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En 1850, la loi Falloux oblige les communes de plus de 800 habitants à ouvrir une école des filles.
Nommé ministre de l’Instruction publique en 1863, l’historien Victor Duruy met en œuvre une vaste politique scolaire. Il mène des actions très vives en faveur de l’école primaire, prévoyant même la gratuité dans les écoles publiques, trouvant parmi les instituteurs des défenseurs du gouvernement contre le clergé. A la chute de l’Empire, l’instruction publique, gratuite et obligatoire, pointe déjà.
"Un futur savant" : Tableau de Jean GEOFFROY(1853-1924) Ce tableau peint en1880 est une merveilleuse illustration de la vie scolaire au moment de Jules FERRY. Debout sur un banc, un écolier coiffé d'un bonnet d'âne subit les moqueries de ses petits camarades. Il est midi, et l'un des enfants délaisse quelques instants le repas qu'il vient de déballer du panier familial. Il a enlevé ses sabots et étalé le torchon sur le pupitre. En face, certains continuent à travailler tout en suivant la scène de loin.
Né en 1832 à Saint Dié (Vosges), Jules Ferry est persuadé que l’école a sa responsabilité dans le désastre français de 1870. Sa tâche sera de multiplier les écoles, de garantir à tous les citoyens une instruction, donnant ainsi aux uns et aux autres le sentiment de leur propre dignité. Le 20 Janvier 1880, il dépose un projet d’obligation scolaire pour lutter contre l’analphabétisme. La loi du 28 Mars 1882 oblige tous les enfants de 6 à 13 ans à recevoir un enseignement soit à l’école publique, soit à l’école privée, soit dans leur famille. La gratuité scolaire s’étend à l’ensemble des écoles primaires publiques, aux salles d’asile qui petit à petit s’appelleront écoles maternelles.
Cette loi va incontestablement institutionnaliser ce qui va devenir l’école communale.
« Après la promulgation en 1881-82 de la loi Jules Ferry, notre village a compté le nombre impressionnant de 6 écoles : d’abord une école de garçons et une école de filles à Thilay, puis une à Naux, une à Navaux, une autre aux Vieux-Moulins et une à Nohan/Semoy. En plus, la commune participait aux dépenses d’entretien de l’école de la Neuville-aux -Haies. La nouvelle salle des fêtes était l’école des filles, blottie entre la « rue du pont », la Semoy et l’ancienne église. Entourée par le cimetière, cette église empiétait sérieusement sur la chaussée actuelle.
A noter que l’école des Vieux-Moulins, inaugurée en 1911, a accueilli jusqu’à 25 élèves à l’époque de la cité douanière qui abritait plusieurs familles. Cette école accueillait également des enfants des Vieux-Moulins d’Hargnies
Les écoles jumelles de Naux et de Navaux ont été édifiées peu de temps avant la nouvelle église de Thilay inaugurée en 1889. Ces trois bâtiments possèdent d’ailleurs un point commun : c’est l’architecte sedanais M. Couty qui a établi les plans et dirigé l’ensemble des travaux.
Quant à l’école de Nohan, le projet de construction décidé par le conseil municipal en 1911 a été suspendu pendant la première guerre mondiale. Avant 1925, la classe enfantine était abritée dans un local appartenant à un particulier. Ce propriétaire ayant alors refusé de renouveler le bail et l’ancienne école étant plus que centenaire, le projet fut remis au goût du jour. En 1930, les élus se prononcèrent à nouveau. L’option choisie comportait deux classes et deux logements car « l’académie ne répondait pas de pouvoir mettre tout le temps un instituteur et une institutrice mariés dans ce poste ». En 1933, la nouvelle école de Nohan devint finalement opérationnelle.
L’école des filles sur la place :
La jeune génération thilaysienne ignore sans doute que le vaste bâtiment en pierre du pays abritant aujourd’hui la salle des fêtes a été construit à l’origine pour abriter l’école des filles. A cette époque, il n’était pas question de mélanger garçons et filles dans une école primaire, sauf dans les classes « uniques » des petits villages où les effectifs et les moyens financiers ne permettaient pas de construire et d’entretenir deux bâtiments scolaires.
L’école des filles de Thilay fut construite vers 1830. Autrefois, des bonne sœurs s’occupaient des petits dans les écoles. C’était le cas à Thilay où on les qualifiait de congréganistes. Les petites sections étant mixtes, les filles quittaient l’actuelle rue des écoles pour poursuivre leur scolarité sur la place au moment d’entrer au cours élémentaire. Les garçons restaient eux … sur place. Cette répartition dura jusqu’en 1954.
L’école des garçons :
La construction de l’école des garçons a été votée par le conseil municipal le 3 Septembre 1882. Edifié en pierre du pays, le bâtiment n’a pas pris une ride. On peut encore y remarquer l’inscription « école » au dessus de la porte d’entrée. Un arbre existait dans la cour non goudronnée à ce temps là.
M. Jacques Zucchi, dont la famille demeura à Narbruay, se souvient que les grands entraient par la porte centrale et les petits par une porte située le long du pignon sud.
Les maisons d’école :
La loi du 2O Mars 1833 et les textes de 1887 préconisèrent la construction de « maisons d’école » spécialement conçues à cet effet. Rappelons qu’auparavant, l’enseignement était dispensé dans des lieux plus ou moins adaptés. Lorsqu’on parcourt le territoire national, on peut facilement identifier les anciennes écoles communales grâce à leur architecture typique. Bâtiments, préaux et cours avaient été pensés par des hygiénistes. Dans certaines communes, l’école et la mairie figuraient et figurent encore dans les mêmes locaux. Le nombre des écoles publiques laïques ainsi créées passa de 51 732 en 1881 à plus de 69 000 à l’aube de la Grande Guerre.
L’école des garçons de Thilay correspond parfaitement à ce profil -type : murs en pierre du pays, encadrements des ouvertures en brique rouge et en pierre de taille, vide sanitaire pour conserver un plancher sain, couverture en ardoises posée sur une charpente en sapin et en chêne de nos forêts. Un jardin sur l’arrière et un vaste préau à six travées avec robuste mur en pierre côté nord complètent l’ensemble. Un abri situé dans le prolongement du préau permet de stocker le bois de chauffage des salles de classe. L’architecture et les matériaux du vaste logement de fonction destiné à l’enseignant sont identiques à ceux du groupe scolaire.
A propos de la gémination :
Une délibération du Conseil Municipal rédigée en 1933 stipule :
« Le Conseil estime que la précocité des enfants de nos pays industriels rend impossible la promiscuité des enfants des 2 sexes à Thilay, celle-ci étant admise dans les hameaux dont l’effectif ne dépasse pas celui d’une classe . »
A quel niveau se situait la « précocité » de nos « chères têtes blondes » ? Nous ne pouvons que nous en tenir à d’aléatoires supputations. Toujours est-il que le sujet était brûlant et plusieurs Anciens du village conservent le souvenir de soirées houleuses lors des séances du Conseil Municipal.
Progrès notable : l’expression « promiscuité des 2 sexes » fut remplacée au niveau de l’administration par le terme « gémination » sans doute plus pudique. A cette époque, bon nombre de Thilaysiens découvrirent ce mot inconnu avec beaucoup de surprise. Tout au long des 2 décennies suivantes, le combat des « pour » et des « contre » se poursuivit sans relâche. Ce n’est qu’en 1961 que le Conseil Municipal décide la gémination des écoles de Thilay pour la rentrée des classes.
1954 : une nouvelle école des filles
L’écoles des filles de la place avait fait son temps et les locaux se dégradaient d’année en année. Mme Andrée Vindot, épouse Mouze, se souvient par exemple des nombreux trous dans le parquet. Leur taille était telle qu’une camarade de classe avait caché la trousse d’Andrée dans l’un d’eux. Plusieurs délibérations du Conseil Municipal confirment cette vétusté. Le 15 Février 1952, il est donc décidé de construire une nouvelle école. C’est le projet de construction présenté par M. Dulieu Robert qui sera retenu. Le devis se monte à la somme de
9 790 821 francs. Le Conseil sollicite une subvention de l’Etat aussi élevée que possible.
Deux précisions :
La salle des Fêtes en question était sans doute située au rez-de-chaussée de la mairie actuelle dont les bureaux étaient installés à l'étage.
L'usine Ballot installée entre la rue de la Motte et la rue de la Naux avait cessé son activité avant 1930. Les bâtiments restèrent à l'abandon jusqu'en 1948. A cette date, la famille Thévenin remit l'usine en marche. M. Henry Thévenin se souvient que de lourds travaux furent nécessaires car les bâtiments abandonnés pendant une vingtaine d'années avaient beaucoup souffert. Les bureaux de l'usine actuelle ont été réaménagés au même endroit qu'autrefois.
Le lot « maçonnerie » échut à une entreprise de Villers-Semeuse. Parmi l’effectif se trouvaient plusieurs Thilaysiens : Emile D’Agaro, Georges Bockoltz et Léon Guillet. Pierre Pilard, licencié d’une usine de Naux pour raison économique, vint compléter ce groupe. Il se souvient qu’au moment de couler la dalle de l’étage, le chef d’équipe s’aperçut que l’escalier avait été oublié. A la fin des travaux de gros œuvre, la coutume voulait qu’un bouquet soit fixé en haut de la construction. Pierre fut chargé d’escalader un tronc de sapin fixé contre le pignon et le souvenir de cette opération périlleuse reste ancré dans sa mémoire.
L’inauguration eut lieu en 1954 en présence des élus, des enseignants, des entrepreneurs et de M. Bozzi, député-maire de Charleville.
Mme Marcelle Brouet fut la première institutrice à enseigner dans cette classe et à résider avec sa famille dans le logement de fonction situé à l’étage. L’école des filles et celle des garçons possédaient chacune une cour de récréation. Une porte existait dans le mur de séparation mais elle restait toujours fermée. A cette époque, M. Rossignon dirigeait l’école des garçons. Mme Georgette Letellier avait en charge l’enseignement des enfants de 3 à 7 ans, CP inclus. Administrativement, elle dépendait de l’école des garçons. Après avoir eu deux directeurs, l’école de Thilay passera sous l’autorité d’un seul.
Progressivement, les écoles des hameaux ont fermé leurs portes. Les vieux-Moulins (les élèves furent alors dirigés vers Monthermé ), Naux et Navaux en 1970 et enfin Nohan en 1989. Cette dernière fermeture a engendré l’ouverture d’une classe supplémentaire au groupe scolaire de Thilay.
Yvonne a fréquenté l'école de Navaux avec comme institutrice Mme Roger qui arrivait au train en gare de Thilay et se rendait à l'école de Navaux à pied chaque jour. Elle a obtenu une dérogation pour s'occuper de ses frères et sœurs et n'allait donc à l'école que le soir à l'étude. Elle venait plusieurs fois à Thilay pour préparer le Certificat qu'elle a obtenu en 1932.
Elève à l'école de Thilay avec Mme Potet en maternelle et M. Potet en primaire qui habitaient le logement de fonction devenu la bibliothèque à l'heure actuelle, Robert a passé le Premier Certificat en 1933 à Monthermé, le Deuxième Certificat étant programmé à 13 ans. N'étant pas attiré par le travail de la ferme familiale rue du Moulin, il a été embauché par la suite chez Rondeaux (dans les Paquis)
Plan réalisé par M. Bonnefoy.
" Quels enseignants ont exercé à Thilay pendant que j’étais élève ? Sous réserve des défaillances de mémoire toujours possibles, j’y vois :
Mr et Mme Potet jusqu ‘en 1933 ou 1934
Mr et Mme Abraham jusqu’en 1942
Mr et Mme Laval de 1942 à 1947
Je crois que Mr Petit a dû succéder à Mr Laval puis plus tard, mon camarade d’Ecole Normale Michel Roynette de 1961 à 1972. Il a quitté Thilay pour Neufmanil. J’ajoute, avec émotion, qu’il est disparu en 1998.
De Mme Potet, je ne garde aucun souvenir : je n’avais que 3 ou 4 ans. Mme Abraham qui enseignait en C.E. m’a laissé en mémoire les fins d’après-midi très agréables consacrés à la lecture qu’elle faisait à haute voix de « Sans Famille » d’Hector Malot. Nous étions captivés par les aventures de Rémy, du Signor Vitalis et la bonté de Mère Barberin. Puis, ce fut ensuite le CM avec Mr Abraham qui, le 11 mai 1940, nous a réunis au fond de la classe devant une carte de France pour nous faire mesurer la situation : « Les Allemands ont attaqué en Belgique. Nous sommes à l’est de la Meuse. Sans doute, allons-nous évacuer ». Après un séjour d’un an à Barbâtre sur l’île de Noirmoutier, où nous ont fait classe Mmes Tissot et Richard nées Mézières (de Thilay), filles de Léon le cordonnier, nous avons retrouvé Mr Abraham. Ensuite, sont arrivés Mr et Mme Laval. Avec Mr Laval, très apprécié, nous avons découvert les sorties pédagogiques : ainsi, avons-nous été amenés à dessiner le panorama Thilaysien vu d’au-dessus de Wachelot. Et, un autre jour, il nous a emmenés, bien en rangs jusqu’à l’atelier de Mr Thomé – le père d’Eva. Que de bons souvenirs ! (selon l'auteur de cet article, M. Thomé était menuisier et son atelier se trouvait pratiquement sur la place, juste à côté du café Noizet)
A l’école de Thilay de cette époque, les tables étaient à deux places. Chacun pouvait ranger ses livres, ses cahiers et son ardoise en soulevant le pupitre placé sur le casier. Le pupitre était incliné : le porte-plume et le crayon trouvaient leur place dans la rainure située vers l’avant avec, tout contre, le trou pour l’encrier. Le bureau du maître trônait sur l’estrade : nous étions bien en vue, sous surveillance constante. Et, si ma mémoire est bonne, une photo de Pasteur était le seul décor accroché au mur, à côté des tableaux noirs. Dans le fond de la salle, les cartes de géographie pendaient au mur. Et, pour finir l’inventaire, je n’oublierai pas le gros poêle à bois que le maître alimentait de temps à autre. Les hivers étaient sévères en ces temps-là et le matin, malgré les bons soins de l’instituteur, il y faisait parfois un peu frisquet.
En ces temps anciens – plus de 60 ans ! – les élèves étaient de service à tour de rôle. La mission consistait à effacer les tableaux, essuyer les poussières, remettre de l’encre dans les encriers en cas de besoin. Et, l’hiver, c’était la corvée de bois. Nous disposions sur les avant-bras les bûches d’une quarantaine de cm qui avaient été sciées – à la scie à main, bien sûr – par le « Batisse » qui s’appelait en réalité Jean-Baptiste Cunin, garde-champêtre de son état. Il y avait aussi les cabinets (on dirait aujourd’hui les W C) au fond du jardin qui mettaient nos odorats en alerte de loin. Mais c’était l’habitude !
Il me souvient aussi d’un exercice d’alerte auquel nous avons participé avant mai 1940. Sous la conduite de Mr Abraham, nous avons été amenés à nous installer dans les caves voûtées appartenant à la famille Gilles, sous la colline, près du Monument aux morts. Mais heureusement, il n’y eut jamais d’alerte aérienne amenant à mettre en pratique cet exercice.
Encore un peu, j’allais oublier un moment très important de la vie scolaire : les récréations. Ce quart d’heure nous permettait de nous livrer à des jeux très prisés à l’époque, le jeu de billes et le jeu de barres. Aux beaux jours, avec les billes, nous jouions au « trou » : il fallait faire pénétrer la bille au bon endroit. La bille, coincée entre le pouce et l’index devait être propulsée par un coup sec déclenché par le pouce. Tout un art ! Le jeu de barres était moins calme : c’était une épreuve de vitesse qui impliquait une certaine loyauté. Les deux équipes rivales s’alignaient le long des deux murs opposés et « avait barre » celui qui avait quitté son camp après l’autre. De vigoureux échanges verbaux – toujours en patois – accompagnaient très souvent cet exercice : J’ai barre sur toi – Mais non, c’est moi. Des regards noirs tentaient d’être persuasifs…..
Je viens de préciser « en patois ». A cette époque, le français n’était pratiqué que dans la salle de classe. A la récréation, dans la rue, les jeudis (c’était alors repos) comme les dimanches, nous ne nous exprimions qu’en patois.
Pour continuer, je me dois de rapporter quelques anecdotes me restant en mémoire :
L’élève peu motivé mais précautionneux :
Au cours élémentaire, avant de quitter la classe, en fin d’après-midi, G. M. dit à la maîtresse
- Madame, je ne pourrai pas venir demain
- Et pourquoi G. ?
- Parce que je serai malade !
La manière forte :
A P. ayant été mis en retenue, sa maman avait été alertée. Arrivée fort décidée et dans un silence impressionnant, elle a giflé énergiquement – en aller et retour – son gamin qui est resté de marbre. Nous étions très impressionnés.
L’historien en herbe :
Le 11 mai 1940, devant la carte de France, Mr Abraham tente de nous rassurer : l’armée française va s’opposer énergiquement à l’envahisseur. Au fait, savez-vous qui est le commandant en chef de l’armée ? Pas de réponse. Alors, le maître « C’est le général Ga …..Ga…… » Et R. B., avec conviction « C’est le général Gallieni ». Mais, mon pauvre, le général Gallieni est mort depuis longtemps. Il s’agit du Général Gamelin !
Et pour finir mon propos, j’espère que ces quelques lignes rappelleront aux plus anciens des souvenirs communs. Et les plus jeunes auront peut-être aussi confirmation de ce qui a pu leur être raconté par ailleurs."
Elève en 1943 dans la classe de M. Laval, un élève n’était pas tous les jours docile. Lorsqu’il était puni par le "maître d’école", il devait tourner en rond sous le vaste préau avec les autres élèves en pénitence. Il garde en mémoire les paroles d’une chanson composée à l’insu de M. Laval et qui établissait un lien avec l’homonyme de ces années de guerre.
Un jour, ce même élève avait lancé des cailloux sur l'école depuis la côte de la Haillette. Identifié par le maître, le garçon avait eu droit à une sévère correction par son père, agrémentée de coups de ceinturon bien appuyés. Il avait alors pris la fuite et passé la nuit dans une grange à foin. Le lendemain matin, un camarade de classe lui avait apporté de quoi se restaurer. L'ancien élève se remémore : "Un bol de café bien chaud, un solide casse-croûte et c'était reparti comme en quatorze ! ".
"J'ai commencé ma scolarité avec Mme Potet en maternelle à Thilay puis de 1940 à 1941, en Vendée, mon instituteur était M. Abraham, ensuite à l'école des Vendéens, Mlle Jalabert, très autoritaire me laisse les souvenirs des coups de règle sur les doigts reçus à cause de mon écriture : en effet dans les Ardennes, il fallait écrire en écriture penchée mais pas en Vendée !
A Thilay, aussitôt la guerre, les conditions de travail étaient très difficiles, car le matériel scolaire était rare et très cher. Sur les cahiers de la librairie Bouche, je me souviens que pour préparer le certificat, les nombreuses dictées d'entraînement lors de l'étude du soir nous obligeaient à écrire dans la marge, sur la couverture… aucune place n'était perdue. L'institutrice Mme Bonnefoy nous avait dit : "Plus de cahiers avant le Certificat !" Nous écrivions sur des enveloppes usagées et même, nous fabriquions des enveloppes avec de la colle réalisée à base de farine. J'ai d'ailleurs conservé et ces cahiers et…ce souci d'économie.
Une distribution de gâteaux (sorte de petits beurres rectangulaires) avait lieu à l'école autour du poêle à bois mais celle-ci n'était pas gratuite.
J'ai passé le Certificat en juin 1945 avec Geneviève Laurent, Francine Camus, Micheline Bockoltz, Simone Buffet, Monique Bouché, Josette Brasseur et Félicie Ancelet à Monthermé, à l'école de la Rive Gauche. Je connais encore par cœur la poésie "Le printemps" qu'il fallait savoir pour l'examen. Un beau diplôme était remis aux heureux lauréats."
"J'ai dû fréquenter la maternelle de 1941 lors de mon retour de Vendée à juillet 1945 avec Mme Laval. Je me souviens que nous partions en file, alternant un grand garçon de la classe de M. Laval et un petit de la classe de Mme Laval en chantant "une fleur au chapeau, à la bouche une chanson". Sans doute allions-nous en promenade vers la gare, la Maladrerie… Il paraît, d'après Denis Jadot et René Davreux, que nous avions adopté également cette technique pour aller nous mettre à l'abri derrière les maisons de la rue du Moulin pendant les alertes.
J'ai également souvenir d'avoir participé à un voyage à Anvers. Geneviève Jadot y est allée également, ce qui placerait cette sortie en 1945. Je sais que mon père y est allé comme parent accompagnateur. Il me semble aussi être allée à la mer mais je ne sais plus ni où, ni quand.
A la "grande école" avec Mme Bonnefoy, à la sortie de la guerre, nous faisions nos brouillons au crayon pour effacer ensuite et réutiliser la feuille, les résumés d'histoire et de géographie étaient écrits tous les trois interlignes toujours dans le même souci d'économie, malheureusement, je n'ai pas gardé d'exemplaires ; seul le cahier journal avait droit à un traitement normal. Bien sûr, l'ardoise était l'outil privilégié.
Le dernier quart d'heure de la journée, après 1945, était consacré à la lecture à haute voix d'un passage du "tour de France par deux enfants" où nos apprenions -sans images- la géographie de nos régions à travers le récit du voyage de deux petits orphelins venus clandestinement en France après le rattachement de l'Alsace à l'Allemagne. Ces récits étaient d'ailleurs conformes au sentiment anti-allemand de l'époque.
Des chansons me reviennent à l'esprit : "Les Alpes", "Les Pyrénées"…J'ai d'ailleurs conservé soigneusement mes cahiers de chants.
En 1944 je crois, après une action de résistants dans le secteur, le maire, M. Demotier, le curé Aubenton et le Directeur de l'école, M. Laval, avaient été emmenés en otages à l'école de Naux."
Un jour, Luciane avait décidé de faire l'étude buissonnière en compagnie de deux camarades : Brigitte Parizel et Jacqueline Rousseaux. Cette absence serait peut-être passée inaperçue mais une autre élève de la classe, inquiète de ne pas avoir vu Luciane à l'étude, était allée demander des nouvelles chez la maman. Mme Badré ne plaisantait pas avec ces choses-là et elle avait puni sa fille. A cette époque, chaque écolière mettait un point d'honneur à se mettre au premier rang pour entrer en classe. Quelques jours après l'incident, alors que Luciane s'était empressée de se ranger en tête, Mme Bonnefoy la renvoya au dernier rang en guise de punition. "Quand on se permet de faire l'étude buissonnière, on ne se met pas au premier rang !"
Luciane fut profondément contrariée par cette décision, d'autant plus que les "grandes" ne manquèrent pas l'occasion de "chambrer" la jeune écolière.
Elle aussi élève à l'école des filles à la même époque, Lucienne conserve le souvenir du mur qui entourait l'école et du grand arbre qui dominait le tout. Cet arbre était un noyer et au moment d'entrer dans la cour, chacune s'empressait d'inspecter le sol à la recherche d'une noix car les friandises et les fruits étaient rares à l'époque.
Lorsque le logement de fonction devint inoccupé, l'une des pièces voisines de la salle de classe servit à "accueillir" les retardataires. Par crainte de passer un désagréable moment dans l'obscurité, Lucienne s'efforçait d'être toujours à l'heure à l'école.
Elève à l'école de Nohan, Monique se souvient que Mlle Martin y enseigna à partir de 1942, de M. Badré, instituteur de la "grande classe" et de Mme Dominé, partie ensuite dans le sud des Ardennes. Monique n'a pas passé le Certificat à Monthermé mais à Charleville car elle était en pension à cette époque. En épreuve de chant, les candidats devaient la plupart du temps interpréter la Marseillaise ou le Champ du Départ, patriotisme oblige… Monique elle, dérogea à l'habitude et eut droit à la Chanson de Roland de Roncevaux. Elle se souvient encore par cœur des paroles.
"Je suis entrée à l’école de Thilay dès l’âge de 3 ans La maîtresse, Mme Letellier, avait en charge les enfants de 3 à 7 ans (4 sections) : les petits (3 ans) installés sur des tables ovales, les petits-moyens (4 ans), les moyens (5 ans) sur des tables individuelles avec chaises et les grands (CP) sur des tables en bois à deux places. Le poêle à bois avec son long tuyau trônait presque au centre de la classe et pouvait ainsi départager chaque cours. Pas trop de place pour circuler entre les tables ! Il faut dire que le nombre d’élèves dépassait parfois la cinquantaine dans ce petit local. Autorité oblige !
Habitant à l’autre bout du village, par tous les temps, bien abritée sous un capuchon par temps de pluie, je traversais le village, accompagnée de mes deux frères à peine plus âgés que moi.
Je me souviens parfaitement des tâches qui nous attendaient chaque matin en entrant. Tout était prêt avant notre arrivée : la boîte de pastilles Pulmoll avec ses petites perles et un collier commencé qu’il fallait continuer, les tissages en carton puis en plastique, les laçages rangés dans une boîte en bois et surtout ce dont tout le petit monde raffolait : la charpie (petit morceau de toile très fine dont il fallait enlever les fils un par un). Gare à celui qui voulait aller trop vite ! Un bel exercice de dextérité fine et quelle occupation silencieuse ! Les jeux en bois de difficultés différentes selon les sections sont encore utilisés parfois par les enfants de la classe maternelle et je pense que j’ai dû les faire et les refaire de nombreuses fois pour en avoir gardé un tel souvenir. Des images collées sur une plaque en bois ou en carton à laquelle était accrochée une pochette en tissu fermée par un bouton (qu’il ne fallait pas oublier de refermer une fois le travail terminé sinon …) contenant les mêmes images, le tout confectionné par la maîtresse, était également un matériel peu onéreux et efficace.
Mais ne l’oublions pas : lire, écrire et compter occupaient les trois quarts de notre temps ou peut-être même les sept huitièmes. La méthode de lecture utilisée au CP était la méthode Jolly « En riant - La lecture sans larmes » (…pas pour tout le monde !). Edité en 1931, cet ouvrage était encore utilisé en 1954. L’élève pouvait apprendre que la mumu (la vache) a donné du lolo, que toto a bobo et que lili a un dada. Quant au premier livre de lecture courante : "Line et Pierrot", je crois que je pourrais encore le raconter. Il faut dire qu’à cette époque, les livres étaient rares à la maison et je devais le connaître par cœur tellement je l'avais lu et relu.
Pour écrire, un cahier coupé en deux et recousu par la maîtresse comportait des dessins (tampons) ou des modèles d’écriture. Et au CP, le porte-plume et la plume posaient bien des difficultés aux plus maladroits. C'était la mode à l'écriture penchée avec pleins et déliés. Les modèles d'écriture étaient également préparés au dos d'enveloppes de récupération. Pas de gaspillage !
Le matériel utilisé en mathématiques (pardon, en calcul) était tout simplement constitué de bûchettes en bois. Ces bûchettes provenaient des feuilles des marronniers plantés devant l’école.
N’oublions pas les leçons de morale qui avaient lieu chaque matin (lecture d’image), les récitations (qui ne se souvient pas de « Simone, allons au verger », du « héron au long bec » ou de « la biche brame au clair de lune… » ? Quelquefois, nous avions le droit d’écouter un disque ; la maîtresse utilisait alors un phonographe semblable à ceux que l'on trouve encore chez les antiquaires.
Mes souvenirs de la classe élémentaire de l’école des filles sont beaucoup plus flous. Je me souviens que dans la cour de récréation, nous jouions souvent aux osselets sur le seuil des portes, à la balle en mousse sur le mur des toilettes, à la corde à sauter (c’étaient toujours les mêmes qui tournaient cette longue corde !), au chat perché, au babet ou à la marelle, des jeux bien calmes donc. Pendant l’interclasse de midi, Mme Brouet qui n’habitait pas sur place, laissait les portes ouvertes, et nous en profitions, non pas pour dégrader mais pour écrire au tableau ou jouer à la maîtresse. Depuis la cour, une élève pouvait surveiller la rue de la Motte car l’usine Pair n’existait pas à cette époque. A l'annonce de l'arrivée de la maîtresse, la petite équipe quittait les lieux.
Les élèves qui préparaient le certificat d’études recevaient des cours de puériculture avec exercices pratiques (laver, langer un bébé). Il était bien difficile pour le reste de la classe de se concentrer sur un problème ou un exercice d’orthographe du célèbre " Bled ".
Parfois, les veilles de vacances, après avoir nettoyé à l’eau de Javel les taches d’encre autour de l’encrier, puis ciré et frotté les tables, nous assistions à la projection de petits films (petites boîtes rondes rouges ou grenat) dans la salle de classe. Il arrivait aussi, en fin d'année, que toute la classe parte pour une journée complète en promenade, au Roc la Tour ou aux Baraques."
Dix années après avoir quitté l'Ecole des Filles, j'ai été nommée adjointe à l'Ecole Mixte de Thilay. Je peux vous assurer qu'au fil des ans (j'y suis restée 36 années scolaires), tout a bien évolué, aussi bien au niveau du confort, du cadre de vie, du matériel, des relations avec les élèves, les enseignants et les parents.
Le Certificat d’Etudes Primaires :
Jusqu’à la seconde guerre mondiale, dans les classes à plusieurs cours, les plus âgés préparent le « Certificat », car il est l’unique sanction de leur savoir. Il atteste l’acquisition des connaissances de base en écriture, calcul, histoire, géographie et sciences.
C’est Victor Duruy qui l’a mis en place en 1866. Puis Jules Ferry l’organise et le rend obligatoire en 1882. Il couronne un cursus de 7 ans. Mais seuls les élèves qui ont une grande chance de l’obtenir sont pésentés par l’instituteur, car celui-ci est apprécié par son inspecteur sur ses résultats ! C’est ainsi qu’en 1880, seulement 10% des élèves sortent de l’école avec ce diplôme, et ils en sont très fiers ! En 1928, ils sont 23 %.
Quand, en 1936, Jean Zay prolonge la scolarité obligatoire jusqu'à quatorze ans, le "certif" ne s'adresse plus qu'aux élèves qui ne sont pas entrés au Cours Complémentaire ou au Lycée. En 1959, Jean Berthoin prolonge la scolarité obligatoire jusqu'à seize ans. La mise en place des "collèges d'enseignement secondaire" en 1963 engendre la disparition des classes de fin d'études. A cette époque, 80% des adultes n'ont aucun diplôme ou le seul certificat d'études. En 1965, 54% des élèves l'obtiennent alors que les élèves qui sont au collège ou au lycée ne sont plus obligés de le passer mais le "certif" reste une référence.
Quand le ministre Haby crée le "collège unique" en 1975, il ne s'adresse plus qu'aux adultes car il est encore exigé pour certains concours administratifs. Cet examen est définitivement supprimé en 1987 par le Conseil de l'Enseignement Général et Technologique.
Quelques exercices proposés au Certificat d'Etudes :
Quelques témoignages :
Claudine était élève à Thilay mais comme beaucoup d'autres, elle fut contrainte d'évacuer avec sa famille en 1940. Elle se retrouva donc à l'école de La Guérinière et passa le Certificat au centre d'examen de Noirmoutier-ville en compagnie de Maurice Pigeot. Il en fut de même pour Roger Buffet. Claudine se souvient en particulier que les murs des classes étaient badigeonnés d'un blanc uniforme.
Elève à l'école primaire de Naux, Roger se souvient que l'institutrice Mlle Biaux l'avait envoyé "en mission" à Monthermé. Il devait y aller chercher des caisses de gâteaux caséinés pour permettre la distribution aux élèves de la classe. Evacué en Vendée à la Guérinière, il fut scolarisé à "l'école des réfugiés". Là-bas, M. Abraham, auparavant instituteur à Thilay, faisait classe dans un local construit près de la Poste pour les jeunes Ardennais.
Originaire de Monthermé, son épouse née en 1931 a passé le certificat à Monthermé rive gauche le …13 juin 1944. Elle se souvient du profond malaise qui régnait ce jour-là dans le groupe scolaire et la cité baraquine. Des rumeurs prétendaient que les Allemands avaient encerclé le maquis des Manises. Ces bruits étaient hélas exacts. Tandis que des adolescents "planchaient" pour préparer leur avenir, 106 jeunes gens des environs étaient massacrés à la fleur de l'âge.
L'avant-veille du Certificat, Mme Marcelle Brouet fit faire une ultime dictée. "Relis bien car il reste une faute !" Bien que bonne élève, Raymonde ne parvenait pas à localiser l'erreur. Envoyée pendant la récréation auprès de sa "marraine" Mme Letellier, la jeune élève reçut quelques aller et retour de cahier sur les joues mais ne trouva toujours pas sa faute. En fait, le mot "seau" s'était transformé en "sieau", sans doute à cause du patois parlé à la maison. Toujours est-il que depuis ce jour, Raymonde, même s'il lui arrive encore de s'exprimer en patois de la vallée, appelle un seau un "seau".
Cette mésaventure n'empêcha pas Raymonde d'être classée 2ème du canton en dépit de sérieux problèmes de santé lors des années scolaires précédentes.
Luciane a passé le certificat à Monthermé. Comme la plupart des écoliers du canton, elle s'est rendue à l'école de la rue Pasteur à Monthermé. A cette époque, quitter son école de village pour le vaste groupe scolaire du chef-lieu de canton et côtoyer de nombreux candidats inconnus n'était pas une mince affaire ! Toute tremblante, la gorge nouée, la jeune fille de la Semoy se souvient encore de la panique qui l'avait envahie et avait embrumé son cerveau à tel point qu'une voisine des Hautes-Rivières dut lui épeler le mot "Thilay" que l'on devait inscrire en haut de la copie.
Le soir, la jeune fille regagna Thilay en car et non pas au petit train. Quelle joie de figurer sur la liste des "reçus" ! Luciane s'empressa de réclamer aussitôt la bicyclette promise en cas de succès. Hélas, le vélo tant convoité ne vint pas. En effet, le papa étant décédé en 1946, la mère était seule pour gagner le pain quotidien et les temps étaient très difficiles.
Merci à toutes les personnes qui ont permis la rédaction de cet article grâce à leurs témoignages, leurs photos ou leurs documents.