Notes de Jeanne Potet (ter)

Notes de Jeanne Potet (suite)

2 janvier 1917 :

Des hommes sont désignés à Nohan pour aller tailler, ce sont Bayonet, Avril et Pihet. Bayonet se tient mal à l'appel, le boche le prend par le dos et vient le mettre en rang. Il veut en faire autant à un de Navaux (on résiste dans ce petit pays) qui lui dit : Si tu me touches, je te f… mon pot de camp dans la g….. Le boche ne dit plus rien. On n'a plus peur maintenant, beaucoup résistent. Mais on n'obtient pas toujours satisfaction, un homme chez qui ils avaient détruit et pris des objets adresse une réclamation au chef. Liste des objets détruits et dérobés par les soldats allemands. Il se fait attraper car il a eu l'audace de croire que les Allemands ont volé et parce qu'il n' a pas écrit : Monsieur le Commandant, j'ai l'honneur... etc.

Ils parlent beaucoup de paix sur leur journal car dans nos pays, on n'en cause pas, on sait que la chose est encore impossible. Certes, nous la désirons, la paix, mais nous ne voudrions tout de même pas être allemands et puis nous aurions plaisir à voir punir ces petits chefs qui dictent les lois ici. Nous lisons avec plaisir les réponses des Français. Ils ont le droit eux de dire ce qu'ils pensent. On ne fait pas la paix avec des faussaires, dit un journal. On ne signe même pas de paix avec un peuple pour qui les traites sont des chiffons de papier, dit un autre. Les soldats boches pourtant y croyaient bien. Ils criaient : Vive l'empereur qui fera la paix.

Avis : L'autorité allemande est le propriétaire des bestiaux du pays occupé y compris chevaux, ânes et bêtes à cornes, moutons, porcs, chèvres, même s'ils sont encore aux soins de leurs anciens propriétaires.

D'après le ordres donnés par les Kommandantur de place ou d'étape, il doit être fourni quotidiennement à l'autorité militaire en prenant une moyenne de l'année, au moins 3 litres 1/2  de lait non écrémé par vache. Comme récompense du travail, on paiera par litre de lait non écrémé 8 Pfg. Il sera payé chaque litre supplémentaire 12 Pfg, en outre il sera rendu tout le lait écrémé de ces surplus gratuitement aux fournisseurs. Le reste  du lait écrémé peut être vendu à la population civile en certaine quantité à 3 Pfg le litre.

Il sera payé pour la laine de mouton régulièrement acquise et fournie 1,40 M par kg, y compris le tondage.

En outre, il sera payé au comptant à la population civile qui donne soin aux bestiaux appartenant à l'autorité militaire :

Par poulain jusque 3 ans par mois : 3 M

Par âne : 0,50

Par bête à corne : 2 ans 1/2  : 2 M

Par vache jusque 2 ans 1/2

Par vache jusque 2 ans 1/2

Par vache qui va véler : 2,5

Par mouton 1 an : 0,50

Par porc 1 an 1/2 : 2

Par chèvre 1 an 1/2 : 1

Par mouton 1 an : 0,50

Par porc 1 an 1/2 : 2

Par chèvre 1 an 1/2 : 1

Par bouc 1 an 1/2 : 0,25

Le paiement aura lieu ultérieurement chaque mois par la Kommandantur de place ou d'étape.

En outre, chaque habitant recevra à sa disposition libre :

En fournissant 10 cochons de lait élevés par lui-même, 1 cochon de lait.

En fournissant 10 cochons engraissés élevés par lui-même  : 1 cochon engraissé au 10% du poids brut fourni.

En fournissant 50 agneaux élevés par lui-même : 1 agneau ou 2% des agneaux fournis

En fournissant des cochons engraissés pour le poids brut par kg 20 Pfg au comptant.

Comme propriété absolue, non soumise à la saisie.

Au besoin, la population doit acheter le fourrage pour ces bêtes de l'autorité militaire.

La viande de ces bêtes n'est pas comprise dans les rations de viande accordées à la population civile.

En cas de vente de ces bêtes à un autre habitant, le nouveau propriétaire, pour éviter des difficultés, doit faire attester la propriétaire absolue par le commandant de place ou d'étape.

Les Allemands considéraient alors les jeunes gens qui n'étaient pas encore sous les drapeaux comme des prisonniers civils. C'est ainsi que le jeune Marcelin Autier, âgé de 18 ans, fut envoyé en septembre 1916, à Bazeilles, dans une scierie. Il y travailla une semaine et s'évada en compagnie d'un camarade, déporté lui aussi.

Le jeune évadé gagna à pied la maison de ses grands-parents à Thilay, où il resta caché jusqu'en janvier 1917. Le 11 de ce mois, les gendarmes vinrent perquisitionner son refuge. Ils avaient auparavant fait de nombreuses visites infructueuses chez Mme Vve Autier, la mère du jeune homme. Celui-ci se trouvait sous les toits lorsque les enquêteurs se présentèrent chez les grands-parents. Découvert après une fouille minutieuse, il fut conduit en prison.

Il passa devant ce qu'on appelle le Conseil de guerre et fut condamné, ainsi que toute la famille. Les grands-parents, Jean-Baptiste, 73 ans et Marceline Autier, 70 ans, écopèrent d'un an de travaux forcés. Léonie Autier, 44 ans, la tante, pour avoir ravitaillé l'évadé, purgea dix mois de prison à Sigbourg, en Allemagne. Notons que les grands-parents n'eurent pas à effectuer leur peine. Furent également condamnées la mère de Marcelin Autier, sa sœur Suzanne, ses tantes Orphise, Alphonsine et Aimée, toutes à trois mois de prison pour avoir négligé de déclarer le séjour de l'évadé.

Notons que Marcelin Autier est resté prisonnier six mois à Monthermé.

(Extrait du journal L'Union du 20 janvier 1967)

9 janvier 1917

Campagne contre un avion qui a bombardé une usine de munitions en Allemagne et tué 200 femmes. Elles savaient bien à quoi elles s'exposaient et puis de cette race, il y en aura toujours bien assez. Les hommes, eux, boivent avant de repartir au front, ils partent et ce sont les chevaux qui les conduisent.

Avis : Les Pays-Bas offrent un asile aux enfants de 6 à 14 ans. Ces enfants seront nourris et instruits aux frais d'un Comité hollandais. Se faire inscrire à la mairie où l’on peut consulter les affiches.

 

Personnes réquisitionnées pour travaux lors de la guerre à la Vinaigrerie à Bogny-sur-Meuse (les maisons sont actuellement disparues). Photo communiquée par Mme Vindot. Au centre, sa mère, Mme Mahy-Bouché Marie-Octavie (avec un chignon et un panier au bras). On peut noter également la voie du Petit Train.

 

10 janvier1917

Nouvelle alerte, on parle de prendre d'office les enfants pour la Hollande. On n'y croit pas mais cependant on a une arrière-pensée car avec eux !!

On annonce aussi, mais pas officiellement, un nouveau train d'émigrés du 20 au 25 avril, tout le monde est en l'air. Que faire ? Je ne me ferai plus inscrire, la désillusion est trop grande et puis que va-t-on acheter en France ?

Comme toujours en pareille circonstance, on exagère, on évacue de force les femmes et les enfants, on laisse juste les travailleurs. En ce moment, ils travaillent au bois avec 20 cm de neige. Il faut du bois, toujours du bois. Beaucoup trouvant qu'ils ne gagnent pas assez vont s'embaucher à Phades pendant que d'autres qui restent au coin du feu traitent les Français de cochons et les Allemands de braves gens. Ces braves gens vont nous enlever tout le lait à partir du 15 et comme c'est assez bon pour nous, ils nous revendront le lait écrémé à 3 sous le litre.

 14 janvier 1917 :

Nouvelle alerte. On va émigrer de force femmes et enfants de soldats. Vivement, tout le monde partira, pas de regret ni de crainte.

Gare le mois de février, dit un boche, vous vous en souviendrez. Ne mettez pas vos enfants en Hollande. Les Anglais vont violer la Hollande, elle veut se garantir dit un autre.

 

Avis  : L'autorité allemande informe les propriétaires de vaches qu'ils doivent porter tout leur lait à 8h temps allemand à la maison Radière.

 15 janvier 1917 :

Avis : Par ordre de l'autorité allemande, le lit devra être porté deux fois par jour, le matin à 8 heures et le soir à 7 heures temps allemand. Un soldat passera toutes les semaines pour traire les vaches et s'assurer que la quantité fournie est bien la même que la quantité produite.

 

Les hommes qui étaient ici, les Roubaisiens sont repris, il y en a déjà à Monthermé, les femmes pensent être reprises bientôt, il leur a été défendu d'émigrer !

Il va venir des prisonniers roumains à Thilay, on dit aussi que des prisonniers de Givet vont revenir chez eux à Navaux pour travailler à Phades de leur premier métier.

Au cours des perquisitions à Navaux, à Hautes-Rivières, les Allemands trouvent de l'or, ils l'échangent de force contre leur monnaie.

 16 janvier 1917

Adieu la tranquillité, nous avons une Orst Kommandantur à Nohan. On n'a pas trouvé d'autre logement que le dessus de la petite classe. C'est très commode pour faire l'école. Ils sont quatre qui viennent pour la réquisition du lait, ils le paient 2 sous et revendent le petit lait un sou. Les gens qui le vendaient 10 sous y trouvent un cheveu.

Deux ouvriers civils sont revenus en permission de Flize, ils ont avec eux des Roumains qui sont bien malheureux, ils meurent de faim et sont contraints aux travaux forcés sous menace du Knout…

Un évadé de Navaux appelé Warnier s'est fait arrêter sous la dénonciation, pense-t-on,d'une femme de mauvaise vie qu'il fréquentait en même temps qu'un gendarme. Pour s'en débarrasser, elle l'a vendu et en ce moment, on instruit la cause et celle d'un autre évadé appelé Autier dont on a arrêté la famille.

 20 janvier 1917 :

On annonce de la troupe à Nohan. Précisément, un allemand et l'interprète vont dans les maisons chercher un logement pour un soldat, ils visitent chez nous aussi  et discutent assez longtemps, j'ai peur, c'est trop petit, dis-je. Je comprends, ils voulaient nous faire coucher à trois dans deux petits lits. Enfin, ils partent, je pousse un soupir.

Pourvu que jamais je ne loge des ennemis !

 22 janvier 1917 :

Avis : Par ordre de l'autorité allemande, il est interdit aux personnes qui voyagent avec des passeports de s'arrêter en chemin et de causer avec les habitants des pays traversés.

 25 janvier 1917

Le maire de Thilay et quelques personnes occupées au ravitaillement sont arrêtés. On ne sait pourquoi, mais c'est probablement au sujet du ravitaillement des évadés. La femme du maire est convoquée. Les parents sont appelés aussi. On pense pour lui qu'il s'agit d'expliquer comment étant garde-voie, il se trouve ici.

Encore une alerte, on va évacuer les personnes âgées de plus de 60 ans.

29 janvier 1917

1- L'autorité allemande rappelle aux propriétaires de vaches qu'ils doivent fournir leur lait sans être falsifié. Des contrôles seront faits. Toute fraude sera sévèrement punie.

2– La revue des écuries et des étables sera faite mardi. Les écuries doivent être très propres, les carreaux nettoyés.

 

3– Par ordre de l'autorité allemande, les appareils télégraphiques, téléphoniques, les graphophones et les cylindres, lunettes, lorgnettes, les appareils photographiques et les plaques, ainsi que tous les accessoires et pièces de rechange doivent être déposés ce soir à la Kommandantur de Nohan avec un papier indiquant le nom du déposant et la liste des objets. Des perquisitions auront lieu et toute contravention sera punie d'une amende de 500 marks ou de 6 mois de prison.

4– Les industriels ou toute personne possédant encore du fer et de l'acier, fer rond, fer à couronne, etc. doivent en dresser la liste et la quantité et la porter ce soir à la Kommandantur de Nohan, il en est de même pour l'acier.

2 février 1917 :

 Avis : Par ordre de l'autorité allemande, tous les hommes de 16 à 60 ans qui ne travaillent pas pour l'autorité allemande devront aller répondre à l'appel de Thilay demain 3 février à 8h1/2 temps allemand.

2ème avis (1h après) : Par ordre de l'autorité allemande, tous les hommes de 14 à 60 ans devront répondre à l'appel demain à l'usine Ballot.

 

Né en 1897, Henri Davreux, frère de Léon, prend lui aussi le chemin des combats. Le 17 septembre 1916, il écrit une lettre destinée à sa famille thilaysienne. Cette lettre fut la dernière. Doc : Roger Davreux

 4 février 1917 :

Avis : A partir du 2 février et dans l'intérêt de la population, les pommes de terre sont saisies. Les personnes qui diminueront leur provision jusqu'à nouvel ordre, soit pour leur consommation, par la vente ou par la distribution seront punies d'au moins 3 mois de prisonL'inventaire des caves devra être fait pour le 10 février.Tous les jeunes gens depuis 14 ans doivent aller travailler à Monthermé.

Ceci est un ordre de la mairie ; que leur importe ce que l'on a dans nos caves, ont-ils peur que les boches ne manquent ?

5 février 1917 :

Triste spectacle que celui d'enfants de 14 ans conduits par un allemand en arme. N'a-t-il pas honte ? Mais il est vrai qu'il n'y a que l'allemand au-dessous de la honte. Il les conduit à Château-Regnault, ils démontent les usines. Ils se plaignent d'être durement menés. Ils démontent aussi des machines aux Forges. Tout cela est-il bon signe ?

 6 février 1917 :

Visite des caves par un homme de la commune, Dominé, accompagné par un allemand. Il n'est pas sûr de n'être pas mis à la porte. C'est pourquoi il se fait suivre. On saisit chez nous 5 kg de pommes de terre. Cette formalité n'a aucune signification, personne ne s'en occupera. La pêche, la chasse sont défendues. Tout contrevenant sera jugé d'après les lois de l'empire allemand.

 

Emile Faynot a noté sur un carnet, jour après jour, tout ce dont il a été le témoin de 1914 à 1918.

7 février 1917 :

La guerre entre l'Allemagne et l'Amérique est, dit-on, déclarée. Qui va nous ravitailler maintenant, voilà la question que nous nous posons.

Les Allemands ont coulé, dit-on, deux navires américains, d'où cause de guerre. Mais qu'est-ce que l'Amérique ? Aucun soldat ne viendra jamais en France, les Allemands sauront bien les couler tous avec leurs sous-marins et puis ils seront à Paris sous peu d'où ils dicteront leur volonté au monde.

Fermeture des classes. On fait de nombreuses suppositions, on va enlever les élèves pour la Hollande, faute de chauffage, etc.

Le tribunal de la Kommandantur de Monthermé a porté les jugements suivants :

1– Warnier Henri de Naux, 29 ans, 15 ans de travaux forcés pour avoir caché des armes et des munitions, avoir habituellement voyagé sans passeport, fréquemment franchi la frontière belge, introduit des marchandises sans autorisation.

2– Warnier Léon de Naux, 30 ans, 11 ans de travaux forcés pour avoir acheté des armes et des munitions, n'avoir pas déclaré le séjour d'un prisonnier civil évadé, avoir franchi la frontière belge et avoir introduit des marchandises sans autorisation.

3– Warnier Maurice de Thilay, 29 ans, 5ans 3 mois pour avoir caché des armes et des munitions, n'avoir pas déclaré le séjour d'un prisonnier civil évadé.

4– Parizel Alde de Thilay, 39 ans, 6 mois de prison pour n'avoir pas déclaré le séjour d'un prisonnier civil évadé.

5– Parizel Emile de Thilay, 15 ans, 1an 2mois pour n'avoir pas déclaré le séjour d'un prisonnier civil évadé, avoir assisté ce prisonnier en lui prodiguant des vivres. Une peine plus grande aurait été infligée si en raison du jeune âge, le tribunal n'avait établi le manque de discernement.

6- Thomé Maurice 20 ans et Thomé Gaston de Thilay : chacun 1an 9mois de prison pour avoir quitté leur domicile sans passeport, s'être soustrait aux contrôles, avoir fréquemment franchi la frontière et ne s'être pas fait inscrire sur la liste des habitants.

7– Dethier Louis de Naux, âgé de 24 ans, conscrit évadé : 18 mois de prison pour avoir circulé sans passeport fréquemment, franchi la frontière et ne s'être pas fait inscrire sur la liste des habitants.

8– Dethier Lucienne de Naux, âgée de 24 ans : 13 mois de travaux forcés pour avoir assisté un prisonnier civil évadé, en lui donnant le logis et le ravitaillement et n'avoir pas déclaré la présence du dit évadé.

Monthermé, 11 février 1917. Commandant d'étape Signé  Alten. Rittmeister.

 11 février 1917 :

On enlève 125 hommes à Hautes-Rivières, ils vont travailler à Monthermé, où il y a déjà des ouvriers de Vrigne-aux-Bois, de Revin, de Fumay.

On demande la liste des enfants de 6 à 13 ans, le nom, l'âge des institutrices, l'heure d'entrée, de sortie des écoles, le nom et l'âge du curé, où il dit la messe. On fait de nouvelles suppositions.

Quel bombardement ! Des avions passent, on entend bourdonner toute la journée.

 

Avis : L'autorité allemande rappelle aux habitants qu'il est défendu d'aller au bois autrement que le jeudi et le dimanche et seulement aux endroits désignés. Les personnes qui circulent après 9h du soir seront sévèrement punies.

 17 février 1917 :

Avis : Par ordre des autorités allemandes, les fenêtres doivent être garnies de rideaux épais, on ne doit pas voir la lumière au travers. .Toute contravention sera sévèrement punieLes personnes qui désirent des patentes doivent se faire inscrire en mairie. Les propriétaires de chiens doivent en faire la déclaration en mairie.

 20 février 1917

Toujours pas de nouvelles pour l'école. Les classes seront fermées en Allemagne aussi, dit-on. Poussée allemande en Champagne. Ils chantent encore victoire, mais cette victoire est démentie à Paris. Ils impriment cela sur La Gazette et de la sorte nous laissent perplexes. D'autre part, on annonce une victoire française à Verdun.

Mais nous, c'est le blocus qui nous occupe, nous avons un pauvre ravitaillement : 3 kg de farine pour 12 jours. Avec leur invention de réquisitionner les pommes de terre, ils les ont fait geler car tout le monde a caché les siennes. Quelle municipalité, ils travaillent vraiment pour les boches !

Avis : Le commandant de Monthermé porte à la connaissance de la commune de Thilay que consécutivement à la condamnation, Arthur Connerote est relevé de ses fonctions de maire. Emile Faynot est nommé nouveau maire. En publiant cet avis, la Kommandantur invite la population à faciliter la tâche de M. Faynot.

 

Justice :

1– Autier Marcelin, 18 ans : 6 mois de prison pour avoir quitté le camp de conscrits de (illisible) , être revenu à Thilay, y avoir séjourné et avoir négligé de se faire inscrire sur la liste des habitants.

2– Jean Baptiste 73 ans

3– Marceline, 70 ans

4- Léonie, 44 ans

Tous trois à Thilay à 1 an de travaux forcés pour avoir caché Autier Marcelin et lui avoir procuré des vivres

5– Autier Suzanne 20 ans

6- Marie 46 ans

7- Orphise, 39 ans

8- Alphonsine, 43 ans

9–Aimée née Barré 24 ans

Toutes trois à Thilay chacune à 3 mois pour avoir négligé de déclarer le séjour de Marcelin Autier.

Monthermé le 16 février 1917. Commandant d'Etape

Signé : V. Alten Rittmeister

 24 février 1917 :

Ordre : A tout moment, les lumières des habitations doivent être masquées soit à l'aide de rideaux sombres, soit à l'aide de persiennes ou par toute autre chose semblable. Après 10 heures, aucune lumière ne doit être permise

Les commandants de place feront de fréquentes rondes pour se rendre compte de toute infraction à cet ordre. Toute contravention sera punie d'une amende pouvant aller jusque 300 marks et de prison pouvant aller jusque 3 mois.

Le Commandant de l'Etape

 

En janvier 2002, lors de la restauration intérieure des murs de la nef à Thilay, de nombreux graffitis avaient été inscrits au crayon de papier sur l'ancien badigeon :

Evacués d'Ecly (dans le Rethélois). Prisonniers dans cette église le 28-10-1918.

Pierre Léon de Tournavaux. Parti le 28 octobre 1918 mais ne sait pas quand il reverra cette église ; peut-être jamais car nous partons pour aller crever de misère.

Launois Gustave de Thilay 28-10-18. Date mémorable.

Parizel Lucien 28-10-18. Date mémorable.

Brouet Charles. Nohan 28, 29, 30, 31 octobre 18.

Bayonet Marcel. Nohan 28-10-18

Louis Avril. Tournavaux

Levée des Hommes 28-10-18

Souvenir terrible 28-29-30-31 oct 18 (non signé)

Brouet Charles 28-29-30 oct 18. Vive la libération générale !

Vive la France démocrate. Launois Gustave 30-10-18

 

Pourquoi ces hommes avaient-ils été enfermés dans ce lieu et quel dénouement avait connu ce tragique épisode.

Remarque : Ce cahier de Jeanne Potet concerne les années 1916 et 1917. D'autres cahiers ont sans doute existé.

 

M. et Mme Potet  à l'école de Thilay en 1934. (Les noms des élèves figurent dans le bulletin municipal n° 31)

 

Etude de Roger Boule

Les derniers disparus :

A Thilay, dans sa précieuse étude sur les morts militaires en 1914-1918 à Thilay, Roger Boule avait écrit :

Ils sont 37 à être restés sur les champs de bataille. Parmi ceux-ci, 29 étaient des Thilaysiens de naissance et 6 originaires des villes et villages proches.

Deux noms sont venus s'ajouter à la liste locale :

Camille Jean-Baptiste Camus de Naux, tué à Louvemont (55) le 22 février 1916

Georges Théophile Alexandre Landorique, né en 1889 à Raillencourt-Saint Olle (59), décédé le 12 novembre 1914 à Château-Thierry (02). Il s'agit très certainement d'un membre de l'une des nombreuses familles du Nord évacuées et recueillies à Thilay.

 

Trois derniers tués sont à ajouter à cette liste : Léon Petit, sergent au 401ème RI, Sosthène Goury, soldat au 320ème RI, mort le 27 juillet 1918 à Crouy/Ourcq (77) et Albert Alfred Maziers, soldat au 291ème RI, tué à Fleury (55).

 

Les marraines de guerre

 

Entre 1914 et 1918, plus de 8 millions d'hommes sont mobilisés et quittent leur famille pour rejoindre le front. Pendant quatre ans, tous les Français, hommes, femmes et enfants , de tous âges et de toutes les conditions, prenaient la plume et s'exprimaient chacun à leur façon.

Au début de l'année 1915, des femmes de la bonne société lancent l'idée généreuse de marraine de guerre pour venir en aide aux combattants des régions envahies séparés de leur famille.

En janvier 1915, Mlle de Lens crée l'association La famille du soldat avec le soutien, entre autres, de l'ambassadeur Jules Cambon et du baron Beyens, ministre belge, et va mettre en contact les soldats avec des correspondants parrains ou marraines. Après une campagne de presse et le soutien de hautes personnalités, les activités de l'œuvre augmentent progressivement.

 

Au printemps 1915, Mme Philippe Bérard fonde l'association Mon soldat  sous le haut patronage du ministre de la guerre Alexandre Millerand. D'autres œuvres verront aussi le jour.

Ces associations sont soutenues par les journaux qui ouvrent leurs colonnes aux soldats cherchant une marraine.( Le Figaro, L'Echo de Paris, ..)     

 

A notre niveau, Mme Brigitte Hélin, nièce de Georgette Fontaine, a mené une étude relative au rôle des femmes pendant la guerre 14/18. Elle a rassemblé la correspondance de Gaston Edouard Fontaine adressée à sa marraine de guerre, Mlle Bourg, de Paris. Gaston, disparu en octobre 1915 à Tahure (Marne), écrivait depuis le front le 7 avril précédent :

 

C'est avec un grand plaisir que j'ai reçu votre colis qui m'a trouvé en bonne santé. Et si mes bons parents savaient qu'il y a de bonnes gens qui pensent à leurs enfants qui défendent la patrie, ce qu'ils seraient heureux, cela les comblerait à moitié.

Vivement que cette maudite guerre finisse, qui fait tant de victimes et de pauvres orphelins et la séparation de leurs chers parents.

J'ai reçu une lette de mon frère, il est toujours en bonne santé, lui aussi. Enfin, espérons être protégés des balles ennemies.

Recevez, Mademoiselle, mes remerciements et mes amitiés sincères.

Fontaine Gaston

Je joins à cette lettre quelques petites fleurs venues du front.

 

Mardi 12 Octobre 1915 (Dernière lettre)

 

Mademoiselle,

Je viens par cette lettre vous donner de mes nouvelles qui sont toujours bonnes, ainsi que celles de mon frère ; j'ai reçu aujourd'hui une de ses lettres datée du 8 courant.

Je vous dirai aussi que j'ai reçu ce matin votre colis contenant la paire de chaussettes, les 2 tubes de café au lait, la boîte de moutarde, la serviette, le morceau de savon, les cigares et le paquet de tabac.

J'ai endossé le chandail et je m'en trouve très bien et les chaussettes, je les ai mises ce matin, elles me vont à merveille. La pipe, elle, fonctionne admirablement puis elle est bonne

et je vous garantis qu'elle n'est pas souvent refroidie, les pierres à briquet, c'est tout à fait cela. J'ai fait un quart de café ce matin et il est très bon. Le potage aussi, mais l'inconvénient, c'est que l'on manque d'eau et l'on n'est pas très bien installé pour préparer tout cela. Je préférerais maintenant dans les colis du saucisson ou des conserves.

Je suis toujours aussi bien portant qu'à l'habitude mais de la façon que les boches ont démarré de leurs trous de taupe, j'aurais cru qu'ils auraient couru plus loin mais ils ont beau faire, ils déménageront. Voilà assez longtemps qu'ils sont chez nous.....

 Les évacués

 

Lettre écrite par Mme Anatolie Henry-Autier, évacuée à Deville pendant la guerre 14-18, arrière-grand-mère de Geneviève Jadot.

 

Thilay le 14 décembre 1918

 

Chères Madame et Mesdemoiselles,

 

Je m'empresse de répondre à votre lettre datée du 27 novembre que nous avons reçue hier et qui nous a fait grand plaisir, quand je pense que, après si peu de temps que vous avez logé chez nous, vous pensez encore à nous, vous en êtes très reconnaissantes malgré qu'on se doit l'hospitalité l'un l'autre.

Naux a été évacué aussi, nous sommes partis de Thilay le 30 octobre pour Deville à 11km de chez nous, et nous étions aussi exposés à Deville qu'à Thilay ; quand nous sommes arrivés à la nuit au milieu des bombes, nous ne trouvions pas de logement. Il a fallu demander à M. le Curé pour mettre à l'église le peu de mobilier que nous avions fait conduire sur une voiture avec moi puisque je ne pouvais pas marcher. Nous étions réfugiés à la mairie, mais Blanche a demandé à M. le Curé s'il pouvait nous indiquer la maison d'une dame que sa tante et sa cousine Germaine connaissaient. De là, sa tante qui était arrivée avant nous est venue nous chercher, nous étions à quatorze pour faire la cuisine dans une maison qui n'était pas habitée, mais de bons voisins sont venus nous chercher pour coucher, mon mari et moi et puis Blanche. Jean n'était pas avec nous, il était parti en Belgique le 21 août avec les vaches des boches, ils étaient déjà à 6 km de l'Allemagne et si l'armistice n'était pas arrivé, nous ne savons quand Jean serait rentré, il est venu nous retrouver à Deville le 7 septembre. Blanche est très grande mais pour le moment, elle n'est pas très bien portante, la peur lui a fait beaucoup de mal.

Quand nous sommes rentrés chez nous le 24 septembre, nous n'avons plus trouvé de mobilier, mais la maison n'était pas vide de saletés, les boches étaient bien 40 chez nous, ils avaient enlevé presque toutes nos pommes de terre et tous nos légumes, ils avaient mêlé tout d'un bout à l'autre du village, literie, batterie de cuisine, chaises, table, enfin tout ce qu'ils trouvaient dans les maisons. Ils cassaient tout ce qui ne leur convenait pas.

Je suis heureuse de penser que vous, Mme Froment, Mesdemoiselles Yvonne et Léonie, vont enfin oublier les souffrances que vous avez endurées depuis si longtemps.

Recevez, Mme et Mesdemoiselles, les meilleurs souhaits des personnes qui pensent à vous et qui vous embrassent.

Mme Henry Autier

 

Témoignage de M. André Bernard, Ardennais et passionné de recherche

 

Le 131ème RI a stationné au pont de Thilay en 1914. Venant de Bouillon et poursuivi par les Uhlans, il s'est replié en suivant la Semoy. Créé en 1794 et basé à Orléans, le 131ème RI a notamment combattu en Argonne en 1915, dans la Somme en 1916, puis dans l'Oise et les Ardennes (région de Challerange et Monthois).