Les fouilles au Chêne Chaudron

 

SONDAGES  ET  FOUILLES  SUR  LA  REDOUTE   DU  CHENE CHAUDRON UNE CABANE DE DOUANIERS DU XVIIIe SIÈCLE

  

Contexte historique

 

Au milieu du XVIIe siècle, une ligne de 25 redoutes disposées le long de la Meuse et de la Chiers entre Mézières et Verdun assurait la défense du royaume.

 

Le dispositif fut renforcé par une ligne avancée de quelques redoutes dominant la Semoy. Celles-ci contrôlaient l'accès à la poche de Terres impériales de Cons-la-Grandville-Neufmanil.

 

Importance scientifique du site

 

Ces redoutes seulement connues par des écrits n'ont fait l'objet d'aucun plan, ni description, permettant leur connaissance ou reconstitution.

 

Résultats

 

Occupée en permanence par des miliciens originaires de villages voisins, la redoute du Chêne Chaudron fut le lieu de passage et d'apport de vaisselle, de pots et d'objets utilitaires.

 

Les sondages réalisés avec des élèves du collège de Monthermé ont consisté à nettoyer, en partie, la surface du carré sur lequel la redoute avait été édifiée.

 

La fouille commencée en 1996 a permis de mettre au jour quelques structures de l'édifice, la coupe d'une partie du fossé d'enceinte et la topographie du site.

 

Les vestiges découverts confirment l'occupation du poste, au début du XVIIIe siècle : pierres à pistolets, mordaches en plomb, pipes en terre blanche, verre (vitre, bouteille et gobelet), vaisselle dont des grès émaillés sur des décors au bleu de Prusse, de nombreux clous de charpente et de chaussures, un grelot de chien.

 

La découverte de deux balles en plomb dont une écrasée prouve le coup de feu contre la redoute.

 

La fouille minutieuse avec tamisage systématique a permis de compléter la collection des silex par des éclats et deux nuclei de facture mésolithique.

 

Le nettoyage des plaques de schistes a donné la preuve de l'origine des matériaux utilisés. La présence de gravures et la découpe intentionnelle, dans du schiste ou du  grès,   de  disques  percés  ou  non, apparaissent énigmatiques.

 

 

 

 Un pichet finement reconstitué (plus de 100 fragments)

 

 

 

Le bâtiment, protégé par un fossé, était vraisemblablement en bois sur des fondations en pierres : absence de traces de chaux (pas de plantes calcicoles), de graviers et très peu de pierres de construction. La toiture était constituée de faisiaux.

 

Des charbons de bois, des pierres rubéfiées, le sol à l'intérieur de la redoute témoignent de l'incendie du bâtiment.

 

La fouille 96 révèle un bâtiment de plan rectangulaire, dont la longueur est exposée vers le nord-nord-ouest, en direction de Navaux.

 

Nous pouvons envisager la poursuite des sondages dans le fossé qui permettrait de confirmer son profil d'origine, de retrouver l'entrée de la structure et de rechercher l'existence d'un système de défense (palissade par exemple).

 

Ces sondages pourraient peut-être mettre en évidence l'ampleur des faits d'armes contre la redoute et ses occupants.

 

Jean-Pierre PENISSON - Novembre 96

 

"Pour la quatrième année consécutive, des élèves du collège "Les Deux Vallées" placés sous la direction de Jean-Pierre Pénisson, professeur de sciences naturelles, ont repris les fouilles pour dégager les vestiges de la redoute du Chêne Chaudron qui vraisemblablement était un poste de surveillance ou de douane.

La découverte du site remonte à fin 1991. Une découverte qui a été possible grâce au concours de Michel Desbrière, cartographe, de Jean-Pol Leroux, agent ONF et de recherches personnelles de Jean-Pierre Pénisson sur l'histoire de la Semoy.

Si les structures ont été mises en évidence depuis longtemps, les sondages ont pour but de trouver le profil de la structure (position des murs, retrouver l'entrée qui est supposée vers le sud puisque les "ennemis" venaient du nord).

Les 100m2 de surface fouillée représentent la surface approximative de cette redoute. Des sondages ont été opérés dans les côtés du fossé d'enceinte entourant la structure.

 La fouille minutieuse a permis la mise au jour de céramique, de grès, de pipes, toutes brisées, de métal et surtout de quelques silex taillés.

Les céramiques sont de même facture que celles découvertes àJandun.

De nombreux clous de charpente ont été mis au jour ainsi que quelques morceaux d'une marmite en fonte.

Les élèves ont également trouvédes objets en bronze.

De nombreux morceaux de pipes ont été mis au jour ; hélas aucune n'est entière.

Depuis trois ans, des pierres de pistolet, mordaches et balles ont été trouvées. Les silex ont tous beaucoup servi. Les mordaches sont en plomb. Ces éléments prouvent l'occupation par des hommes armés de la redoute. De nombreux faisiaux furent mis au jour. Ce sont des ardoises taillées grossièrement et qui ont probablement servi àla couverture de la redoute. 

Le tri des faisiaux a permis de découvrir quelques gravures, des disques percés ou seulement pointés, une ardoise de forme particulière et d'autres percées de trous carrés.

Les fouilles ont également permis de dresser le plan de la redoute grâce aux découvertes des structures en pierres. La redoute était-elle en bois sur des fondations en pierres ou en maçonnerie ? Rien ne permet de le savoir avec certitude. La présence de nombreux clous accrédite l'hypothèse d'une structure en bois mais des fragments de pierre jaune dite de Dom-le-Mesnil confortent la seconde hypothèse.

Les premières conclusions permettent d'affirmer que le rectangle de base mesure 1m sur 9,50m. Il est entouré d'un fossé large de 3,5m à 4m et profond actuellement de 1m. La redoute semble avoir eu une forme rectangulaire. L'orientation d'un côté est pratiquement parallèle à la corde du méandre d'Haulmé et du chemin de Charleville aux Hautes-Rivières.

Le point haut (377m) n'exige pas d'élévation importante. La redoute pouvait ne comporter qu'un rez-de-chaussée ou un étage au plus.

Les photographies démontrent la faible profondeur des recherches. Il est indispensable de poursuivre les fouilles jusqu'à la couche riche en débris carbonés. La zone brûlée, la pierre à pistolet, les faisiaux, les céramiques et les pierres de construction semblent mettre en évidence un incendie qui aurait détruit la redoute.

L'entrée est-elle au sud ou à l'est ? Le fossé a-t-il le même profil sur les quatre côtés ? Pour le savoir, il faut poursuivre les fouilles.

L'Ardennais - Mai 1997.

 

FOUILLES A LA REDOUTE DU CHÊNE CHAUDRON

Nous vous présentons quelques extraits du rapport de fouilles établi par M. Jean-Pierre PENISSON en décembre 1997, soit 6 années après la découverte du site et 4 années de recherche sur place avec les élèves du collège "Les Deux Vallées".

AVANT-PROPOS :

"En quatre ans, certains spécialistes pourraient nous reprocher de ne pas avoir progressé beaucoup dans la fouille de cette petite surface.

Par opposition, les résultats obtenus sont très riches pour cette période peu connue sur le terrain, et surtout, totalement inconnue sur ce premier site de redoute avancé, simple poste de douane, en bordure de la Semoy.

La lenteur est due au but pédagogique recherché dans cette véritable école de fouille.

L'équipe de 12 à 15 élèves encadrés par 4 à 5 adultes change chaque samedi avec environ un tiers d'élèves nouveaux. Ces nouvelles recrues demandent à être formées avant de passer au travail.

Chaque séance commence par une présentation du site, le repérage et l'orientation des carrés, le piquetage et la démonstration des techniques de fouille (par les anciens : durée 1 heure).

Alors, la fouille commence jusqu'au premier objet, ou structure, ou trace, mis au jour, pour donner lieu au repérage sur le plan sans déplacement de la découverte, puis au nettoyage et au marquage.

C'est ainsi qu'en 97, trente élèves de la sixième à la troisième ont bénéficié de cette formation.

L'attrait présenté par cette activité a des répercussions sur la discipline au Collège, sur les mathématiques, l'histoire, la géologie, les sciences en général. Les volontaires sont souvent trop nombreux pour le nombre de places disponibles".

CONCLUSION :

"La plate-forme rectangulaire (légèrement trapézoïdale) mesure 12m sur 10. Elle est entourée d'un fossé large de 3,5m à 4m et profond, actuellement de 1m. La redoute semble avoir eu une forme rectangulaire (L : 7m ; 1 : 5m), dont une longueur était face au N-N-O, vers Navaux.

L'orientation d'un côté est pratiquement parallèle à la corde du méandre d'Haulmé et du chemin de Charleville aux Hautes-Rivières.

La redoute était située au sud de ce chemin, à une trentaine de mètres seulement et à environ 3m en surplomb. Le surplomb est obtenu par le creusement de la route. Nous sommes sur un plateau où la pente vers la Semoy, au niveau de la redoute est trop faible (quelques centimètres) pour être reproduite. Le choix de l'endroit répond à deux critères :

1.  Sa situation élevée qui permet de dominer la vallée de la Semoy vers le Nord, et de surveiller un carrefour de chemins entre Charleville et Hautes-Rivières.

2.  C'est un carrefour de chemins vers Hautes-Rivières, Navaux et Haulmé, en direction de la frontière.

L'absence de gravier et de végétation calcicole et rudérale, la présence de peu de pierres et de clous nombreux tendent à démontrer une construction en bois.

Le point haut de ce plateau, altitude 377m, n'exige pas d'élévation importante du bâtiment. La redoute pouvait, pour être opérationnelle, ne comporter qu'un rez-de-chaussée ou un étage au plus.

La zone sud est plus large. Elle correspond à un passage, à une aire de livraison, d'échanges.

Les photographies permettent de constater l'état des fouilles en démontrant la faible profondeur de la recherche. Il s'avère donc indispensable de poursuivre les investigations jusqu'à la couche riche en débris carbonés, le sol archéologique. Approximativement, les dimensions de la redoute sont de 7m de longueur sur 5m de largeur.

La zone brûlée, la pierre à pistolet, les faisiaux, les céramiques et les pierres de construction mettent en évidence un incendie qui aurait détruit la redoute.

La fouille de la structure intérieure de la maison jusqu'au sol archéologique pourra répondre à cette première question".

Jean-Pierre PÉNISSON. (1997)

  

Les fouilleurs : élèves du collège et adultes en cours de fouille.

Le tamisage fin effectué et le lavage des refus depuis le début de la recherche ont permis de découvrir la présence d'artefacts préhistoriques, les mordaches, les balles en plomb et de nombreux fragments de céramiques, grès et pipes en terre.

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Contexte historique

Au milieu du XVIIe siècle, une ligne de 25 redoutes disposées le long de la Meuse et de la Chiers entre MEZIERES et VERDUN assurait la défense du royaume.

Le dispositif fut renforcé par une ligne avancée de quelques redoutes dominant la Semoy. Celles-ci contrôlaient l'accès à la poche de Terres impériales de CONS-LA-GRANDVILLE / NEUFMANIL.

Importance scientifique du site

La redoute du Chêne Chaudron fait partie d'une ligne de 4 redoutes implantées sur la crête qui domine la vallée de la Semoy.

Dans la vallée existaient 28 postes de Monthermé à Florenville en janvier 1707, au bord de la rivière.

Seule, la présence de ces 4 redoutes sur la carte de Naudin n° 19 atteste leur existence.

Ces redoutes seulement connues par cette carte n'ont fait l'objet d'aucun plan, d'aucune description, permettant leur connaissance ou reconstitution.

Les fouilles effectuées en Belgique sur des sites contemporains et apparemment comparables font état de trois étapes de construction de 1690 à 1713.

D'après Guillin, ingénieur du roi Louis XIV, les redoutes de Gréa à Azy et des Mauleûs à Sainte-Cécile en Belgique étaient maçonnées de terre, avec enceinte de palissades, un fossé et un petit pont-levis...

La présence des faisiaux marque une grande différence entre cette redoute et celles fouillées en Belgique qui auraient été couvertes par des chaumes.

Localisation du site.

La redoute est située sur le territoire de Haulmé à 380 m. d'altitude. Nous sommes sur la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Meuse et celui de son affluent, la Semoy.

Résultats.

Occupée en permanence par des miliciens originaires des villages voisins, la redoute du Chêne Chaudron fut le lieu de passage et d'apport de vaisselle, de pots et d'objets utilitaires.

Les sondages ont consisté à nettoyer, en partie, la surface du rectangle sur lequel la redoute avait été édifiée.

La découverte de quatre balles en plomb dont une écrasée prouve le coup de feu contre la redoute.

La présence de cinq pierres à pistolet en silex du Grand Pressigny (37) et surtout le fait que trois d'entre elles sont brisées confirme l'utilisation des armes depuis la redoute, en riposte à l'agression.

La fouille minutieuse avec tamisage systématique a permis de compléter la collection des silex par des éclats, des nuclei de facture mésolithique et un percuteur (au total : 38 artefacts). La fouille 99 a révélé de nouvelles lamelles, quelques éclats, un nucléus et un petit grattoir.

Le bâtiment, drainé par un fossé, incliné vers le nord était vraisemblablement en bois sur des fondations en pierres sèches (semelle) : absence de traces de chaux (pas de plantes calcicoles), de graviers et très peu de pierres de construction. Il reposait sur un plancher séparé du sol par un "vide sanitaire". La toiture était constituée de faisiaux, plaques épaisses en schiste, à peine équarries.

La quantité d'argile remaniée autour et à l'intérieur de la redoute est trop importante pour provenir seulement de la toiture; elle correspond à des murs en torchis.

L'étude statistique de l'emplacement des objets découverts révèle la disposition interne de la cabane avec une zone, côté sud-ouest réservée au couchage, alors que le côté nord-ouest devait être ouvert (fenêtre et porte).

Perspectives de recherche envisagées.

Le pourtour de la redoute est encombré d'environ 20 cm d'argile plus ou moins rubéfiée mêlée de fragments de charbon de bois, de tessons de céramiques et de faisiaux. Son dégagement permettrait de donner une explication au dallage ouest et de préciser l'entrée supposée à l'Est.

Ce dallage, dégagé en 99, conduit à une entrée ou à l'accès à un étage formant balcon.

Nous avons poursuivi la fouille de ce fossé dans lequel les vestiges sont très nombreux. Il s'agit certainement d'une zone recevant le nettoyage par le vide (fenêtre ou porte) de l'intérieur de la redoute. Le mauvais temps ne nous a pas permis de terminer ce travail.

De nombreux tessons ont permis de compléter le pot tripode, de lui donner sa forme définitive avec une anse très particulière.

Une grande ardoise originaire de Rimogne ou de Monthermé (grenue) porte au recto l'esquisse d'un disque et au verso trois nombres superposés.

Le mobilier recueilli confirme l'occupation fin XVIIe - début XVIIIe de cette cabane de douaniers appelée "redoute" dans les textes.

Jean-Pierre PENISSON - décembre 1999.