Boutiques Thilay (suite et fin)

  •   LES BOUTIQUES DE THILAY (suite)
  • Bayonet

 

Cette entreprise de boulonnerie a été fondée en 1937 par Maurice Bayonet et André Jadot, père de Geneviève et Denis Jadot, sous le nom de Bayonet-Jadot. Elle travaillait en location dans un atelier créé par Just Doudoux (père de Jacqueline Doudoux), situé rue des Paquis, là où exista l'usine Doudoux Raulin.

André Jadot, né en 1904, avait une formation de comptable ; Maurice Bayonet, ajusteur, demeurait Devant Thilay.

En 1945, André Jadot s'est retiré de la société qui est devenue Bayonet et Cie avec comme associés Maurice Bayonet et son frère Maxime originaire de Nohan. En 1950, plus de 20 ouvriers y travaillaient ainsi que quelques personnes à domicile, essentiellement des femmes, pour le montage des boulons.

Ensuite, confrontée à la concurrence des boulons par frappe à froid, la société a connu une période difficile, la vétusté et l'exigüité des locaux ne permettant pas la modernisation. Le nombre des employés a alors fortement baissé. Le parc à fer était sur le terrain situé plus haut dans la rue et une charrette à bras, tirée par deux personnes, était utilisée pour transporter les barres de fer.

 

Le personnel devant l'atelier. Ph. Yvette Delloux

En 1964, arrivé à l'âge de la retraite, Maurice Bayonet a cédé ses parts à la famille Avril, Michel assurant la partie technique et Marc le commercial et l'administratif.

L'activité a continué deux ans dans l'ancien bâtiment avec six personnes dont Vital Mahy remplacé ensuite par son fils Jean et un outilleur-magasinier, Maurice Thomé.

En 1965, un permis de construire a été déposé pour un nouveau bâtiment de 250 m2 à la Petite Couture, rue du Baquet. Le transfert de l'activité a eu lieu en 1966. Grâce à de nouveaux produits plus spécialisés et à de nouvelles machines, l'activité a remonté et les bâtiments ont été agrandis plusieurs fois pour atteindre 2000 m2.

 L' ancien bâtiment de la rue des Paquis (n° 24) a été acheté par Léon Davreux en 1970/71 puis par son fils  Henri, transporteur, qui utilisait les locaux pour réparer les véhicules.

Francine Pilard née en 1930 et Raymonde Dehoul sont venues travailler chez Bayonet pendant deux ans quand l'usine Papier de Naux a brûlé pendant une veille de Noël vers 1950. Un souvenir reste gravé plus que les autres dans la mémoire de Francine : celui des glaçons suspendus aux machines à boulons, la toiture s'étant effondrée à la suite du violent incendie nocturne. Les deux ouvrières et d'autres collègues furent replacées dans quelques usines du village pour la durée des travaux de réfection, geste d'entraide bien salutaire qui permit d'éviter le chômage technique.

 

  • Usine Dethier (Pierre Laurent)

Avant 1920, Fernand Dethier (Ferdinand dans l'état civil), né en 1890 et marié à Solange Pigeot, avait installé une clouterie dans la remise de son habitation rue de la Naux à Thilay (actuel n° 13). Plusieurs chiens se relayaient dans les deux roues en bois pour faire fonctionner la forge. Le bâtiment en briques construit en 1919 existe toujours au fond de la cour.

En 1920, Fernand acheta à Jules Laurent un bâtiment route de Monthermé pour y implanter une usine plus spacieuse que celle du village. En 1922, les deux rabatteuses fonctionnaient à longueur de journée.

En 1945, Pierre Laurent, gendre de Fernand et époux de Lucienne, reprit l'usine après avoir maîtrisé les techniques du métier grâce à son beau-père.

 

Jusqu'en 1980, près de 15 personnes travaillaient dans cette usine répartie en trois espaces : machines à boulons et cisaille côté Monthermé, bureau et magasin au centre, puis taraudeuses côté Thilay. Pierre dirigeait l'atelier et Lucienne assurait la partie administrative. Face à l'usine, un bac en parpaings recueillait les bavures ; les camions le contournaient pour faire demi-tour. En ce qui concerne l'expédition, les caisses contenaient des galettes de boulons enveloppées dans du papier tandis que les sacs recevaient les boulons en vrac. Ce matériel était transporté jusqu'à la gare de Thilay par l'attelage de M. Gilles. Les barres de fer et les rouleaux étaient amenés par camion.

Lucienne a noté sur un petit carnet une foule de renseignements : Mon père avait acheté une automobile en 1921. (Dans Thilay, il y en avait très peu : Mrs Thévenin, Leinster et Faynot). Il avait ensuite acheté presse à boulons, ébarbeuses et landis. Les fours tournants étaient chauffés au coke.

En 1940, l'usine ferma et ce fut l'heure de l'évacuation à Noirmoutier. Reprise du travail en 1942 par Fernand revenu le premier de la famille. L'entreprise prospère ensuite grâce à la fabrication de tirefonds pour toitures, puis de tiges filetées sur lesquelles était monté un écrou à chaque extrémité. Les femmes payées aux pièces  travaillaient sur des landis Hottiaux fabriquées et achetées à Château-Regnault.

D'autres machines achetées en Espagne ont permis d'augmenter la production livrée à Thilay, aux Hautes-Rivières et dans diverses régions de France.

Parmi le personnel local figuraient Gaston Cazareth, Maurice Thull, Claude Carlier, Daniel Dromaux, Noël Laurent, Robert Delonnoy, Yvon Hubert, son épouse Edith et sa fille Danielle, Madame Chevalley, Yvette Delloux, Jeanine Dethier, Claudine D'Agaro, Rosine Maizières, Gisèle Migeot, Jeanine

Devis, Suzanne Couilfort …. Henry Julius, outilleur, demeurait juste en face. D'autres ouvriers venaient de Monthermé par le bus.

Hélas en 1982, Pierre décéda. Son fils Miguel qui travaillait avec lui poursuivit l'activité quelque temps, relayé pendant un an par André Abraham qui avait loué locaux et matériel.

A ce jour, une partie du bâtiment est en cours de transformation pour devenir une habitation.

  •   André Remacle

 

En quittant Haulmé, André et Claudette ont emménagé à la Gaieté, puis ensuite rue des Paquis. En 1954, après avoir installé son atelier au fond de l'actuelle rue Marie Bonnefoy, André se spécialisa dans la fabrication de crochets pour toitures.

Yvon Dumont et son épouse Colette travaillaient dans cette petite entreprise ainsi que Bernard Migeot de 1965 à 1968, Patrick Murguet et Jean-Pierre Devis dont voici le témoignage :

 

 J'ai travaillé ici de 1971 à 1977, avant d'aller chez Laurence Thomé devenue Hacquart où je gagnais davantage. Les barres de fer plat, longues de 4 ou 5 m, étaient de différentes épaisseurs et les feuillards étaient découpés et percés en même temps. Les crochets étaient cisaillés, poinçonnés, rivetés avec les feuillards, d'abord au marteau par Yvon, puis plus tard à la presse. L'extrémité était chauffée au four à gaz avant étirage sur un laminoir. Le cintrage s'effectuait à froid sur un gabarit à l'aide d'une clé. Les crochets étaient ensuite emmenés à la galvanisation à Nouzonville grâce au petit camion Renault Goëlette gris. A leur retour, les crochets étaient conditionnés en lots de 25 ou 50 pièces.

L'atelier en tôle ondulée n'était pas isolé. L'hiver, on avait froid malgré les radians et l'été, on avait très chaud. Mme Remacle apportait des glaçons dans un seau pour refroidir notre boisson, mais deux heures plus tard, l'eau était tiède.

 

En plus des crochets, André découpait et perçait des rondelles bitumées qui servaient à assurer l'étanchéité des tirefonds sur les toitures en tôle. Il fabriquait également des agrafes utilisées dans les charpentes métalliques.

En 1988, les locaux ont été rachetés par Jean-Michel Crépin, spécialisé dans la ferronnerie (grilles en fer forgé…). Le petit local en tôles a été fortement agrandi et modernisé.

 

  •  Arthur Connerotte

 

En 1909, les époux Connerotte firent construire avec leurs voisins Pigeot deux maisons mitoyennes en pierre (N°s 13 et 15 de l'actuelle rue Marie Bonnefoy). Ces constructions jumelées devenues centenaires permettaient aux propriétaires d'économiser un mur mitoyen et de chauffer plus facilement les pièces.

Derrière sa demeure, Arthur avait aménagé un petit atelier dans lequel il forgeait des clous, des petits boulons de 4 mm ainsi que des tisonniers pour les cuisinières Arthur Martin de Revin. Comme dans beaucoup de boutiques, la roue à chien a été brûlée car elle devenait inutile.

La maison voisine (N°15), habitée ensuite par Julien et Maria Dupuis, possédait également une boutique. Tous ces minuscules ateliers séparés de l'habitation, lorsqu'ils n'ont pas été rasés, sont devenus des remises à matériel ou transformés en garage.

 

  •  Usine Rousseaux

 

Eugène et Alice Rousseaux travaillaient dans un petit atelier en briques rouges, rue de la Couture d'en Bas. M. et Mme Remacle édifièrent plus tard un garage double sur les fondations existantes. Comme M. et Mme Remacle, la famille Rousseaux logeait à l'extrémité du terrain, 27 rue des Paquis.

Selon Claude Pilard, la boutique Rousseaux se trouvait à l'emplacement du garage double actuel ; cette petite construction fut plus tard occupée par Pierre Laurent, puis par Pierre Legrand avant qu'il ne construise sa menuiserie rue Eva Thomé prolongée.

Pierre Laurent emmenait ses pièces au galvain chez  Letellier grâce à une charrette tirée par un solide chien genre berger allemand. La demande en tirefonds 8x120 était alors très importante à cette époque de construction de hangars en tôles fibrociment.

 

  • Anice Pilard

 

Maurice Anice Pilard, né en 1902, après avoir travaillé chez Papier à Naux, usinait à la rabatteuse des petits boulons  pour les machines à laver Arthur Martin de Revin, dans le sous-sol de l'ancien presbytère. Le local appartenait à la commune.  Anice travaillait pour les usines du

secteur et même pour une filature des Pyrénées. Il a cessé son activité peu avant 1960.

 

  •  Marceau Bozier

 

Marceau Bozier surnommé Vole au vent travaillait chez Doudoux. Il possédait également un minuscule atelier place de Thilay, dans l'impasse du coiffeur actuel. Les anciens se souviennent de son épouse Adeline qui, appuyée sur une canne, beuquait à l'angle de la ruelle. Quant à Marceau, il se plaisait à renseigner les automobilistes de passage.

Leur gendre Maquart fut moniteur à la gymnastique des rouges avant la guerre.

 

  • Boutique Viart

 

Eugène Viart demeurait rue de la Roche. Son grand-père était cloutier dans la propriété rachetée par Pierre et Denise Turquin, alors gérants de l'Economat à Thilay.

Le dessin au fusain visible au dos de ce bulletin a été réalisé en 1960 par Jacques Alaniou, oncle de Jean-Pierre et Dominique Turquin. On distingue à gauche la maison Bourguignon, puis à droite la maison Viart avec la cheminée de la clouterie. Le conduit de fumée taillé au burin dans le schiste de la côte débouchait sur ladite cheminée en pierre du pays et haute d'environ trois mètres. Jean-Pierre l'a démontée en 1965 car elle menaçait de tomber.

Le fer était amené jusqu'à la boutique de 20 m2 par la ruelle à présent couverte et un chien faisait tourner la roue. Avant de construire à cet endroit, nos Anciens ont dû tailler à la main dans la roche qui a donné son nom à la rue.

Claude, le petit-fils d'Eugène Viart, réside à Guérande, mais il prend toujours des nouvelles de Thilay.

 

  • Souvenirs de Jean Lejeune, né en 1934, retraité près de Vannes avec son épouse originaire de Bretagne.

 

        •  Une forge, une grosse enclume en fonte avec des gros trous carrés pour caler les outils : un couteau et la cloyère ou une matrice ; les grosses enclumes devaient provenir de l'usine de Phade. La rabatteuse, machine rudimentaire à pédale mais qui a conduit au développement des petites boutiques et à la boulonnerie sur la vallée de la Semoy. Puis, il y a eu les presses à friction dites machines à boulons venant en partie de Belfort.

 

  • Anice Pilard a terminé sa carrière d'ouvrier sur une rabatteuse dans l'ancien presbytère. Il y avait aussi Prosper dans la boutique située  à l'emplacement des garages de M. Mavica rue des Paquis.

 

•  Louis Hubert-Lejeune, mon grand-père, fut autrefois maréchal-ferrant dans le virage de la rue des Paquis. Il était installé à l'actuel n° 34, dans la grange où habita Louise Lepère, épouse de Kléber Vilvandré, ébarbeur chez Mizen.

Pour pouvoir cercler les roues de la charrette devant la maison, Louis-Hubert acheta la maison d'en face (N° 47) où habita plus tard mon père Marcel. Avant la guerre 1914-1918, il obtint une médaille d'argent à Raucourt, distinction que je conserve précieusement. Petits boulons de 6 à la rabatteuse et réparation des charrettes complétaient l'activité. Emprisonné près de Berlin et brisé moralement, grand-père abandonna son métier d'avant-guerre.

 

•  Chez Elvire Doudoux : la petite boutique construite dans le prolongement de la maison où vécut Jacqueline Doudoux, 35 rue de la Naux, a été transformée en garage.

 

•  Chez Débarre : Albert Wiart y travaillait, ainsi que Yolande Parizel, taraudeuse.

 

•  Chez Mizen : Après avoir habité à Thilay, M. Mizen résidait à Charleville. Je me souviens que Claude et Albert Ancelet ainsi qu' Abel Sauvage y travaillaient.

 

  • Laurence Thomé : vers 1964, l'usine Mangon tournait au ralenti et Laurence me proposa de venir travailler le lundi. J'y usinais des guide-soupapes de 4CV Renault et le métal venait de la fonderie Cochaux à Deville.

 

 

Documentation

 

Thilay, Pays des Basses-Rivières (Soleil d'Automne)

Articles du journal L'Ardennais

Semoy, l'autre vallée, de Claude Carton

Boulonneries, boulonniers des Ardennes, d'Agnès Paris

Entêtes de factures (Jean-Claude Risse)

 

Merci à toutes les personnes qui ont fourni photos, témoignages et documents.

 

 

Des compléments (photos, documents) aux articles parus dans ce bulletin 2015 peuvent toujours être ajoutés.

 

 

Photo d'ouvriers du village au début du siècle dernier, mais où ?