Boutiques disparues Naux

 LES USINES DISPARUES (suite)

Quel chemin parcouru entre la fabrique des outils mérovingiens et la frappe d’une bielle de Rolls Royce ou la conception d’une pièce de sécurité du TGV, exemples parmi tant d’autres dont les seules références suffisent à illustrer la qualité de la production ardennaise. Sans notre légendaire forêt, donc sans combustible, le travail des métaux n’aurait pu se développer dans notre contrée.

  •  Les transports  

 La voie d’eau

- A l'époque du château de Linchamps, une chaîne tendue entre les deux rives de la Semoy au Faucon contraignait les bateliers à payer un droit de passage.

- Le minerai de fer de Lorraine, de Suède ou du Lancashire était autrefois amené par bateau. Le flottage du bois avait également lieu sur la Semoy en période de hautes eaux.

Les voituriers

 

Avant 1850, les voies de communication se limitaient à de mauvais chemins empruntés par des gens à pied munis de hottes ou des ânes équipés de bâts.

Le chemin de Thilay à Nohan fut élargi lors de la crise de la clouterie en 1848 par les ouvriers réduits au chômage. Puis en 1850, les Ponts-et-Chaussées ouvrirent une route directe de Monthermé à Thilay par la Roche aux Corpias en faisant parler pic et poudre dans le solide éperon rocheux.

Avant l’époque des attelages hippomobiles, le transport des matières premières et des marchandises s’effectuait à dos d’âne. Le pont des bourriques à Linchamps doit son nom à cette période.

Au début du 20ème siècle, Henri Warnier effectuait la liaison Semoy-gare de Monthermé grâce à sa calèche tirée par deux mules.

 L’almanach Matot-Braine de 1932 dresse la liste des voituriers locaux :

Delmont, Dominé, Gilles, Laurent, Martinet, Parizel, Tutiaux Eugène, Tutiaux Joseph, Cuvelier, Laurent H., Laurent N.

Une charrette attelée pouvait sortir de la vallée de la Semoy pour atteindre l’autre vallée après le passage d’un col. L’aller-retour vers Monthermé, Levrézy ou Nouzon pouvait se faire sur la journée. Lorsqu’il fallait descendre plus d'une tonne de charge, on devait arayî, c’est-à-dire arrêter une roue par les rayons de sorte qu’elle ne fasse que glisser.

Après 1860, le charretier pouvait transporter jusqu’à 2 500 kg, l’état des routes étant meilleur, surtout à la belle saison.

Le voiturier marchait huit, neuf et même dix heures à côté de son attelage. De plus, il aidait au chargement et devait soigner ses chevaux matin et soir.

Anecdote de Jacques Zucchi : Avant la guerre, la route Thilay-Naux était bien plus étroite que de nos jours. Un jour, l’attelage conduit par Noël Laurent (père) serra le bas-côté devant l’actuel Val de Semoy et s’enlisa. Le haut du chariot vint frotter le mur de la façade et la marque est encore visible aujourd’hui sur le crépi, même si le niveau de la route  a été remonté de plus d’un mètre à cet endroit.

Ce jour-là, les robustes chevaux du Fifi eurent beaucoup de peine pour tirer le chariot de sa fâcheuse position.

 Le P'tit Train

A partir de 1901, le P’tit Train devint le poumon de notre vallée. En effet, il permettait l’approvisionnement en matières premières, acier, coke, houille ainsi que l’acheminement des produits bruts ou finis. Quatre navettes étaient programmées chaque jour entre Sorendal et Monthermé.

 Le transport routier

 

Cette photo a été prise après la guerre  : les camions GMC ainsi que les jeeps venus des Etats-Unis poursuivirent leur existence sur tout le territoire français.

La machine à boulons était chargée sur le camion à l’aide d’un palan à chaîne.

Sur cette carte postale figurent les trois frères Zucchi, de gauche à droite : Joseph, Michel et Jacques. Juste après la guerre, le

travail de réaménagement des usines ne manquait pas.

Jacques Zucchi se souvient que les camions et les attelages traversaient la Semoy au gué de Nohan à quelques mètres de la passerelle située face à la Grande Ruelle (aujourd'hui rue de l'Eglise). C’était aussitôt la guerre, avant la reconstruction des ponts de la Semoy. Un gros bloc de schiste dans le lit de la rivière servait de repère. Quand il était submergé, il ne fallait plus traverser.

 Geneviève Parizel se souvient qu'une fois par semaine, les écoliers allaient en promenade sur les terres cultivées de la rive opposée au village avec M. Badré l'instituteur. Ils empruntaient la passerelle réservée aux piétons et aux deux roues, munis d'une petite boîte dans laquelle ils recueillaient les doryphores présents dans les cultures de pommes de terre. Cette passerelle était démontée à l'annonce des hautes eaux.

 Reconstruction du pont de Nohan : les coffrages en bois sont bien avancés ; une passerelle sur tréteaux permet le déplacement des ouvriers sur le chantier.

Les usines à NAUX

 Les ateliers de fabrication les plus anciens des vallées de la Meuse et de la Semoy sont construits en moellon de schiste, avec charpente apparente en bois sur lesquelles étaient fixés les axes de transmission et les poulies permettant l'entraînement des machines-outils.

Les couvertures étaient en ardoise. Ces ateliers modestes ont souvent été englobés dans des agrandissements du 20ème siècle aux murs en parpaings de béton ou à essentage de tôle. Les couvertures ne sont plus exclusivement en ardoise mais également en métal ou en ciment-amiante. A l'intérieur, les foyers de forge ont rarement été détruits et certaines machines-outils du début du 20ème siècle, encore en état de marche, côtoient les machines à commande numérique. Dans la seconde moitié du 19ème siècle, certaines usines gagnent en superficie.

 Avant la première guerre mondiale, le village comportait un nombre impressionnant de petites clouteries, avant que les habitants ne soient obligés de se reconvertir. Ainsi, à Naux, en août 1878, Auguste Doudoux achète par exemple un étau tournant à la fonderie Petit et Cie de la Cachette à Nouzonville pour la somme de 29,70 francs. En décembre 1919, Léon Piquart, domicilié lui aussi à Naux, se procure une machine à percer usagée auprès de la boulonnerie Noizet-Parizel de Failloué pour la somme de 50 francs. Léon et son fils Marcel travaillaient ensemble dans la petite clouterie adjacente à leur maison rue de la Semoy. Un chien actionnait alors la roue qui transmettait son mouvement au soufflet de la forge. La maison Piquart voisine de celle de la famille Mous a été rasée. Seule subsiste la cheminée du rez-de-chaussée.

  •  Boutique Parizel

 La petite entreprise Parizel travaillait en sous-traitance pour les usines des Hautes-Rivières. Georges Parizel était le directeur et sans doute le fondateur de cet atelier. En plus de son travail à l'usine, il fut secrétaire de mairie avant la guerre et maire de Thilay de 1945 à 1947.

Ses fils Daniel et Roland le secondaient. Trois rabatteuses, trois forges, une cisaille et une forerie à main (perceuse munie d'une grosse manivelle et d'un imposant volant à inertie) étaient les principales machines.

La photo ci-contre a été prise en 1945 ou 1946 dans la rue principale de Naux. Roland (1913-1967) et son épouse Henriette (1916-1952) traversent le hameau à bicyclette.               

 

 

Photo du pignon : L'atelier en pierre du pays avait été prolongé vers la rue par un ajout en bois visible à l'arrière-plan. Ph. Michel Parizel

 

 

 

 

 

 La boutique familiale existait à l'emplacement de l'ancienne petite friterie, face au restaurant La Forge. A l'horizon, on distingue la colline de la Grande Wèbe, proche du ruisseau  de Nantanru. Au second plan sur la photo, on distingue l'ancienne usine Papier avant qu'elle ne brûle la veille de Noël, un soir des années 1950.

Roland habitait la maison rue de la Semoy et son père Georges habitait l'actuelle maison de Michel et de Ginette, chemin de Gespunsart. L'atelier inoccupé fut détruit pour faire place à une petite friterie dont le local existe encore.

 

Photo façade : la façade était séparée de la Grand-Rue par une grille métallique et une palissade en bois. Ph. Michel Parizel.

 Comme Roland Parizel, Jean Camus était employé aux Etablissements Papier tout proches, et après leur journée, comme bon nombre de leurs semblables, ils rejoignaient leurs ateliers respectifs.  Jean fabriquait entre autres des boulons à six pans pour les guidons de vélo.

Daniel Camus (né en 1950) et ses frères se souviennent que Jean, leur père, travaillait à la rabatteuse dans la remise adjacente à leur maison devenue brocante à l'angle de la rue de la Semoy.

Entre 1950 et 1960, après sa journée à l'usine, Jean forgeait des petits crochets ainsi que de grands rivets de 6 mm de diamètre destinés à l'usine Cousin-Malicet de Bogny-sur-Meuse.

 

De gauche à droite : Michel Parizel, une jeune fille de Charleville, Ginette Parizel et Danièle Mous épouse Pihet.

 A droite, le traditionnel cabinet. A gauche : l'atelier auquel sont adossés une étable et un ran à cochons. Deux cochons et trois vaches mises en pâture sur les hauteurs des Hoys permettaient à ces familles de la Semoy d'agrémenter les fins de mois, sans oublier le potager. Ph. Michel Parizel

 En 1980, Michel Parizel a édifié un bar-restaurant juste en face de la boutique familiale. Le nom de La Forge et l'architecture du bâtiment sont dédiés à tous les Vaillants qui ont œuvré dans nos vallées de Meuse, Semoy et Goutelle.

 

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