Lieudits et curiosités (suite)

Lieudits et curiosités (suite)

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Wachelot :

"Wache" signifie "flaque d'eau".

En 1648, la Censé Wachelot apparaît dans les papiers de justice de Château-Regnault, ainsi qu'en 1675.

Selon l'Historique rédigé par la Confrérie du Très Saint Rosaire, "au moment de la Révolution, la ferme de Wachelot, territoire de Thilay, était occupée par le sieur Cercelet qui était dénommé Seigneur de Thilay. En 1942, son territoire comprenait encore environ 200 hectares en terres, prés et bois".

En 1900, on recensait une trentaine d'habitants dans ce quartier.

Après la guerre de 1914-18, les enfants de Wachelot étaient scolarisés à Tournavaux. Par la suite, ils fréquentèrent l'école de Thilay à l'image des jumeaux Smet. La maison la plus proche de la route fut habitée par la famille Thomassin avant d'être démontée par l'entreprise Zucchi. Au-dessus de cette maison existaient la demeure de la famille Smet puis celle de la famille Pilard. Mme Françoise Pierrard se souvient que son père Jean Marchai a habité Wachelot au début du siècle dernier. Quant au chemin, il était emprunté chaque jour par les gens de Tournavaux et d'Haulmé qui venaient travailler dans les usines de Thilay. Plusieurs habitants d'Haulmé se déplaçaient à bicyclette et ils prenaient les piétons en vélo-stop sur le cadre ou le porte-bagages. Le dimanche, pour se promener ou pour aller à la fête, on passait par le chemin de Wachelot.

En contrebas de la route, une petite fontaine abritée par des tôles permettait aux femmes telles que Mme Smet d'aller laver le linge et d'y puiser l'eau.

Au fond du vallon, la fontaine Pasteur (Pourquoi fontaine "Pasteur" ? Existe-t-il un lien avec le célèbre chimiste décédé en 1895 ?) fut construite en pierre du pays comme ses "voisines" de Thilay ou de ses hameaux. Certaines ménagères de Thilay y allaient laver leur linge. Cette fontaine était la plus éloignée du village mais plus "paisible" paraît-il, et sa bonne eau permettait d'obtenir du linge "plus blanc que blanc". Il fallait une bonne dose de courage pour pousser la brouette dans la côte abrupte dès les premières lueurs de l'aube et plonger ses mains dans l'eau glacée avant d'aller préparer les enfants pour l'école.

La pureté et la fraîcheur de cette eau ont permis à l'APP  "La Truite" d'y faire éclore des alevins de "fario" à vésicule résorbée de 1981 à 1990.

(*)  A propos des inscriptions sur les murs de l'église de Thilay :

La lecture du livre "En pays envahi, sous la botte de 1914 à l'Armistice" écrit par André Renault, un voisin des Hautes-Rivières, prouve que les villages de la Semoy ont vécu le même drame aux mêmes moments. Cet auteur, jeune à l'époque et qui se cachait dans une alcôve, a consigné dans un journal les faits marquants de l'occupation.

Pour mieux replacer les événements dans leur contexte historique, citons les derniers ordres donnés par l'occupant de notre vallée en 1918 :

14   février   :   Les  harnais  servant  à  l'attelage  des  chiens  doivent   être  livrés  à  la Kommandanture des Hautes-Rivières le 17 février au soir. On serait sévèrement puni.

21  février : Les objets en chanvre tels que sacs, cordes et cordages doivent être déclarés demain samedi avant 3 heures.

27 mars : Tous les billards doivent être déclarés demain jeudi 28 mars.

15 avril : Tous les ustensiles de ménage en métal, cuivre, bronze, laiton, aluminium, nickel, plomb, zinc et étain sont saisis et doivent être livrés à la Kommandantur des Hautes-Rivières le 24 avril 1918.

17 avril : Suite à l'ordre du 15 courant, toutes les pompes en cuivre doivent être fournies à la Kommandantur jusqu'au 23 avril à 6 heures du soir.

24 mai : Dix-sept femmes et filles sont désignées pour partir à Rimogne.

3 juillet (avis de la Mairie) : La Mairie fait appel aux habitants pour fournir : chemises, chaussettes, mouchoirs, etc... aux prisonniers français casernes dans le village.

6  juillet : Vingt hommes sont convoqués pour partir demain 7 juillet 1918, pour aller travailler à Aubigny-les-Pothées.

19 août : Tous les fruits, les fruits tombés compris, doivent être fournis pour le 22 août.

14 octobre (avis de la Mairie) : Les habitants sont informés qu'une colonne de 600 évacués environ doit passer à Hautes-Rivières. Ces personnes seront logées pour une nuit à raison de deux par maison. Les habitants sont invités à leur réserver le meilleur accueil. (Il s'agit ici d'évacués de la région de Rethel).

22 octobre : Toute la volaille doit être fournie aujourd'hui 22 octobre, plumée et vidée.

26  octobre : Tous les hommes de 15 à 66 ans doivent se trouver à l'appel sur la place demain mardi 27 octobre  1918 à 7 heures  1/2 du matin. Ceux qui manqueront seront immédiatement arrêtés et mis en prison à Monthermé.

27 octobre : La circulation est supprimée jusqu'à nouvel ordre.

28  octobre : Les hommes désignés pour partir à Revin doivent se trouver sur la place demain 29 octobre à 6 heures 1/2 du matin.

7 novembre : Les femmes et jeunes filles qui sont occupées sur la route de Sorendal à Bohan et qui n'ont pas travaillé aujourd'hui seront encasernées si elles ne se rendent pas à leur travail demain vendredi.

8  novembre : Les habitants sont invités dans leur intérêt et pour éviter l'occupation du village à recevoir, sans murmurer, les soldats allemands et à les loger le mieux possible.

Revenons à la date du 26 octobre 1918, jour où les habitants sont informés que :

"A partir de demain 27 octobre, les hommes de 15 à 66 ans devront se rendre à l'appel près de la Kommandantur tous les jours. Ceux qui ne s'y présenteront pas s'exposeront à des peines sévères."

Les allemands vont-ils procéder à un nouvel enlèvement ?

Les ponts sont gardés.

En prévision, des civils construisent des huttes dans les bois, et s'il le faut, c'est là qu'ils attendront l'arrivée des français.

Des évacués viennent de Roubaix, Tourcoing, Rethel, Vouziers, Amagne... Beaucoup se dirigent vers la Belgique, d'autres resteront dans nos communes.

"Il se trame dans l'air un orage formidable. Bientôt, l'éclair jaillira et ce sera fini". Toute la vallée de la Meuse est évacuée et celle de la Semoy va subir le même sort. "Le front allié s'avance, la Germania recule, ses complices l'abandonnent, l'aigle a du plomb", (citations de A. Renault)

28 octobre -. Les hommes qui sont allés à l'appel ce matin ont été poussés dans l'église par les soldats en armes qui les ont enfermés.

Ainsi, les habitants des Hautes-Rivières et de Thilay ont-ils connu un destin analogue. Quel  sort  a  été  réservé  aux  hommes  enfermés  dans  l'église  deux  semaines  avant l'Armistice ?

Précisons que les femmes n'étaient pas épargnées (voir ordre du 7 novembre). Terminons par l'avis affiché dans nos mairies le 11 novembre 1918 :

11 novembre : Le Maire de la commune exhorte la population à conserver le plus grand calme et à garder tout son sang-froid dans les circonstances actuelles. L'armistice a été signé aujourd'hui 11 novembre 1918 à 11 heures du matin (heure française).

Documentation :

- Etude de site "Vallée de la Semoy" 1990 C.E.T.E de l'Est Division Environnement.

- Documentation Mlle Marie Milas.

- Cadastre de Thilay.

- Archives Départementales des Ardennes.

- Terres Ardennaises et témoignages de M. Jean-Pierre Pénisson.

- "Thilay, pays des Basses Rivières": livre édité par le club "Soleil d'Automne".

- Dictionnaire toponymique de M. Tamine.

- Géographie  illustrée  des  Ardennes  d'Albert  Meyrac,   rédacteur  en  chef  du   "Petit Ardennais" vers 1880.

- Villes et villages des Ardennes d'Albert Meyrac.

- Almanachs Matot-Braine de 1900 et 1901.

- Ouvrages de Dom Albert Noël, bénédictin né en  1830 à Charleville et auteur de nombreuses monographies.

Merci à toutes les personnes qui nous ont confié des témoignages d'époque, des anecdotes ou des photographies.