Le cheval ardennais et le corbillard

LE CHEVAL ARDENNAIS ET LE CORBILLARD

 

"Les Ardennes sont le pays des beaux chevaux" affirme un dicton.

Le cheval ardennais constitue l'une des races équines les plus anciennes. On le présente en effet souvent comme un descendant direct du cheval de Solutré. A l'origine, une seule et même population se rencontrait dans les Ardennes françaises et belges.

"D'une nature douce et d'une santé prospère, sobre de mouvement, plein d'assurance et de modération, courageux avec générosité, confiant, travailleur, le cheval ardennais fut d'une intelligence philosophique et d'une distraction littéraire qui l'ont hissé au-dessus du palefroi commun, jusqu'aux attitudes édifiantes de la légende et du mythe. La monture des fils Aymon ne pouvait, en effet, être qu'ardennaise..."prétend avec humour Franz Bartelt.

De tout temps, le cheval joua dans notre département un rôle important, dont on retrouve la trace tant dans l'histoire que dans la légende. C'est sur leur cheval Bayart que les Quatre Fils Aymon franchissaient la Meuse par des sauts prodigieux, s'enfuyant pour échapper à la colère du grand empereur Charlemagne.

C'est sur un Ardennais, enseigne l'histoire, que Godefroy de Bouillon se rendit depuis son château jusqu'aux portes de Jérusalem, en Palestine, lors de la première croisade.

 

I- Le cheval dans l'histoire

Le cheval ardennais est connu depuis plus de trente siècles. Hérodote cite les exploits des cavaliers qui habitaient le nord de la Gaule au Vllème siècle avant notre ère.

Jules César apprécia la qualité des chevaux qui peuplaient l'Ardenne. Néron fit venir d'Ardenne des chevaux qu'il utilisa pour les quadriges du cirque et sa cavalerie. L'Empire romain trouva avantageux de cantonner ses légions de cavaliers dans les pays où le nombre de chevaux était important. Vers l'an 284, il y avait à Carignan une garnison de 500 chevaux et l'on sait que, vers 440, le maître de la cavalerie romaine habitait Mouzon, déjà centre d'élevage. Le cheval ardennais se distingua durant les croisades jusqu'à l'époque moderne. Un général napoléonien proclama "l'Ardennais" comme le plus vaillant et le plus rustique de tous les chevaux. Napoléon leur dut pour une large part ses victoires les plus célèbres et ils furent, sans doute, les seuls à survivre pendant la retraite de Russie.

Description : sa taille varie de 1m50 à 1m60 et son poids oscille de 600 à 800 kg. Il peut tramer de lourdes charges à une allure vive et soutenue. Il a des membres courts, une poitrine profonde, une croupe large et inclinée, une encolure courte, un chanfrein légèrement concave, un œil gros et intelligent, une robe Aubère ou Rouen. La teinte primitive était, dit-on, "Louvet". (Couleur de loup)

 

• Les origines du cheval dans les Ardennes :

Découvertes fortuites dans le département :

"De nombreux restes de chevaux semblent avoir été découverts dans les Ardennes, à en croire les ouvrages, mais malheureusement leur détermination exacte n'a jamais été réalisée. Il semble néanmoins que ces vestiges appartiennent à des races différentes, notamment en ce qui concerne ceux que j'ai pu observer dans les collections de la Société d'Histoire Naturelle des Ardennes. En fonction de la mensuration et de la forme de nombreuses dents découvertes, on peut différencier des chevaux de petite ou grande taille et donner les espèces.

Toutes ces trouvailles proviennent exclusivement de l'exploitation des ballastières à Alland'huy, Lumes, Mézières, Nouvion-sur-Meuse, Sedan, Seuil, Verpel, Vouziers, sauf à Fromelennes dans la grotte du Nichet et à Dommery dans les fouilles du site moustérien.

Les chevaux de DOMMERY au Würm II

Les restes découverts à Dommery, en fouilles, révèlent la présence probable de deux ou trois espèces de chevaux appartenant aux deux lignées : Equus caballus et Equus hydruntinus.

Le premier est un cheval de taille moyenne qui donne deux sous-espèces : Equus caballus germanicus et Equus caballus gallicus qui ont une filiation probable d'après François PRAT du Laboratoire de Géologie du Quaternaire et Préhistoire de l'Université de Bordeaux I.

Nous n'avons pas encore abouti à cette détermination précise faute de série complète de dents jugales.

Par sa taille, ce cheval pourrait être à l'origine du cheval ardennais.

La seconde espèce est représentée par l'Equus hydruntinus ou âne d'Europe. Il est de petite taille et semble beaucoup moins répandu qu'Equus caballus ou en voie de disparition, car ses restes à Dommery sont rares.

Les chevaux en Belgique

Les chercheurs belges remarquent qu'au WEICHSELIEN moyen qui correspond au WURM II français, l'Equus caballus germanicus est remplacé progressivement par la sous-espèce gallicus, légèrement plus petite et plus svelte.

L'âne d'Europe, Equus hydruntinus, disparaît définitivement, préférant un climat plus doux ou modérément froid à la rigueur du Wurm II.

Cette affirmation explique la rareté de ses restes à Dommery.

Les chevaux de la période Tardiglaciaire

Une seule espèce apparaît dans les restes retrouvés en Belgique, c'est l'Equus caballus gallicus qui devient avec le renne, Rangifer tarandus, la forme dominante de la faune.

Ce cheval est le gibier par excellence de l'Homme de Cro-Magnon à la fin du Paléolithique supérieur.

Sur le site ardennais du Roc la Tour à Monthermé, le Docteur J.G. ROZOY a mis à jour deux plaquettes de schiste gravées d'une tête de cheval.

Les chevaux de l'Holocène

Le réchauffement climatique modifie le milieu, la flore et la faune.

Les prairies sont moins nombreuses, les herbivores comme le cheval régressent ainsi que les bovidés au profit des artiodactyles de forêt comme le cerf, le chevreuil et le sanglier.

A la période néolithique, ils sont absents des gisements alors que les bovidés d'élevage, Bos taurus domesticus, représentent pratiquement l'ensemble de la faune avec quelques restes de suidés, Sus scrofa domestica et de capridés, Capra aegragus.

Equus caballus germanicus. Dessin de E. Guerrier. La grotte moustérienne de l'Hortus.

Conclusion

II est bien imprudent de retrouver l'origine du cheval ardennais dans la fameuse légende des chevaux de Solutré qui en fait sont de la sous-espèce Equus caballus germanicus. Actuellement, aucune preuve scientifique ne permet de croire à cette affirmation gratuite et surtout à la migration des chevaux de la Saône-et-Loire vers les Ardennes, alors qu'au Néolithique, ils n'apparaissent pas dans les restes osseux considérables du gisement daté du Michelsberg (-3800) de Mairy dans les Ardennes."

Jean-Pierre PENISSON, revue «Terres Ardennaises» n°10 de mars 1985

L'évolution au fil des siècles :

L'histoire nous le montre : le cheval associe les idées de tradition équestre et de travail. Au fil des temps, chacun eut son heure de gloire. Dans l'Antiquité, le cheval était un moyen de transport et un signe de différence sociale. Au Moyen Age, avec l'apparition de la courroie, du harnais et du collier d'épaule, on a découvert la force du cheval de trait.

Son utilisation va alors se développer dans toutes les directions jusqu'au XIXème siècle, où il atteint son « âge d'or ». L'Ardennais sera ainsi l'un des fleurons de la grande armée napoléonienne et dans le grand Est de la France, son berceau d'origine avec l'Ardenne belge, toute l'économie (agriculture, transport, industrie) repose sur lui. C'est F époque où le cheval de trait est le noyau de la vie et où il passe bien souvent avant l'homme lui-même. En France, on dénombre jusqu'à 2,5 millions de chevaux de trait, un chiffre qui se maintiendra jusqu'aux années 1930.

II- Le cheval et la philatélie

Dans la série "Nature de France", la Poste a émis en 1998 quatre timbres sur les chevaux : le Camarguais, le Trotteur, le Pottock et l'Ardennais.

Une vente anticipée a eu lieu le 27 septembre à Paris, dans l'Orne, la Manche, les Bouches-du-Rhône et les Pyrénées Atlantiques.

Le lendemain, la vente a été étendue à tous les bureaux de poste français.

 Ce timbre a été dessiné par Roxane JUBERT, tandis que les enveloppes "Premier jour" ont été éditées par l'Amicale Philatélique Ardennaise et Philateg.

La notice technique d'accompagnement stipulait en particulier : "L'Ardennais est considéré comme le plus ancien des chevaux de trait lourd européens.... Jusqu'au XIXème siècle, l'Ardennais servit surtout pour la selle et le trait moyen. Il était ainsi fréquemment utilisé comme cheval de diligence. L'apport de sang oriental sous le Premier Empire lui a permis de développer ses qualités de fond et de résistance au point qu'il s'illustra pendant la campagne de Russie, où il fut le seul cheval à résister à l'hiver moscovite, permettant ainsi de rapporter une partie du train de l'Empereur lors de la Retraite....

Plus ramassé, plus trapu que les autres chevaux lourds, l'Ardennais est aussi puissant que docile. Particulièrement coopératif, il pourrait aisément être conduit par un enfant. Solidement campé sur des membres courts et très musclés, recouverts de crins épais jusqu'aux genoux et aux jarrets, on le dit «construit comme un tracteur», constitution qui lui valut notamment d'être réquisitionné pendant la Première Guerre Mondiale pour tirer canons et chariots de munitions...."

III- Le cheval et la presse

Grâce aux articles conservés aux Archives départementales, nous avons pu établir une liste des titres parus dans la presse et qui ont valeur de documents historiques car ils permettent de suivre l'évolution du cheval ardennais au fil des décennies. En voici la synthèse :

  1946 : La culture ardennaise manque de chevaux ("Le Réveil Ardennais" du 21 février)

  1956 : Concours des Ardennes, 110 chevaux et 220 bovins défileront de la place Ducale à la place de l'Agriculture.

  1966 : Deux magnifiques étalons ardennais assureront la monte à la station rocroyenne (Union du 23 mars)

• 25 étalons (sur 26) déclarés bons pour la monte (Union du 13 octobre) L'article ne mentionne pas le motif du "recalage"...

• Le 40ème concours départemental d'élevage rassemble pour la première fois les chevaux de selle et les chevaux de trait.

  Septembre 1970 : "Nous devons faire de l'Ardennais le Charolais de l'espèce chevaline" Sur le square Bayard, près de 300 chevaux et bovins aux concours des Ardennes d'élevage (90 chevaux et 40 chevaux de sang), prix des étalons de 3 ans et plus, prix championnat des juments, prix de lot et prix de présentation.

  1975 : L'audacieux pari d'un agriculteur mouzonnais : développer l'élevage des "trotteurs" dans les Ardennes (Union du 27 février)

  1984 : Les percherons défient les Ardennais au "trait-tract", compétition pour les chevaux de trait à Reims (Ardennais du 22 août 1984). Ce genre d'épreuve qui nécessite une piste spéciale avec des bosses à escalader se déroule en deux manches.

  1985 : Des places sur le vol Paris-Santiago pour chevaux de trait (Ardennais du 11 août). Une délégation est venue négocier à Sedan l'achat de 18 chevaux. Ces derniers imiteront d'autres "ardennais" partis depuis 70 ans travailler sur de petites parcelles escarpées.

  1968 : "Des Soviétiques intéressés par les chevaux ardennais importés au milieu du siècle dernier et même à l'époque napoléonienne."

  1988 : "Le cheval ardennais sur la piste aux étoiles". A l'occasion du rassemblement de Vittel (Vosges), Lucien Gruss choisira quatre poulains pour monter un spectacle. L'Est de la France ainsi que la famille Gruss et ses écuyers du cirque mondialement connus ont vu naître la race ardennaise.

  1989 : "Le cheval ardennais reprend du collier" (Ardennais du 25 août). Un centre d'insémination artificielle est créé à Pouru-Saint-Remy.

1990 :

• "Vittel, rassemblement du cheval ardennais" (Ardennais du 2 octobre) ; ce concours accueille les dix départements d'Alsace Lorraine et de Champagne Ardenne.

• "Le cheval ardennais mérite une seconde jeunesse" (Ardennais du 24 août) : ses qualités naturelles lui ouvrent toutes grandes les portes du tourisme rural.

1991 :

• "Les chevaux Ardennais vedettes du débardage en Ile-de-France" (Ardennais du 21 mai) : une expérience est tentée en forêt de Bondy où ont lieu des travaux d'éclaircie".

• "Le cheval ardennais au coeur de l'Europe" (Ardennais du 14 mai) ; c'est sous ce titre que vient de paraître une brochure dont le but est de promouvoir cet animal à la force tranquille.

1992 :

• "Les haras de Signy l'Abbaye sont opérationnels". (Union du 19 mars)

• "Le cheval de trait ardennais sauvé par l'Europe". (Ardennais du 27 novembre). Une convention entre Français et Belges est signée au Haras de Montier-en-Der.

  1993 : "Une association « Attelage ardennais » pour sauver le cheval de trait". (Union du 31 mars)

  1995 : "Le cheval ardennais en vedette à Mouzon". (Union du 30 juin)

  1996 : "Haras de Montier-en-Der : 35 étalons à votre service". (Union du 4 juin). Créé par un décret de Napoléon en 1806, ces haras nationaux se mettent à la disposition des éleveurs de Champagne Ardenne.

  1997 : "Des étalons des Haras nationaux en séjour à Buzancy" (Ardennais du 8 avril). Tous les ans, à l'arrivée du printemps, les communs du Château Augeard accueillent des étalons de Montier-en-Der. Depuis 1993, une activité identique a d'ailleurs été mise sur place à Signy-1'Abbaye.

IV- Des métiers disparus

Dans nos campagnes, les chevaux étaient autrefois nombreux et ils étaient pourvoyeurs d'emplois très variés.

Par exemple, comme il fallait ferrer au moins tous les deux mois les animaux qui travaillaient et, sachant que le cheval était utilisé dans tous les domaines, le maréchal-ferrant était assuré d'avoir de l'ouvrage en permanence.

Il en était de même pour le bourrelier, le charron, l'éleveur, le vétérinaire etc.

Si la plupart de ces métiers existent encore de nos jours, il n'en est pas de même pour quelques autres, tels que celui de charretier de bateau ou d'étalonnier.

• Le charretier de bateau :

En plus des charretiers « classiques » qui transportaient les matières premières et les produits finis, le charretier de bateau remorquait les péniches à l'aide de son cheval (ou de ses chevaux). Pour cela, il empruntait les chemins de halage qui existent d'ailleurs encore le long de la Meuse et de ses canaux.

Ce métier était très pénible car il fallait parfois marcher 4 jours et 2 nuits auprès des bêtes pour rejoindre le port d'attache. L'été, il fallait se lever à deux heures du matin, donner la botte aux chevaux et repartir pour ne s'arrêter qu'à midi quand les mouches étaient très méchantes.

Avant l'apparition du moteur, certains mariniers possédaient leur propre attelage, une écurie étant aménagée sur le bateau. Quant aux moins fortunés, ils tractaient eux-mêmes le bateau en tirant à la «bricole», une large courroie enveloppant le torse à la manière des «haleurs de la Volga». Le mari, l'épouse et les enfants se relayaient ainsi.

Sur la Meuse, les chevaux cédèrent leur place aux tracteurs vers 1950.

• L'étalonnier :

"Avant 1940, dans la ferme de Pierre GUERIN à Sainte-Vaubourg, près d'Attigny, Jean DOTTE (premier charretier) était étalonnier. Son métier consistait à passer de ferme en ferme pour mener l'étalon aux juments.

Jean DOTTE raconte : «C'était un métier où il fallait se lever de bonne heure ! Je partais de Sainte-Vaubourg vers 5 heures du matin pour arriver très tôt dans les fermes des alentours. A Saulces-Champenoises et à Givry-sur-Aisne, j'avais un point d'attache : je laissais l'étalon dans une écurie, le temps ... de reconnaître les juments en chaleur dans le village».

De village en village :

Les juments en chaleur étant repérées, il présentait l'étalon pour la monte (on demandait aux gosses d'aller jouer un peu plus loin !). Trois saillies par jour suffisaient : une le matin, une le midi et une le soir. Ce n'était déjà pas si mal !

Entre deux juments, l'étalon reprenait des forces. Jean DOTTE ou l'agriculteur offrait une ration d'avoine : du fortifiant en quelque sorte !

Anne-Marie GUERIN, alors jeune mariée, se souvient : « En 1956, le matin de bonne heure (avant l'ouvrage), il fallait voir ça le nombre de juments qui attendaient dans la cour ! »

En fait, les charretiers présentaient leurs juments à l'étalon. Etaient-elles en chaleur ? Dans le cas contraire, elles repartaient au travail et deux à trois jours plus tard, on recommençait l'opération... Dans certaines fermes, toutes les juments étaient pleines. Parfois, une jument rentrait des champs pour pouliner et elle reprenait le travail huit à dix jours plus tard.

Pour être apte à la monte, l'étalon subissait plusieurs tests et notamment courir en rond au bout d'une corde pendant quatre à cinq minutes. Après la course, l'étalon ne devait pas être essoufflé.

Une fois tous les tests réalisés, l'étalon passait à la marque. Frappé au fer rouge d'une étoile, il était déclaré bon pour le service ! »

Le prix d'une saillie :

Si l'étalon était classé «approuvé» ou «accepté», la saillie était plus ou moins chère ! Pour cela, tous les ans, Pierre GUERIN allait à Paris présenter ses étalons au concours agricole. Car l'étalon primé permettait d'augmenter le prix d'une saillie. C'était aussi l'occasion de rencontrer des éleveurs qui vendaient des traits ardennais venus d'autres régions (Aube, Meuse, Belgique...).

Il a fallu cinq ans pour multiplier par dix le prix des tracteurs.

En 1945, une belle jument était vendue 110 000 Francs et un petit tracteur à pétrole coûtait 100 000 Francs. En 1946-47, il fallait deux à trois juments pour payer un tracteur. En 1948-50 le prix d'un tracteur était équivalent à huit ou dix juments. Non pas que la valeur des juments baissait mais il y avait un tel besoin de tracteurs que les prix augmentaient d'une façon incroyable.»

Hubert FONTAINE. ("Le curieux Vouzinois", mars 2000}

V - Le cheval au travail

 A - Les attelages :

L'ensemble des chevaux et de l'instrument aratoire ou du véhicule hippomobile reliés par les harnais constitue 1 attelage. Le nombre des chevaux attelés varie selon la charge, la distance et 1 ettort a fournir.

Le cheval ardennais a commencé à tirer la charrue au 19ème siècle.

Le tombereau (ou barou), grosse caisse sur deux roues, est muni d'un système à bascule vers 1 arrière qui permet de le vider sans effort. Il sert à transporter le fumier, la terre et les matériaux de construction.

La charrette à deux roues (ou voiture) comporte des ridelles sur les côtés des échellettes amovibles à l'avant et à l'arrière. Elle permet le charroi de charges légères • blé   foin regain, bois, sacs de grains.

 

A Thilay, vers 1930, Marcel et Aline SCHERIN utilisent le cheval pour livrer leurs clients des "Comptoirs français". Les casiers sont disposés sous le siège.

 

 

Hiver1941-1942 : L'attelage d'Henry LAURENT traverse la Semoy gelée à Navaux. (Photo M. et Mme C. CACHARD).

 

1948 : Le transport de fumier à Naux. Michel SAUVAGE et son père Edgar conduisent les chevaux de Marcel THOMÉ, de Thilay (Photo M. M. Sauvage)

• Le chariot à quatre roues (deux petites à l'avant pour faciliter les virages) a l'avant-train mobile afin de permettre au véhicule de changer de direction.

Autrefois, le cheval permettait également de déneiger les chemins grâce à un dispositif en bois réglable en largeur, et de ramasser les poubelles dans le village.

 

1950 : La faneuse en action. M. Henry LAURENT, père le Suzanne, fane les foins dans les "Effonds". Photo M. et Mme C. Delaite)

 

 

 

 

1970 : Une dépanneuse improvisée porte secours à une 404 tombée dans l'eau à l'entrée de Navaux. (Photo M. et Mme C. Delaite)

 

 

1972 : Noël LAURENT laboure un terrain près de l'usine LETELLIER. Photo Mme Maryse Laurent

 

 

 

 

1980 : Le foin est bon à rentrer. Christian DELAITE est aidé par Maurice PIGEOT et son fils Christian.

1989 : Le bicentenaire de la Révolution sur la place de Thilay.(Photos M. et Mme C. Delaite)

 

 

 

 

1986 : Christian et sa jument Virgine débardent en haut de Navaux,

Le traîneau est muni de chaînes qui servent à freiner les patins sur le sol enneigé.

A Thilay, le camion a remplacé le cheval. C'est à cette époque que M. Michel ZUCCHI assura le ramassage des ordures ménagères avec son petit camion, à raison d'une collecte toutes les deux semaines. Ensuite sont apparus les premiers camions équipés de bennes à ordures.

Avant que la Roche des Corpias ne soit percée pour permettre la création de la route actuelle, le transit des matériaux et de l'acier depuis Monthermé jusqu'à Linchamps s'effectuait grâce à une route empierrée qui passait près du Champ Bernard. Ce "chemin Lagard" a été en partie remis au jour en 1990 par une équipe de professeurs et d'élèves du Collège "Les Deux Vallées". Ces fouilles ont permis de retrouver des clous et des fers à cheval perdus en cours de route.

B - Le cheval et la vie quotidienne

• Dès le passage des chevaux, les habitants se précipitaient dans la rue avec la pelle et le seau  afin  de  ramasser  le  précieux  crottin  destiné  à  fertiliser  le  jardin.   Souvent "réquisitionnés" pour cette tâche, les enfants étaient néanmoins récompensés par leurs parents.

• Chez le boucher du village, ces mêmes enfants recevaient en échange de leur gentillesse une tranche de saucisson de.... cheval.

• Le jour de la fête, parents et enfants se retrouvaient sur le traditionnel manège de "chevaux de bois".

• En  automne,   à  la tenderie  aux  grives,   le  crin  de  cheval  était  indispensable  pour confectionner des "lacs" (voir Bulletin n° 14). Rappelons que seul convenait le crin de cheval hongre ou étalon car le crin de jument était altéré par l'urine.

• Dans certains villages ardennais, le jeu du fer opposait jeunes gens et adultes. Il fallait, d'une distance de plusieurs mètres, réaliser la "fourche" en enveloppant à l'aide d'un fer à cheval un piquet fiché en terre. Quelqu'un s'en souvient-il ?

• En 1940, chevaux civils et chevaux militaires ont été mêlés sur les routes ardennaises de l'exode   (voir   Bulletins  n°  18 et n° 19).   Certains   ont   parcouru   des   distances impressionnantes pour emmener leurs « maîtres » en terre d'accueil.

• Un dimanche, à Navaux, vers 1958, le cheval de M. Jean HATRIVAL s'emballa. Parti au grand galop avec sa charrette depuis la chapelle, il traversa tout le village sous les yeux des enfants apeurés avant de percuter très violemment un obstacle à l'entrée du hameau.

C - Le cheval et les enterrements

Autrefois, dans la Vallée, le transport des morts était assuré intégralement par des "humains", sans aucun véhicule. A Tournavaux, petit village qui ne possédait pas de cimetière, les personnes décédées étaient inhumées à Levrézy. Elles étaient donc transportées à pied par le sentier forestier du "Chêne Leclet" ; à mi-côte, les porteurs fourbus se désaltéraient dans la Retorse à un endroit appelé à présent "La Fontaine des Morts".

Par la suite, à Tournavaux et à Haulmé, les corps ont été véhiculés sur une civière munie de quatre roues et poussée par les porteurs.

A Thilay, avant que l'actuel accès au cimetière ne soit réalisé, les six porteurs escaladaient le raidillon creusé à fleur de roche et inaccessible par un attelage.

1927 : Achat d'un corbillard hippomobile.

Fabriqué dans l'Yonne à Avallon, le corbillard est arrivé par le chemin de fer en gare de Château-Regnault avant d'être mis en service dans la commune.

"Le p'tit ch'val dans le mauvais temps
Qu'il avait donc du courage !
C'était un petit cheval blanc,
Tous derrière et lui devant."

(Georges Brassens)

Mrs Jules DELAITE, grand'père de Christian, Baptiste SIMONET, garde-champêtre, et Maximilien GILLES, père de Robert et de Pierre, sont allés réceptionner le corbillard à la gare. Après une halte au café de "Bibi" pour célébrer l'événement, le convoi prit la direction de Thilay. Jules prit place derrière en s'écriant : "C'est moi qui serai le premier à l'essayer !". A cette époque, le "péquet" fournissait les calories nécessaires au voyage, et le "ballon" n'existait pas...

Pour déplacer le cercueil, la famille du défunt faisait appel à quatre porteurs, proches, amis, voisins ou porteurs habituels qui demandaient une demi-journée à leur employeur. Ces porteurs œuvraient bénévolement. En échange, la famille leur glissait une "petite pièce" dans la poche et les invitait au traditionnel "café" servi au bistrot du village.

Avant sa "mise à la retraite" en 1996, le corbillard était conduit par M. Christian DELAITE ou M. René Sauvage, (décédé en avril 1990)

Le  dernier transport effectué par notre corbillard a eu lieu en novembre 1990 lors des obsèques de Madame Leone DROMAUX, de Naux.

(Photo M. R, Pascolo)

Quelques anecdotes :

Le principal ennemi du conducteur de corbillard était le mauvais temps. Par temps de pluie, les patins de freins glissaient sur le cerclage des roues et le convoi menaçait de s'emballer dans les pentes. Il fallait donc choisir une essence de bois bien adaptée pour fabriquer les patins. La "patte de boule" convenait le mieux, alors que le chêne glissait trop. Chez les transporteurs, lorsque les patins étaient usés, le freinage fer sur fer devenait problématique dans les descentes, et la solution (provisoire...) consistait à enfiler une vieille chaussure sur le support de frein, le cuir de la semelle jouant le rôle de patin.

Lorsque le sol était enneigé ou verglacé, le corbillard éprouvait des difficultés pour gravir les raidillons tels que celui qui mène au cimetière de Nohan et il était judicieux de prendre de l'élan.

A la mauvaise saison, la traversée des Longchamps était pénible, car le vent glacial traversait les vêtements. Pour se protéger, Christian DELAITE empruntait le drap noir de Virgine et le plaçait sur ses genoux. M. GOURY, qui conduisit autrefois le corbillard, était tombé gravement malade à cause d'un coup de froid.

Lors d'un violent orage, Christian revenait d'un enterrement à Nohan. A la sortie de Naux, il quitta son siège et se recroquevilla à l'abri, laissant le soin à Virgine de regagner Thilay en "pilotage automatique". Quelle ne fut pas la surprise de M. JM PÉCHET, chauffeur chez BLIN, de doubler un corbillard avec un siège vide !

Avec ses quatre roues en bois cerclées de fer et ses lambrequins mauves surmontés d'une galerie ciselée, cet attelage noir tiré par Virgine imposait le respect.

Remplacé par une fourgonnette automobile, le corbillard de Thilay, qui avait été remis à neuf en 1983, a été prêté en 1996 à l'Association "Patrimoine" d'Evigny, sur la route de Launois-sur-Vence dont le relais des Postes et ses diligences connurent autrefois une intense activité.

Le départ pour Evigny. (Photo M.et Mme R. Delloux)

En janvier 2002, à la demande de Mme DELIMAL, le Conseil municipal de Thilay a accepté que notre corbillard soit transféré à la Maison du Cheval à Buzancy pour y être exposé.

Chez nos voisins belges, les petites communes ont dû attendre 1950 pour pouvoir acheter d'occasion les corbillards des villes proches (chars de 1ère ou 2ème classe, avec 2 roues de réserve, 4 glands et 2 lanternes), à l'époque où les corbillards automobiles sont apparus sur le marché.

Le corbillard de La Guérinière. (photo prêtée par M. et Mme C. Cachard)

En 1940, lors de l'Evacuation, ce corbillard a conduit plusieurs Ardennais à leur dernière demeure... vendéenne.

Un musée du Corbillard :

Depuis près de vingt ans, dans le Tarn-et-Garonne, M. Yvan QUERCY, restaurateur se qualifiant de "philicorbolien", se passionne pour les corbillards hippomobiles. Cet intérêt lui est apparu le jour où, voulant acheter une calèche, il fit l'acquisition d'un de ces véhicules pour la modique somme de 50 francs. Le bruit se répandit dans tout le Sud-ouest de la France qu'un amateur s'intéressait à ces moyens de transport peu ordinaires. Affluèrent alors de toutes les régions des corbillards offerts par les communes, trop heureuses de pouvoir céder ces voitures condamnées au bois de chauffe.

Le corbillard constitue finalement un véritable "témoin du passé", à tel point que des cinéastes de renom l'ont immortalisé dans plusieurs films d'époque. Citons par exemple le film "Les patates" qui, tourné à Bourg-Fidèle, retrace les privations subies par les Ardennais pendant la dernière guerre.

VI - Le déclin

"La première guerre mondiale a durement frappé nos régions.

En France, il « ne reste plus rien » et en Belgique « notre belle race chevaline n'est plus guère qu'à l'état de souvenir. »

Mais cette fois en France, l'administration des Haras favorise l'Ardennais et en peuple ses écuries ; les mâles sont systématiquement croisés avec des juments indigènes qui ont « conservé des qualités ancestrales de rusticité, de sobriété, de douceur incomparable jointe à l'énergie.

En Belgique, l'Ardennais est remis sur pied mais il lui a fallu encore une fois se battre contre des projets de croisement avec des chevaux anglais et canadiens. Il est le roi du transport et du travail en tous genres : brasseries, boulangeries, charbonnages et débardages. J. LEMAIRE parle de l'Américan Petroleum qui n'utilise que des chevaux ardennais (540) pour être attelés par paire à ses nombreux camions-citernes. Aucune race n'avait convenu d'une aussi belle manière au responsable des achats de la Société.

Cette période constitue le chant du cygne de la race ardennaise : le seconde guerre mondiale laisse des coupes sombres et une nouvelle fois, les éleveurs se mettent à la tâche ; patiemment, ils sélectionnent et reconstituent... Mais à l'horizon se profile un ennemi -certes civil-   mais   très redoutable : le tracteur. En vingt ans, le cheval est presque partout remplacé, même s'il résiste cependant ici ou là."

Jacques LAMBERT (Terres Ardennaises)

Statistiques de la population chevaline.

En 4 ans, de 1947 à 1951, le nombre de tracteurs a doublé (de 1037 à 2000). Pour les épauler, 200 à 250 Dodge et 200 Jeeps étaient utilisés par les agriculteurs ardennais.

Pour ou contre le cheval ?

Les avantages :

"Tout d'abord, une flexibilité d'utilisation certaine. Selon la tâche à effectuer, le nombre de chevaux varie : 1 pour la faneuse, 2 pour les travaux de transport (foin, fumier) et la faucheuse, 2 ou 3 pour les labours, l'arasement des taupinières et la moissonneuse-batteuse. Ainsi, pour une exploitation de 35 hectares, trois chevaux suffiraient et pourraient travailler 5 ou 6 heures de suite. Ensuite, une utilisation du matériel peu onéreuse : l'été, les juments pâturent soit avec les vaches lorsque l'herbe est suffisamment haute, soit quelques jours après le pâturage des bovins ; le cheval se nourrit ainsi des "refus" de vaches. De plus, après un séjour de trois semaines de juments dans une pâture, l'herbe est rase et les mauvaises herbes nettoyées .Le matériel utilisé pour harnacher les chevaux dure très longtemps, plus de 20 ans en moyenne. Les agriculteurs effectuent eux-mêmes le maximum de réparations en récupérant le plus possible d'accessoires. Et puis a-t-on jamais vu un agriculteur dialoguer avec son tracteur ? Par contre, le cheval est un être vivant ; la nature lui a donné un cerveau dont le charretier, s'il est doué, bénéficie à loisir. Ainsi, M. FORGET, lorsqu' il part faner avec sa jument de 17 ans, entame le premier tour de champ et abandonne celle-ci à son sort. Il est alors libre de converser avec un voisin ou de lire "L'Ardenne Agricole" à l'ombre d'une haie. Il ajoute également que le cheval adapte, en permanence, son effort à la résistance rencontrée et qu'il bénéficie d'une adhérence (au sol) presque parfaite et des coups de collier très puissants.

  Les inconvénients :

Les inconvénients de la traction animale avancés par ses détracteurs portent sur le temps de travail : lenteur des déplacements, temps passé au harnachement, attelage et alimentation animale, temps de repos nécessaires aux animaux, sur la puissance limitée d'un attelage, sur l'inconfort et la pénibilité du travail, sur les connaissances approfondies nécessaires pour un bon élevage du cheval et enfin les dangers d'utilisation.

Le tracteur et le cheval ne sont pourtant pas des ennemis :

En France, de 30 200 en 1938, le nombre de tracteurs utilisés est passé en 1950 à 135 000 ; si l'on considère que la liberté d'achat n'existe que depuis août 1949, on peut dire que les exploitants français désirent rattraper leur retard.

La rareté de la main-d'œuvre, souvent son manque de qualité, l'augmentation du rendement, la diminution des prix de revient sont les principaux facteurs qui ont déterminé les jeunes cultivateurs surtout, à appliquer chez eux les moyens techniques modernes.

Sur le plan de l'emploi de tracteurs dans l'agriculture ardennaise, on peut, sans crainte d'erreur, dire que le sud du département, région de grandes fermes et de remembrement terminé, y est favorable, mais que pour le nord, pays d'herbage et de petite propriété, le jugement doit être réservé.

Il est difficile de suivre chez nous les dirigeants de l'agriculture nationale qui préconisent l'abandon total du cheval dès que la motorisation apparaît."

Revue "Elevage ardennais",1952

Quand les chevaux de trait sont devenus "lourds"

Le terme "chevaux lourds" pour désigner les chevaux de trait est né au début des années 60 quand, pour lutter contre la baisse des effectifs, la production de viande devint le principal débouché.

Dans la recherche de rentabilité et de baisse des coûts, la mise en oeuvre d'aides productivistes et l'encouragement des élevages extensifs s'accompagnaient, en effet, de croisements destinés à "alourdir" les races de trait. Génétiquement, cela s'est traduit par de nouveaux choix dans les étalons, le rendement boucher devenant primordial, et a eu des conséquences sur le physique et l'allure des chevaux.

Au niveau des races, si certaines ont disparu -comme l'Auvergnat ou le Picard- on en compte aujourd'hui neuf dans les Haras nationaux qui ont la charge d'assurer la conservation. La race ardennaise,  l'une des plus anciennes de France, se situe en troisième place pour l'importance quantitative après le Comtois et le Breton.

VII - CONCLUSION

Le cheval, l'une des plus nobles conquêtes de l'homme, a de tous temps fasciné petits et grands. Concurrencé par le "cheval vapeur", l'Ardennais, précieux élément vivant de notre patrimoine, est encore bien présent dans notre région.

A l'image du cheval Bayart dont la robe semblait taillée dans le roc de ses Ardennes natales, le cheval continue de rendre de multiples services dans nos campagnes et toutes les forces vives qui luttent pour sa survie méritent d'être encouragées.

Ainsi, dans la ville de Béthune (Pas-de-Calais), deux chevaux de trait participent depuis quelques semaines au ramassage des ordures ménagères. Cet exemple risque d'être suivi dans un avenir très proche, et à une époque où la pollution devient très préoccupante, il constitue à lui seul tout un symbole.

Documentation :

Journaux "L'Ardennais" et "L'Union"
Archives Départementales des Ardennes (coupures de presse)
Magazine RCA n° 26 (Région Champagne-Ardenne)
Revues "Terres Ardennaises" numéro