La Dauphiné, village disparu

La Dauphiné

Parmi les hameaux du plateau ardennais qui domine la Semoy, la Dauphiné constituait au-dessus de Nohan l'un des écarts de la commune de Thilay.

Situé comme le Champ Bernard à une altitude de 350 mètres environ, ce hameau disparu formé d'une mosaïque de terrains privés était enclavé dans la vaste forêt domaniale de Château-Regnault.

 

Carte IGN n° 3008 ouest Fumay

 

POURQUOI CETTE ETUDE ?

En 1955, un seul habitant restait à la Dauphinée. Agé de 70 ans, Charles Bourguignon quitta sa maison en octobre et mourut à la maison de retraite des Hauts-Buttes en juin 1956. Sa vie s'est éteinte en même temps que celle de son hameau.

Ce passé est très récent, et pourtant la Dauphinée fait figure de vestige. Tout y était significatif : le style des maisons, les jardins, le lavoir et surtout, encore vivant dans la mémoire de nos "anciens", le mode de vie d'une corporation de menuisiers qui se transmettaient leur art de père en fils depuis plusieurs siècles.

 

ORTHOGRAPHE : Dauphiné ou Dauphinée ?

L'orthographe "Dauphinée" est la plus ancienne comme le prouvent les manuscrits les plus archaïques. Sur certains documents très récents, la carte réalisée par M. L. Voisin, par exemple, on lit Dauphiné... Sur la carte Michelin et la carte au 1/50000, c'est encore l'orthographe sans e.

LA MAISON BOURGUIGNON ? : Coupe théorique

Cette structure caractérise les maisons agricoles des hameaux de Thilay. Le chêne et le schiste étaient largement utilisés. Le plan ci-dessus doit être compris verticalement pour le piéton qui arrive de Norgoutte.

A gauche était le logement familial des Bourguignon. Il existait dans ce logement un escalier en colimaçon accédant à l'étage. Des pillards ont volé cet escalier.

L'espace central mérite une explication. La pièce du rez-de-chaussée était celle du gros bétail ; à la fois les vaches et chevaux. Pour nommer cela, un choix s'imposait donc entre "étable et écurie". Ici, la pièce abrite les vaches et les chevaux. On l'appelle l'écurie et non l'étable. Non pas parce qu'on dit un cheval et une vache, mais parce que dans cette société, le cheval est considéré comme un animal plus noble que la vache.

Au-dessus, c'est le "sina". On peut y mettre le fourrage qui tombe par les trous entre les poutres dans le râtelier.

A droite, même structure mais les fonctions et les noms changent.

La grange s'appelle" l'atasse" (du verbe "atasser", c'est-à-dire entasser).

Au-dessus une sorte de grenier qu'on appelait caraudî aux Vieux-Moulins et biraudî à Hautes-Rivières et Sorendal.

Cette variation entre deux communes voisines est encore un particularisme.

Les murs en schiste sont un témoignage du savoir-faire de nos anciens. Hauts d'une dizaine de mètres, ils n'avaient pour ciment qu'un peu de terre.

Dans la cuisine, un élément qui fait de cette maison un cas très représentatif de l'Ardenne : la beuquette au-dessus de l'évier. Dans les hameaux de la grande Wèbe, on appelle cela le "trou du glacis". Cette minuscule ouverture avait une double fonction : éclairer l'évier lors de la vaisselle, mais aussi permettre de "beuquer" le voisinage.

Les encadrements des portes et des fenêtres représentent une forme archaïque de construction très typique. Les cadres en chêne sont entièrement chevillés de bois.

Bien sûr, il existe des stéréotypes d'encadrements de portes et fenêtres plus artistiques et plus typiques de la Semoy, par exemple les clés de voûte des deux portes jumelles de Nohan, mais ce mariage de deux matériaux du pays, le chêne et le schiste, est parfaitement à sa place à la Dauphinée. C'est le signe d'un très ancien attachement à la terre natale.

 

La source de Norgoutte

Elle se jette dans le ruisseau Saint Jean à Hautes-Rivières (altitude 165m) après s'être faufilée dans un ravin escarpé et creusé entre le Liris et Gillaru.

Les "anciens" de la Semoy doivent l'expression "à noire goutte" à l'obscurité de ce ravin.

Aménagée en lavoir couvert, la source était encore utilisée en 1955. Au fil des ans, de la même manière que les habitations voisines, la toiture et les murs en schiste se sont effondrés, et seul subsiste de nos jours le trou de la source et un petit pan de mur.

A proximité de la source, en remontant vers les habitations, l'emplacement des jardins est encore visible. Des plantations géométriques de charmes sont la survivance d'anciennes haies. Des rangées de gros fil de fer subsistent et traversent parfois les troncs d'arbres de part en part.

Des murettes en pierre du pays complétaient la délimitation des parcelles. Les anciens avaient coutume d'entourer les sentiers ou les espaces plats propres à devenir propriétés.

A la périphérie, les lignes parallèles délimitent des parts de bois qui sont pour la plupart des "rayvîs" (prononcer ra-hi-vi).

Un rayvî, en langage wallon, est un lopin de bois privé qui peut se trouver à l'intérieur d'une forêt domaniale ou communale. On coupe le rayvî pour constituer une réserve de bois de chauffage. Le même sort est promis aux parts affouagères.

Par suite de l'exil des habitants, de leur décès et de la dispersion des héritiers, l'identification des différents rayvîs dessinés en 1824 devient d'une complication qui ne peut intéresser que les historiens ou les juristes.

 

La tradition d'abord

Le désir de perpétuer le passé se manifestait déjà au XVIIIème siècle chez les Bourguignon. Il suffit de lire les manuscrits reproduits à partir des actes d'Etat-Civil originaux pour constater l'existence consécutive de trois Jean-Baptiste Bourguignon : le grand-père, le père et le fils, de sorte que pour ne pas les confondre, il sera commode de les nommer Jean-Baptiste 1er, Jean-Baptiste II et Jean-Baptiste III. Non seulement ils se sont succédés de père en fils dans le travail du bois, mais on dirait que chaque Jean-Baptiste (I et II) a voulu survivre en la personne de son fils portant le même prénom. Seul Jean-Baptiste III a nommé son fils Hubert Ovide, et non pas Jean-Baptiste comme lui-même. En fait, cet Hubert était appelé Ovide par tout le monde et on a encore son souvenir actuellement.

Ainsi qu'à Linchamps par exemple, les prénoms se contractaient à l'usage, le "Charles de l'Ovide" se transformant en "Charlovide" au fil des années.

La tradition, c'était aussi le culte des morts. Chez les Bourguignon, quand l'ancien décédait, les enfants continuaient à lui mettre son couvert à table le dimanche et ses sabots sur le pas de la porte, comme s'il allait revenir.

 

CHEZ LES VILLEVAL

Chez les Villeval, le respect de la tradition s'exprimait aussi par le culte des morts. On allait même, paraît-il jusqu'à la croyance en la métempsychose.

Y croyaient-ils vraiment, ou ce qu'on raconte d'eux fait-il partie du lot de bonnes histoires que les gens des vallées aiment dire des reclus ?

Voici les faits racontés par M. Camille Buffet, citoyen de Thilay né en 1895 :

Les Villeval ont habité à la Dauphinée mais n'y étaient pas de vieille souche. Ils étaient originaires de Linchamps (hameau des Hautes-Rivières). On les considérait comme des vagabonds qui avaient trouvé refuge loin des conventions citadines. Ils s'étaient spécialisés dans la fabrication des "ramons de boules", ou balais de bouleau, qu'ils allaient vendre à Nohan.

Le père travaillait avec ses fils qui n'étaient guère acharnés sur le labeur. Il leur disait souvent : "Quand je serai mort, je reviendrai surveiller si vous continuez bien l'ouvrage que j'ai entrepris". Il mourut.

Après son décès, un jour où ses fils travaillaient avec aussi peu d'ardeur que d'habitude, la fenêtre étant ouverte, un roitelet vint se poser sur le bord de celle-ci. Le premier qui le vit dit aux autres :

"Attention, v'ia popa qui vint waitie si on travaille bin".

 

Vrais secrets et faux secrets

"Les Bourguignon, menuisiers de père en fils depuis le XVIIIème siècle, ont toujours conservé le comportement obligatoire d'une corporation d'Ancien Régime. Ils avaient un esprit de caste ; ils ne pouvaient tolérer aucun transfuge d'une autre profession venant dans leur métier, ni que l'un d'entre eux partît vers une autre profession. C'est pourquoi il leur était interdit de divulguer leurs secrets de fabrication.

En ce qui concerne les vrais secrets, seul l'acheteur d'un buffet signé Bourguignon avait le droit de savoir qu'il possédait un authentique buffet ardennais. A quoi se reconnaît un vrai buffet ardennais ? A la présence d'un "tiroir à secrets".

... Le tiroir à secrets est du domaine des vrais secrets. Il est réellement invisible de l'extérieur et dans bien d'autres buffets, il faut parfois chercher longtemps avant de trouver le tiroir.

En outre, les Bourguignon se transmettaient de génération en génération des faux secrets qui sont déjà difficiles à trouver parce que ce sont des secrets, et encore plus difficiles car ils sont parfois faux. Il existe en quelque sorte un secret à l'intérieur du secret".

F. Roger.

 

Le "chêne à fleur"

Les Bourguignon affirmaient que parmi les espèces végétales, il existait deux variétés de chêne : le chêne à fleur et le chêne rouleaux. Il ne s'agit pas d'une fleur qui pousse au bout des branches mais d'un dessin obtenu à la surface des planches quand on débite le tronc de l'arbre. Les citadins appellent ce dessin la "maille".

Certains croyaient en l'existence du chêne à fleur. Selon leurs dires, le chêne à fleur est une espèce particulière qui a la propriété de ne pousser que sur certains terrains. Par exemple, les Bourguignon venaient chercher les leurs dans la réserve du Pré aux Trembles, située dans la Grande Wèbe, à 1km au sud des Six-Chênons.

A la question : "A quoi reconnaît-on un chêne à fleur ?" ils répondaient : "Oh, il faut avoir l'habitude, il faut connaître le pays...."

"On le voit à son écorce". Mais ils se gardaient bien de dire ce que cette écorce a de particulier.

M. Maurice François, directeur du Centre d'initiation à la nature de la Neuville-aux-Haies, était catégorique sur ce sujet :

"II n'existe pas de chêne à fleur distinct d'une autre variété. Avec n'importe quel chêne sain, on obtient la fleur de la matière à condition de choisir une technique de débitage appropriée. Il faut toujours débiter suivant les diamètres médullaires (débitage sur plateau) ou les rayons (débitage sur quartier) pour sectionner les faisceaux libéro-ligneux de sorte qu'ils fassent apparaître un dessin qui ressemble à une fleur".

Le débit théorique est effectué suivant les rayons médullaires.

Dans les scieries actuelles, les troncs sont sciés en tranches parallèles pour des raisons de coût de revient.

 

Le débit théorique

 

LES CORPORATIONS A LA DAUPHINEE

Trois ouvrages de l'époque signalent 23 habitants en 1899. C'est trop peu pour permettre une structure finement hiérarchisée à nombreux grades.

Comment s'opérait la division sociale du travail ?

La famille Bourguignon était spécialisée dans la menuiserie de père en fils.

La famille Brouet pratiquait l'agriculture vivrière et la vente du fromage (façon "Rocroi").

Les Doudoux faisaient des clous pour la marine, déjà au temps de la marine à voile. Ils avaient pour cela des enclumes spéciales dont les trous avaient une forme de clou. La famille Doudoux ayant essaimé à la Neuville-aux-Haies, aux Six-Chênons et à Navaux, on retrouvait de ces enclumes dans les hameaux susnommés.

Les Villeval, on l'a dit, faisaient des "balais de boule."

De tout cela, il est hors de doute que la recherche du chef d'œuvre, la beauté du meuble chez les Bourguinon faisait de ces menuisiers une corporation d'élite.

 

Quel Saint Patron honorer ?

L'Eglise Saint-Antoine des Hauts-Buttes existe depuis des siècles, mais ce n'était pas la paroisse de la Dauphinée. Il existait bien là-bas un esprit de clocher, mais sans clocher puisque l'église se trouvait à Nohan et était vouée à Saint-Hubert, le patron des chasseurs.

Les gens du hameau chassaient, ne serait-ce que pour protéger la nuit leurs parcelles de seigle ou de pommes de terre des sangliers, mais sans plus.

Il restait à fêter le saint-patron des agriculteurs, celui des forgerons en la personne d'un même saint : Saint-Eloi. Qui menait la fête ce jour-là ? Les Brouet cultivateurs ou les Doudoux cloutiers ?

Tout simplement les Bourguignon... parce que pour aller chercher des chênes dans le Pré aux Trembles, ils se déplaçaient avec des véhicules tirés par des chevaux.

Pour eux, ce qui primait, c'était Saint-Eloi, patron des voituriers, utile pour avoir la matière première de la menuiserie. C'était donc la corporation des menuisiers qui dominait. C'était d'ailleurs elle qui faisait la célébrité de la Dauphinée.

Les informateurs disent néanmoins qu'il y avait une bonne entente entre toutes les familles de la Dauphinée.

 

LA FAMILLE BOURGUIGNON

L'acte de décès de Jean-Baptiste 1er laisse supposer qu'il était né 52 ans auparavant, donc entre le 11 Avril 1750 et le 11 Avril 1751. Il était fils d'un certain Simon Bourguignon, garde forestier. On a toujours dit de la maison du Champ-Bernard que c'était la maison du garde ; peut-être Simon Bourguignon y a-t-il habité ?

Les trois Jean-Baptiste se succèdent fidèlement. En 1848 naît Ovide dont on a encore le souvenir (voir ci-dessous le superbe bahut des Six-Chênons). Enfin, le 1er Avril 1885 naît Charles Bourguignon dont la vie mériterait un roman.

On ne sait s'il fut un cas pathologique ou la cristallisation normale de l'esprit de la Dauphinée en un seul homme. C'était un excellent menuisier mais, comme homme des bois, il avait une terrible réputation. A Thilay, on raconte souvent qu'étant l'unique survivant de son hameau presque inaccessible, il voulait quand même savoir ce qui se passait dans le monde.

 

S'étant fâché avec le facteur, il s'est vengé en s'abonnant à un journal, et chaque jour, c'était le même scénario : l'un qui attendait "son" journal, l'autre qui jurait en s'essoufflant pour gravir la côte interminable pour un "sacré journal".

Pour la petite histoire, précisons qu'au début du siècle, le facteur des "Hauts" se rendait à pied aux Woieries, aux Hauts-Buttes, aux Vieux-Moulins, aux Six-Chênons et à la maison forestière du Rang de la Truie. Dur, dur !

 

LA DAUPHINE

"Depuis la maison du Champ-Bernard, le hennissement des chevaux prévient du retour de la grande Wèbe. Charles Bourguignon, fils d'Ovide, petits-fils et arrière petit-fils de Jean-Baptiste, mène l'attelage.

Depuis le dix-huitième siècle, les Bourguignon, maîtres menuisiers et tailleurs d'images, se rendent au lieu-dit le Pré aux Trembles, au sud des Six-Chênons. Ils en ramènent chaque année le "chêne à fleur". Cette maille particulière, retrouvée sur les grands vaisseliers et bahuts ardennais signés Bourguignon, porte le secret de la famille.

Pure technique de débitage disent les Doudoux et les Brouet. Bourguignon sourit. Paroles de cloutiers et de paysans, se dit-il. Dans la région, aucun ramage n'égale celui de la Dauphinée. Quant aux Villeval, qu'ils aillent vendre à Nohan leurs ramons de boules.

Au nord du lavoir de Norgoutte, le large toit de faisiaux et les corbeaux des pignons affichent la souveraineté de la famille depuis Jean-Baptiste 1er en 1750. De père en fils, à manier le bédane, le racloir, la guimbarde. Observez le style ! Chantournements et moulures en chêne clair. Le buffet qui appartenait à Charles se trouve aux Hauts-Buttes non loin du Pré aux Trembles. Digne représentant des meubles de la Dauphinée, le bahut possède un "tiroir à secrets".

Nouvel Almanach des Ardennes.

 

Jeanne et Marguerite, filles de Charles Bourguignon, fréquentaient l'école primaire de Nohan aux côtés de Marie-Louise Maréchal. Le matin, elles descendaient à pied et le midi, elles déjeunaient chez Dolphine Pierrard, puis par la suite chez Marie Brouet après avoir effectué leurs courses à l'épicerie du hameau.

A 16h 30, elles regagnaient leur domicile à pied avec leur cartable et leurs provisions.

En hiver, les jeunes écolières de la Dauphinée bénéficiaient toutefois d'un régime de faveur : le maître d'école les libérait une demi-heure avant les autres élèves.

A la maison, pas d'électricité pour s'éclairer lors des longues soirées de la mauvaise saison que l'on passait autour du poêle à bois à la lueur de la lampe à pétrole.

Pas davantage d'électricité à l'atelier pour alimenter les machines à bois. Les meubles de la Dauphinée étaient donc entièrement façonnés à la main. Les bahuts et les buffets sont donc de véritables œuvres d'art "bichonnées" avec amour dans les salles de séjour ou les cuisines de la Semoy ou des "Hauts".

Cultivateurs l'été, les Bourguignon travaillent surtout le bois à la mauvaise saison ; des commis et des ouvriers y ont été embauchés.

En dernier, lorsque Charles avait besoin d'un coup de main, par exemple lorsqu'une vache était sur le point de vêler, il courait jusqu'à la "roche Jojo", gros bloc de schiste entaillé pour permettre la liaison Nohan Champ-Bernard, et il appelait M. Raoul Brouet dans la vallée.

Nos anciens se rappellent surtout de Charles alors qu'il vivait seul avec sa fille Marguerite. Tous sont unanimes : le menuisier-cultivateur était taillé à la hache autant par la stature que par le caractère.

Aborder le dernier habitant de la Dauphinée n'était pas chose facile, ni pour les gens de la vallée venus admirer les meubles sur place, ni même pour les membres de sa proche famille.

 

La guerre 40 à la Dauphinée.

La méfiance à l'égard des "étrangers" n'explique pas tout, mais la seconde guerre mondiale a laissé là-haut de douloureux souvenirs.

A l'évacuation de 1940, Charles a dû quitter "sa" Dauphinée, et il a été blessé au dos alors qu'il avait sauté du train lors d'une attaque dans le sud des Ardennes. L'homme se croyait blessé à mort, mais son corps robuste a résisté.

En 1944, Charles était revenu ainsi que la plupart des autres Ardennais, et la résistance, encouragée par l'annonce du débarquement en Normandie, redoublait d'ardeur.

Hélas, le 13 Juin, soit une semaine jour pour jour après le débarquement, l'annonce du massacre des Manises éclatait comme un coup de tonnerre.

Après avoir commis cette atrocité, les Allemands empruntèrent le chemin des Six-Chênons puis se rendirent à la Dauphinée car ils avaient eu vent de la présence de "terroristes" dans ce secteur. En effet, des résistants des Hautes-Rivières avaient trouvé refuge dans les granges du hameau.

Charles a échappé à la mort, mais il a reçu une sévère correction, ainsi d'ailleurs que d'autres personnes des environs, frappées et emprisonnées à Charleville, Place Carnot.

Ce jour-là, M. Pultière de Revin qui redescendait à Nohan a eu moins de "chance". Il a été emmené au Champ-Bernard puis frappé et tué sous les yeux horrifiés du garde-forestier. Les troupes du Major Molinari avaient été envoyées par Hitler pour "assainir les arrières de l'armée allemande".

Le dernier "Ardennais du bout du monde" a disparu voici bientôt un demi-siècle et il a emporté avec lui ses derniers secrets.

De nos jours, la Dauphinée n'offre plus au regard qu'un amas de ruines éparpillées parmi les broussailles.

Les nombreuses parcelles autrefois cultivées sont elles aussi envahies ; la forêt ardennaise a repris ce qu'elle avait prêté aux hommes.

La minuscule communauté de la Dauphinée, symbole du savoir-faire et de l'ardeur au travail de nos Anciens, s'est éteinte comme elle a toujours vécu, c'est-à-dire dans la discrétion et l'humilité.

Documentation :

- "Les Ardennais du bout du monde" de François ROGER C.D.D.P. Charleville-Mézières.

- Archives municipales de THILAY.