Les monuments aux morts

NOS MONUMENTS AUX MORTS

 

La rubrique "Histoire locale" est consacrée cette année aux deux monuments aux Morts de notre commune : celui de Thilay et celui de Nohan,

Derniers remparts de la mémoire, ces monuments septuagénaires ont été érigés en l'honneur de l'armistice signé en 1918.

 

• Les affres de la guerre :

Entre 1914 et 1918, 1 400 000 soldats français ont fait le sacrifice de leur vie (ce premier conflit mondial a tué 9 millions de personnes au total).

Ces soldats étaient surnommés "poilus" en raison des conditions d'hygiène qui existaient dans les tranchées, et qui empêchaient très souvent de se laver ou de se raser, entraînant d'ailleurs de nombreuses épidémies. Les rats, les poux, la boue et les cris des blessés faisaient partie du "quotidien".

Ardennais - 11 Novembre 1992

 

 La paix des braves

Matraqués sous la mitraille, assommés sous les obus, couverts de boue dans les tranchées fangeuses, pétrifiés par le gel au milieu d'un paysage lunaire, fauchés en pleine jeunesse à l'assaut des lignes ennemies, gazés, mutilés, les poilus ont versé leur sang quatre longues années. Les blessures, les misères, la mort n'ont pas épargné une famille.

Le 11 novembre est le jour choisi par l'Histoire pour se souvenir, s'incliner devant les ossuaires angoissants, se recueillir dans les cimetières interminables de croix blanches, penser un moment à ces hommes, marqués à jamais du déluge de fer et d'acier, de l'épouvante des combats au corps à corps pour que la France soit plus belle ... Combien d'enfants ont cherché un père ? Combien de veuves déchirées, de parents désespérés, de foyers anéantis ? Ils ne sont plus que quelques-uns. Centenaires ou proches du siècle. Ils sont des témoins protégés de terrifiants combats qui n'épargnèrent pas les Ardennes. Ce sont des braves.

Aujourd'hui, dans le moindre village, on se rappelle. Pour qu'ils ne meurent pas une deuxième fois par l'indifférence du temps. Rien qu'un dépôt de gerbes perpétue la mémoire.

Devant les stèles, les monuments, devant les champs de bataille de l'apocalypse de feu, ils ne seront pas nombreux. Le confort d'un jour férié est plus profitable aux égoïsmes matérialistes qu'un quart d'heure sous le vent et la pluie en signe de respect. Tout au moins le croit-on.

La guerre n'est pourtant pas loin. Elle est en Europe, dans les Balkans, encore une fois. Des jeunes des régiments de notre région viennent d'y tomber avec le béret bleu. Insoutenable vérité au quotidien.

Se souvenir en ce 11 Novembre, c'est aussi faire en sa conscience un geste de paix, un geste d'amour. "

 

• L'espérance de revenir :

 

Une famille ardennaise a conservé les lettres écrites par un grand oncle tué à Douaumont en 1916. Soldat au 110e régiment d'Infanterie, ce jeune homme, Edmond CROMBERT, avait combattu dans notre région.

Voici le résumé de ses dernières lettres :

 

27  décembre 1914. - "J'ai vu les prédictions pour l'année 1915. Si elles sont vraies, je n'irai pas au feu car elles annoncent que la guerre finira au mois d'avril ou mai".

22 février 1915. - "Je suis désigné pour aller au feu. C'est malheureux mais il faut y aller. Ne te fais pas de bile car j'ai confiance en moi".

1er mars 1915. - "Je me suis pesé. J'ai grossi de 6 kg mais c'est comme les vaches et les porcs que l'on engraisse dans les étables sitôt qu'ils sont assez gros, on les tue, nous, c'est la même chose. Combien de jeunes gens qui sont venus au régiment et qui engraissent et peut-être dans une paire de mois, il en manquera plus de la moitiéà l'appel ?".

19 mars 1915. - "Hier, il est arrivé 12 autos de blessés, cela m'a fait mal au cœur en les voyant, je me disais peut-être que dans un mois, je serai comme eux".

24 mars 1915. - "Le jour où j'ai eu vingt ans, nous avons bu une bonne bouteille. Nous nous sommes bien amusés ensemble. Les uns jouaient de la musique, les autres dansaient".

8 avril 1915. - Dans les tranchées des Eparges, Meuse. "J'ai reçu le baptême du feu mardi. La vie des tranchées n'est pas fort commode. Nous avons à manger quand le cuisinier est assez franc pour venir l'apporter. On se bat jour et nuit. Je t'assure que l'on a fait des fusillades. On a du plaisir tout de même quand il en sort un et qu'on le dégringole aussitôt".

24 avril 1915. - "Presque tous les jours, la musique du régiment joue dans le village, ça nous amuse un peu car tous les établissements sont consignés. Quand on marche, elle joue aussi, j'aurais bien voulu entrer dedans".

28  avril 1915. - "Depuis que j'ai rejoint le 110e d'infanterie, nous voyageons toujours. Nous ne sommes jamais deux jours à la même place, nous entendons toujours le canon. Hier, nous sommes passés à Bar-le-Duc, nous avons été reçus comme des rois en automobile. C'était la première fois que j'y montais. On nous jetait des bouteilles de vin, de bière, du cidre, du chocolat, des cigarettes, enfin tout".

13 mai 1915. - "J'ai embarqué en chemin de fer, je suis arrivé dans un beau patelin près d'Epernay. Nous sommes descendus à Epernay. Là, j'ai vu la grande fabrique de Champagne Mercier. C'est un bel établissement mais nous n'avons pas goûté beaucoup de Champagne".

18 mai 1915. - Berry-au-Bac, dans l'Aisne. "Nous avons traversé un bois, on n'y voyait pas clair. Nous avons été obligés de nous tenir pour pouvoir nous suivre et on a marché dans l'eau jusqu'aux genoux".

22 septembre 1915. - "Surtout, pas de bile, vieux, la délivrance est proche".

24 février 1916. - Dernière lettre envoyée deux jours avant sa mort. "Nous ne faisons que bouffer des kilomètres, soit à pied ou en auto car les boches attaquent du côté de Verdun. Cette nuit, j'ai rêvé que je rentrais dans le Nord et que j'embrassais ma mère. Quand-est ce qu'il viendra ce jour-là, dans combien de temps ?"

 

Le 17 avril 1916, une lettre envoyée au Maire de la ville annonçait ceci :

 

"J'ai l'honneur de vous prier de vouloir bien, avec tous les ménagements possibles, nécessaires en la circonstance, prévenir M. et Mme CROMBET de la mort de leur fils, le soldat Edmond CROMBET, tombé au champ d'honneur le 26 février 1916 au fort de Douaumont".

Tous voulaient vivre, multipliaient leurs projets, racontaient leurs petits bonheurs dans des lettres rédigées à la hâte, avec quelquefois l'accent poignant d'hommes traqués par la mort.

 Une terrible épreuve : l'annonce dès-décès aux familles.

 

A Thilay, 38 soldats sont morts del9l4àl9!8;et9à Nohan. Ils ont été tués sur les champs de bataille de la Marne, de la Meuse, de l'Aisne, de la Haute-Marne et de la Somme où le célèbre romancier ardennais Jules LEROUX a lui-même été porté disparu en 1917.

A l'époque, quelques soldats du pays tels que le "Père Potet", maître d'école bien connu de nos Anciens, ont également combattu en Grèce, au sein des "poilus d'Orient", à Salonique et dans les Balkans.

 

• Armistice : la dernière salve.

 

Le dernier mort de la guerre 14-18 est tombé dans les Ardennes. C'est une certitude. Mais, un peu comme le soldat Inconnu, on ignore son identité. Chacun a vu "son" dernier mort. Dans le petit cimetière de Vrigne-Meuse, il a sa tombe disent les gens du pays. Qui qu'il soit, il est mort pour rien, la guerre était finie. Tenons-nous en à la thèse officielle que l'on doit à Hubert COLLIN, ancien Directeur des Archives départementales.

Au matin du 11 Novembre, la nouvelle de la signature du cessez-le-feu fut connue à 8 h 45. L'ordre prenait effet à 11 heures. Alors commença un dramatique compte à rebours. A 10 h 50, une salve d'obus de 150 s'abattait sur Dom-le-Mesnil, à 10 h 57 une mitrailleuse allemande tirait rageusement ses dernières bandes. A11  heures, enfin, le clairon Delaluque, du 3ème bataillon, égrena les notes du cessez-le-feu, bientôt répétées par les Allemands. Puis on exécuta les sonneries : "Levez-vous" et "Garde à vous" suivies d'un éclatant "Au drapeau". Depuis les rangs français montait la "Marseillaise". C'était fini, mais le dernier engagement de tout le front français avait coûté 80 morts et 16 disparus au 415e R.I. Ils ne connurent pas la joie sublime de la victoire.

Le dernier communiqué de la guerre était relatif à cette opération : "A la suite de durs combats, nous avons forcé les passages de la Meuse entre Vrigne et Lumes". C'est donc dans les Ardennes que la guerre de 1914-1918 a effectivement pris fin.

 

Le financement des monuments :

 

27 février 1921 : le Conseil municipal de Thilay décide la construction d'un monument aux morts. Ce Conseil est alors présidé par M. Xavier SAUVAGE, maire depuis 1919. 

23 mai 1921 : le Ministère de l'Intérieur approuve la construction du monument en vertu de l'ordonnance du 10 juillet 1916.

A noter à cette époque le don offert par l'école de filles d'Alger à l'école de filles de Thilay sous forme d'un livret de Caisse d'Epargne à "l'élève la plus pauvre et la plus méritante, orpheline de guerre si possible".

Les délibérations n°492 et 493 du C.M. définissent respectivement l'emplacement et le financement du monument de Thilay. Nous n'avons pu retrouver les archives du monument aux morts de Nohan, construit par un marbrier belge, domicilié à Paliseul, tandis que le buste métallique représentant un soldat a été coulé par la fonderie "Val d'Osne" à Paris.

Coût total du monument de Thilay : 8 000 F. La commune ayant voté une subvention de 2 000 F, la somme restante de 6 000 F a été rassemblée grâce à une souscription publique. Des bénévoles organisèrent des collectes, et un Comité pour la construction d'un monument aux morts fut constitué dans le village. La plupart du temps dans les Ardennes et dans la Marne, ces comités d'érection d'un monument comprenaient des conseillers municipaux et des anciens combattants.

  • Souscriptions, collectes et festivités
     
  • Les dons :

Anonymes ou non, les nombreux dons versés sont révélateurs de l'état d'esprit de l'après-guerre où le patriotisme n'était pas un vain mot. Les prétextes pour verser "au monument" étaient multiples, depuis l'amende infligée par le garde-champêtre jusqu'aux objets trouvés et non réclamés, en passant par les dons à l'occasion d'une vente d'immeuble, d'un mariage ou d'une fête de famille.

 

LA CONSTRUCTION DU MONUMENT :

 

Deux devis sont demandés : l'un à M. MARTIN, marbrier-sculpteur à Château-Regnault, et l'autre à la Maison GAUDIER REMBAUX, à Aulnoye, le premier cité remportant l'adjudication.

Caractéristiques techniques :

- 8 000 kg environ

- hauteur du chapiteau : 4,40 m

- entourage par 9 colonnes et chaînes (qui sera remplacé par une grille en fer forgé et des piliers carrés)

- feuilles d'olivier sculptées dans la pyramide

- prix : 8 000 F avec porte et grille.

 

  • L'Inauguration :
     
     

Bulletin Municipal  N° 10 de décembre 1992