Boutiques de Nohan-sur-Semoy

Les boutiques d'hier à Nohan-sur-Semoy

  

  • Guy Avril, né en 1934, a puisé dans ses souvenirs pour établir la liste  des forges et boutiques de Nohan :
  • La forge de Camille Briard  puis de ses deux fils Michel et André. (BM 32)
  • L’usine de Guy Avril (BM 32)
  • La forge de  Paulin Parizel puis de son fils Maurice. (face à l’ancienne boulangerie)
  • La forge de  Paulin Godart
  • L'usine du Moulin, fabrique d'écrous appartenant à Paul Stévenin
  • La forge de Charles Mézières puis de son petit-fils Raymond Stringer
  • L'usine d'estampage René Parizel
  •  La forge Léon Labarrière reprise par André Dégura
  •  La boulonnerie Lucien et Gaston Leheutre
  •  La boulonnerie Georges Pierre
  •  L'usine René Cagneaux, fabriquant principalement des écrous à oreilles
  • La forge Jean Pihet. Père de Bernadette, Jean avait une boutique derrière sa maison de la rue de la Semoy.
  • La forge de Jean-Baptiste Dominé travaillait beaucoup pour les usines des Hautes-Rivières.
  • L'usine d'estampage Daumont Catiaux, puis de son gendre Ludovic Zémanik
  • La forge Marcel Gomeaux. Robert Delonnoy
  • La forge Lucien Parizel
  • La forge André Barré puis de son fils Roland
  • L'usine d'estampage Meuse et Semoy
  • L'usine d'estampage de Jean Dominé
  • La forge des trois frères Aimé, Narcisse et Paul Godart,
  • La forge de Daniel Solliez
  • La boutique du Père Dominé.

 

 

Usine René Cagneaux

 

 

 

 

 

 

 

 

Forge de Charles Maizières puis de Raymond Stringer

 

 

 

 

 

La forge de  Paulin Parizel puis de son fils Maurice

 

Située face à l’ancienne boulangerie, cette usine fabriquait des bielles pour le chemin de fer, d’un seul bloc à la rabatteuse. On peut remarquer la variété de pinces suspendues au-dessus de la forge.

 

 

Maurice Parizel au travail

 

La rabatteuse de Maurice est exposée depuis plusieurs décennies au musée de Charleville-Mézières. D’autres machines ont été confiées au Musée de la Métallurgie Intercommunal de Bogny-sur-Meuse. Hélas, beaucoup d’autres ont terminé dans le dépôt des ferrailleurs.

 

 

 

 

 

 

Les vestiges de l'atelier de Maurice Parizel

 

 

 

 

 

 

 

 

L'usine d'estampage Daumont Catiaux, puis de son gendre Ludovic Zémanik


Cette usine fut construite sur une parcelle étroite située entre la rue de la Semoy (logement patronal) et la Grande Rue (accès à l’atelier de production)

Gustave Lefort fut le premier propriétaire de cette petite usine. Il y établit une clouterie vers 1914-1915. A partir de 1947, Elysée Daumont aidé de M. Catiaux en devient le nouveau gérant. Il y mène une activité de ferronnerie avec deux marteaux-pilons jusqu'en 1970, puis l’usine est reprise sous le nom des Etablissements Zémanik jusqu'en 1990. Actuellement, le site est divisé entre le logement patronal de l'ancien gérant, et l'atelier devenu garage.

Le bâtiment initial était construit en briques, puis l’extension réalisée en parpaings a permis d’installer les pilons.

Raymond Lecomte était outilleur ; tours, fraiseuse, étau-limeur. Estampeur sur le pilon Montbard, le Grand Roger (Parizel) chantait à longueur de journée. Les jeunes écoliers l’entendaient depuis la cour de récréation. En début d’après-midi, Roger, aussitôt après avoir placé ses barres dans le four, allait rejoindre les enfants qui faisaient une partie de ballon sur la place avant l’heure de l’école.

Paul Dominé travailla ici vers 1950 ainsi que Roger Godart et Edgard Mailfait.

Le parc à fer adjacent était de taille restreinte, car la boutique travaillait en sous-traitance pour d’autres usines de la Semoy.

Autrefois, entre deux chauffes, nos boutiqueux quittaient leur poste de travail pour aller taquiner la truite ou lancer quelques boules en bois. C’était notamment le cas de Daniel Solliez.

 

Forge d’ André Barré et de son fils Roland

Roland, né à Nohan en 1946, se souvient : J'ai quitté l'école primaire de Nohan-sur-Semoy après le certificat d'études  comme beaucoup de jeunes de cette époque. En 1960, avec l'autorisation de mes parents, j'ai trouvé du travail en usine, chez mon voisin Robert Delonnoy. J'y suis resté un an.

 

 

André Barré et son épouse Andréa devant leur boutique. Ph. Roland Barré

 

 

Mon père, né en 1908, a travaillé aux Etablissements Bourguignon-Barré pendant 27 ans, puis il a décidé de monter une forge dans l'écurie de la maison. Dans cette écurie, il y avait une forge à charbon, deux rabatteuses, une presse à main, une guillotine à main pour couper les barres de fer (plats et ronds) en frappant avec une grosse masse de dix kilos. En 1961, j'ai donc commencé à travailler avec mon père, j'ai appris sur le tas et cela me faisait plaisir.

En 1962, nous avons construit une petite usine au fond du jardin, le local trop petit ne nous permettait pas de travailler à deux dans de bonnes conditions.

Dans cette usine étaient installés deux rabatteuses, un bourriquet, deux petites presses à main, une presse à découper le fer, une presse à plier sans oublier un martinet à ressorts dit marteau-pilon. Les deux forges à charbon furent ensuite remplacées par des fours à gaz qui nous permettaient de gagner du temps.

Nous étions façonniers à domicile, c'est-à-dire que les clients nous fournissaient le fer et nous le travaillions, le prix étant bien sûr fixé avant. Les principaux clients étaient plusieurs usines de la Semoy (Badré-Dérome, Barrois-Badré et Bourguignon-Barré à Hautes-Rivières, Davreux, Mizen, Doudoux, Laurent à Thilay, Copine à Neufmanil, Cousin-Malicet à Bogny et même une usine de Warcq). Nous fabriquions des queues de cochon de toutes sortes, plates, rondes sans oublier les pitons, les crochets de différentes tailles.

Mon père a travaillé jusqu'en 1972. J'ai décidé de travailler seul en gardant les mêmes habitudes jusqu'en 1994. L'augmentation du gaz, du charbon et de l'électricité en sont la cause.

Je regrette beaucoup toutes ces années de travail. Après une période de chômage, je fus magasinier chez BIF (Bremmer), Faynot, puis pendant quatre ans, j'ai travaillé chez Briard à Nohan.

 

 Usine Meuse et Semoy

    

Témoignage de Danièle Vallet :

« Ce fut d'abord une boulonnerie, celle de Cyrille Dominé (1846-1871).

 

Léon Dominé, fondateur (1880-1929). Ph. Danièle Vallet

 

Alors que ses frères aînés Jean-Nicolas Hubert  et Jean-Baptiste Hubert  continuent d'exercer le métier de leur père Hubert Dominé (1799-1856), voiturier et cloutier, deux activités complémentaires, Cyrille devient boulonnier. Il commence par fabriquer des six pans, plus faciles à réaliser, faute de posséder un outillage performant. Il travaille avec son frère cadet, Jules. Cyrille meurt brutalement à l'âge de 25 ans en 1871. Jules continue seul cette activité, améliore la technique et construit une boutique qui sera la partie la plus ancienne du futur Meuse et Semoy : murs en schiste, charpente en bois couverte d'ardoises.

Il bâtit également la maison de la famille, située 45 rue de la Semoy.

Lorsqu'il disparaît, victime d'un accident (de charrette),le 21 octobre 1898, son fils Léon (1880-1929), mon grand-père, alors âgé de 18 ans, prend la suite.

La petite entreprise devient Dominé-Cunin, usine à vapeur après son mariage en 1905, avec Marie-Pauline Cunin, ma grand-mère, comme en témoigne le papier à en-tête de l'époque. Une machine à vapeur fournit l'énergie et alimente en eau chaude un lavoir construit en appentis sur le mur nord.
Puis il se tourna vers l'estampage, une activité initiée localement à partir de 1880 par Lucien Demangel à Charleville. En 1914, le département comptait 37 usines d'estampage. A Nohan, la principale fabrication était les pièces destinées à la marine. Mon grand-père partait par le train à la recherche de clients dans les ports.
Cette orientation nouvelle se fit-elle avant ou après 1914? Je ne peux le préciser.
Pendant la grande guerre, il est comme beaucoup d'hommes restés au village, réquisitionné pour diverses tâches, notamment pour fabriquer des cercueils puisqu'il avait appris dans sa jeunesse, à travailler le bois avec la famille de sa mère, Philomène Bourguignon des Hautes-Rivières. Surtout, les matières premières manquaient et les moyens de transport étaient sévèrement réglementés.
A partir des années 1920, s'ouvre une période éminemment favorable pour l'industrie.
L' Usine à vapeur devient alors la société Meuse et Semoy, créée en 1921. Léon Dominé s'associe avec deux amis qui deviendront plus tard les principaux actionnaires : Félix Blairon, docteur en médecine de Charleville et Jules Poncelet, diplômé de HEC, de St Germain-en-Laye. L'un apporte des capitaux, le second, l'ouverture sur les marchés et mon grand-père, la partie technique.
Un nouveau local vient doubler l'ancien bâtiment : charpente métallique, murs de briques creuses, toiture recouverte de tuiles, donnant son aspect à l'usine de années 1950. Un moteur à gaz pauvre, d'un usage très répandu à l'époque, remplace la vapeur. Il était installé dans une sorte de fosse, jouxtant le bureau du magasinier. Les fours marchent au coke. Un parc à métal également à charpente métallique couvert de tuiles, vient compléter l'ensemble.
Les affaires sont faciles dans les années 1920 : Un bureau à Paris est ouvert, situé au-dessus de la brasserie Mollard, 115 rue St-Lazare, face à la gare. Un autre, à Charleville, mi-bureau, mi-magasin, rue de Clèves, était tenu par mon grand-père. Il prenait le petit train, chaque matin, très tôt, la cravate dans la poche pour gagner du temps et rentrait tard le soir.
Tout allait bien, jusqu'à l'accident fatal du 16 avril 1929 : le moteur à gaz pauvre, en panne, explosa au moment de sa remise en marche, tuant net mon grand-père.
Mon père, âgé de 14 ans, dut quitter le lycée pour l' Ecole Pratique afin d'y recevoir une formation technique, indispensable pour lui permettre de préparer ultérieurement le concours des Arts et Métiers. Il ne fut pas admis. Il travailla quelques années chez Citroën dans l'unité d'estampage de Clichy. Puis il revint à Nohan en 1935, occuper la fonction de son père, directeur technique.
Les années 1930 sont tristement synonymes de crise et de difficultés. La production est ralentie. Je me souviens des discussions, des remarques faites par ma grand-mère, évoquant cette période. Beaucoup d'heures, beaucoup de jours étaient chômés. L'activité commerciale, revue à la baisse, restera désormais centrée sur Nohan pour la partie production, et St-Germain-en-Laye pour la partie comptabilité.
Puis vint l'été 1940. L'usine est désertée quelque temps. L'activité reprend, lente et chaotique, subordonnée au Comité d'organisation du travail des métaux, créé par la loi du 16 août 1940 et resté en vigueur jusqu' à l'ordonnance du 9 août 1944 qui, sans le supprimer totalement, le vide de son contenu vichyste, avant d'être dissout en 1946. Il est l'émanation d'un certain dirigisme de l'Etat français, un effet des 16 786 lois et décrets promulgués pendant 4 longues années dans le cadre du programme de Révolution nationale. Il centralise les commandes et réglemente la fourniture de matières premières. Par dessus tout, il vise à adapter l'économie française aux contraintes imposées par l'Allemagne.
Sur le terrain, si les machines demeurent intactes, l'approvisionnement en acier et en coke se fait au compte-gouttes. Il y a pénurie de main-d'œuvre ; de bons ouvriers, évacués, ne

sont pas encore rentrés : On faisait d'un outilleur, un estampeur.

Il faut attendre le début des années 1950 pour que la prospérité revienne.

La fabrication se diversifie : à côté des manilles, dames de nage, cosses, serre-câbles..., il y a des pièces destinées à l'automobile, aux machines agricoles et plus près de nous, aux établissements Pied-Selle de Fumay.

De nombreux souvenirs d'enfance me sont restés gravés en mémoire. Après l'école, j'avais coutume de jouer dans la cour ou même à l'intérieur de l'usine. Un de mes jeux favoris était d'escalader le tas de coke, je n'arrivais jamais au sommet, plus je montais, plus je descendais, les chaussettes et la blouse, toutes noires ! Le parc à métal était aussi un lieu d'élection, malgré la présence de  fils de fer rouillés. Surtout, j'ai un vif souvenir des personnes qui y travaillaient alors : à commencer par le plus ancien, gratifié de la bien méritée Médaille du travail, Louis Helle. Je le revois encore, penché sur sa machine-outil, attentif à surveiller la course du rabot, copeau après copeau, sur un bloc à matrice. Francis Parizel, magasinier, se tenait le plus souvent dans un local vitré, juste à côté du bureau.  Albert Dernelle, matriceur, habitait avec sa mère place de l'église. André Golinval était également matriceur. Un appelé Bébert de Monthermé, dont je n'ai jamais connu ni le nom ni le prénom. Il avait la particularité de siffler à longueur de journée un air en vogue à l'époque, Perle de Cristal, succès à l'accordéon. Aimée, dont j'ignore encore aujourd'hui le patronyme, habitait la Grande Ruelle, chaque jour après avoir quitté son poste de taraudeuse, entrait chez Défossez acheter œufs et lard pour la vaute du soir. Réjane, Mme Catiaux, la secrétaire, mère de Francine Languillier, belle-mère de José. Raymonde Billaudel, revenue passer sa retraite dans la maison de ses parents. Quand j'allais dans la partie magasin, c'est bien rare si un employé ne me façonnait pas un bracelet d'un bout de fil de fer. Je rentrais à la maison, heureuse de cette délicate attention.

Les bâtiments

La partie ancienne, construite par Jules Dominé (1851-1898) était en schiste, couverte d'ardoises, sombre, avec un sol en terre battue. C'est là que se trouvaient trois pilons et leur four :

-  un Dieudonné fabriqué à Sedan par l'entreprise Dieudonné-Duchêne, fondée en 1847 par un ingénieur des Arts et Manufactures.

- un Massey fabriqué à Manchester en Angleterre entre 1900 et 1925.

- un Erié.

La partie nouvelle, celle de Léon Dominé (1880-1929), était en briques creuses, sur charpente métallique, éclairée de verrières en toiture et avait un sol en ciment. Elle abritait les machines de finition ou de précision.

Toute la longueur du bâtiment, le long du mur sud, sur une largeur d'environ 5 à 6 m., était dévolue au magasin, aménagé de chaque côté de casiers en bois pour y recevoir les pièces.

Le jardin

Devant le bureau se trouvait un petit jardin d'agrément, à peine plus grand que lui. En son centre, s'élevait un vieux noyer qui obscurcissait le bureau. Il était entouré d'un massif circulaire que ceinturait un étroit chemin. Les côtés étaient plantés d'arbustes touffus et de groseillers. Un cerisier se dressait au coin extérieur, contre la route.

Derrière celui-ci, le jardin était abrité par la plus grande portion du mur sud : long et étroit, bien entretenu, divisé en rectangles où poussait une grande variété de légumes et bordés de fleurs et de fraises, l'été.

Un changement brutal se produisit en 1958. Mon père allait quitter l'usine. Suite au décès des deux actionnaires d'origine, MM. Blairon et Poncelet, leurs actions changèrent de main. Les successeurs furent MM. Sanguinetti et de La Coussaye, tous deux militaires, le premier,  colonel, le second, lieutenant. Leur fonction nouvelle ne correspondait en rien à leur formation, si excellente fût-elle. Après quelques mois d'une difficile cohabitation, mon père démissionna de son poste de directeur et avec beaucoup de courage se prépara à remonter sa propre entreprise. (L'occasion se présente ici d'ouvrir une parenthèse afin de préciser un point qu'il m'a été donné de voir un jour comme controversé : ce départ ne fut pas subi, c'est-à-dire imposé par les nouveaux venus. L'affirmer serait l'effet d'un jugement lapidaire, d'une appréciation hâtive, réductrice, mal documentée).

Il y eut bien un moment d'hésitation. Un client de La Rochelle se montrait tout à fait disposé à accueillir mon père et profiter de son expérience. Ce moment fut bref. Nous sommes restés à Nohan. L'usine Meuse et Semoy fut en partie transformée en Centre de formation professionnelle de la métallurgie.

A propos du Centre de formation :

Le Centre de formation professionnel a fonctionné plusieurs années. Antenne du CFAI de Charleville-Mézières, il avait pour mission de former ou de perfectionner des forgerons et des soudeurs. A l'image d'Estamfor, les usines du secteur y envoyaient des ouvriers. Un marteau-pilon a même été installé, mais il n'a pratiquement pas fonctionné, notamment à cause des risques de nuisances sonores.

Extension des bâtiments : 

1) Sur toute la superficie du jardin, le long du côté sud (de 1960 à 1965 )         

2) Sur l'ancien parc à métal couvert qui datait des années 1920, dans la cour, côté nord.

3) Dans le triangle restant, jusqu'au carrefour avec le chemin de la fontaine, englobant d'autres jardins, le garage de M. Defossez, boulanger, et la boîte à houille, rectangle fermé fait de briques rouges, ayant contenu autrefois une réserve de charbon à l'usage des artisans, en cas de nécessité.

 Je ne l'ai jamais vue en fonction, ni même ouverte et les enfants que nous étions se demandaient ce qu'elle pouvait bien renfermer.

 4) Devant les anciens bâtiments, le long de la Grand rue.

Une anecdote inattendue : Vers 1959-60, le père de Gérard de la Coussaye venait souvent à Nohan. Il avait parmi ses activités des intérêts dans une fabrique de moutarde. Un jour, les employés virent arriver la direction avec une grosse boîte en carton. On l'ouvrit… et chacun repartit chez lui avec un pot de moutarde !

Années 1964-65 : Une activité soutenue à l'usine, deux équipes, les machines tournaient jusque 22 heures. On parlait de commandes pour l'armement et même de patins de chars pour Israël. Rumeur ou fait véridique?

Peu de temps après, il y eut des difficultés, semble-il, puisque l'usine ferma, sans que je puisse en préciser davantage ni les raisons, ni le moment. En 1966-67 ? »

 

Entreprise Pierre Guillemain 

 

 

L’un des bâtiments de Meuse et Semoy fut racheté en 1973 par Pierre Guillemain, originaire de Monthermé, né en 1935, gendre de René Parizel

. Il  le remplaça par un hangar plus spacieux en 1976. Un pilon et des presses y furent installés dans un premier temps. Jusqu’en 1998, les époux Guillemain embauchèrent surtout des intérimaires, leur nombre variait en fonction des commandes. Ensuite, l’activité se poursuivit rue de la Semoy sous le nom de Parizel-Guillemain.

 

Les établissements Jean Dominé

                                              

 

 

Jean Dominé avec un client en 1962/63. Le pilon installé avant la construction de la boutique. Ph. Danièle Vallet.

 

 

 

«L'été 1958 fut laborieux et heureux tout à la fois.

Il fallait construire une petite usine, installer les machines, rechercher de nouveaux clients... mais  cette immense tâche se faisait dans la confiance et l'espoir. La conjoncture favorable nous portait dans notre enthousiasme, notre initiative ne pouvait que réussir. Telle est l'impression que j'en éprouve encore aujourd'hui. 

Ce petit bâtiment a été construit en aménageant le mur du fond en planches dans l'idée d'un agrandissement futur. Il correspond à peu près aux bureaux de l'AMBS qui s'est installée dans les lieux. L'extension fut réalisée en 1963. Un nouveau pilon avait d'abord été installé à l'air libre, avant que les murs ne soient montés, comme le montre la photographie.

La superficie était plus que doublée. La production restait la même, manilles de toutes tailles, pièces diverses…

Suivent dix années d'un travail soutenu, commencées sous un ciel serein, elles s'achèvent dans l'orage. La perte d'un gros client, le retrait de la confiance des banques après la fermeture de Meuse et Semoy duquel nous avions gardé nos actions, causèrent les difficultés insurmontables qui nous conduisirent à  la faillite.

La boutique de Jean a été reprise par la société Gérard 

Bertrand des Hautes-Rivières.

Aujourd'hui, l'ABMS est détentrice des locaux. Une page est tournée.

La boulonnerie et l'estampage ont fait la force des générations précédentes, l'aménagement et la préservation de la nature participeront au bien-être des générations futures ».

 

 

 

 

 

 

 La forge des trois frères Aimé, Narcisse et Paul Godart

 

La forge des trois frères Aimé, Narcisse et Paul Godart, bâtiment occupé aujourd'hui par Jean-Christophe Gourdet (ferronnerie).

Narcisse, un maillon de la chaîne(article paru le 21 avril 1991 dans l'Ardennais, rédigé par Lionel Ladouce)

Narcisse Godart, c'est le doyen de la commune de Thilay. 97 ans le 8 novembre prochain, il est né ici, à Nohan-sur-Semoy et n'a quitté le village qu'à la guerre, la dernière, lors de l'évacuation... Sa vie : le fer.

L'existence ne tourne pas toujours comme on voudrait. Moi, confie Narcisse, je rêvais de rouler, de changer de patron, de bouger, travailler ici, puis ailleurs... Il a forgé toute sa vie là où il est né, là où il vit encore.

Je ne voulais pas me marier, je voulais garder mon indépendance, être libre... Ça fait 66 ans qu'il partage son existence avec Renée, une de Carignan, qui était la copine de sa sœur et qu'il a épousée à la Saint-Nicolas 1925.

Pas l'ombre d'un regret dans les propos du nonagénaire.

Au sujet de ce mariage, sa compagne se rappelle : le curé lui demande : M. Godart, voulez-vous prendre pour épouse Mlle Bourgerie ici présente ? Y n'réponda mi ! Alors moi, j'lui dis : Béh,dis-donc oui !!! C'est comme ça qu'ça s'est fait, là. Souvent, pou l'faire marronner, j'lui dis co : tu n'tau mi mariable qu'tu n'voulon mi dire oui ! 

Le travail à façon...

La vallée de la Semoy, c'est principalement le travail du métal... la boutique ! Narcisse n'a pas échappé à la règle. J'ai commencé à l'âge de 12 ans. Avec mes quatre frères, on a fait une petite boutique dans les prés. On forgeait à façon.

Jamais on a acheté un morceau de métal, nos patrons nous le fournissaient, nous demandaient de faire les pièces et on se mettait d'accord sur le prix.

Et de poursuivre en racontant comment, d'un seul coup de marteau sur l'enclume, il faisait sauter les deux bavures à la soudure, d'un anneau qui venait d'être forgé. Ce qui comptait, c'était de travailler en se fatiguant le moins possible. On avait nos trucs. Ainsi, pour fendre ces clavettes sans mal, il fallait le faire à la nuit tombée, 


Les petites pièces métalliques s'alignent sur la table de la cuisine : crochets, goupilles, clavettes, anneaux, même une extrémité de bras de phonographe ! Tout cela sorti des matrices que Narcisse pensait la nuit et réalisait le jour. De l'art.
sans lampe, de façon à ne voir que la pièce rougie dans l'obscurité. On pouvait en faire jusqu'à cent à l'heure quand on avait pris le coup.

...Tout en restant son maître

Cette indépendance qui lui a toujours été si chère, Narcisse se l'est préservée tout au long de sa vie professionnelle.

Les patrons commandaient le travail, mais ce qu'ils auraient voulu, c'est nous avoir dans leurs usines. On en a eu, des propositions. Il y en a même un des Hautes-Rivières qui voulait nous payer un vélomoteur pour qu'on puisse revenir manger chez nous le midi. Pas de ça. Notre boutique, notre liberté... Pour le reste, c'était une question de travail.

La discussion coule tranquille et les souvenirs reviennent pêle-mêle.

Tiens, cette maison comment je l'ai eue cette maison. Un jour, une femme me dit : mon fils, il a fait, le monsieur, l'ivrogne, il a des dettes, il doit 20.000 francs. Narcisse, si tu les rembourses à sa place, la maison est à toi. Et voilà ! Le lendemain on était chez le notaire. Une drôle d'histoire, non ?

A la guerre de 14, je n'avais pas encore reçu mon ordre d'appel que les Allemands étaient déjà là. J'ai été prisonnier civil pour refaire les routes, puis du bûcheronnage.

A l'autre guerre (39-45), j'ai été mobilisé pour travailler dans une usine à Montluçon. J'y ai fait venir mon vélo, un vélo qui a l'âge de ma fille et que j'avais acheté sur le catalogue de Saint-Etienne. Un jour, j'étais en retard au travail parce que j'avais écouté les informations. Ça disait que les Allemands venaient de pénétrer en France. Pour me défendre auprès de mon chef d'atelier, qui me reprochait mon retard, je lui dis que ma femme et ma fille allaient arriver dans la journée. L'après-midi, elles étaient là. Je l'avais senti.

Descendants

Les époux Godart-Bourgerie (188 ans à eux deux!) sont fiers de leur fille : Ça n'est pas une manchotte, dit Narcisse en montrant au mur, une nature morte à l'huile, signée Yvonne, qui laisse supposer des capacités artistiques développées. Un ange passe. Sans doute les images continuent-elles à défiler dans la tête des deux complices. Narcisse me donne rendez-vous dans trois ans pour la centaine. Il y compte bien. Si l'humanité est une grande chaîne, Narcisse en est un maillon aussi solide que ceux qu'il a forgés tout au long de sa vie. Une sorte de trait d'union entre la rabatteuse et le tour numérique. 

Narcisse est décédé en 1997 à l’âge de 103 ans et son épouse Renée Bougerie en 1995 à l’âge de 97 ans.

 

 

La forge de Daniel SOLLIEZ

 

L’atelier de ferronnerie de Daniel, aménagé dans un petit appentis derrière la maison et le poulailler, fut édifié en 1932. Mon père était déjà un ferronnier habile, aimait raconter Daniel. En 1914-18, il fut intégré dans un régiment de bûcherons basques et landais chargé de nettoyer les champs de bataille. Il forgeait toutes sortes de pièces, serpes, haches.

Daniel réalisa des anneaux haute résistance pour une usine qui ne trouvait pas de solution convenable, même avec des aciers durs. Il imagina avec succès de récupérer des ressorts sur un vieux sommier échoué dehors et de les forger.

L’oncle Narcisse fut aussi un ferronnier fameux dans tout Nohan. Il pouvait, dit-on, réaliser n’importe quelle pièce sur sa rabatteuse.

Daniel connut des débuts difficiles. L’atelier créé par son père ferma très vite, la crise économique , puis la guerre survenues. Il commença son apprentissage chez Dauxin-Fribourg, la boulonnerie des Hautes-Rivières. Ne supportant plus les fours à coke, victime de troubles respiratoires, Daniel partit travailler dans l’un des estampages de Nohan. Après la guerre, ne voulant plus suivre les horaires d’usine, il remonta l’atelier de son père. Selon les fluctuations des livrets de commandes, le ferronnier se faisait bûcheron et vice-versa. Dans une journée, disait-il, je pouvais tantôt travailler double, tantôt aller à la pêche. J’étais libre.

En quoi consistait son travail ? Les usines des Hautes-Rivières ou de Nohan lui commandaient pour un prix dérisoire des petites séries de 50 à 70 pièces qui leur servaient de prototypes, avant de réaliser la production en grande série.

Les outils, le forgeron les a personnalisés. Ainsi, dans les années 30, la rabatteuse héritée de son père qui l’avait fabriquée lui-même : le manche du marteau, trop lourd, est remplacé par un tube creux récupéré sur une carcasse de Cadillac, plus souple et léger.

Daniel Solliez ou la mémoire du fer

(Article de Lionel Ladouce paru dans l'Ardennais du 12 avril 1992)

Pour Daniel Solliez, le travail à la forge, avec la rabatteuse, c'est la Semoy et, plus encore, Nohan. Les travailleurs à façon ont marqué cette vallée de leur empreinte indélébile et c'est à eux que l'on doit la vocation industrielle qui y défend encore farouchement son existence de nos jours.

Les temps ont changé, c'est vrai. Eux, ils ont débuté dans leur boutique, cette petite pièce rapportée à l'habitation, dans laquelle les premiers clous ont vu le jour.

Maintenant, la technologie de pointe s'impose, compétitivité oblige, mais ce qui reste et restera toujours indispensable, c'est la compétence des individus, celle-là même qui a taillé la réputation de ces artisans-artistes !

Un destin incontournable

Fils de travailleur à façon, Daniel Solliez n'a pas pu échapper à son destin et c'est avec passion qu'il évoque son enfance :

C'est après la soupe, le soir, qu'on dessinait les plans, sur des bouts de carton... Preuves à l'appui, il sort une pile de dessins effectués sur des revers de boîtes à chaussures, des croquis cotés, à l'échelle 1, dont la minutie, la précision surprendraient plus d'un étudiant en technologie.

De ces plans-là, on dégageait l'outillage à confectionner et surtout l'idée... l'astuce qui allait permettre de faciliter le travail en série.

Car, rien n'était acquis ; chaque pièce, jalouse de sa voisine, exigeait une approche personnelle. La créativité, l'imagination étaient les qualités premières de ces ouvriers.

Quand il parle d'adresse, de dextérité, de synchronisation des mouvements, c'est surtout à son oncle Narcisse Godart qu'il fait allusion.

Dans le domaine du "petit", (entendez par-là des pièces de très petite taille matricées à la rabatteuse), il était le meilleur. Tout était toujours prêt, toujours chaud, toujours juste... Un automate... 106, 105, 106, 107, ça ne variait jamais de plus ou de moins d'une pièce à l'heure. Il me disait toujours : "Tu vois celles-là, je ne saurai jamais en passer cent dix en une heure". La régularité d'une machine. Un geste d'une précision inouïe.

Et de montrer des tout petits objets, précis, parfaits, sortis d'un coup de rabatteuse sur le  métal rougi, comme ce crampon antidérapant que la cavalerie belge fixait aux fers des chevaux.

Un musée à domicile...

A tel point imprégné de cet esprit, travailleur à façon lui-même, Daniel Solliez a accumulé, rassemblé, trié et organisé, sur des présentoirs, une impressionnante collection de ces productions d'époque, toutes nées de la rabatteuse ; plus de trois cents pièces différentes... Un musée... La mémoire du fer dans la Semoy.

Crochets de toutes sortes, écrous à oreilles, taquets, pitons matrices, clavettes, clous de portes d'églises, boutons de cuisinières, attaches de tableaux, vis à violon, crémones, manilles, targettes, pinces, queues de cochon, clefs à gaz, manivelles, pièces de machines à coudre, clous pour chaussures à escalader, poignées de métro !..

La liste n'est pas exhaustive. La collection, elle, est unique. Autour de tout cela, il y a une quantité d'objets usuels qui servaient dans la vie de tous les jours : serpes, hachettes, pioches, outils de jardinage inventés pour une fonction bien déterminée.

On faisait tout nous-mêmes, précise Daniel.

Tous ces outils témoignent de l'adresse gestuelle de ces forgerons hors ligne dont le souci premier était de privilégier la qualité.

... qui a déjà voyagé pour mieux revenir

Une pièce dont il n'est pas peu fier, c'est cet étau-limeur à main, acquis en 1922 pour la somme, exorbitante à l'époque, de 1.100 francs et qu'il a remis en parfait état de marche.   Ce petit musée a déjà son histoire puisqu'il a été présenté au sein de l'exposition consacrée à la route du fer, du 2 juillet 1988 au 16 octobre de la même année, à la Manufacture ardennaise de Levrézy ; mais, bien sûr, pour son propriétaire, sa v&eacut