L'église et les cloches

L'EGLISE

 

Dans le diocèse de Reims, plus de 10% des églises sont dédiées à Saint Remi, l'évêque qui en 496 ou juste après baptise le roi Clovis et les siens.

Si 800 ans plus tard, lors de la fondation de la paroisse au 14ème siècle, le patronage de saint Remi est donné à l'église de Thilay, comme à celle de Laval-Dieu, toute proche, c'est parce que depuis longtemps, les terres du confluent de la Semoy et de la Meuse étaient des possessions de l'abbaye Saint-Remi de Reims. Une logique de cohérence et de continuité.

 

La fondation du village de Thilay, dont le nom est attesté pour la première fois en 1068, est certainement antérieure à l'an mil. Une paroisse y est érigée en 1306. Des époques postérieures, les archives conservent quelques documents concernant des paiements pour le bois des forêts, le moulin, le droit de pêche... Plusieurs incendies de grande ampleur ravagent le village - on cite le chiffre de 52 maisons détruites en 1696 - qui obligent à restaurer ou reconstruire l'église.

Avec Nohan, Naux et Navaux, Thilay constitue les Basses-Rivières. C'est une expression locale, moins utilisée de nos jours que celle de Hautes-Rivières, du fait de l'appellation de la commune presque voisine. Ces noms ne sont pas à relier à la profondeur du lit de la Semoy. Il s'agirait plutôt d'une ancienne manière de nommer les lieux riverains ou les rives du Royaume de France, au temps où cette partie des Ardennes n'en faisait pas encore partie. Une ordonnance royale de 1724 parle ainsi de rivières pour les communes riveraines de la France, juste après la frontière.

Le village est situé sur la Semoy. Un peu plus en amont, en Belgique, on écrit encore Semois. C'est l'orthographe authentique, Semoy n'étant qu'une écriture de circonstance, plus tardive.

 

L'actuelle église Saint-Remi inaugurée en 1889 est contemporaine de l'extension du village. Dès 1868, on parle d'une nouvelle construction. On fait alors appel à l'architecte ardennais Jean-Baptiste Couty, qui propose au curé Laurent un projet chiffré à 130.000 frs. Il est présenté le 28 mai 1869 au conseil municipal, qui délibère en faveur de la construction le 5 juin, puis le 13 mars de l'année suivante : Il y a la beauté, la solidité, la grandeur. Hélas, la déclaration de la guerre interrompt les projets pendant de longues années.

L'architecte reprend contact avec la commune en 1874. Mais il faut encore attendre. Entre-temps, on demande à Couty la construction d'une nouvelle église pour Nohan, juste en amont sur la Semoy. Elle est néo-romane comme ici, mais plus petite et inaugurée en 1878.

En 1882, le jour du 14 juillet, la foudre tombe sur l'église. Elle est tellement fragilisée qu'il faut la fermer au culte. Les réparations sont estimées à 20.000 frs. La question se pose ensuite d'un nouvel emplacement. L'église 

sera donc face au nouveau pont à trois arches récemment inauguré (1885) et non plus sur sa gauche, du même côté de la rivière, sur la rive droite, mais de l'autre côté de la place. Plus visible, plus centrée et plus dégagée, puisque les maisons n'enserrent plus les églises comme autrefois. Même le cimetière est déplacé. On assiste à une nouvelle perception de l'espace social. L'ancien emplacement était immémorial, le nouveau met l'église davantage en valeur. Seul demeure le patronage séculaire de l'évêque Saint-Remi.

Au début de la même année 1887, Elie Gervaise, cousin de Joseph Thévenin, offre le terrain. Une souscription lancée avant la guerre permet de récolter, 18 ans après, 35.000 frs. Un bon quart du devis. En y ajoutant les subventions, les travaux peuvent commencer. Les maisons et les deux cafés sur la place restent comme avant, le presbytère en face, sur la droite. On ne recherche pas de plan d'ensemble spécifique.

Un an plus tard, le 21 mai 1888, la première pierre est solennellement posée par l'archevêque de Reims, le cardinal Langénieux. La construction avance rapidement. Seulement quinze mois après - deux étés pour travailler -, le cardinal revient consacrer l'église, le 26 août 1889, en présence du curé Remi Bocquillon, en place depuis 1875 et d'une trentaine de prêtres des environs, le tout... sous une pluie battante.

En 1889, en même temps que cette église, on inaugure à Paris… la Tour Eiffel !

 

Les formes sont romanes, mais l'intérieur n'est plus celui d'une église romane, à cause du dessin des voûtes, qui rappellent l'évolution postérieure des églises médiévales vers le gothique.

 

Extrait de la revue : Thilay Saint-Remi, Plaquette Gilles Guerigen, Docteur ès Lettres, Docteur en Théologie.

 

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Travaux sur le clocher de l'église en 1969

 

Le 11 mars 1969, le Conseil Municipal considérant qu'il y a urgence à entreprendre des travaux en vue d'éviter des accidents graves et d'assurer la sécurité publique, un accident pouvant se produire à tout instant, actuellement des toitures voisines sont parfois endommagées par des ardoises se détachant du clocher, d'autres tombent sur place,

Vu la grosse responsabilité de la commune,

Approuve les travaux à effectuer en toute urgence à l'église de Thilay.

Réfection du clocher de l'église de Thilay et d'une partie de la couverture pour un montant total de 23.290 francs.

Autorise Madame le Maire

1)  à passer un marché avec Robert Golinvaux à Bertrix

2) à contracter un emprunt de 20.000 francs pour ces travaux qui ne seront pas subventionnés, vu l'urgence.

 

Témoignage de Léone Aunet

Avant de hisser le coq doré au sommet du clocher, les ouvriers l'ont promené en brouette dans les rues du village en glanant quelques pièces de monnaie et en indiquant à la population l'heure de la mise en place.

Le Conseil Municipal du 7 juillet 1970 vote la réfection de l'église de Nohan comme suit :

Réfection du clocher, des couvertures et zingueries : 11 475 F (entreprise Golinvaux), pose d'un paratonnerre :  28 822,40 F, réfection des plâtres (Sogne) : 5 000 F, réfection des peintures (José Languillier) : 4 430,10 F. Total général : 23 727, 50 F. Emprunt à la Caisse d'Epargne : 20 000 F.

Quant à l'intérieur de l'église de Thilay, il a été restauré de 2002 à 2006 : électricité, réfection des vitraux, remaniement du parvis, récupération des eaux pluviales, peintures intérieures des murs et voûtes,  réfection des motifs des chapelles, restauration de la salle de catéchisme et électrification des cloches.

 

 

LES CLOCHES

 

A l'église de Thilay, elles sont au nombre de trois et sonnent les premières notes de la gamme de fa dièse majeur, jusqu'à la tierce : fa dièse, sol dièse, la dièse. La cloche de l'ancienne église n'était pas très ancienne (1838). On avait pu la replacer dans la nouvelle église avec deux cloches neuves, plus petites, baptisées la veille de la consécration (fondues en 1889 chez Périn à Charleville). Enlevées par les Allemands en 1917 et 1918, elles ont été remplacées à l'identique en 1922 (fondues en 1922 chez Wauthy à Douai).

 

A Thilay, elles ont pour nom Marie, Benoîte et Jeanne. A Hautes-Rivières, Floride, Eugénie et Poncette. A Nohan, Nicole. A Linchamps, Marie-Jeanne.

 

Marie : (570kg)

Je me nomme Marie Elisabeth Félicie - L'an 1838, j'ai été donnée par Monsieur Laurent, curé de Thilay - J'ai eu pour parrain Jacques Hérisson, pour marraine dame Marguerite Papier son épouse - Enlevée par les Allemands en 1917- Remplacée en 1922-Enfants de Thilay morts pour la patrie : Badré Alfred - Authier Jean - Authier Arthur - Renault Fernand - Badré Jean-Baptiste - Stévenin Henri - Dineur Georges - Godart Marcel - Barré Jules - Dumaine Pol - Petit Léon - Bozier Emile- Cuvellier Alphonse - Avril Rémy - Papier Paulin - Brouet Léon

Fonderie de cloches C. Wauthy à Douai (Nord) 

Sauvage Xavier, maire de Thilay.

 

Benoîte : sonne le sol # (450kg)

Je me nomme Benoîte Marie Cornélie—J'ai été baptisée le 25 août 1889. J'ai eu pour parrain Monsieur Georges Rousseau et pour marraine Mademoiselle Marie Rousseau - Enlevée par les Allemands en 1917 - Remplacée en 1922 - Enfants de Thilay morts pour la patrie : Pilard Aimé - Deschamp Eugène - Fontaine Gaston - Mathieu Jules - Tutiaux Henri - Doudoux Paulin - Goury Sosthène - Migeot Henri - Michaux François - Divoy Jules - Laurent Camille - Maziers Albert - Muller Gustave - Doudoux Jean-Baptiste - Murget Gaston - Pilard Adrien.

 

Jeanne : sonne le la# (310 kg)

La plus petite, elle est dédiée à la Pucelle, canonisée en 1920, juste après la victoire.

Je me nomme Jeanne Marguerite Anne Marie Juliette Ursule Eugénie Charlotte - J'ai été baptisée le 25 août 1889. J'ai eu pour parrain Monsieur Jean Minet et pour marraine Mademoiselle Marie Rutier - Enlevée par les Allemands en 1918 - Remplacée en 1922 - Victimes civiles de Thilay : Thomé Maurice - Badré Eugène - Dethiers Louis - Pigeot Lucienne épouse Dethiers Louis .

 Document : Gilles Guerigen

 

 

Arrêté réglementant les sonneries des cloches de décembre 1908 :

Nous, Maire de la commune de Thilay (Ardennes).

Vu la loi du 5 avril 1884, articles 91 à 97

Vu la loi du 9 décembre 1905 article 27

Vu le décret du 16 mars 1906 articles 50, 51 et 52,

 

Vu la délibération du Conseil Municipal en date du 16 novembre 1908,

Considérant que la situation des édifices publics au centre des localités rend les sonneries des cloches nuisibles à la tranquillité publique,

Attendu que des abus se sont produits, notamment le 18 novembre où une sonnerie funèbre a duré plus de trente minutes consécutives,

Arrêtons :

Les sonneries de cloches sont réglées ainsi qu'il suit :

 

Sonneries religieuses

Article 1 : Le curé ou desservant aura seul le droit de faire sonner les cloches des églises de la commune de Thilay pour les offices, prières publiques et exercices religieux.

Article 2 : Ces offices, prières publiques et exercices  ne pourront être annoncés que par une seule sonnerie qui :

- Pour les offices des dimanches et fêtes, mariages et services funèbres n'excédera pas quatre minutes.

- Pour les prières et exercices religieux, la sonnerie n'excédera pas une minute et ne sera pas faite en volée.

- Pour les sonneries funèbres, transport de corps de la maison mortuaire à l'Eglise et de l'Eglise au cimetière, la sonnerie n'excédera pas cinq minutes.

Article 3 : Les sonneries ne pourront avoir lieu pour quelque cause que ce soit : avant sept heures du matin ou après sept heures du soir, du 1er octobre au 31 mars ; avant six heures du matin ni après huit heures du soir, du 1er avril au 30 septembre, excepté la nuit de Noël, mais avec cette réserve que la sonnerie n'excède pas deux minutes.

 

Sonneries civiles

Article 4 : La sonnerie dite de La Retraite est supprimée.

Article 5 : Le maire ou son délégué aura le droit de faire sonner les cloches :

1° en cas d'incendie ou de toute autre calamité publique.

2° pour appeler les enfants à l'école.

3° pour annoncer l'heure de midi.

4° pour annoncer l'arrivée du Percepteur.

5° pour annoncer les réunions publiques.

Chacune de ces sonneries n'excédera pas deux minutes.

Article 6 : Les sonneries civiles seront exécutées par un sonneur spécial, nommé par le Maire et soumis à ses ordres.

Articles 7 : A cet effet, le sonneur recevra les clefs de l'église et du clocher et n'en pourra faire usage que pour l'exécution des sonneries, ou pour des soins à donner à l'horloge publique.

Article 8 : Aucune dérogation aux dispositions ci-dessus n'aura lieu sans l'autorisation du Maire.

Article 9 : Les infractions au présent arrêté seront constatées par des procès verbaux et poursuivis conformément aux lois.

A Thilay, le vingt-huit novembre mil neuf cent huit.

Le Maire, Camille Doudoux