Boutiques de Nohan-sur-Semoy (suite)

 

 L'écrouterie Stévenin

Au bas du château de Linchamps, des éperons rocheux que le soufre a jaunis bossèlent une pente abrupte qui se noie dans la Semoy au tournant du Faucon. En face, de l’autre côté de la rivière, les Dames de Semoy, mises en robe par l’été, se baignent dans une eau noire et calme. A leur pied, une bâtisse semble perdue : le Moulin. A Nohan, les boutiques sont éparpillées aux quatre coins du pays, sauf celle du Moulin isolée au Faucon qui bénéficie d’un canal.

Henry Bonnefoy. Livret Thilay d’Antan

 

Selon Agnès Paris, le moulin de Nohan fut édifié vers 1850. Une demande relative à l'autorisation de construction est datée du 27 août 1850.

L'écrouterie Stévenin fut installée en 1916 sur l’emplacement de l’ancien moulin à farine du hameau, sur une petite chute d'eau artificielle en bord de Semoy, d'une hauteur d'un mètre soixante, permettant l'utilisation d'une turbine. Le canal avait été creusé par les propriétaires et recouvert de dalles.

Le changement brutal du niveau du cours  d'eau constituait, semble-t-il, un handicap.

Il y avait à l'origine un seul bâtiment carré, en hauteur à deux étages. L'arrière grand-père, facteur de clous, rendit l'étage supérieur inutile, installant toute la fabrication au rez-de-chaussée.

 

La turbine

 

 

Françoise Caillaud, née en 1926, sœur de Bernard et Michel Stévenin, se souvient :

Oncle Laurent travailla à l’usine du Moulin avant 1914, ainsi que mon grand-père Stéphane. Mon père Paul, né en 1891, servit sept ans sous les drapeaux (trois ans de service militaire et quatre ans de guerre 14-18). A son retour de la première guerre mondiale, il dirigea l’entreprise qui fabriquait des écrous à chaud.

Lors de la seconde guerre mondiale, Paul ferma l’usine pendant toute la durée du conflit, car il n’appréciait pas la présence ennemie. Pour s’occuper et obtenir du lait, il avait acheté une vache. L’activité reprit en 1945, mais mon père décéda en 1950, époque où le travail ne manquait pas.

Je conserve le souvenir des poulies en bois et des courroies en cuir. A la mise en route de la turbine, le cliquetis des agrafes m’émerveillait, de même que l’odeur d’huile et de métal incandescent.

Le canal amenait l’eau de la Semoy depuis le virage du Faucon jusqu’au moulin. Un entretien permanent s’imposait pour éviter le colmatage par des objets flottants. Au fil des ans, l’irrégularité du débit et la mise en service de nouvelles machines imposèrent le recours à l’énergie électrique.

Mes parents habitaient à l’entrée du village au bord de la rue de la Semoy, à l’emplacement de l’ancienne brasserie Stévenin. Autrefois, les tonneaux de bière étaient livrés jusqu’à Nouzonville. Plusieurs chevaux parqués dans le manège de la propriété permettaient le transport hippomobile. Je me souviens du calepin avec le nom de tous les clients, de nombreux cafés existant alors. La bière n’était pas forte, les enfants pouvaient même en boire un peu.

Après 1914, Charles, brasseur et oncle de mon père, quitta Nohan pour gérer une ferme dans le sud des Ardennes. La brasserie était 

d’autant plus en mauvais état qu’elle avait été démantelée par les Allemands. Les cuves et tout le matériel en cuivre avaient notamment pris la direction de l’Allemagne pour alimenter l’industrie d’armement.

Paul avait projeté de construire une nouvelle usine sur les ruines de l’ancienne brasserie. Trois bâtiments étaient déjà construits afin de rapatrier l’usine du Moulin. Frappé par la maladie, il décéda en 1950.

Après le décès de Paul, Bernard, né en 1924, dirigea l’usine du Moulin, tandis que son frère Michel, né en 1928, poursuivit l’agrandissement de l’usine du village entre la Semoy et la Grand-rue.

La boutique n'employa pas plus de sept personnes ; elle a cessé de fonctionner en 1986. Une partie du matériel a été collectée par l'ATIMA et transportée à Bogny-sur-Meuse au Musée de la Métallurgie.

 

La boulonnerie Lucien et Gaston Leheutre.

 

Les frères Hubert et Gaston Leheutre créent une petite usine de boulonnerie à Nohan au début du 20ème siècle dans l’ancienne maison Elie Leheutre. La production est surtout orientée vers le secteur automobile (Renault entre autres), Arthur Martin et les usines locales. En 1920, le long de la rue de la Butterie, un bureau et un atelier de filetage furent ajoutés à l’existant. Les logements des deux propriétaires sont construits sur le site en 1923. Le dernier bâtiment abritant le magasin est antérieur à la Seconde Guerre mondiale. L'activité cesse définitivement en 1957. Actuellement, les bâtiments de production sont désaffectés.

 

La petite voie de chemin de fer reliant Bohan à Monthermé  approvisionnait l'usine au début du 20ème siècle. L'atelier de taraudage qui contenait jusqu'à 20 machines est implanté en bordure de rue, avec murs en brique percés de huit baies et soubassement en moellon de schiste. Un magasin de stockage et un bureau de comptabilité se trouvent situés perpendiculairement au premier atelier, de l'autre côté d'un portail. Le logement patronal est constitué de deux maisons identiques construites sur le terrain voisin de l’usine, rue de la Butterie.

 

 

 

 

La boulonnerie Georges Pierre

 

Cette ferronnerie a été créée en 1905 rue de la Butterie, près de la voie ferrée Monthermé-Les Hautes-Rivières, par Paul Parizel. Lors du décès de ce dernier en 1942, Georges Pierre , originaire des Hautes-Rivières, y établit une boulonnerie qui cesse son activité en 1968. Rachetée par un particulier, elle devient alors maison d’habitation.

 

En 1946, cette entreprise comptait 36 ouvriers contre environ une dizaine en 1968.

 

L'usine était alimentée en électricité depuis le transformateur situé place de l'Eglise.

 

 

Comme de nombreuses constructions de l’époque, l’atelier comportait une toiture à longs pans, des murs en schiste. La charpente en bois supporte encore les axes de transmission. Au fond du jardin, un deuxième atelier plus récent fut construit en briques.

 

 

 


Le logement patronal, situé en pointe de parcelle sur un étage carré, est construit en moellons de schiste enduits, avec encadrement des fenêtres en brique pleine. La couverture est en ardoises.

 

 Boutique Serge Parizel

Témoignage de Jacqueline Beaudoin, fille de Serge Parizel :

Serge Parizel est né en 1910 à Nohan et son épouse Gilberte née Guillet est née à Gespunsart (tous ses frères et sœurs sont nés à Navaux).

Joseph Henri Parizel travaillait dans un atelier appelé La vieille boutique avec son fils Serge ; ils ont ensuite construit de nouveaux locaux qui ont été repris ensuite par Gilbert

Bisiaux. Les pièces usinées étaient surtout destinées aux chemins de fer. Des prothèses de jambes furent également fabriquées ici.

Jacqueline, née en 1945, se souvient notamment des pilons et des fours à coke. Jeune maman, Gilberte taraudait à l’atelier. Son fils Jacky, né en 1937, a également travaillé dans l’entreprise familiale avant de devenir facteur.

Lucien Couilfort, boulonnier, a fait partie du personnel et chaque jour, il effectuait le trajet Thilay-Nohan en vélo. A cette époque, la famille Parizel demeurait 29 rue de la Semoy. Serge a pris sa retraite en 1966 avant que l’usine ne soit rachetée par Gilbert Bisiaux.

 

 Usine Bisiaux

La forge de Charles Dominé et Albert Dernelle fut aménagée dans un local loué à Mme Léontine Dominé. Albert Dernelle s'est ensuite installé dans un local ayant appartenu à M. Aimé Gomeaux, là où a existé la dernière roue à chien ; cette usine a ensuite été cédée à Gilbert Bisiaux, qui par la suite a acheté l'usine de Serge Parizel afin de pouvoir s'agrandir.

 

En février 1931, Gilbert Bisiaux voit le jour à Charleville Mézières. Jeune garçon, il effectue un court passage  à Navaux  avant de  venir s'installer à Nohan. Paul, son père, travaille comme chauffeur à Meuse et Semoy, alors qu’Irène, sa maman, reste au foyer. En âge de gagner sa vie, Gilbert travaillera pendant 19 ans aux établissements Raymond Barré  des Hautes-Rivières.

 De là, il partira rejoindre son oncle Albert Dernelle (le frère de sa mère)  comme ouvrier dans la petite boutique  au lieu dit  la Ruelle , cette petite entreprise  étant spécialisée  dans la fabrication d'écrous à oreilles. En 1972, Gilbert reprend l'affaire, mais devant la quantité de travail, personnel et matériels sont  vite à l'étroit, d'autant plus qu'un nouveau marché  de manilles vient se greffer à la fabrication principale. Déménager devient urgent ; il faut trouver 

un local plus grand ! Ainsi, en 1979, le chef d'entreprise  se tourne  vers l'usine de Serge Parizel qu'il achètera  pour pérenniser  son activité  et développer la manille en tous genres. Véronique, fille de Gilbert, se souvient  de quelques anecdotes qui ont marqué sa mémoire. Par exemple, un vieux casque allemand, fort présent dans les entreprises locales de l'époque, servait à entreposer les petites pièces a usiner devant la machine.

En 1991, au départ en retraite de Gilbert, son épouse Suzy prend le relais comme gérante. D'après le registre du personnel soigneusement tenu à jour, depuis 1972, plus de soixante  personnes, toutes spécialités confondues, ont franchi les portes des deux entreprises, permettant  encore aujourd'hui d'entendre la frappe  du 250 kg  résonner  dans le village  des cotchons  d'nauho. (Texte communiqué par Véronique, fille de Gilbert).

Témoignage de Maria Miguel, née en 1957

J’ai travaillé pendant treize ans dans cette boutique de 1987 à 2000. Je perçais et taraudais écrous et manilles. L’ébavurage s’effectuait à froid sur de petites presses. Suzy perçait et expédiait les pièces puis travaillait au bureau avant l’arrivée de sa fille Véronique.

Pierre Pilard, de Thilay, a été tourneur avant 1980.

Mon mari Isaurindo remplaçait parfois Daniel Joie des Hautes-Rivières au pilon à courroie.

Les fers ronds de 8 à 12 mm de diamètre étaient pliés à chaud.

Quelques souvenirs :

  • Quand le pilon tombait en panne, je devais monter à l’échelle pour assister l’ouvrier au-dessus du pilon et je n’étais pas vraiment rassurée.
  • Pour déclaveter les matrices, je tenais la barre de fer pendant que l’estampeur tapait à la masse. Les chocs résonnaient dans les mains et j’avais toujours peur que la masse ne frappe à côté.
  • Pour vider copeaux et bavures, il fallait emmener la caisse à la main en montant sur une planche posée sur le rebord de la benne. C’était fatigant.
  • Une machine à fraiser a été installée peu avant mon départ, quand l’usine s’est modernisée.
  • Une semaine avant les congés avait lieu le grand nettoyage (vitres, sol, machines…). Le jour J, le patron offrait champagne et brioches à tout le personnel.

Après mon départ de Nohan, j’ai connu d’autres usines plus modernes avec moins d’efforts physiques, moins de gaz et d’odeurs, moins de manutention, mais c’est une autre époque, avec ses avantages et ses inconvénients.

 

Pierre Pilard a travaillé chez Bisiaux pendant plus de cinq ans, dans les années 1970, après avoir quitté l’usine Papier de Naux. Il travaillait sur le petit pilon à courroie. Son épouse Francine perçait des petits écrous à oreilles dans la même entreprise.

Tous les deux partaient en bus depuis Thilay jusqu’à Nohan. Le matin, ils emportaient dans un sac la cocotte contenant le repas à réchauffer auprès du four. La pause-repas du midi ne s’éternisait pas, surtout à la mauvaise saison, car à l’époque, les caisses métalliques servaient de siège.

Poursuite d’activité après reprise en octobre 2015 par la Société MSR dirigée par Mickaël Rodriguez.

 

 

Usine René Parizel

 

Cette usine d’estampage fut créée en 1902 par Charles Parizel (1868-1926), grand-père paternel de Savine, épouse de Pierre Guillemain. Après le décès de Charles, René, l’un des deux fils, né en 1902, reprit l’usine sous le nom de Marie-Evelina Doudoux, épouse de Charles.  

En 1939, l’effectif se limitait à 5 ou 6 salariés. Au début de la seconde guerre, René eut l’intention de transférer l’entreprise près de Nantes, sous la Loire, mais les Allemands furent plus rapides et le transfert échoua.

L’usine travaillait surtout pour la marine française. En 1940, une livraison de cosses pour Toulon restée entre Château-Regnault et le lieu de destination ne fut jamais retrouvée. L’usine fut partiellement abîmée et une partie du matériel confisquée par les Allemands.


A la sortie de la guerre, l’activité reprit et employa jusqu’à 30 personnes.

De 1942 à 1945, l’entreprise fabriquait du charbon de bois dans la forêt. Ce charbon était abrité dans une ancienne grange rue de la Semoy, ainsi que deux bœufs utilisés pour effectuer les livraisons chez les possesseurs de véhicule à gazogène.

Pour une cause indéterminée, un incendie se déclara dans le bâtiment en août 1944. Savine se souvient que c’était le jour d’un bombardement sur Mézières et qu’il avait fallu jeter des seaux d’eau sur le dos enflammé de l’un des bœufs. Le lendemain, l’animal fut abattu par un boucher des Hautes-Rivières et distribué dans le voisinage, une aubaine en cette époque de restriction.

L’entreprise René Parizel forgeait des pièces pour la marine et la pêche françaises. Avant et après-guerre, Savine, née en 1935, suivait chaque année ses parents en vacances à Dieppe, au Havre, à Nantes, à Rouen et à Arcachon pour une bonne raison : rendre visite aux clients dans les ports de pêche et prospecter de futures commandes  : manilles en acier estampé, maillons de jonction, cosses pour câbles métalliques, dames de nage (supports pour les rames), serre-câbles ou tendeurs divers.

La famille est revenue de Loire Atlantique (Loire Inférieure à l’époque) en 1941. Début 1942, 10 salariés figuraient sur le registre soigneusement conservé, puis 17 en mars et 26 en mai. En janvier 1943, 7 salariés travaillaient à l’usine et 17 en forêt, inscrits sous le terme de 

forestiers. Ils travaillaient sur des coupes dans le proche massif du Champ Bernard et de La Dauphiné, puis transformaient sur place les bûches en charbon de bois.

L’un des moules en tôles est demeuré longtemps sur place en forêt.

Le fait d’être inscrits sur le registre de l’entreprise permettait aux forestiers d’éviter une éventuelle réquisition par l’occupant. Télaïr de Naux faisait partie de ces salariés. Il venait façonner quelques stères en début de journée, avant de retourner à Naux vaquer aux travaux agricoles, nombreux à cette époque. En juin 1945, 20 forestiers étaient encore recensés sur le registre de l’usine.

Après la guerre, les Etablissements René Parizel ajoutèrent les entreprises de travaux publics à leur fichier de clientèle. Rue de la Butterie, René Labarrière forgeait des cosses pour René Parizel. Son gendre, André Dégura, produisait des boulons, au départ à la rabatteuse puis plus tard sur machine.

En 1986, Raymonde Barré, sœur de Savine, reprit l’entreprise Parizel.

En 1998, suite au décès de Raymonde, Savine poursuivit la gestion jusqu’en 2001.

A cette date, l’entreprise fut vendue, mais l’activité cessa définitivement quelques mois plus tard.

Une anecdote : lors d’un voyage  en Egypte, au barrage d’Assouan, Savine trébucha sur un câble. Quelle ne fut pas sa surprise de constater que le serre-câble métallique comportait le logo avec le losange et les initiales RP de l’entreprise nohannaise.

Témoignages :

Didier Devis, né en 1958, a été embauché chez René Parizel dès l’âge de 16 ans, à l’issue de la scolarité obligatoire. De septembre 1974 à septembre 1980, il a donc travaillé au magasin de l’usine.

J’effectuais le déplacement à moto. Le midi, je réchauffais ma gamelle auprès des fours. A cette époque, on ne travaillait pas le lundi. Par contre, on travaillait tout le samedi. Ce jour-là, j’apportais à l’usine des patisseries achetées chez Henri De Luca, boulanger à Thilay et nous allions tous manger à la friterie du Faucon. Il régnait une bonne entente entre ouvriers.

Le jour de la paye, le patron passait à l’atelier et sortait d’une boîte en bois le salaire de chacun sous forme d’argent liquide glissé dans une enveloppe. M. Parizel avait un caractère bien trempé. C’était une forte personnalité. Pourtant, la veille de mon départ au service militaire, il est venu me voir et m’a offert une bonne pièce en me disant : Tiens, gamin, tu boiras un coup !

Marie-Andrée Jouan née en 1947 a travaillé dans cette entreprise de 1983 à 2001. Elle en garde un bon souvenir malgré des conditions de travail assez difficiles : chaud l’été et froid l’hiver. Elle se souvient avoir eu très froid surtout lorsque, pour le travail, il fallait plonger les mains dans l’eau glacée.  Les gants pourtant nécessaires n’étaient pas fournis par l’usine.

Au niveau du travail, on n’était pas payé aux pièces, le patron était juste,  il demandait seulement un petit coup de pouce lorsque la commande urgeait. Pour fêter l’an 2000, il nous a offert une carte cadeau, de même à la fermeture de l’usine. L’ambiance était bonne. Le repas de midi (la gamelle) était réchauffé près des fours et on mangeait dans un réfectoire sommaire. On ne disait rien, on s’en contentait à cette époque. Le samedi, en cachette, on mangeait des petits gâteaux et on s’offrait une tasse de café, mais il ne fallait pas s’éterniser ! raconte Marie-Andrée.

 

Boutique du Père Dominé

Façonnier à domicile, le Père Dominé fabriquait des crochets pour les tendeurs de l’usine René Parizel toute proche. Deux forges existaient dans ce petit atelier aménagé entre la maison rue de la Semoy et la Grand’rue.

Marie-Louise Maréchal et son fils Daniel ont aussi habité cette ancienne ferme transformée récemment en gîte par Christophe Fauquet et son épouse.

La rabatteuse a été conservée sur les lieux en guise de témoin du passé.

 

 

 

Clouterie Parizel-Dupont

 

A l’angle de la Grand’rue et du chemin des Passous, une boutique en briques et en bois exista au début des années 1900. Le mur nord en schiste comportait une partie en briques qui correspondait à l’emplacement de la roue à chien. Cette différence de matériaux permettait un gain de place identique à celui des conduits de cheminée et des placards situés dans l’épaisseur des murs au-dessus des beuquettes.

 

Ci-contre quatre forgerons : Paul Parizel, Georges  (Ancien maire de Thilay, grand-père de Michel Parizel) et Achille Parizel (Adjoint  spécial à Nohan) beaux-frères de Paul et Aimé Dupont, beau-père d’Achille.

 

Ci-dessus : la clouterie avant la transformation en garage par Jean-Luc et Francine Parizel en 1997.

 

 

On remarque sur la photo ci-dessus les bottes de fer rond pour usiner les clous, les forgerons en tenue d’époque : sabots, pantalons en velours, casquettes, tabliers en cuir et vareuses. Sur la porte figurent les initiales PD (Parizel-Dupont).

 

 

 

 

 

Les actuels propriétaires des lieux possèdent encore dans leur garage une installation qui a remplacé la roue à chien : une jante de vélo mise en mouvement grâce à une manivelle et une courroie reliée au ventilateur, sous la sole de la forge. On peut encore voir l’emplacement dans le mur au-dessus de la forge pour l’évacuation de la fumée (présence de suie), l’arrondi en haut du mur en pierres pour épouser la forme de la roue, la tirette sous la sole de la forge pour régler l’arrivée d’air et le mur en briques permettant de loger la roue à chien.

 

 

Boutique de Robert Delonnoy

Ce petit atelier situé derrière la maison de la Grand’rue (N° 29) a fonctionné à partir de 1958. Robert Delonnoy et son frère Raymond dirigeaient cette petite boulonnerie comprenant deux machines à boulons, une cisaille et un bourriquet.

Parmi le personnel figuraient entre autres Michèle Dromeaux, taraudeuse, Roland Barré vers 1960 et Jean-Paul Gilles boulonnier.

Matières premières et produits fabriqués étaient transportés par Michel Zucchi et son Saviem bleu qui procédait d’autre part au ramassage des ordures ménagères.

 

 

 

 

 

 

Quelques anecdotes

Dans les années 1955, Claude, neveu adopté par Albert Paris, travaillait chez René Parizel. Logé à la maison forestière du Champ Bernard, il descendait la côte caillouteuse à toute allure à bicyclette. Pour ralentir, il s’aidait de ses pieds chaussés de chaussures de foot.

 

 André Paris, l’un des fils d’Albert Paris, ancien garde forestier qui a habité avec sa famille au Champ Bernard de 1954 à 1957, travaillait à l’usine du Moulin à Nohan. Le midi, il mangeait sur place avec son frère Jackie alors scolarisé à l’école de Nohan.

Matin et soir, il fallait regagner à pied le Champ Bernard. André a également tiré le pilon dans la ruelle de la première boutique Bisiaux (anciennement Albert Dernelle).

Jean-Marie Pierrard, dernier habitant du Champ Bernard, n’était pas garde forestier comme ses prédécesseurs, mais il travaillait à Meuse et Semoy. Il souffrait de nombreux cors aux pieds et le trajet lui était très pénible, la pénibilité des conditions de travail s’ajoutant à celle des trajets répétés.

Christian Dziadosz, né en 1945, fils de Louisette Godart, habitait à l’ancien café de la Gare. Le natif de la Semoy se souvient :

Chaque matin, on percevait le bruit des boutiques de la Butterie à Nohan : les Leheutre, Guy Avril, Georges Pierre et Dégura. Grincements des courroies en cuir qui patinaient sur les poulies en bois, tacatac de mitrailleuse des machines à écrous, coups sourds des machines à boulons, couinements des landis qui faisaient vibrer l’air du village.

La boutique des frères Godart,  occupée aujourd’hui par M. Gourdet, jouxtait Meuse et Semoy, patronnée à l’époque par le triumvirat Vilain-Sanguinetti-De La Coussaye. Ceux-ci voulaient faire disparaître la boîte à houille. C’était une construction de briques rouges montées entre des poutres IPN, à ciel ouvert. Deux portes de bois cadenassées permettaient d’y accéder.

Née après 1830 d’un mouvement coopératif ouvrier, elle stockait l’anthracite nécessaire aux forges. Les gros patrons de Nohan avaient tenté de faire capoter la coopérative en subornant quelques petits forgerons actionnaires de l’association. La boîte à houille subsista encore quelques années.

On faisait en ces temps des pièces extraordinaires : des écrous à oreilles au pilon dans une ruelle reliant le devant au derrière du village. Normalement, il y a deux oreilles à l’écrou, souvent on voyait quatre, du moins deux doubles comme si la moitié du dessus avait légèrement glissé sur celle du dessous.

-Albert ! Ça fore de travers.

L’écrou matricé au pilon était percé puis taraudé.

-Rwaitais

-Oui ben ! J’y sô bin m’y d’travers !

On prenait son temps, même si on travaillait parfois plus de 10 heures par jour. Un jonc à 

fermé, nanti de deux tétons soudés de part et d’autre de la coupure, servait de serflex pour la SNCF. Le serrage s’effectuait au moyen d’une vis en travers des dits tétons.

Le jonc  tourné à froid à Nohan partait à Monthermé ; les tétons forgés aux Hautes-Rivières étaient percés et taraudés dans un autre atelier de la cité. La vis était usinée dans un troisième atelier. Tout cela partait à Monthermé à la soudure avant expédition. Mais jamais ensemble. Et tout le monde gagnait sa vie.

 

Michel Badré :

Avant la seconde guerre mondiale et un peu après, Edouard Badré, oncle de Michel, travaillait chez Badré Derome. Il ramassait également dans les boutiques de Nohan avec un âne et une charrette à pneus.

Jeune garçon, Michel adorait grimper sur la charrette et faire la navette entre Nohan et Les Rivires aux côtés de son oncle. Le petit train acheminait les produits lourds. En complément, Edouard effectuait la ramassage des petites commandes qui se limitaient à quelques sacs de pièces métalliques collectés dans les différentes boutiques de Nohan.

 

Documentation

 

Thilay, Pays des Basses Rivières (Club Soleil d’Automne)

Articles du journal L’Ardennais

Boulonneries, boulonniers des Ardennes (Agnès Paris)

Monographie Ecole du Louvre (Agnès Paris)

Entêtes de factures (Jean-Claude Risse)

Editions Terres Ardennaises

Thilay d’Antan (Henry Bonnefoy)

Brèves de Sentier diffusées par Guy Pleutin (ANC)

 

 

 Merci à toutes les personnes qui ont fourni photos, témoignages et documents.

 

Cette évocation des boutiques de Nohan est loin d’être complète. Un impératif de nombre de pages nous oblige à limiter cette rubrique Histoire Locale. Cependant, si vous possédez d’autres photos ou témoignages, des compléments pourront être insérés dans l’an prochain.