Les pompiers de Thilay

 

 LES SAPEURS-POMPIERS DE THILAY

 

Le terme pompier désigne initialement le mécanicien spécialisé dans le fonctionnement des pompes à brasavant l'arrivée des pompes à vapeur, puis à moteur à combustion interne. Pompier désigne donc la personne préposée au fonctionnement de la pompe à incendie.

Le terme sapeur, utilisé par exemple en France dans l'expression sapeurs-pompiers, vient de plusieurs sources. Notamment du fait que les premiers pompiers, au Moyen Âge, n'avaient souvent pas d'autres choix, pour sauver le quartier où une maison brûlait, que d'abattre par le pied (saper) les maisons alentour pour stopper l'avancée du feu.

Le terme devint alors sapeur-pompier, et remplaça celui de garde pompe, terme utilisé jusqu'en 1811.

 Dans les Ardennes, la première moitié du XIXe siècle fut marquée par une série d'incendies célèbres, imputables à la malchance, l'imprudence... et la malveillance. Le plus célèbre eut lieu en 1849 à Condé-lès-Herpy où l'une des rues devint sur cent cinquante mètres un véritable tunnel de flammes : cinquante-six maisons et trois cents espaces d'engrangement furent réduits en cendres. En 1846, 200 espaces de bâtiments brûlèrent.

Le décret du 29 décembre 1875 règle l'organisation des corps de sapeurs-pompiers. Le Président de la République nomme les officiers ; la durée de leur mandat est de cinq ans. En 1898, on dénombre 8000 pompiers dans le département.

Les communes s'équipent en pompes à incendie. Ces dernières valent entre mille et quinze cents francs et sont vendues à Paris ou à Mézières, où la maison Castelin-David tient commerce de pompes à incendie, de pompes à bière et de pompes ordinaires au 21, faubourg d'Arches. Le coût de ce matériel, auquel s'ajoutent la construction d'un abri pour le remiser et les frais pour l'équipement des pompiers pèsent lourdement sur les finances des communes qui ont souvent recours à la souscription auprès de leurs administrés afin d'y faire face.

Le 16 juillet 1900, le Conseil Municipal de Thilay vote les ressources nécessaires à l'établissement et à l'entretien, pendant cinq ans, d'une subdivision de sapeurs-pompiers. L'effectif de cette subdivision est fixé à un sous-lieutenant (Eugène Château), un sergent (Arthur Autier), deux caporaux (Auguste Petit et Auguste Connerotte), un tambour ou clairon (Gustave Badré) et sept sapeurs (Léon Roger, Paulin Jadot, Auguste Jadot, Eugène Laurent, Gustave Laurent, Gaston Doudoux, Léon Noizet et Almérie Guillet). Lors des élections au Conseil Supérieur des Sapeurs-pompiers du 3 mars 1912, la liste des électeurs de la subdivision de Thilay est composée de  :

Badré Gustave
Badré Elie
Bourguignon Alphonse
Château Eugène
Cuvelier Alphonse
Guillet Joseph
Jadot Auguste
Jadot Paulin
Laurent Gustave
Mahy Joseph
Petit Auguste
Pierret Elise
Rousseaux Albert
37 ans
24 ans
30 ans
45 ans
38 ans
26 ans
37 ans
38 ans
38 ans
32 ans
50 ans
24 ans
22 ans
engagé le
27 avril 1901
15 novembre 1910
4 juillet 1906
27 avril 1901
15 novembre 1910
15 novembre 1910
27 avril 1901
27 avril 1901
20 avril 1901
15 novembre 1910
27 avril 1901
15 novembre 1906
15 novembre 1906

Dans le journal L'Ardennais du 24 janvier 1902, on peut lire :
THILAY — Gratification aux pompiers. M. Château Eugène, officier commandant la subdivision des sapeurs-pompiers de Thilay, vient de recevoir de la Compagnie d'assurances la Patrenelle , à titre de gratification, la somme de 20 francs pour le dévouement dont les hommes du feu ont fait preuve dans  l'incendie Autier Paul, de Thilay. 

 

Subdivision de compagnie des Sapeurs-pompiers en 1921

 

Engagement quinquénal de 1935

 

 

Le 11 mars 1921, juste après la 1ère Guerre mondiale, suite à une délibération du Conseil Municipal, un décret de la Préfecture des Ardennes atteste qu'une subdivision de sapeurs-pompiers est à nouveau créée dans la commune de Thilay. L'effectif est alors de 25 membres, dont 20 sapeurs.

Parmi les derniers sapeurs-pompiers recrutés, on note les noms de Henri Gilles en 1942, Robert Gilles en 1942, Emile D'Agaro en 1948, Georges Bockoltz, René Wiffrit en 1949, André Wiffrit en 1950, Jean Wansard en 1952, Henri Migeot en 1952 et Roger Buffet en 1953.

Figurent également dans un compte-rendu de manœuvre en 1956 : Noël Laurent, Marcel Lejeune, Germain Murguet, René Cognette, Guy Cognette, Jean-Marie Parizel, Jean-Marie Badré, André Duplessis, Michel Carlier, Antoine Laurent, André Vindot, René Wiffrit..

  

Sur cette photo prise pendant la dernière guerre mondiale lors d'un congrès à Conty (Somme), Roger Aunet figure à droite.  Né en 1901, Roger fut chef de corps à Thilay. Il demeurait déjà au n°15 de l'actuelle rue Faynot. La tenue comprend un casque avec la grenade stylisée, une veste en tissu épais comportant un col en suédine et un ceinturon en cuir.

Témoignage de Léone Aunet, épouse Bouillot : Léone se souvient qu'en 1952, à l'occasion de la Ste Barbe, sa mère avait cuisiné le repas des pompiers servi place des Paquis dans la demeure de Marcel Lejeune, pompier lui aussi.
Le casque de Roger fut plus tard confié à une amie de la famille pour agrémenter une suspension florale, rue des Paquis.
 
Règlement de service
Article 1 : Tout sapeur doit respect à ses supérieurs.
Article 2 : Aussitôt l'alarme, tous les sapeurs doivent se mettre en tenue (de nuit la torche allumée), se rendre à la remise et transporter tout le matériel sur le lieu du sinistre.
Article 3 : A l'incendie, aucun sapeur ne doit quitter les bottes.
Article 4 : Deux heures après les rangs rompus, aucun sapeur ne devra circuler en tenue.
Article 5 : Tout sapeur-pompier trouvé ivre, se querellant et souillant l'uniforme qu'il a l'honneur de porter passera sous deux jours devant le Conseil d'Administration qui statuera.
Vu par Nous, Maire de la Commune de Thilay
A Thilay, le 1er mars 1921
Le Maire : Sauvage

Engagement des sapeurs-pompiers :

Les soussignés déclarent, conformément à l'article 7 du 13 mars 1925, l'engagement de servir pendant 5 ans comme sapeurs-pompiers et promettent de se soumettre aux obligations que leur impose le règlement de service du Corps sans aucune exception ni réserve.

Délibérations du Conseil Municipal :

Séance du 10 janvier 1949. Madame la Présidente informe le Conseil que lors de l'incendie de l'usine Papier à Naux, qu'il n'y a eu personne de prévenu, et que la cloche de la mairie n'est pas assez puissante pour pouvoir donner l'alarme ; elle demande au Conseil de prendre des dispositions pour que ces faits ne se renouvellent plus.

Le Conseil, après en avoir délibéré,

Décide que, en cas d'incendie, le garde-champêtre est chargé de prévenir en premier le maire, l'adjudant des pompiers et M. Pol Hatrival,  ce dernier étant chargé par M. Henri Mangon  de donner l'alarme avec la sirène de l'usine.

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Séance du 3 novembre 1949

Madame la Présidente expose l'utilité pour la Commune de l'achat d'un matériel moderne de défense contre l'incendie en remplacement du matériel détruit ou disparu pour fait de guerre, présente au Conseil les devis qui lui ont été remis et expose les renseignements recueillis sur les motopompes qui ont été présentées.

Après avoir délibéré, le Conseil vote l'achat du matériel, fixe son choix sur le devis présenté par les Etablissements Pompes Guinard, en date du 28/10/49 et s'élevant à la somme de 816.790 frs, huit cent seize mille sept cent quatre-vingt-dix francs. En conséquence, le Conseil autorise le Maire à passer un marché de gré à gré avec les Etablissements Pompes Guinard, pour la dite somme. La Commune ne disposant pas de ressources suffisantes pour l'acquisition du matériel jugé nécessaire décide de faire une demande de subvention à l'Etat, en vertu de la loi du 26 juillet 1927. Ainsi que l'ordonne la Direction de l'administration départementale et communale, par la circulaire ministérielle du 10 mars 1931, le Conseil vote l'inscription, au budget communal de 1950, de l'intégralité de la dépense nécessaire à cet achat, la subvention étant destinée à reconstituer, par la suite, les crédits qui ont été utilisés pour faire l'avance.

La dépense sera couverte à la fois par les dommages de guerre et le budget de la mairie.

Séance du 12 février 1950. Madame la Présidente expose aux membres du Conseil municipal la nécessité de compléter le matériel de la subdivision des Sapeurs-pompiers par l'achat d'une motopompe, en remplacement de la pompe aspirante et foulante disparue lors de l'invasion en 1940 et de la pompe foulante retrouvée inutilisable.

 

 

La motopompe exposée à la caserne de pompiers de Sedan

Madame la Présidente donne connaissance de la note reçue du Ministre de la Reconstruction et de l'Urbanisme au sujet des dommages de guerre restant à pourvoir au titre de la reconstitution du matériel de la société des sapeurs-pompiers. D'après cette note, les dépenses peuvent être envisagées jusqu'à concurrence de 514.000 frs. Une nouvelle somme sera attribuée à la conclusion de l'enquête au sujet de la pompe à bras inutilisable et de la pompe aspirante refoulante disparue.

Le Conseil, après en avoir délibéré,

Décide l'achat d'une pompe Guinard, 30 m3 portative avec son chariot remorque et les accessoires prévus, y compris 20 longueurs de tuyaux de 70 mm.

Nomination et démission :

Madame la Présidente donne connaissance au Conseil que M. Aunet Roger, sous-lieutenant, Commandant de la subdivision des Sapeurs-pompiers de Thilay, a donné sa démission orale de Commandant de la Subdivision et lui demande son avis.

Le Conseil, après avoir délibéré,

Accepte la démission orale de M. Aunet Roger, Commandant de la subdivision des Sapeurs-pompiers de Thilay, vu qu'il ne peut plus assurer son service.

Décide de nommer Cunin René Roger, né à Tournavaux, Ardennes, le seize décembre mil neuf cent neuf, ex-brigadier au 17ème d'artillerie à Sedan, Commandant de la subdivision des Sapeurs-pompiers de Thilay, en remplacement de M. Aunet Roger, démissionnaire, et demande pour lui le grade d'adjudant.

Matériel d'incendie :

Le Conseil

Décide l'achat de courroies de fixation, pour les tuyaux du service d'incendie et le remplissage de la bouteille d'oxygène.

Indemnités aux Sapeurs-pompiers :

Madame la Présidente demande au Conseil s'il n'y aurait pas lieu d'accorder une subvention aux Sapeurs-pompiers, à l'occasion des séances d'entraînement.

Le Conseil

Décide d'allouer une indemnité de 20 francs par séance d'entraînement à chaque Sapeur-pompier à compter d'une date à définir.

Le Chef de corps sera tenu de tenir un registre à cet effet. Les crédits nécessaires seront portés au budget de 1953.

 

Séance de septembre 1953.

Le Conseil

Décide d'allouer une indemnité aux Sapeurs-pompiers, à l'occasion des séances d'entraînement, suivant le taux fixé au Conseil administratif n° 7 de 1952, page 106, à savoir :

Tarif horaire : Officiers : 260 francs, Sous-Officiers : 210 francs, Sapeurs : 160 francs.

Le taux des vacations accordées à l'occasion des séances d'instruction est fixé à 75% des tarifs ci-dessus.

Le Chef de corps sera tenu de tenir un registre à cet effet ; les vacations seront allouées à dater du 1er août 1953.

Les crédits nécessaires seront portés au budget supplémentaire de 1953. La présente délibération annule celle du 24 juillet 1953.

 

Sur cette photo prise pendant la dernière guerre mondiale lors d'un congrès à Conty (Somme), Roger Aunet figure à droite.  Né en 1901, Roger fut chef de corps à Thilay. Il demeurait déjà au n°15 de l'actuelle rue Faynot. La tenue comprend un casque avec la grenade stylisée, une veste en tissu épais comportant un col en suédine et un ceinturon en cuir.

Témoignage de Léone Aunet, épouse Bouillot : Léone se souvient qu'en 1952, à l'occasion de la Ste Barbe, sa mère avait cuisiné le repas des pompiers servi place des Paquis dans la demeure de Marcel Lejeune, pompier lui aussi.

Le casque de Roger fut plus tard confié à une amie de la famille pour agrémenter une suspension florale, rue des Paquis.

Achat de matériel et d'équipement :

Madame la Présidente soumet au Conseil les devis des établissements Tiffoneau à Moy (Oise) et la Société Parisienne de Protection, 24 rue du Mont Thabor à Paris pour l'achat d'équipements et de matériel à la subdivision des Sapeurs-pompiers de la Commune.

Le Conseil, après examen,

Donne mandat au Maire et au Commandant du corps des Sapeurs-Pompiers pour l'achat d'équipement et de matériel à la subdivision pour dommages de guerre et décide l'achat de bottes en caoutchouc pour les Sapeurs.

Achat d'un dévidoir :

Madame la Présidente demande au Conseil s'il n'y aurait pas lieu d'acheter pour la subdivision des Sapeurs-pompiers de Thilay un dévidoir pour 200 mètres de tuyaux de 45 mm ainsi qu'une bobine et de prévoir l'achat de la 13ème tenue de sapeur qui n'est pas réparable, sur les dommages de guerre en remplacement des seaux en toile disparus.

Le Conseil, après en avoir délibéré,

Décide d'acheter, pour la subdivision des Sapeurs-pompiers de Thilay, un dévidoir pour 200 mètres de tuyaux de 45 mm, une bobine et la 13ème tenue de sapeur inutilisable du fait de l'occupation en remplacement, sur les dommages de guerre, des seaux en toile disparus.

La motopompe :

La motopompe a été garée dans le local sur la place de Thilay, puis elle a séjourné ensuite dans le garage rue des Ecoles. Actuellement, elle est exposée dans la caserne des sapeurs-pompiers de Sedan.

Pour remorquer cette motopompe, il était nécessaire de recourir aux services d'un artisan ou d'un entrepreneur disponible immédiatement. Ainsi, pour acheminer la motopompe lors d'un feu qui venait de se déclarer au Moulin de Naux, André Machard, alors boucher-charcutier rue de la Naux, utilisa son fourgon tube Citroën.

Les casques et képis

        

 

Casque en cuivre, modèle 1895, ayant appartenu à Joseph Mahy.
 Casque en acier nickelé, modèle 1920,  de Gaston Parizel.
 Képi de Noël Laurent utilisé lors des cérémonies . Photo J.Michel Pozzi.

 Sur les casques en cuivre, modèle 1895, un porte-plumet existe sur le côté gauche. Lors des sorties officielles et des défilés, il recevait un élément décoratif dont la couleur dépendait de la fonction.

Les casques chromés comportaient une partie frontale en métal embouti à l'effigie du village.

Entre deux bouquets de feuilles de chêne et de laurier, un blason représente des bûches enflammées (motif assez rare) ou une grenade. Ces grenades sphériques n'ont rien à voir avec l'arme explosive du même nom. Autrefois, ces grenades étaient des boules en verre contenant un produit jeté dans les conduits lors d'un feu de cheminée. La mention du village était rare car à l'époque, la conception d'une matrice coûtait cher. Tous les casques étaient surmontés d'un renfort riveté destiné à accroître la rigidité en cas de choc. A l'intérieur, un sous-casque en cuir réglable au moyen d'un lacet personnalisait l'ensemble en fonction du tour de tête et une lanière ajustée sous le menton, appelée jugulaire, évitait la chute du casque lors des mouvements brusques.

Au fil des décennies, le manque de matériel s'est fait de plus en plus ressentir, la commune étant trop petite pour acquérir un véhicule ou une petite caserne. Déjà à cette époque, la mutualisation des moyens était d'actualité.

 Quelques rapports d'incendie extraits des archives du Centre de secours de Monthermé sont sans équivoque :

 

16 juillet 1929 : Doit la Commune de Thilay à la caisse des Sapeurs Pompiers de Thilay la somme de cent quatre-vingt-treize francs quatre-vingt-dix centimes pour les dépenses faites au 14 juillet.

 

Facture de boissons dressée par le café Noizet au 11 novembre 1935 :
 
aux pompiers : 3 péquets 2,40, vin d'honneur : 14 litres à 5 f,
 
aux musiciens du bal : 2 litres de vin rouge à 5 f, 3 bouteilles de limonade à 2,50, 12 mirabelles à 1,50, 2 chopes de limonade à 0,60, 1 chope de cidre à 0,60
 
Total : 109,70

21 juin 1951 : feu de cheminée à Thilay

Le propriétaire de la maison avait alerté les pompiers de Thilay individuellement en même temps qu'il appelait Monthermé, ne croyant pas avoir satisfaction avec ceux de Thilay.

25 avril 1954 : feu de bois dans les forêts domaniales de Thilay et de Château-Regnault. (Les outils utilisés pour éteindre ce feu étaient des battes à feu, outils spécifiques aux sapeurs-pompiers, formés d'un long manche muni à son extrémité de lames métalliques).

La mairesse de Thilay a appelé le Centre de secours de Monthermé par l'intermédiaire de la gendarmerie, celle-ci a fait remarquer que Thilay possédait des pompiers, ceux-ci ont été appelés après nous.

 

Quelques souvenirs :

1928 : fondation de l'Amicale des officiers de sapeurs-pompiers des Ardennes, avec l'appui financier de la Caisse Départementale des Incendiés.

Avant 1940 :

En janvier 2016, Jacques Zucchi témoignait : Un jour, alors que Joseph (mon frère) montait la côte des Corpias à vélo, il aperçoit une maison en feu à Tournavaux. Mon frère se hâte de rentrer chez lui, donne l'alerte aux pompiers du village, met le camion en marche et part accrocher la motopompe garée dans le local de la place. Le groupe se rend sur les lieux du sinistre et entreprend de dérouler les tuyaux. Malédiction, la clé tricoise qui sert à assembler les tuyaux a disparu, oubliée à Thilay ou tombée du camion. Une seule solution : rebrousser chemin en examinant les fossés.

Pendant la guerre, vers 1943, la pompe à bras servit lors de l'incendie de la maison de la famille Didriche, Grand-rue à Thilay. Les pompiers et les habitants firent la chaîne avec des seaux d'eau pour emplir la cuve de la pompe. Pour ce faire, il fallait emprunter la ruelle de la Poulie qui relie la Grand-rue et la Semoy, juste en amont du pont. D'autres personnes se relayaient pour actionner le balancier. Nelly Davreux et Jean-Marie Badré se souviennent de ce sinistre spectaculaire. Quant à Claude Pilard, né en 1931 et donc jeune garçon à l'époque, il participa en passant les seaux d'eau en toile pour aider les riverains. Le grenier fut fortement endommagé, mais l'habitation fut sauvée.

Noël 1950 : Un important incendie, semblable à celui qui avait ravagé  l'usine Mangon en 1898, se produisit à l'usine Papier de Naux. Dans les deux cas, la charpente en bois fut transformée en brasier, provoquant la cessation d'activité pour une longue durée.

1954 : Roger Buffet fut pompier à partir de 1952. En 1954, il intervint sur un feu à Wachelot aux côtés de Robert Gilles et de René Sauvage. Chaque semaine, les pompiers se retrouvaient dans leur local sur la place pour préparer les manœuvres à venir.

1960 : Jean-Michel Pozzi, né en 1948, se souvient de l'incendie qui avait démarré dans une cuve de l'usine Doudoux. La motopompe avait alors été utilisée.

Guy Liesch, né en 1953, garde en mémoire les manœuvres sur la place de Thilay avec déroulement et mise en œuvre des tuyaux. La motopompe servit notamment à vider les ballastières des Longs Champs à la demande d'un propriétaire. D'énormes carpes furent transportées vers la Semoy toute proche dans des poubelles plastiques.

1963 : Les pompiers de Thilay participèrent au Congrès Départemental à Signy-le-Petit. A l'issue du défilé, du banquet et des remises de prix, un bal fut animé par Emile Prud'homme et son ensemble.

La même année, lors du concours des manœuvres rassemblant les douze principaux centres de secours ardennais, les consignes étaient précises : Seuls, les véhicules parfaitement propres seront admis au défilé. Une tenue impeccable sera de rigueur ; éviter les fautes de goût (chemise de couleur, cravate fantaisie, nu-pieds, chaussures de sport…)

En avril 1963, les premiers camions citernes type GMC furent attribués aux casernes équipées de chauffage hivernal, l'eau ne devant pas geler dans les cuves.

1965 : Jean-Pierre Fournier né en 1948 et son père domiciliés à Monthermé taillaient du bois en forêt derrière Blossette, non loin des chalets de Wachelot en construction lorsqu'un feu de broussailles s'est déclaré à proximité. Jean-Pierre se souvient avoir vu les pompiers de Thilay intervenir à l'aide de battes à feu pour circonscrire le sinistre.

A la même époque, selon Jean-Pierre Bouillot né en 1952, un gros incendie se déclara route de Naux dans une sapinière, de chaque côté de la route, peu avant les ballastières. La motopompe de Thilay fut mise en batterie sur la berge de la Semoy et un cordon de soldats du feu prit place aux Ondes, sur la rive opposée, afin d'éviter que les braises emportées par le vent ne gagnent la colline.

A propos de la motopompe : Henri Murguet puis ensuite son fils Germain  la remorquaient derrière leur vieux camion Renault. A défaut de sirène, Antoine Laurent sonnait le clairon debout dans la benne. Pour en vérifier le bon fonctionnement, la motopompe et les lances à eau étaient parfois mises en batterie en contrebas du pont de Thilay. Selon Henry Davreux, son père Léon a été pompier quelque temps et il veillait au bon état mécanique de la motopompe.

Dans une séance du Conseil municipal en date du 22 septembre 1966, on peut lire :

Le Président demande au Conseil s'il n'y aurait pas lieu de dissoudre le corps des sapeurs-pompiers de Thilay vu la situation présente, un effectif très réduit et du matériel en mauvais état.

Le Conseil, après avoir délibéré,

Considérant que l'effectif actuel du corps de Sapeurs-pompiers est de quatre et qu'il est très difficile de recruter de nouveaux sapeurs,

Considérant que le Chef des sapeurs-pompiers a omis de se rendre à Revin, à la suite de deux convocations, en vue de passer un examen,

Qu'il n'y a plus ni exercice, ni manœuvre, vu le manque de sapeurs,

Considérant que la commune ne peut se permettre d'acheter 4 à 500 mètres de tuyaux, et de procéder à l'achat de nouvelles tenues pour les sapeurs-pompiers qui, au bout de six mois ou un an, vont démissionner pour des raisons diverses, ce qui existe depuis de nombreuses années,

Considérant que le centre de secours de Monthermé est à proximité de Thilay et qu'il est équipé d'un bon matériel tracté lui permettant de se déplacer rapidement,

Décide de dissoudre le corps des sapeurs-pompiers à dater du 1er novembre 1966.

Le Conseil Municipal du 7 juillet 1970, considérant que la subdivision des sapeurs-pompiers est dissoute, décide de vendre la motopompe de la commune.

Les petites divisions de sapeurs-pompiers ont donc été remplacées par des centres de secours plus importants tels que ceux de Monthermé, Deville ou Bogny-sur-Meuse, équipés avec du matériel motorisé et fonctionnel. Ce fut par exemple le cas des camions citernes, des ambulances et des  véhicules tout terrain.

Incendies tragiques :

Malgré ces équipements performants, certains incendies nécessitant d'énormes moyens en hommes et en matériel sont restés dans les mémoires. Ce fut le cas fin août 1976. A la suite d'une période de sécheresse caniculaire, de multiples foyers se déclarèrent dans nos collines et surtout à Monthermé, où le 22 août, des coulées de feu descendirent en cascades de l'Enveloppe. Plus de 185 ha de forêt partirent alors en fumée. Deville, Laifour et Revin ne furent pas épargnés, le vent violent favorisant la propagation des flammes.

Les 18 sapeurs-pompiers de Monthermé dirigés par le lieutenant Pascal D'Angelo, exténués par le combat mené nuit et jour, reçurent le renfort de collègues venus des Ardennes, de la Meuse et de la Marne, au total 150 hommes, sans compter l'appui du 3ème Génie de Charleville.

Le 25 août, sur les hauteurs des Hautes-Rivières, l'explosion d'un bidon de produit inflammable provoqua le décès de Jean-Pierre Tristant, jeune sapeur volontaire de Monthermé, âgé de 17 ans. En hommage, la caserne locale porte son nom depuis le 4 juillet 1993.

Le 25 août encore, suite à la reprise soudaine du feu qui menaçait les maisons de la Rowa, les canadairs de Marignane furent alertés. Ainsi, pendant deux jours, quatre bombardiers d'eau effectuèrent de multiples largages sur les collines enflammées.

Les habitants de nos vallées se souviennent de ces instants de cauchemar et d'épouvante vécu par les riverains.

L'arme la plus efficace des pompiers thilaysiens était la bonne volonté, mais cette arme ne suffisait plus face à l'évolution de la modernité et de la mécanisation.

Ainsi, le corps des pompiers de Thilay s'effaça progressivement dans les années 60 et la caserne de Monthermé opéra ensuite en vallée de Semoy, ce qu'elle fait toujours actuellement, le Centre de Secours situé rue Voltaire ayant été agrandi et modernisé.