Les Vieux-Moulins de Thilay

Les Vieux-Moulins de Thilay

"Sur le plateau d'Ardenne entre Hargnies et Gédinne, à l'orée de la frontière belge, le hameau des Vieux-Moulins de Thilay s'arrime aux schistes des fagnes dans l'implacable effroi du ciel et du vent ".Yanny Hureaux.

Au hasard d'une discussion, lorsque l'on cite le nom du plus petit hameau de notre commune, les Vieux-Moulins de Thilay, notre interlocuteur s'écrie souvent : "Ah oui, le ski de fond !" ou alors "La résistance pendant la guerre !" Mais bien souvent, la plupart des personnes rencontrées n'en savent guère davantage.

Les Thilaysiens sont plus éclairés à ce sujet que les Champardennais "moyens" et cela pour diverses raisons : liens familiaux ou liens affectifs avec les familles des Hauts, souvenirs de promenades sur le plateau chez les plus jeunes ou de faits de guerre chez les plus anciens...

Par le biais de cette chronique "Histoire locale", l'occasion nous est donnée de mettre à la "une" la clairière des Vieux-Moulins, distante de 8 kilomètres à vol d'oiseau de Thilay-centre (le double par la route de Monthermé) et dont l'altitude moyenne avoisine les 480 mètres.

Précisons qu'en 1994, à l'occasion du 50ème anniversaire de la Libération des Ardennes, le bulletin municipal n° 12 avait consacré sa rubrique historique aux Vieux-Moulins de Thilay, haut lieu de la Résistance ardennaise. Depuis cette date, une plaque apposée sur la façade de la maison Fontaine invite le passant à un instant de recueillement.

En juin 2005, le Cercle d'Etudes Historique de Gédinne avait consacré un numéro de sa revue à ce hameau frontalier et son président M. Yvon Barbazon avait eu la délicate attention de faire parvenir peu après un exemplaire de son étude en mairie de Thilay.

En résumé, le présent article rassemble les témoignages de Mmes Fontaine et Gény. Il a pu être réactualisé et complété grâce au concours de plusieurs habitants parmi lesquels Mme Mo­nique Badré et M. Lucien Marchal.

"Ce hameau est connu pour être celui de la famille Fontaine qui s'illustra par ses faits de résistance pendant la guerre de 1940.

Ces quelques maisons, collées à la frontière belge, eurent une animation des plus intéressantes. Quand je vous dirai que les Vieux-Moulins sont situés sur le chemin de Gédinne aux Hauts-Buttes, que le chemin qui vient de Willerzie par Marotel rejoint le premier par la frontière, vous vous rendrez mieux compte que c'était un point de passage obligé pour les Belges désireux d'honorer Saint Antoine de Padoue en l'église des Hauts-Buttes. Et Dieu sait si c'était le cas au début du siècle dernier car les pèlerinages étaient très fréquentés.

 

L'origine de ce hameau remonte au moins au début des années 1600. En effet, c'est vers 1573 que l'on parle de la censé d'Orchimont (ou censé des Hez, Hayes). Cette ferme est située sur le territoire d'Orchimont qui comprenait alors ce que nous appelons aujourd'hui "Les Vieux-Moulins d'Hargnies". Ces derniers sont situés à 472 mètres d'altitude près de ceux de Thilay. Alors y avait-il deux moulins ou un seul ? En tout cas, cela a donné naissance aux deux noms de hameaux."

Après la Révolution, les Ardennes recensaient un millier de moulins à eau ainsi que deux cents moulins à vent. L'activité économique était très liée à ces moulins. Ils étaient utilisés pour la farine, l'huile... mais aussi pour le travail du fer, les forges, les hauts fourneaux, les scieries, les filatures... et ce jusqu'au milieu du XIXème siècle. Le long de la Houille, de nombreuses traces subsistent et font état de la présence de ces moulins jusque dans les années 1900-1920. (L'Ardennais du 12 juin 2008)

   

Carte de Cassini

La carte de Cassini représente une situation qui existait vers 1760. Elle mentionne uniquement "Les Vieux-Moulins". On y voit un seul moulin et une seule retenue d'eau. C'était certainement un moulin à farine ou à tan ("tan": l'écorce des chênes était réduite en poudre pour permettre le tannage des peaux).

Sur le plan cadastral de 1834 établi d'après les textes de lois napoléoniens, le lieu-dit "Les prés du moulin" jouxte le ry (ruisseau) de Stol, en aval du marais.

Dans ce coin d'Ardenne française, le découpage des municipalités est assez compliqué, vu que quatre communes aboutissent à peu près à cet endroit. Outre celle de Thilay, on trouve :

- juste à côté, les Vieux-Moulins d'Hargnies appartenant bien sûr à Hargnies, point de départ de la dévotion à Saint Antoine avant que n'existe l'église des Hauts-Buttes. En effet, en septembre 1706,  un oratoire fut édifié près de la censé d'Orchimont. Aujourd'hui disparu, il figurait sur la carte de Cassini dressée vers 1775 sous le nom de "chapelle des Hez".

Vers 1779, une petite chapelle construite aux Hauts-Buttes remplaça l'oratoire. En août 1876, l'église actuelle, beaucoup plus imposante que la chapelle, fut réceptionnée par M. Couty, architecte sedanais qui fut d'ailleurs chargé de construire l'église de Thilay 13 ans plus tard.

Participèrent au financement : le Conseil de Fabrique, l'état, le département, les communes de Monthermé, d'Hargnies et de Thilay. Ces deux dernières étaient réticentes mais elles furent sommées par le préfet d'apporter leur contribution pour "fréquentation de lieu de culte et frais de scolarité"...

-  un peu plus vers l'ouest, les Hauts-Buttes, commune de Monthermé où a toujours lieu le pèlerinage de Saint Antoine.

-  enfin La Neuville-aux-Haies située en majeure partie sur la commune des Hautes-Rivières, quelques maisons appartenant à Thilay dont la maison forestière.

 

Carte de Vendol : vers 1830

Un moulin à eau fonctionnait donc dans les environs sur le Stol qui descend vers la Huile, puis la Houille et enfin la Meuse. Les sources devaient être abondantes car nous sommes au sommet du plateau "franco-belge". On peut encore voir actuellement un étang de retenue entre les Vieux-Moulins de Thilay et les Vieux-Moulins d'Hargnies. L'endroit est très humide et on l'appelle d'ailleurs le "marais".

Selon le Cercle Historique de Gédinne, ce lieu, assez fouetté par les vents et la bise quand arrive l'automne, a une histoire plus importante que ne pourrait le laisser croire sa taille. En effet, le village comportant au plus 20 maisons, eut une infrastructure comparable au plus grand. C'est certainement la douane qui allait en être la cause. L'église et le cimetière sont communs avec les Vieux-Moulins d'Hargnies et le hameau voisin des Hauts-Buttes.

Voici un descriptif de ce hameau du début du 20ème siècle jusqu'à nos jours. La numérotation sur le plan ci-après est tout à fait fictive.

 

Maison 1 :

 

Maison de Charles Closse. La maison d'Elisée Closse juste en face, située sur le territoire belge, n'existe plus. Elisée faisait commerce de tabac et autres produits très prisés à l'époque par les frontaliers.

Les deux filles de Charles Closse ont quitté le hameau après 1914. Leur mai­son fut vendue vers 1924 à Léontine Dehoul, épouse de Noël Marchal (père de Lucien né en 29 aux Vieux-Moulins et de Lucienne née en 25 aux Six-Chênons).

Cette maison fut ensuite achetée par Jean Henry après 1980 puis la "Ferme du Rocher" deviendra en 2005 la propriété de Patrick et Sabine Decoodt originaires de Belgique qui ont entamé de gros travaux de restauration. Cet endroit est aussi appelé "les Mille Briques".

Non loin de là, pendant la guerre 14, l'avion allié de liaison se posait pour déposer paquets et militaires. Une soi-disant espionne, la "Belle Hélène", y aurait été débarquée avant d'être tuée à l'époque du réseau Jacquemin à Monthermé.

A la seconde guerre, le terrain de parachutage était surnommé "Astrologie".

 Maison 2 :

Cette maison, appelée "La maison du zouave", appartenait à Gustave Delmont et Emilienne Joniaux. Leur fils Henri, dont la fille se prénommait Jeannine, l'acquit ensuite. Plus tard, elle fut vendue à Noël Marchai qui ne l'a pas habitée puis à la famille Stringer des Hautes-Rivières. Il ne reste à l'heure actuelle que des ruines.

 

Maison 3 :

Elle était la propriété de Cyprien Buf­fet de Willerzie et de son épouse Zilda Borgnet. Ce couple eut trois enfants. Les deux fils ont vendu la maison à l'issue de la guerre 40. Eugène Marchai, oncle de Lucien, l'a ensuite achetée en 1960 puis cédée aux époux Hennequin Bosquet des Vieux-Moulins d'Hargnies.

Pierre Henquin, nouveau propriétaire et électricien à Vireux, y revenait de temps en temps, il l'a ensuite revendue à M. Lagache, un parisien dont l'épouse était belge.

Cette maison a la particularité de posséder une "bauquette" comme on le dit là-bas. Cette petite fenêtre appelée aussi "beuquette" selon les endroits est placée au-dessus de l'évier. Elle permettait de "bauquer" c'est-à-dire de regarder sans être vu et d'épier ce qui se passait au dehors. Il y en a encore dans presque toutes les maisons de la Neuville-aux-Haies, hameau voisin.

 

Maison 4 :

Elle appartenait à un Borgnet, cousin des Buffet. Ce dernier cultivait et possédait les terres si­tuées en face de la maison Fontaine.

Pendant la guerre de 1940, il y avait des postes de garde mobiles entre les postes de douane fixes. L'un était situé sur la route venant de la Croix Scaille vers La Neuville-aux-Haies avant le carrefour des Hauts-Buttes. C'étaient des soldats avec des douaniers. Ils venaient prendre leurs ordres auprès du brigadier des Vieux-Moulins et ils avaient demandé pour occuper cette maison qui sera ensuite rasée.

Maison 5 :

Camille Chayot et son épouse y habitaient avec leur fils Camille appelé le "Blanc Camille".

Coiffée d'un toit de chaume, elle était l'une des rares à ne pas posséder de puits. Le "Blanc" fut domestique à la ferme de Longchamps près de Louette Saint Pierre.

Avant la guerre 40, lors d'une vente publique à la bougie dans les locaux de l'école, Louis Fon­taine a acheté le terrain devant chez lui pour 4000 francs ainsi que la maison qu'il n'a d'ailleurs pas habitée. Ses deux fils Gaston et Georges s'y rendaient quelquefois.

En ruines à la fin des années 40, cette habitation fut démolie entre 1950 et 1960.

Maison 6 :

Elle était la propriété de Alfred Parizel (père) et de son épouse Juliette Joniaux, parents de qua­tre enfants, deux garçons et deux filles qui épousèrent des douaniers : Berthe a épousé un dénommé Poggi (Corse) et Madeleine, Marceau Marchand, domicilié à Hargnies. Alfred, l'un des fils, époux de Simone Sanzonni, l'habita jusqu'à sa mort.

A l'heure actuelle, elle est la résidence de M. et Mme André Allot de Monthermé.

Maison 7 :

Elle appartenait aux Doucet-Ridoz, originaires de Sart-Custinne. Jusqu'à la guerre de 1940, ce fut un café, Marie Ridoz en fut la tenancière.

Inhabitée quelques temps, abîmée ; par la guerre, celle-ci fut rachetée avant 1960 par Lucien Marchal, agriculteur, qui après l'avoir remise en état, l'habita et l'habite encore avec son épouse Raymonde Demars.

 Maison 8 :

Baptiste Tutiaux et son épouse Pau­line Dineur (oncle et tante de Georgette Fontaine) y séjournèrent.

Léon, fils du premier mariage de Bap­tiste, s'est fait prendre avec le courrier des soldats français combattant en 1914. S'enfuyant par la fenêtre, ce dernier fut pris par les Allemands qui avaient encerclé la maison. Déporté, il mourut en captivité.

Georges était le fils de Pauline Dineur né d'un premier mariage, douanier et tué en 1915.

Un commis du nom de Lucien Waslet y travaillait en 1940. Egalement bûcheron, Lucien partit ensuite à Sorendal.

Léon et Georges étant décédés à la guerre, il ne restait que deux enfants sur quatre : Lucien, époux de Clara Marchai des Hauts-Buttes (sœur de Noël et Eugène) a habité les Vieux-Moulins jusqu'à sa mort en 1937. Il était costaud mais avait des problèmes de santé. Un jour qu'il était au bois avec Louis Fontaine, il fut victime d'une perforation de l'estomac ; Louis et un garde forestier avaient fabriqué un brancard pour le ramener aux Six-Chênons à la maison Doudoux. Le couple eut un fils Georges qui est parti vers 1970. La petite forge qui servait de clouterie de l'autre côté de la route (maison 13) lui appartenait. Avant de partir, Georges avait tout replanté en sapins.

Marguerite Tutiaux est partie après son mariage.

Quand les Badré (originaires des Hautes-Rivières et provenant de la région parisienne) ont racheté la maison, ils ont arraché les 3 000 sapins. A leur départ, les Didier furent propriétaires des champs et la maison a été vendue à un policier de Monthermé nommé Kauffmann puis à un huissier de Fumay du nom de Pierangéli et par la suite à la famille Suys de Tourcoing. En 2006, soit 23 années plus tard, la  maison est devenue la propriété de M. et Mme Daniel Ahrend de Bruxelles.

Maison 9 :

Eugène Delmont et Amélie Coxan de Linchamps occupaient cette maison. Ils n'avaient pas de liens directs de parenté avec les Delmont cités plus haut. Eugène livrait des ballots de tabac aux bateaux à Monthermé. Le couple eut 3 enfants (l'un fut douanier et la fille épousa ... un douanier). La maison fut vendue à Lucien Tutiaux avant la guerre de 40. Celui-ci possédait un manège ou tourniquet animé par un cheval pour moudre le grain destine au bétail. Elle fut ensuite habitée par Pierre Gillard et Lucienne Marchal. Après le décès de Pierre, Lucienne partit à Briançon auprès de sa fille. Depuis cette date, Nicolas Dupont et son épouse habitent la maison et la restaurent progressivement.

Maison 10 :

Elle appartenait à Eugène Tutiaux, frère de Baptiste, époux de Pauline Divoy. Ils eurent qua­tre enfants : Eugène et son épouse Louise Pérot qui partirent aux Hauts-Buttes, Pol époux de Marie Devigne qui habita les Hauts-Buttes puis les Woiries, Irène, épouse de Robert Faynot, douanier, et Yvonne, épouse de François Gazais, douanier également.

Au décès de ses parents, Eugène est revenu aux Vieux-Moulins. La maison appartient à l'heure actuelle à son fils Pol qui habite à Charleville-Mézières.

Maison 11 :

Les Fontaine-Delmont (arrière-grands-parents de Georgette) avaient 5 enfants : Jules, Lucien, Marie épouse Cuvelier (de Presgaux), charbonnier et sabotier, Mélia, épouse Deschamps des Vieux-Moulins d'Hargnies et Marceline, épouse de Félix Folie, les parents de Marguerite. Les Fontaine-Tutiaux (grands-parents de Georgette) furent les derniers occupants. Après 1914, la maison resta vide et elle fut démolie.

Maison 12 attenante :

Habitée jusqu'en 1942 par Thomas Delmont, célibataire, la maison fut vendue à M. Claesens à son retour de captivité, puis à la famille Michaux qui la transforma. Actuellement, elle est la ré­sidence secondaire de M. Paul Musiedlak, retraité d'EDF à Charleville-Mézières.

Maison 13 :

Rasée aujourd'hui, cette forge et clouterie appartenait à la famille Tutiaux (en face). On y ferrait les chevaux ; les fers et les clous étaient achetés à Charleville. Un maréchal-ferrant, Henry Parent, habitait Les Hauts-Buttes.

Maison 14 :

Située derrière l'école actuelle, cette maison appartenait à Jules Fontaine, un grand-oncle de Georgette. La "maison Fifine" (nom de son épouse Joséphine) comportait l'écurie, la grange et l'habitation. Les trois fils ne sont pas restés aux Vieux-Moulins. Un four à pain qui chauffait très bien était utilisé lors des fêtes patronales ou des repas de familles.

Elle fut achetée et occupée quelques années par Elisée Closse de Willerzie qui y emmagasinait ses denrées avant la guerre mais habitait Marotel ; son fils avait installé un monte-ballot actionné par un cheval qui tirait un câble. Elle était toujours habitable en 1940. Georges Tutiaux l'a ensuite achetée et démolie vers 1970. Actuellement, les Didier de la ferme des Hauts-Buttes sont propriétaires de l'emplacement et des terrains.

Maisons 15 et 16 :   

            

Construite en 1911, suite à une délibération du Conseil Municipal du 13 octobre 1908, l'école et le loge­ment de l'instituteur ont vu se succéder les enseignants suivants :

•  Mme Langlet :  1911 à 1919, épouse    d'un    douanier   des Hauts-Buttes

•  Marie-Louise  Gény   :   1920  à 1940, marraine de Marie Gény

•  Mlle Nicolet : 1941-1942

•  Mlle Bertholet des Mazures  : 1942 à 1943

•  Mme Juliette Bozier :  1943 à  1945

•  M. Pierre Badré : 1945 à 1946

•  M. Maurice François : 1946 à 1950. Précisons que Maurice fut par la suite le premier insti­tuteur-animateur nommé au CIN de la Neuville-aux-Haies. Ce Centre d'Initiation à la Nature fut le premier à fonctionner en France en 1969.

En juin 1947, l'Inspecteur d'Académie avait déjà proposé la fermeture de l'école, provocant le mécontentement de la population et du Conseil Municipal : "Le Conseil proteste énergiquement contre cette proposition étant donné que l'écart des Vieux-Moulins de Thilay se trouvant à 3 ki­lomètres des Hauts-Buttes, il serait impossible aux enfants de ce hameau de se rendre à l'école des Hauts-Buttes, en hiver, les chemins étant impraticables. L'école fermera cependant ses portes en 1950 à cause d'un effectif trop faible. En 1953, la classe unique des Vieux-Moulins fut réou­verte.

L'école des Vieux-Moulins de Thilay en 1934.

1er rang : Eugène Renneville, Pierre Hass, Jacques Hulin, Lucien Marchal.

2ème rang : Marcelle Poncelet, Georgette Fontaine, René et Suzanne Renneville, Paulette et

Georges Tutiaux.

3ème rang : Lucienne Marchal, Marie Gény, Yvonne Poncelet, Gaston Fontaine, Georges Fontaine, Maurice Lepage et Françoise Wauthier. Institutrice : Mlle Marie Gény.

Se succédèrent alors :

•  M. Elle Gilquin : 1953-1954

•  M. Deletang : quelques mois en 1954

•  Mme Gilberte Bouquignaud : 1954 à 1956 (sœur de Juliette Bozier)

•  M. Maurice Brasseur : 1956 à 1963.

Fils de cultivateurs revinois, Maurice s'engagea dans la résistance aussitôt le massacre des Manises. Après guerre, passionné d'athlétisme, il créa notamment le GRAC (Givet-Revin-Athlétique Club)

•  Mme Marcelle Brasseur : 1963 à 1966 (épouse de Maurice)

•  M. Gribout 1966 à 1968.

En 1968, suite à la fermeture de l'école qui a accueilli jusqu'à 24 élèves à l'époque des douanes, les enfants fréquentèrent l'école des Hauts-Buttes pendant un semestre, le transport étant assuré par l'instituteur Maurice Brasseur. Lucien Marchal assura ensuite le transport a Monthermé : 7 enfants des Vieux-Moulins et 5 des Woiries à un certain moment. Ce service fut effectué pendant 17 ans à raison de 4 fois par jour.

La salle de classe est aujourd'hui une salle communale (bureau de vote lors des élections) et le logement de fonction est loué par la municipalité à des particuliers.

Maisons 17 et 18 :

La double maison destinée aux deux fils fut construite par les Fon-taine-Tutiaux sur une ancienne maison au début du siècle. Après avoir été utilisée comme salle de classe pendant la construction de l'école, la maison 18 fut l'habitation du receveur des Douanes.

En 1919, les parents Fontaine habitaient la maison 17 et y tenaient un café. A l'intérieur, on pou­vait communiquer d'une maison à l'autre.

Le café fut réouvert dans cette maison avant les élections de 1937 et ce jusqu'en 1970. C'était un lieu de passage, deux licences étaient nécessaires : alcools forts et boissons ordinaires. Un billard et un jeu de boules étaient à la disposition de la clientèle composée surtout de bûcherons et de gens de passage venant de Bel­gique pour se rendre aux Hauts-Buttes mais aussi du personnel des douanes.

Marguerite Folie était née à Awenne près de Saint Hubert en Belgique en 1900 ; elle épousa Louis Fontaine. Trois enfants naquirent de cette union : Gaston, Georges et Georgette. La famille Fontaine évacua en Vendée en 1940 et revint en 1941. Georges et Gaston ont d'ailleurs épousé des Vendéennes.

Avant de partir à Hautes-Rivières vers 1955, Gaston Fontaine a habité la maison 18 qui fut ensuite louée à des chasseurs. De nos jours, elle appartient à ses enfants, Monique et Brigitte. La "grosse maison", ancien corps de ferme, est toujours habitée par Georgette.

Guérite des douanes :

Près de la maison Fontaine, cette cabane en bois abritait les douaniers en faction. Une cocarde tricolore fixée sur un poteau et un câble tendu entre deux poteaux en béton symbolisaient la présence de la douane.

Ces poteaux existent encore ainsi que l'attache des câbles.

 

 

La caserne des douanes et ses quatre bâtiments (Photo prêtée par M. Boudart)

Au début, c'est la maison Fontaine qui abritait le receveur des douanes puis celui-ci fut logé à la caserne ; les douaniers mariés étaient hébergés aux Hauts-Buttes (Prost et Petit). Les receveurs furent autrefois Mrs. Guillemin en 1914, Husson et le dernier Julien Devigny qui fut ensuite brigadier des douanes et tint le bureau de la caserne.

La construction des casernes par des maçons italiens logés à Monthermé se situe entre 1930 et 1935 : le bâtiment situé le long de la route était destiné aux douaniers célibataires. La cuisine était commune.

Plus à l'écart du chemin, 3 maisons doubles abritaient 6 ménages. Des abris de jardin avec volières et clapiers complétaient l'ensemble.  

                     

Epouses de douaniers et leurs enfants.              Anciennes casernes des Vieux-Moulins.  

(Photos Terres Ardennaises)

Les douaniers étaient rarement de la région ; ils étaient bretons, corses...Artaux, Labarre, Le-françois, Bellin, Guermeur : quelques noms parmi la quinzaine de douaniers présents en cet en­droit.

Pendant la guerre, ils partirent aux Hauts-Buttes dans l'ancienne auberge et revinrent aux Vieux-Moulins jusqu'en 1960, date à laquelle la douane fut transférée à Monthermé.

Les logements furent vendus à la Fédération des Œuvres Laïques dans le but d'abriter des camps de vacances. En 1969, Monique Badré travaillait aux cuisines et son mari Lyonel à l'en­tretien des locaux. Peu après 1970, un centre aéré de Revin fonctionna dans les locaux. Vers les années 80, l'un des quatre bâtiments de la "caserne" fut aménagé pour recevoir les adeptes du ski de fond. Pendant une bonne décennie, les amateurs de pleine nature envahirent les abords des Vieux-Moulins de Thilay. Dès les premières chutes de neige, des familles entières venues de toute la Champagne-Ardenne s'élançaient sur les pistes balisées avant de se retrouver dans l'ancienne douane où les bénévoles de la FOL servaient chocolats et cafés bien chauds.

Lors d'un hiver très neigeux, le cap des 5000 personnes dont 1500 scolaires fut dépassé en 20 journées. Près de 20 bénévoles assuraient la petite restauration et la location du matériel de ski. L'ONF entretenait les pistes et les gendarmes de Charleville et de Monthermé réglaient la cir­culation, ce qui n'était pas une mince affaire.

 

L'Ardennais du 6 février 1986

 

Malgré l'immense parking de 450 places aménagé par le Conseil Général fin 1983, l'engorgement du hameau était inévitable, au grand dam des riverains. Plusieurs hivers sans neige et l'absence de crédits suffisants pour assurer un hébergement fonctionnel eurent cependant raison de la "station" des Vieux-Moulins.

Depuis cette époque, les trois bâtiments les plus vétustés ont été rasés. Le dernier survivant des " Malins Prés" a été racheté par M. et Mme Philippe Boudart qui l'ont restauré avec goût ainsi que les annexes.

La présence des chevaux et de l'éolienne confère au site un caractère authentique.

 

Maisons 21, 22 et 23 : la croisée Jean-Pierre.

Situées à un kilomètre du "poteau", ces maisons appartenaient aux trois frères Tutiaux. Elles sont en ruines depuis plusieurs décennies. Ce lieu était appelé " Croisée Jean-Pierre" (altitude : 486 m). Sur d'anciennes cartes, c'est le carrefour de plusieurs chemins qui mènent notamment à Houdrémont, la Neuville-aux-Haies et les Vieux-Moulins d'Hargnies.

                                                                       

Maison 21 : La dernière occupante fut Mme Poncelet qui n'y revint pas après l'évacuation. Pri­sonnier en Russie, M. Henry Poncelet, époux de Marie Oudin, revint souffrant à Monthermé en 1919. Connaissant la famille Tutiaux, il décida d'acheter une maison aux Vieux-Moulins. Quatre filles vécurent au foyer : Andrée née en 1910, Mireille née en 1912 qui épousa un douanier, Yvonne née en 1922 et Marcelle née en 1926.

En 1940, la famille Poncelet a évacué à La Guérinière avec entre autres la famille Fontaine. Ma­riée en 1948 à un Vendéen, Marcelle Milcent-Poncelet réside désormais à Saint-Gervais en Ven­dée.

En septembre 2008, Marcelle et son fils Philippe âgé de 50 ans étaient présents à Saint Ger-vais pour accueillir la délégation des élus ardennais en présence de Jacky Picart, Président de l'Amicale "Les Ardennais en Vendée " (voir BM n° 26).

Parmi la foule de souvenirs qui ont marqué la mémoire de Marcelle, citons les hivers rigoureux des années 40 sur les Hauts, le drame de l'exode avec Gaston Fontaine gravement blessé par un cheval en cours de route et l'école des Vieux-Moulins aux côtés des enfants de douaniers et des Renneville qui venaient des Vieux-Moulins d'Hargnies à pied.

Récemment, Philippe, venu tout jeune dans les Ardennes avec sa famille, est revenu aux Vieux-Moulins pour "marcher sur les traces de ses parents parmi nos collines et nos belles forêts".

 

Maison 22 : Les membres de la famille Tutiaux-Pierrard en furent les derniers occupants. Après leur départ pour Braux, celle-ci resta inhabitée, on peut encore voir ses ruines aujourd'hui.

 

La maison 23 appartenant à Cyrille Tutiaux fut la première à disparaître. Ce fut autrefois un café.

 

Les chalets et les lieudits :

Quelques chalets complètent l'habitat des Vieux-Moulins. Ils sont implantés à l'entrée du ha­meau ainsi qu'aux "Mille Briques" et à l'extrémité du "Chemin du marais". A cet endroit appelé "Le Clos Henry Dupont", le chalet de la famille Renard surplombe un petit étang que l'on découvre entre les haies de charmes.

L'examen du plan cadastral fait découvrir, par opposition à la taille des Vieux-Moulins, toute une gamme de lieudits dont l'origine nous échappe. Citons par exemple du sud vers le nord : La Terre aux Loups, les sarts de la Taille l'Allemande, les Longs Champs, la fontaine Gaudré, les Ma­lins Prés, les Quarrés, la censé Dupont, les Croches, la Corne des Champs et les Prés du Moulin.

 

"Le poteau" :

(carrefour de la route qui vient du hameau avec la grand-route Hargnies-Monthermé)

Cet observatoire de 25 m de hauteur avec 4 pieds en chêne fut construit par les allemands en 1914. Une échelle verticale permettait d'accéder à une plateforme. Lucien Marchai se souvient d'y être monté à l'âge de 10 ans.

Réparé par Auguste Delmont (scieur et exploitant forestier aux Six-Chênons puis aux Hauts-Buttes, père d'Agapit) entre les deux guerres, cet observatoire aurait disparu en 1939.

Pendant l'hiver 39-40, 50 soldats français étaient cantonnés aux Hauts-Buttes. Issus pour la plupart du Nord de la France, ils couchaient sous des tentes ou dans les granges. Pendant leurs permissions, ils aidaient les habitants aux travaux forestiers pour améliorer leur solde. Ils abattaient des grumes pour bloquer les routes en cas d'invasion. Dans le même but, deux puits de mine avaient été aménagés au milieu de la chaussée. Profonds de 7 ou 8 mètres, ils étaient protégés par des plaques en béton.

Le 11 mai 1940 à 4 heures, les militaires français ont fait exploser les charges, créant un im­mense entonnoir de la largeur de la chaussée.

Les cartes de Cassini (vers 1760) et de Vendol (vers 1830) mentionnent toutes deux une "grande croix" à la hauteur de ce carrefour.

Quelle était sa taille ? Qu'est-elle devenue ? La question est posée...

Des croix semblables existèrent le long de grands axes de communication. Dans le cas présent, le carrefour du Poteau était situé sur l'axe ouest-est de Revin à Gédinne appelé "Chemin du Luxembourg" sur la carte Naudin en 1750 et "Grand Chemin des Ardennes" en 1828 sur la carte d'état-major.

Les Six-Chênons :

Cette vaste clairière d'une vingtaine d'hectares fut autrefois un véritable hameau à vocation agricole ainsi que nous pouvons le constater ci-dessous sur la carte postale ancienne.

La fontaine des Six-Chênons permit de cacher des armes en 1696 lors de la résistance contre les hollandais. Le 25 septembre, 300 hommes de la garnison de Maastricht brûlèrent 52 mai­sons à Thilay et à Naux. Les habitants se défendirent vaillamment et poursuivirent l'ennemi en retraite jusqu'aux Six-Chênons.

Le corps de ferme existant a appartenu successivement à Hubert Doudoux, agriculteur, à Jean-Baptiste (né en 1878), puis à Jules et enfin à Jean. Quatre générations se sont donc succédé. Jean et son épouse Ginette ont eu 4 enfants. Yvette est la sœur de Jean.

L'électricité a été installée aux Vieux-Moulins juste avant 1950. Pour cause de budget, les tra­vaux ont été différés aux Six-Chênons et la famille Doudoux a obtenu le "courant" à Noël 1968 après demande auprès du Génie rural.

En 1976, lors de la grande sécheresse, le puits était à sec et Jean a creusé un autre puits à proximité.

Sur cette photo, prise peu après 1900, un véritable quartier existe, puisque 28 personnes fu­rent recensées à cette date. En 1936, on dénombre 3 maisons, 3 ménages, 10 habitants aux Six-Chénons.

A gauche du chemin figurent les fermes Doudoux, puis Ville et Delmont. La famille Ville avait 4 fils, partis avant la guerre. M. Delmont, le grand-père d'Agapit, célèbre charbonnier, possédait une scierie alimentée par une machine à vapeur. Avant la guerre 40, l'atelier a brûlé. La famille Delmont est alors partie aux Hauts-Buttes.

Noël Marchai a habité la ferme Delmont jusqu'en 1927 avant d'habiter aux Vieux-Moulins à la ferme du Rocher. La ferme Delmont, habitée jusqu'en 1948, est tombée aussitôt en ruines.

A droite du chemin, une coquette maison abritait deux sœurs. Cette habitation est tombée en ruines vers 1950, de même que la petite clouterie aujourd'hui remplacée par le jardin de la ferme.

Le hameau s'est hélas dépeuplé au fil des ans et les bâtiments abandonnés sont tombés en ruine.

En 1936, 11 habitants étaient répartis en 3 maisons. De nos jours, un seul bâtiment, certes bien entretenu, subsiste.

Au "Rang de la Truie" (Harang-la-Truie en 1827), une maison forestière a existé. Le dernier garde est parti en 1910.

 

La route des Vieux-Moulins :

L'accès au village n'était pas toujours chose aisée : en effet, la route en mauvais état ne faisait que de se dégrader d'année en année à cause des intempéries et du trafic devenu plus important depuis sa fréquentation par les skieurs.

En octobre 1983, à la demande de Gérard Maizières, maire nouvellement élu, une réunion de concertation Conseil Général-Municipalité avait eu lieu à Thilay en présence de René Visse conseil­ler général.

Le 22 juin, une première réunion de travail rassemblant le Conseil Général, la DDE, L'ONF, la FOL, les Eclaireurs de France et Jeunesse et Sports avait déjà eu lieu aux Vieux-Moulins. La Municipalité réclamait le concours du Département, "la chaussée se dégradant surtout l'hiver à cause de l'intense trafic dû au ski de fond". Pour l'hiver 1983-1984, l'appel lancé étant couronné de succès, le vaste parking de 450 places et la route d'accès étaient opérationnels.