dans une vieille maison abattue aujourd'hui près de la famille Mous au lieudit "Dans le coin", rue de la Semoy. Tous deux vivaient de façon très rudimentaire.

  • Bouchers

Les bouchers de Thilay (Machard, Lorriette...) et des Hautes-Rivières (Mailfait, Lamotte...) permettaient aux habitants des hameaux, grâce à leurs tournées hebdomadaires, de varier le menu quotidien.

  •  Produits d'entretien

Michel Becq fut gérant d'une entreprise de produits d'entretien de marque Lufra à Haudrecy.

En 1978, il occupa un entrepôt à Thilay dans l'ancienne usine Leinster des Paquis, puis s'installa à Naux en 1979 dans des locaux neufs construits à l'emplacement de l'usine d'Arthur Papier. Monique son épouse assurait alors la gestion et les livraisons.

France Tapis Accueil a progressivement pris le relais du commerce initial. Florent est actuellement salarié ainsi qu'un chauffeur-livreur, tandis que Michel est gérant.

  • Coiffeurs

- Luc Marchal, né en 1932, coupait les cheveux aux hommes à domicile et chez les gens des hameaux. Il se déplaçait avec son petit matériel dans une mallette.

-Yvonne Parvy, fille de M. et Mme Simon, avait installé un salon de coiffure dans la maison familiale.

- Virginie Liénard, 4 rue de la Semoy, a tenu un salon de coiffure "Virginie Coiffure" de 1997 à 2001.

  • Les porteurs

Chaque village et chaque hameau avait "ses porteurs" attitrés, avec quelques variantes en fonction des affinités avec le défunt. La famille donnait une pièce "aux porteurs", petite somme d'argent en liquide remise dans le circuit après l'enterrement sous forme de halte au café du village. Cette halte se prolongeait parfois plus que de raison au grand dam des épouses. Brassens, Brel, Ferrât et bien d'autres ont d'ailleurs immortalisé des enterrements épiques dans certaines chansons. Certains porteurs ont été privés d'enterrement en guise de représailles conjugales. D'autres ont été contraints de jeter l'éponge à cause du poids des ans.

Toujours est-il que cette tradition a disparu peu à peu, d'autant plus que les porteurs devaient s'absenter de l'usine et les absences à répétition n'étaient pas toujours du goût des "patrons". Dorénavant, les familles endeuillées ont recours aux Pompes Funèbres.

  • Brocante

Pour clore cette rubrique de Naux, signalons la brocante tenue à l'angle de la rue principale et de la rue de la Semoy par Bernard et Nicole Denis de 1970 à 1994. Après avoir été marchand de meubles à Braux dans les années 60, Bernard travailla 6 ans chez Conforama à Charleville-centre. Meubles et bibelots remis à neuf étaient exposés au rez-de-chaussée ainsi qu'à l'étage de la vaste bâtisse aux murs épais en schiste du pays. La remise attenante servait d'atelier de restauration. De nombreux Thilaysiens agrémentaient leur "pèlerinage" du dimanche à Bohan par une halte à la brocante de Naux afin d'y chiner une "pièce rare".

Le local a ensuite repris sa vocation initiale. Il a été racheté par les époux Schmitz, puis Forette depuis 2005.

Nohan-sur-Semoy

  • Boulangers

- Boulangerie Dominé

La boulangerie Dominé dans la Grande Ruelle (à l'endroit de l'abri-bus actuel) fut tenue par Jean-Baptiste Hubert Dominé et son épouse Adèle Badré avant 1902.

Avant 1914, Vivent, l'un de leurs six enfants, travailla au fournil avec son père. Parti au front, il fut tué en 1917 au Chemin des Dames.

Ce commerce a été repris après la guerre 1914-18 par Paulin Fernand Dominé et son épouse Estelle Cuvelier, les parents d' Huberte. En 1938, alors que cette dernière n'avait que 15 ans, Fernand décéda. Estelle disparut à son tour un an plus tard.

Pendant la guerre 1940, les époux Obéliane puis Delobel tinrent la boulangerie. Dans son livret "Thilay d'antan", Henry Bonnefoy évoque avec nostalgie : "Le gros pain et la bûche fendue sont préférés à la fantaisie et un querton grésillant dans un cugnon frais est un régal. "

Les époux Delobel ont ensuite tenu la boulangerie à Sorendal.

En 1948, Huberte épousa Roger Marchal, lui aussi boulanger. Les jeunes époux travaillèrent ensemble à Nohan. Huberte livrait alors plusieurs dépôts de pain dans la vallée de la Semoy avec son vélo équipé d'une remorque. Citons entre autres Joseph Chayot à Naux appelé "Dépôt de la Huberte" et le Familistère des Hautes-Rivières, place du monument aux morts. Le commerce comportait à la fois boulangerie et épicerie à l'enseigne des Etablissements Economiques. En 1952, Huberte et Roger quittèrent Nohan pour s'installer à Thilay.

Le bâtiment était devenu vétusté. Madeleine Blaise se souvient des trois poutrelles métalliques placées sur le pignon pour le renforcer. Rachetée par René Defossez, le concurrent local, la maison fut rasée et l'enseigne transférée dans la Grand-Rue.

Huberte et Roger Marchal. Ph. Alain Marchal.

 

 

Peu avant 1960, la famille Biaise, trop à l'étroit dans la maison de la Grand-Rue, racheta le terrain pour construire le long de la Grande Ruelle. L'opportunité d'acquérir la brasserie voisine mit fin au projet et la parcelle ne fut jamais reconstruite.

-          Boulangerie Defossez

En 1934, M. et Mme René Defossez reprirent la licence de Benjamin Tailler, boulanger installé dans la Grand-Rue.

Pendant la guerre, Mme Defossez ne vendait que du pain et du tabac. Ensuite, l'épicerie et le café vinrent agrémenter le chiffre d'affaires.

Dans les années 1960, Claude Martin travailla comme ouvrier-boulanger chez son oncle au fournil.

Devant le fournil, Jean-Michel Biaise et Gérald Mai/fait. Derrière le tas de casiers, la fenêtre du fournil et à gauche, le local de stockage du pain en attente de livraison.Ph. Madeleine Blaise.                          

  Des casiers sont empilés devant la vitrine du magasin. A droite, lesdeux maisons appartenant à Maurice Blaise, brasseur, étaient occupées par les familles d'Edgard Mailfait et de Gaston Blaise. Au premier plan, les enfants Blaise et Languillier. Ph. Madeleine Blaise.

Les sacs de farine pesant cent kilos étaient hissés un par un à l'étage grâce à un moteur électrique. La farine était ensuite versée dans une trémie qui alimentait le fournil en contrebas.

En octobre 1965, Jean-Claude Beaudoin succéda à M. Defossez, toujours aidé par Claude Martin avant que celui-ci ne parte travailler à la Chiers. Le commerce comportait boulangerie, épicerie, café, tabac et dépôt de bouteilles de gaz.

Née en 1926, Françoise Stévenin, épouse Caillaux, était toujours volontaire pour aller au pain chez René. Enfant, elle savourait la "rohette" en cours de route. A cette époque, le boulanger complétait le poids du gros pain en ajoutant un petit morceau, cible des "grignoteux".

Fin janvier 1983, M. Bore succéda à Jean-Claude. Hélas, un an et demi plus tard, la boulangerie-épicerie de la Grand-Rue cessa définitivement son activité.

  • Boulangerie-épicerie-café

-           Le café-épicerie de Rolande et d'Emilien Pïerrard resta en activité jusque peu après 1980. L'épicerie était installée à droite et le café à gauche en entrant. L'aspect de la façade et l'emplacement de la vitrine ont été conservés.

-           Un Mauroy en 1925

Un courrier adressé le 27 octobre 1925 au maire du village par les établissements Mauroy de Reims déclare confier à M. Dominé à Nohan "la gestion d'un dépôt de ses produits : chicorée et succédanés du café, épicerie, mercerie, bonneterie et chaussures, vins et alcoolisés, spiritueux, boissons hygiéniques, produits inflammables tels que pétroles et essences, pour être vendus au détail par ses soins et sous son entière responsabilité, tant civile que commerciale".

Ce magasin était-il le même que celui du futur Coop tenu par la famille Dominé ? A signaler qu'avant la seconde guerre, les magasins Mauroy et les Etablissements Economiques faisaient partie de la même chaîne de distribution.

-          Coopérateurs

Les Coopérateurs existaient déjà à Nohan pendant la guerre. En est la preuve l'un des journaux retrouvés par Marie-Joëlle Belhadji dans le grenier de son magasin. Ce journal du 15 novembre 1945 intitulé "Les Coopérateurs de France, organe de la fédération nationale des coopératives de consommation", comporte en première page l'encadré ci-contre, à "lire et faire lire autour de soi".

Geneviève Parizel.

-          Lucie des Coop

Mme Tailler née Briard puis Lucie Dominé née Tailler en 1893, appelée familièrement la "Lucie des Coop", tinrent ce commerce de proximité en bordure de Semoy au numéro 99. Ce magasin existait déjà avant la guerre. Toujours disponible, Lucie mangeait souvent sur son comptoir en servant les clients. Son mari Charles travaillait en usine.

La plupart du temps à cette époque, les épouses tenaient le magasin ou le café tandis que leurs hommes travaillaient à la "boutique", la taille du commerce et la conjoncture difficile ne permettant pas de nourrir une famille complète. Dans cette succursale des Coop, les ménagères nohanaises trouvaient tout le nécessaire vestimentaire et alimentaire.

Lucie a pris sa retraite en 1958, mais elle continua d'habiter l'arrière de la grande maison qui lui appartenait. Elle est décédée à Rethel chez sa belle-fille en 1976.

-  Geneviève Parizel

Née en 1931, Geneviève succéda à Lucie en septembre 1958, et cela jusqu'à fin juillet 1970. Son époux Raymond travailla chez Georges Pierre avant d'aller chez Renault-Mizen puis Bremmer à Thilay.

La cuisine et une petite réserve étaient installées dans la petite maison voisine. Le pain venait du Coop de Sorendal par le bus de 8 heures. La pâtisserie livrée trois fois par semaine était fabriquée au début à Villers-Semeuse. Vers 1964, un rayon poissonnerie fut alimenté en direct de Boulogne-sur-Mer chaque jeudi matin. Des colis-épargne et des colis-réveillon étaient proposés à la clientèle.

Geneviève possède encore une superbe cuisinière bois-charbon "Cooplor" (Coopérateurs de Lorraine) achetée en 1968 en même temps qu'un réfrigérateur "Arc en ciel".

A l'extérieur du magasin, une pancarte "Coopérateurs" surplombait la façade sur toute sa largeur. Chaque mardi, jour de la livraison, une pile de casiers vides occupait le trottoir pour le camion des Coopérateurs et celui de la bière GBA de Sedan.

Deux souvenirs sont ancrés dans la mémoire de Geneviève :

-  L'acquisition de sa première calculette vers 1967, très appréciée par la suite.

-  L'afflux au mois d'août des campeurs nordistes au camping du Faucon. A cette époque, le camping était bondé et tous venaient s'alimenter au Coop de Nohan. En plus, des jeunes du Nord travaillant dans les mines venaient ressourcer leurs poumons au Champ Bernard réputé pour son air pur. Ces jeunes campeurs convalescents descendaient le matin charger leur remorque de victuailles.

Raymond, Geneviève et leur fils Jean-Luc en juin 1963. A noter la pile de casiers parmi lesquels ceux de la coopérative laitière. Ph. Geneviève Parizel.

Le soir, Raymond allait livrer les bouteilles de gaz et les casiers de boissons chez les particuliers à l'aide d'une petite remorque.

Noël 1966 : Appuyé sur la vitrine réfrigérée garnie de porc frais, Ludo Zémanik discute avec Geneviève. Ph. Geneviève Parizel,

Noël 1958 : Le sapin décoréà la vitrine. L'affiche présente "Coop Incendie" et "Coop responsabilité familiale". A droite, on devine le téléphone qui servait de téléphone public. Ph. Geneviève Parizel.

-          Marie-Joëlle Belhadji

En 1975, André et Marie-Joëlle Belhadji achetèrent la maison des anciens Coopérateurs à la petite-fille de Lucie Dominé. Le commerce cessa pendant dix ans.

Puis, début 1985, Marie-Joëlle née Dehoul décida d'ouvrir un magasin indépendant à la même adresse.

Tandis que le magasin de "Lucie des coop" et de Geneviève Parizel était aménagé dans la pièce de la grosse maison en entrant à gauche, celui de Marie-Joëlle l'était dans la petite maison, côté droit du large couloir.

Autres différences : Marie-Joëlle vendait du tabac et des cigarettes (Gauloises, Gitanes, Camel, Marlboro, Royales ...). La traditionnelle "carotte" métallique peinte en rouge, symbole des buralistes, provenait du commerce de Jean-Claude Beaudoin. La fixation est encore visible au-dessus de la porte d'entrée de l'ancien magasin qui ne dépendait plus des Coopérateurs de Lorraine. Celui-ci avait comme principaux fournisseurs : Charles (produits frais), Duchêne et Montay (fruits et légumes), Jolain de Charleville (confiserie), Legendre (pain), Promodès (charcuterie, lait et crème), Biaise (boissons) et Sert de Givet (gaz). Les journaux "L'Ardennais" et "L'Union" étaient vendus en liaison avec la Maison de la Presse de Thérèse Deflandre des Hautes-Rivières.

Des carnets de timbres Europe Epargne permettaient aux clientes d'acheter petit mobilier ou vaisselle choisis dans le catalogue. Jusqu'en 1991, Marie-Joëlle a tenu le magasin, tandis que son mari André travaillait à l'usine. En 1994, elle a travaillé chez Bisiaux-Théault avant de prendre sa retraite en novembre 2012.

  • Peintres

-          L'entreprise Languillier

Jacques Languillier et l'un de ses fils José né en 1933, travaillaient au départ comme peintres chez Maurice Poirson à Hautes-Rivières. Domiciliés à Vresse, ils étaient frontaliers et venaient à bicyclette le lundi matin pour repartir le samedi soir. Le midi et le soir, ils mangeaient chez leur patron et ils couchaient chez un particulier au Commodo.

En 1949, la famille Languillier emménagea à Nohan non loin du magasin Defossez. José se mit à son compte en 1956.

En 1958, Jacques quitta son employeur pour rejoindre son fils José à Nohan. A cette époque, une 4 CV équipée d'une galerie fut achetée pour remplacer les déplacements à vélo. En 1971, l'entreprise "Languillier José" devint " Languillier Frères" avec l'arrivée de Jean-Marie, né en 1944, plus connu sous le nom de "Jean-Jean".

A la retraite de José, Jean-Marie se mit en SARL en 1993. José, marié à Francine Guillet en 1951, est décédé en 1999. Jean-Marie est "pensionné" à Nohan avec son épouse Annick depuis 2004. Il se souvient notamment que le lundi matin, il fallait emmener la grande échelle sur la

charrette à bras de Nohan jusqu'à Sorendal ou Thilay, selon l'emplacement des façades à repeindre. Les petites échelles d'intérieur étaient emmenées à vélo ainsi que les vitres portées sous le bras. Les gros pots de peinture étaient acheminés par   Léon    Davreux   de Thilay.

José et Jean-Marie Languillier lors d'une visite de fabrique de peinture à Valenciennes. Ph. J,M. Languillier.

Kneper et Dham livraient à Nohan le matériel commandé aux représentants. Les teintes étaient obtenues à partir du blanc de zinc mélangé avec de la poudre et de l'huile de lin. L'artisan peintre préparait lui-même ses mélanges. Une exception : il existait une teinte toute faite, à savoir le "rouge Comptoirs Français" commercialisé par Astral afin d'uniformiser les façades de toutes les succursales.

-          Patrick Denis : Avant 1985, Patrick fut employé chez Maurice Poirson à Hautes-Rivières. Depuis cette date, il travaille à son compte 7 rue de la Semoy à Nohan.

  • Commerçant ambulant

-          Alain Cornet : chaque mercredi matin, Alain faisait le marché à Hautes-Rivières. Le midi, il mangeait chez ses beaux-parents Gaston et Madeleine Biaise. Après l'heure du repas, les clients de Nohan venaient se ravitailler au camion stationné dans la cour de la brasserie. Après une halte à Navaux, Alain se rendait ensuite sur la place de Thilay.

  • Couturière

Après-guerre : Yvonne Godart, célibataire, fille de Narcisse.

 

Les Vieux-Moulins de Thilay

  • La famille Closse

Avant 1920, non loin du lieudit "Les mille briques", sur les hauteurs des Vieux-Moulins, les parents d'Elisée Closse vendaient du café, du tabac, de la confiture et du chocolat, ainsi que des bidons de pétrole destinés à assurer l'éclairage des maisons. Leur magasin était implanté en territoire belge, à quelques mètres de la frontière.

Document Marc Liétard.

 

Pendant la première guerre mondiale, les grands-parents de Lucien Marchal envoyaient leur Fils Noël y acheter du café trois fois par jour car la quantité était limitée à 1 kg par passage. Avant la construction des casernes des Vieux-Moulins, les douaniers étaient basés à Hauts-Buttés. Ils effectuaient de fréquentes patrouilles par équipes de deux. Il fallait donc varier les itinéraires et faire preuve de vigilance lors des achats en Belgique rendus nécessaires par la pénurie de denrées alimentaires. Au détour d'un chemin, lorsque l'on entendait crier "Halte à la douane", il fallait soit déclarer ses marchandises, soit prendre ses jambes à son cou et s'enfuir à travers la forêt. Les douaniers des Hauts effectuaient la jonction à la Croix Scaille avec leurs collègues de Linchamps, et aux "Tétras" avec ceux d'Hargnies.

Elisée Closse, marié Laure Parizel de La Neuville-aux-Haies, poursuivre le même commerce que se parents, avant de bâtir a lieudit " Marotel", sur la route de Willerzie, pour y mener d front commerce et agriculture Le chemin des Vieux-Moulin en direction de Marotel éta appelé "Chemin du Bureau"; il était le chemin légal vis-à-vis des douanes.

Avant-guerre, certain produits étaient interdits à Ia vente. Lucien Marchal se souvient par exemple que Ie fait d'introduire en France d poivre en grains, des jeux de cartes belges ou des allumettes était passible d'un "procès". Nous ignorons le motif de ces interdictions. Précisons simplement que l'as de trèfle permettait de différencier les jeux de cartes belges et français. Les douaniers des Vieux-Moulins de Thilay allaient parfois boire un verre à Marotel et même faire quelques pas de danse au son du phonographe. Ils s'y rendaient d'autant plus volontiers qui parmi les six enfants d'Elisée figuraient trois charmantes jeunes filles : Marie-Thérèse, Hélène et Odette.  Plusieurs douaniers étant célibataires, tout était pour le  mieux,  à  tel  point qu'Odette épousa l'un d'entre eux, M. Lépinois.

En ce qui concerne la vente de pain, les douaniers remettaient un carnet de timbres prédécoupés à leur présenter au passage. Parfois, ils coupaient un gros pain rectangulaire au hasard pour vérifier si celui-ci ne dissimulait pas de produits de contrebande.

Elisée Closse décéda vers la fin de la guerre et l'établissement ferma ses portes avant d'être vendu à la famille Speth.

Marotel.

Georges, fils d'Elisée, fut garde privé de M. Speth. Arrêté le 2 août 1944, il fut sévèrement frappé par les Allemands, sans doute suite à une confusion avec Albert Brùck, garde-forestier è Willerzie.

Précisons qu'en 1946 à Marotel, la mère de Marc Liétard, ami belge de Willerzie, bien connu par les Anciens des Vieux-Moulins de Thilay, obtint une autorisation de commerce, mais celle-ci ne se concrétisa pas. De 1946 à 1950, Joseph et Marie-Louise Liétard furent concierges du domaine de Frédéric Speth devenu baron par la suite "pour services rendus à la Belgique".

Actuellement, le domaine de Marotel est aménagé en résidence secondaire entourée de pâtures et d'un étang, à deux pas du vaste parc à gibier de la famille Speth.

  • Le quartier Parent

Ce petit quartier de la commune de Monthermé est situé au carrefour de la route d'accès aux Hauts-Buttes et de la route d' Hargnies. Il s'appelle ainsi car plusieurs membres de la famille Parent y étaient voisins. Avant 1940, on y trouvait notamment une épicerie, un café et une boulangerie, cette dernière tenue par Paul et Julia. Avant et après 1940, leur fille Marcelle reprit l'épicerie avec son mari M. Hoche. Les gens des Vieux-Moulins s'y approvisionnaient.

Dans la pointe entre les deux routes, Henry, frère de Paul, fut maréchal-ferrant. Surnommé "Chouchou", il tenait une quincaillerie dans un petit bâtiment voisin de la grosse maison.

Deux sœurs, Joséphine et Marie Parent, tinrent le café situé dans la vaste bâtisse visible sur cette carte postale du début du siècle dernier entre la forge et la guérite des douanes. Une grosse dalle subsiste à l'emplacement du puits creusé dans la cave de ce commerce qui a brûlé après avoir été racheté. Plus loin, au bord de la grand-route, la petite maison qui subsiste de nos jours fut habitée par Hortense Parent, épouse du douanier Poncelet. Sa fille Denise, couturière, confectionnait tabliers, robes et manteaux.