Résistance et Libération de Thilay

RESISTANCE ET LIBERATION DE THILAY

Cette rubrique est dédiée à tous les habitants des Hauts et des Deux-Vallées, sans oublier nos voisins et amis belges qui ont oeuvré dans l’ombre, à la mesure de leurs moyens et au péril de leur vie, pour que leurs enfants puissent vivre LIBRES.

4 septembre 2004 : Hommage à Marguerite FONTAINE.

Soixante années après la Libération des Ardennes, un vibrant hommage a été rendu à Marguerite Fontaine et à travers elle, à tous ceux qui ont résisté à l’occupant.

Pour célébrer le 60ème Anniversaire de la Libération, le Conseil Municipal de Thilay unanime avait décidé de donner à la place des Vieux-Moulins le nom de « place Marguerite Fontaine, résistante d’Ardenne » ; ceci est désormais chose faite.

LA FLAMANDE DE MARGUERITE :

« A vous, Marguerite et Georgette Fontaine, qui m’avez réchauffé le cœur quand il avait froid avant-hier, en l’an mille neuf cent quarante-quatre. Robert Roynette, un «  gamin » reconnaissant…

 

Flamande resistance marguerite fontaine thilay

 

LA FLAMANDE DE MARGUERITE

    " Depuis qu'elle est là, elle brille,
     Ta flamande, Marguerite
     Blanche, émaillée en fleurs parsemées,
     Sa fonte grise astiquée à reluire,
     Elle chauffe bon
     Qu'elle est belle ta flamande Marguerite
     Quand autour, tu reçois tous les "prismes"
     Mouillés, trempés de brume des "Manises"
     Elle chauffe bon
     Elle chauffe bon, ta flamande, comme hier,
     En a-t-elle vu
     En a-t-elle entendu
     En a-t-elle réchauffé des coeurs endeuillés
     En a-t-elle conforté des "gamins" entoilés
     En a-t-elle sêché d'autres "gamins" mouillés
     En a-t-elle rassasié des ventres creux, affamés
     Ta flamande Marguerite...
 
     Enfermée dans son schiste et ses volets verts
     Sur les hauts, la flamande, elle chauffe bon
     Et brûle tout son charme, elle sent bon
     Ta flamande blanche,
     En haut des Vieux-Moulins, ça souffle, ça vente
     Elle chauffe ta flamande, c'est bien bon
 
     Ceux qui l'entourent aujourd'hui se souviennent
     Ils sont là près de ta flamande, Marguerite
     Qui étaient Jacques, Georges, breton et grand-breton
     Qui étaient venus les doigts gourds des suspentes
     Auprès du ventre chaud et rond de ta flamande
     Marguerite
     Et Marguerite"ben'aise"
     Rechargeant la panse de la flamande, pour Pierre,
     Bouboule, Sam, Kangourous, Feuilles d'érables, Gamins
      Une flamande chauffe "bin"
 
     Ici, près de la flamande, tout près "des francs-bois",
      De pins sylvestres, douglas ou sitka, loin des foules
      En haut sur le plateau, en "astrlogie" ou en "bohémien",
      Flamande ! ... prends bien soin de Marguerite et Georgette
     Comme avant, Comme hier, comme demain.
     Emaillée, astiquée, parsemée de fleurettes,
      Blanche et belle flamande de fonte grise qui reluit bien...
 
     Belle flamande !... Chauffe fort, chauffe bon...!
     Chauffe bien!...pour leur bien!...
     Aussi quand l'heure aura sonné pour "Germain"
     Avec la cendre de la flamande mélangée
     Que de vieux"gamins" endimanchés viennent,
     Semer les poussières de "Germain", là-haut,
     Des"francs-bois", pour nourrir le sous-bois
     Protecteur, bienfaisant et fougères en osmose.
     Poussières dispersées, accueillies et reçues
     Dans le grand maquis unitaire,
     Sous les arbres des souvenirs salutaires
     Pour "Germain" cela sera bien..."

                   RRY/ALIAS « Germain »
         Boran-sur-Oise le 06.08.1987 

Ce poème poignant a été lu par les élèves de Thilay en présence de l’auteur.

NB : "Germain" était le nom de code de M. Roynette, venu en pélerinage en 1987 au calvaire des Manises par une météo exécrable. Les anciens résistants s’étaient réunis chez Marguerite autour de sa « Flamande ».

Pourquoi « Germain » ? Parce que Sœur Germaine, chef de service à l’hôpital de Charleville et tante de M. Roynette, cachait évadés, aviateurs et résistants dans son service des contagieux où les allemands n’osaient pas s’aventurer.

Rappelons qu’en septembre 1994, lors du 50ème anniversaire de la Libération, une plaque en ardoise avait été dévoilée sur la maison de la famille Fontaine par M. Gérard Maizières, maire à l’époque, en présence du Préfet des Ardennes et de Jacques Sourdille, président du Conseil Général des Ardennes, ancien Résistant et ancien Déporté. Sur cette plaque on peut lire :

Plaque marguerite fontaine thilay ardennes 08 resistance

 

En même temps, une stèle à la mémoire de la mission interalliée « Citronelle » avait été érigée au carrefour de la route d’accès aux Vieux-Moulins.

Courrier de M. Maurice Brasseur, de Revin (16 août 2004).

Dans cette lettre, M. Brasseur, qui fut instituteur sur les Hauts, insiste sur le mérite de tous ceux qui oeuvraient dans l’ombre en poursuivant leur « bonhomme de chemin, comme si de rien n’était » , à l’image de Louis Fontaine mais de bien d’autres encore.

Dans ce livre «Bataille d’Alger, bataille de l’homme», le Général de Bollardière qui vient d’évoquer son face à face avec Rommel à El Alamein, enchaîne par le récit de sa mission dans les Ardennes.

M. Brasseur nous joint quelques extraits qui parlent mieux que tout commentaire :

« La résistance s’organisait avec acharnement. Elle était le symbole de la dignité de tout peuple dont les hommes acceptent de mourir pour la Liberté. Une fraternité liait ces hommes au-delà de leurs opinions politiques ou religieuses. Aragon a célébré ensemble, Péri le communiste, d’Estienne d’Orves le monarchiste, unis dans la mort . Un monde nouveau, soulevé par l’espoir, se relevait au-dessus des décombres . La hâte me brûlait de retrouver devant moi le vrai visage de la France.

Au début d’avril 1944, un soir de pleine lune, le cœur bondissant d’impatience et de joie, je tirai sur les suspentes de mon parachute pour sentir plus vite sous mes pieds ce contact charnel avec le sol de ma patrie vivante et retrouvée, que je voyais surgir lentement de l’ombre.

Nous avons pendant six mois, rôdé dans la forêt des Ardennes, en petite bande comme des bêtes sauvages que l’on traque et qui se tapissent au creux des fourrés pour bondir et mordre. La nuit, nous approchions furtivement des fermes isolées qui abritaient nos amis, ceux en qui nous avions confiance. Notre vie, la lutte que nous menions, dépendaient totalement de leur courage tranquille . A notre approche, et sur un signal convenu entre nous, ils jetaient rapidement devant leur seuil des boules de pain, du sucre, des pommes de terre qu’ils avaient rassemblés au péril de leur vie . Déjà, la porte se refermait . Nous étions à nouveau happés par la nuit…

Louis Fontaine était un paysan ardennais calme, solide, noble dans ses traits, authentique dans toutes ses attitudes . Il fut, avec tous les siens, un résistant de première heure. Dés le début de la guerre, avec l’abbé Grandjean, curé du petit village belge voisin de Willerzie, et qui devait mourir comme saint en déportation, ils avaient monté un réseau d’évasion pour les aviateurs alliés descendus au-dessus des Ardennes .

Huit jours après le massacre des Manises, des « containers » d’armes et d’équipements gisaient, mal recouverts de feuillage, sur le terrain de parachutage à 200 mètres de sa maison, nos forces dispersées n’avaient pu les cacher. Louis Fontaine avait été arrêté quelques jours plus tôt avec sa famille, sa maison fouillée ; les Allemands, par miracle, n’avaient rien décelé et les avaient relâchés. Je reçus, ce soir-là, à la nuit tombée, un message de Londres ; quelques instants plus tard,mon radio me l’apporta déchiffré. Il fallait d’urgence réceptionner une mission parachutiste pour la Belgique qui n'avait pas de terrain disponible. J'avais un seul terrain, homologué «Harmonium», celui qui jouxtait la ferme de Louis Fontaine .
Je passai la nuit sans pouvoir dormir. Le lendemain matin, le cœur serré , je sortis des fourrés qui bordaient son champ. Il était là, travaillant calmement. Brusquement, je lui annonçai, sans avoir le courage de le regarder :
« Louis…Londres me demande un parachutage pour les Belges ».
Il releva la tête et me fixa tranquillement. Puis d’une voix égale :"C’est pour quel jour qu’il faudra prévenir l’équipe ? "

 

Devant la maison Fontaine, deux aviateurs américains venue de Rienne et allant aux Hautes-Rivières. De gauche à droite : Louis Fontaine, Lawson, Marguerite Fontaine et St Jones.

LE MAQUIS DE THILAY

En 2003, deux figures emblématiques de la Résistance locale nous ont quittés. Il s’agit de MM. Georges Thévenin et Jean Henry.
Mme Jane Thévenin, épouse de Georges, nous a confié un article dans lequel elle relate les heures d’angoisse vécues par son mari, ses proches et ses compagnons de lutte. En voici le texte :

« On peut dire que Georges Thévenin, natif de Thilay, a fait  partie des résistants de la première heure, de ceux qui n’ont pas attendu de voir de quel côté serait le vainqueur. Il n’ignorait pas les risques énormes encourus par lui et sa famille menacée de ruine, de torture et de déportation en cas de dénonciation.
En 1943, convoqué à Charleville par les  Allemands pour le STO, Georges, sommé de partir pour Stettin, simule un départ aux yeux de l’occupant. Il touche la prime de départ allouée aux ouvriers envoyés en  Allemagne. Aussitôt, il revient à Thilay à vélo, sa jeune sœur le lui ayant amené jusqu’à Charleville.
Suite à son absence au pointage, la gendarmerie est informée. Ceux de Monthermé viennent tambouriner à la  porte de la famille Thévenin, très tôt le matin, et vont jusqu’à passer la main  dans le lit de Georges pour voir si les draps sont encore tièdes et le lit froissé . Heureusement, Mlle Roynette surprit une communication téléphonique et n'a pas hésité à risquer beaucoup avec son  adjointe Mlle Débarre pour renseigner Georges des menaces qui pesaient sur lui .

Le maire de l’époque était chargé par les Allemands de signaler la présence de Georges à Thilay. Un jour, il fit le guet sur un banc en fumant sa pipe. Mais Georges était prévenu par la postière qui lui sauva ainsi la vie.

Le 8 juillet 1943, Georges part seul dans les bois près de la source du Charnois et construit une cabane de branchages avec l’aide de son père et de ses cousins. La première nuit, il est transi de froid malgré la date du 8 juillet et se demande s’il va tenir le coup tellement il grelotte. Il ne tombe pas malade mais sa famille lui apporte des couvertures supplémentaires et du ravitaillement .

Durant deux mois, il s’est caché seul dans les bois pour échapper aux poursuites de la Gestapo . Sa sœur Suzanne et son cousin André lui ont apporté du ravitaillement en faisant semblant de s’occuper des chèvres de la tante Clémence ou d’aller couper de l’herbe pour les lapins.

Un jour, une patrouille allemande s’est approchée de la cachette de Georges qui s’est dissimulé dans les fougères. Il les a entendu parler à environ une centaine de mètres, lui qui connaissait la langue allemande. Par miracle, ils n’ont pas approfondi l’inspection (heureusement sans chien) et sont repartis assez rapidement  à l’immense soulagement du maquisard. Pour assurer sa sécurité, celui-ci dormait avec un pistolet sous son oreiller, toujours sur le qui-vive .

Au début du mois de septembre 1943, le père de Georges avisa M.Gilbert Meunier que Georges allait partir pour le maquis de Launois (signalons au passage que son fondateur, René Delvaux, habite toujours avec son épouse au hameau du Petit Ban à Ecordal). Un soir, après le travail, Gilbert ramena sur sa bicyclette, de Thilay à Haulmé, la valise de Georges. Le lendemain à l’aube, Georges vint le rejoindre à Haulmé et ils partirent à pied par la côte jusqu’à la gare de Levrézy où Gilbert l’aida à transporter ses bagages .

Le 15 décembre 1943, le maquis de Launois est capturé. Tous les amis vont être fusillés. M. Jules Bourgeois (Judex) et Georges font partie des quelques anciens ayant échappé à la capture du maquis : Jules, par suite d’une mission technique qui l’avait éloigné ce jour-là et Georges en raison de son affectation, le 1er octobre 1943, à la zone Nord des Ardennes pour le recrutement et l’organisation des groupes d’action immédiate .

M. Fernand Potet, ancien  instituteur de Thilay, grand-père de Jean-Claude Avril, fut à la base de la création du groupe de Thilay. Il désigna à Georges des hommes dont il était sûr : MM. Hubert de Tournavaux, Sauvat des Hautes-Rivières, Maquenne et Garand de Monthermé. Créé en vue de l’action, le groupe de Thilay au sein duquel figurent MM. Henri Laurent, Jean Aubry, François Zucchi et André Cazareth, va se trouver immédiatement dans l’action. Le 29 décembre 1943, le groupe de Thilay commence les déraillements, sabotages et la récupération des cartes d’alimentation à haute cadence. Jules Bourgeois, activement recherché par la Gestapo, est hébergé provisoirement par Césarine Zucchi qui sert d’agent de liaison entre lui, Georges et d’autres résistants. Judex était l’instructeur désigné par les chefs pour la formation des groupes aux méthodes rationnelles d’exécution des coups de main, sabotages et en particulier des déraillements. Les réunions secrètes des résistants se tenaient à Narbruay dans la maison de la famille Zucchi, loin des regards indiscrets et tout près de la forêt.

Dès le 7 janvier 1944, Judex se joint à  Georges pour le commandement du groupe. D’autres volontaires, peu nombreux, vont un peu plus tard rejoindre le groupe : MM. Roland Tissière, Pierre Laurent, Pierre Hénon, René Carré de Tournavaux et Arthur Sauvage. Au début, obligés de se cacher le jour et ne pouvant sortir que la nuit, les difficultés étaient énormes. Il fallait vraiment être jeune, en bonne santé et courageux pour parcourir  les sentiers forestiers dans les collines embroussaillées et marcher longtemps tout en se sentant traqué.

En plus de la préparation aux déraillements, des sabotages de voies ferrées (16 en tout) et autres interventions telles que l’hébergement de parachutistes alliés, Georges avait aussi pour mission le ravitaillement de ses hommes et ce n’était pas le moindre de ses soucis. La préparation minutieuse et l’anxiété l’empêchaient de dormir.

Rien dans son éducation sévère et stricte ne le préparait à organiser des hold-up dans les mairies pour la récupération de cartes alimentaires. Sa mère lui confectionna un loup dans un tablier de coton noir. Ce masque le rendait méconnaissable.

Le 24 avril 1944, Georges et Judex partent de Thilay à vélo pour la mairie de Blagny, près de Carignan. A la tombée de la nuit, ils pénètrent dans la mairie en cassant une vitre ; ils s’emparent des titres et reviennent immédiatement vers Thilay par Francheval, Givonne et Vrigne-aux-Bois (60km). A l’arrivée à Vrigne-aux-Bois, vers 4 heures, deux sentinelles allemandes armées de mitraillettes les obligent à s’arrêter en face d’un cantonnement allemand. Pendant qu’on leur demande leurs papiers, ils repartent brusquement à vélo et essuient à 
quelques mètres le feu des mitraillettes. Les balles crépitent ; par miracle, ils ne sont pas touchés et gagnent les bois. Jules a  pédalé avec une telle force que son pédalier s’est tordu ! Ils sont obligés tous les deux d’attendre le matin pour retrouver leur route.

Retour à Thilay à 9 heures.

Cette même semaine, Georges, prenant de plus en plus de risques, manque d’être tué à trois reprises. Il pense alors qu’il va probablement mourir bientôt comme beaucoup de ses camarades.

Le 11 mars 1944, un pilote anglais et deux aviateurs américains recueillis à Fumay sont ramenés à Thilay et hébergés chez Césarine Zucchi. Aucune filière d’évasion sûre n’ayant été trouvée, Georges décide de les conduire en Suisse comme ils le demandent avec l’aide de Roland Tissière de Navaux.

Départ le 18 mars, voyage en chemin de fer émaillé de péripéties par Paris, Belfort, trains de voyageurs et fourgons à marchandises de Belfort à Montbéliard puis en auto de Montbéliard à Beaucourt. Arrivée en Suisse le 21. Retour de l’escorte le 24 mars 1944.

Avant le départ : En haut, de gauche à droite : Elmer,C. Gilcreas de Sour Lake (Texas), Vincent Hom, pilote de Preston (England), Charles Jackson Higgins, metrailleur de Old Town (Maine, USA) ; En bas de gauche à droite : Roland Tissière de Navaux, Césarine Zucchi de Thilay et Judex.

Les trois aviateurs alliés ne parlaient pas un seul mot de français, ce qui posait bien des problèmes ! En route, une dame assise en face de l’américain lui demande de baisser la vitre car il faisait chaud dans le compartiment. Bien sûr, il ne comprenait pas. Alors, c’est Georges qui s’est levé pour descendre la vitre. Un quart d’heure plus tard, la même dame demande l’heure au même américain. Pas de réponse mais l’aviateur se lève précipitamment et ferme la fenêtre. Ce voyage a été émaillé d’innombrables péripéties. Par exemple, à une terrasse de café où s’étaient attablés Georges et Roland Tissière, les Allemands viennent vérifier les papiers des consommateurs. Les faux papiers passent pour de vrais. Ouf ! Suite à l’émotion intense, l’un a bu le verre de l’autre sans s’en rendre compte…

Cette évasion réussie nous a été confirmée le 30 août 1945 par le service américain suivant :

         6801MIS-X détachement
         Military Intelligence Service REAR
         United States forces,European Theater
         APO 887

C’est aussi en mars 1944 que Gaby Sanchez dont le groupe de Fumay a été efficace, quittera sa maison de Fumay avec Georges seulement quelques minutes avant l’arrivée de la Gestapo ! Quelle vie stressante !

Lorsque l’ordre d’action immédiate arriva en décembre 1943, le message de Londres étant «Croissez roseaux, bruissez feuillage», le groupe de Thilay doit se contenter des faibles moyens dont il dispose. Matériel de sabotage : clés anglaises, clés à tire-fonds, pas d’explosifs. Armement : quelques pistolets 6,35, vieux fusils de la guerre 14-18. Tout est inlassablement réparé, arrangé, graissé par l’armurier du groupe, Léon Davreux aidé de Charles Woirain. Léon prendra de gros risques en transportant des armes dans son propre camion. Cette pénurie d’armes et de matériel se maintiendra longtemps. Les premières armes ne parviendront qu’après le débarquement signalé par le message  de la BBC : " Les petits oignons de Simone ont grandi". Malgré cela, Georges ramènera tous ses hommes vivants grâce à la préparation extrêmement minutieuse de toutes les interventions périlleuses et en réfléchissant à toutes les éventualités.»

En 1986, Madame Marguerite Fontaine, notre amie des Vieux-Moulins, nous a dédicacé son  livre intitulé : "Marguerite Fontaine, résistante d’Ardennes". Dès qu’elle voyait Georges (appelé "Georges V") avec lequel elle a travaillé, tous ses souvenirs lui revenaient en mémoire. Elle les évoquait avec sa fille Georgette dans une vive exaltation qui lui empourprait les joues et la remplissait de joie. Voici le texte de la dédicace :
« A Georges et Jane,
 En témoignage de la joie que nous avons eue de nous rencontrer en 1943 et de travailler ensemble à la libération de notre chère Patrie.
Les Vieux-Moulins de Thilay, le 3 juin 1986»

Mme Jane Thévenin, mai 2004

PS : La Résistance figurait à la « une » de l’Ardennais du 14 juillet 1945 qui titrait :
Aujourd’hui,la Résistance est à l’honneur
Ardenne…tiens ferme !
Un centre nerveux de la Résistance  Ardennaise : Thilay.

LE MASSACRE DES MANISES

Le 6 juin 1944, les Alliés ont débarqué en Normandie et les forces allemandes ne sont pas au mieux. Dans la forêt des Manises, à 433 mètres d’altitude, les résistants ont une vue imprenable sur Revin occupé par les forces ennemies.

Il faut impérativement empêcher les soldats allemands basés dans les Ardennes de rejoindre le front normand et gonfler les effectifs du maquis placé sous les ordres du commandant Jacques de Bollardière, alias « prisme ».

Parmi les maquisards les plus jeunes figurent Joseph Pereira, 16 ans,Daniel Tarpin, 17 ans et René Degraeve, 20 ans. Enfants de Revin, ils ont répondu à l’appel de mobilisation général lancé par la Résistance. Hélas, aucun d’entre eux ne survivra .

Dans la nuit du 6 au 7 juin, un groupe de 10 hommes quitte Joigny pour la forêt des Manises. Là-bas, chacun reçoit aussitôt un « paquetage » comprenant entre autres une couverture,  et un gilet anglais en cuir. André Patureaux, alors âgé de 22 ans, fait partie de ce groupe structuré dont tous les membres échapperont au massacre.

En une semaine, l’effectif du maquis va passer de 20 à plus de 200 hommes !

Le 12 juin, il pleut, une pluie drue qui trempe les maquisards, obligés de tendre des toiles de parachutes pour se protéger des trombes d’eau . Pour se réchauffer, ils font du feu. Certains redescendent parfois à Revin par les sentiers détournés afin de retrouver leurs proches, et la discrétion est difficile à préserver.

Un avion à croix gammée a survolé les Hauts-Buttés ; il a repéré les toiles blanches et les colonnes de fumée du maquis. Si les Allemands se doutaient bien qu’un maquis s’était développé dans la forêt de Revin, ils en ont à présent la certitude.

Le 11 juin au soir, ils concentrent des forces sur Revin. Le lendemain, près de 3000 soldats épaulés par des blindés encerclent le maquis sous les ordres des officiers allemands Grabowski et Molinari. Dans la nuit, les maquisards les plus aguerris parviennent à s’enfuir en perçant l’encerclement.

Mais 106 d’entre eux sont faits prisonniers dont 73 jeunes de Revin. Ils sont rassemblés dans le jardin de la familles Deschamps aux Vieux-Moulins d’Hargnies.

Un membre de cette famille résume le supplice de ces maquisards dont les trois-quarts ont moins de 25 ans :

« Ils se ruèrent sur eux et les frappèrent à coups redoublés avec de gros bâtons et les crosses de fusil. Sous le choc, plusieurs crosses se brisèrent sur le corps de ces malheureux qui poussaient des hurlements de douleur. Puis arriva un officier allemand qui fit placer ses soldats sur deux haies et fit défiler les prisonniers devant eux. Chaque soldat allemand -il y en avait cinquante- était armé d’un gourdin, avec lequel il frappait sur les prisonniers au fur et à mesure qu’ils passaient devant lui. »

Dans la soirée, les 106 hommes sont exécutés par un commando du 36ème régiment de chars. Cinq par cinq, ils sont abattus, mitraillés de plusieurs balles dans le dos. Le massacre dure deux heures, cent vingt minutes interminables pendant lesquelles la forêt retentit de fusillades.

Les cadavres sont sommairement enterrés dans des fosses, au lieu dit « Le père des chênes ».

Le 21 juin, le Allemands aux abois exhument à la hâte les dépouilles mortelles et les transfèrent en camion dans un autre charnier, au « Ravin de l’Ours » au-dessus de Linchamps.

Dans son journal de guerre, Marguerite Fontaine a consigné jour après jour, heure après heure, toutes les péripéties de ce drame qui s’est déroulé à proximité immédiate des habitants des Hauts rongés par l’ angoisse.
         
Pour soigner les maquisards blessés , le Docteur L’Hoste de Monthermé affronta le danger à multiples reprises. Il accourait toujours, parfois à bicyclette, à pied même, de nuit comme de jour, quels que soient le péril et la fatigue ».   

LA TRTRIENTALE :

En 1944,Marcel Dorigny et Francis Piétot sont instituteurs à Revin. Le 21 juin, de la fenêtre de son école, Marcel voit les camions couverts de branchages monter le Malgré-tout. Bondés de SS, ils partent encercler le maquis des Manises où son grand ami et collègue Francis vient de s’enrôler. Francis y meurt en héros, à l’âge de 22 ans.

Pour la compréhension de ce poème, notons que Francis Piétot aimait aller herboriser avec son ami Marcel Dorigny dans les fagnes des Hauts-Buttés et dans les bois des Cerceaux pour y chercher la très rare trientale.
         
        «A mon cher camarade Francis Piétot
        Torturé au maquis des manises le 13 juin 1944.

         Francis, tu m’avais dit qu’un dimanche de juin
         Nous irions voir s’ouvrir la fleur aux sept pétales.
         La timide, fragile et rare trientale,
         De l’époque glaciaire archaïque témoin.

         Nous rêvions à ces temps où l’ardoise hercynienne,
         Se dégageant enfin après les longs hivers,
         Se couvrait d’herbe dure et de miryca vert,
         Premiers balbutiements de la forêt d’Ardennes :

         Le soleil réveillant les fringantes moraines,
         Les corolles nacrées au pied des bouleaux nains
         Constellant d’astres blancs en des tapis sans fin
         L’onduleuse toundra que piétinaient les rennes…

         Tu devrais me guider dans un vallon discret
         Où survit jusqu’à nous cette fleur d’un autre âge,
         Et je me préparais pour le pèlerinage,
         Le lent cheminement vers son gîte secret.

         Mais hélas ! ce ne fut qu’une belle promesse.
         Le ciel te réservait un tout autre destin :
         A l’appel du devoir tu partis un chemin,
         Le cœur gonflé d’espoir et l’âme sans faiblesse.

         Il fallait délivrer le pays ligoté…
         Comme un fanal lointain attirant les phalènes,
         Tu croyais voir briller par-delà les grands chênes,
         Phare sacré, l’étoile de la Liberté.

         Lorsque tu t’enfonças dans la forêt profonde,
         C’était pour retrouver tes compagnons, Francis,
         Hommes debout, ils furent avec toi cent six
         Qui ne devaient jamais rejoindre notre monde…

         Tu ne monteras plus la vallée du ruisseau,
         Mais au fond du tombeau, tes yeux que la nuit voile
         Gardent-ils la vision de la petite étoile
         Qui fleurit chaque été dans le Bois des Cerceaux ? »

Ce vibrant hommage rendu aux victimes de la barbarie nazie est paru dans l’Ardennais en juin 1984.
Depuis cette date, M. Henri De Luca, ami d’enfance de Francis qui résidait comme lui à Deville, conserve l’article dans son portefeuille et il nous a confié ce poème.

27 juin 1948 : Inauguration du monument  du Maquis des Manises en présence du Président de la République, Vincent Auriol et du Ministre des Anciens Combattants, françois Mitterrand.

Pour les rescapés des Manises, la lutte contre l’occupant va se poursuivre avec autant d’intensité et de conviction . Malgré le massacre, le maquis reprend vie dans les bois belges de Willerzie.

LA LIBERATION DE THILAY

Les résistants devront encore surmonter de cruelles épreuves, notamment lors de l’attaque du 2 août, mais rien n’entamera leur détermination.

« Sur la Semoy, les voici !
Début septembre 1944… Les Américains libèrent la Vallée de la Semoy. Le 4 septembre, à Thilay, Eva Thomé acclame les Libérateurs. Dans la nuit du 4 au 5 septembre, ne pouvant trouver le sommeil, elle s’empare de feuilles et d’une plume. Eva Thomé laisse éclater sa joie… sur le papier ! M. Jean Joseph a bien voulu nous donner ce document tout à fait exceptionnel.

Le 14 juillet 1944 : En haut de gauche à droite : Le Lieutenant Grenier, Albert Bruck, le Père Antoine (qui a remplacé l'Abbé Grandjean interné en 1942 puis déporté en 1943), le Commandant Prisme et Emile Bruck (père Albert). En bas : le Lieutenant Leyton (américain parachuté avec De Bollardière et Pierre, le radio du camp), le Capitaine Georges (Anglais parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin aux Vieux-Moulins avec deux Anglais et trois Français), un aviateur canadien rescapé et le Lieutenant Marc.

Lors de la prise d'armes, le maquisard Davreux (de Fumay) hisse le drapeau tricolore confectionné en secret avec les moyens de fortune.

Vu de la route de Charleville, c’est un tout petit village qui joue la ronde autour de son clocher.

Un ruban de Semoy l’éclaire ; ses toits d’ardoises et ses collines fleuries de bruyères chantent.

Mais si l’on s’approche de lui, par toutes les fenêtres ouvertes, on entend la voix de Londres qui annonce l’avance prodigieuse des armées alliées ; si l’on passe  par la grand-rue, on rencontre le soir des hommes de la « Résistance », mitraillette ou fusil au dos ; si l’on entre dans les maisons, on voit autour  des tables les femmes  coudre de pauvres tissus teints pour en faire  des drapeaux, elles découpent la croix de Lorraine et comptent, jusqu’à 48, les étoiles blanches… Tous ceux qui habitent le petit village - et qui n’ont pas tous fait le tour du département - vous diront, si vous les interrogez, quelles sont les villes  de Russie et d’Italie qui tombent aux mains des Alliés. Ils savent sur quels bourgs flottent à nouveau, en France, les trois couleurs et la croix bleue liserée d’or.

Le petit village a la fièvre : les gens qui viennent de Charleville racontent que les gens quittent la ville, que d’énormes convois refluent vers l’est en files pressées . Au lieu de se réjouir d’être niché dans le calme, le petit village soupire :

« Ici, on ne verra rien ! On ne « les » verra pas partir… on ne « les » verra pas arriver… »

 Le va-et-vient des hommes du maquis , lesquels sont à la veillée d’armes, le console un peu.
Il ne pourra se consoler tout à fait, car il va entrer dans la bagarre, le petit village où rien ne devait se passer !
L’ennemi fuit, en masse, à une vitesse éclair : les grand-routes ne sont ni assez grandes, ni assez nombreuses pour le contenir. Il déferle sur tous les chemins, où les hommes du Maquis, attendent… Au loin, maintenant, on entend tonner le canon qui ouvre les portes des villes. Et, tout près, de partout, le crépitement des mitraillettes et des mitrailleuses éclate, ponctué par la basse des mortiers, coupé par la voix brève et sèche des fusils. Le combat s’éparpille en couronne autour du petit village et chacun s’essaie à déterminer d’où viennent les bruits :

« On a attaqué un convoi sur les Hauts… on mitraille sur la route de Charleville.»
Soudain, des camions pourchassés par d’invisibles mitraillettes prennent le chemin du village, le traversent à train d’enfer et s’arrêtent sur la place. Instantanément, portes et fenêtre se sont fermées, la radio s’est tue. Mais ici, les drapeaux sont restés sur la table quand un officier entre après avoir secoué la porte : furieux, il menace. Là, où un homme a tourné le bouton du poste, l’aiguille est restée fidèlement sur Londres et il apprend quels sont les derniers ordres du Général de Gaulle : sa figure se contracte, mauvaise. Harassés d’avoir roulé longtemps, fatigués d’être harcelés par la mystérieuse armée de la forêt, les Allemands font halte pour une nuit au village. Ils n’y connaîtront pas le repos : à chaque lourd passage des forteresses volantes, ils tendent une oreille inquiète . Et, sans cesse, leurs yeux fouillent la route comme si allait surgir un de ceux qu’ils appellent « terroristes ». Ils ne quittent pas leurs armes. Le matin, ils n’ont pas sitôt repris la route que le crépitement les accompagne…

Le lendemain, ils n’auront plus même le temps de s’arrêter. Et le petit village, désert en  apparence comme un pays de Belle au Bois Dormant (mais il y a un œil derrière chaque fenêtre close !)regarde passer pêle-mêle, des heures durant, la Wehrmacht en déroute : des chenillettes des conduites intérieures, des camions, des charrettes anglaises, des bicyclettes, des voitures fourragères et des hommes à pied, aux genoux lourds, s’en vont…s’en vont…

Oui, il faut cacher sa joie de les voir partir ; car là où ils perçoivent une figure curieuse, ils jettent une grenade, déchargent un fusil-mitrailleur ; pourquoi la cruauté de la Wehrmacht ne durerait-elle pas jusqu’au bout ? L’armée en débandade traîne des vaches, des paquets, des valises ; pourquoi la Wehrmacht ne volerait-elle pas jusqu’au bout ?

Le défilé terminé, fenêtres et portes se rouvrent , la rue se peuple,les voix joyeuses vont leur train…quand un bruit de chaînes déchire le lointain bleu. Des chenillettes descendent de la route de Charleville ! En un instant, la dispersion s’est faite et le village a repris son visage de mort. Il était temps ! Il pleut des balles et quelques petits obus de 37(dernier adieu de la Wehrmacht)et une explosion fait trembler les vitres : la passerelle a sauté. Le silence…puis de nouveau, tous se retrouvent dans la rue. La rupture de la passerelle est accueillie avec enthousiasme :

« C’est qu’ils ne s’en serviront plus…que les derniers sont passés…que les Américains sont tout près ! »

On apporte des nouvelles merveilleuses, qui se propagent à la vitessede la lumière : les Américains sont à deux pas d’ici, dans ce hameau…dans ce bois. Plus besoin de cartes ! On les suit, par cœur, dans la vallée dont on connaît chaque méandre, chaque arbre, chaque pré. Une espérance, qui ressemble à une angoisse délicieuse (celle qui précède la réalisation des beaux rêves longtemps rêvés) monte en chacun…

Et, tout d’un coup, le petit village se pare de drapeaux. Dans le vent de septembre qui fraîchit, c’est un envoi de couleurs vives. On a tant attendu qu’à la fin, on se hâte un peu trop : quelqu’un annonce que nos hommes de la Résistance sont encerclés par les allemands supérieurs en nombre et en armes, dans la colline voisine. Les figures s’assombrissent, des drapeaux se replient. Puis, on apprend qu’une colonne américaine arrive pour les délivrer. Aussitôt, les figures s’éclairent. Ballotté d’émotions contraires, le petit village ne sait plus bien où il en est…quand glissent soudain…comme une apparition miraculeuse…quelques auto-mitrailleuses américaines, avec leurs fines antennes de radio, leurs roues énormes, leurs hommes casqués au beau sourire clair.

Ce n’est qu’un cri, qu’un élan. Tout le petit village se rassemble autour d’eux ; les hommes sont enveloppés, les voitures disparaissent. C’est un brouhaha, des embrassades, des poignées de main, des larmes, des éclats de rire. Aucun des Américains ne parle français, les gens du village ne connaissent pas l’anglais et même, dans l’émotion, ils s’expriment en patois. Cependant, tous se comprennent ! Et les chevaliers casqués, qui viennent de battre le record de vitesse des victoires, qui aboutissent ici après une chevauchée qui tient du prodige, ces hommes qui ont à peine pris le temps de manger et de dormir depuis trois mois, pour délivrer la France au plus vite, qui se sont battus hier et se battront tout à l’heure, ont une patience et une douceur merveilleuse. Ils écoutent, ils répondent, ils se laissent étouffer, ils acceptent les pauvres choses qu’on leur donne et qui les encombrent, ils ne repoussent même pas les enfants qui grimpent à l’assaut des voitures et bourdonnent sans arrêt comme une nuée de mouches.

A grand-peine, ils se frayent une trouée pour aller jusqu’à la rivière ; le village les suit et, avec eux, passe au gué…Puis, tous reviennent pour accueillir le long de la rue, en cercle sur la place, les autres voitures qui suivent : on crie, on acclame, on agite les drapeaux. Des tourelles, des arrières, des volants même, les mains se lèvent en signe amical. Les soldats sourient, rient gentiment, inlassablement…On est baigné dans une extraordinaire atmosphère de sécurité et de sympathie. Qu’elle est étonnante et belle cette puissance pénétrée d’intelligence et de douceur…! Ces hommes forts ont un sourire d’enfant, des yeux lumineux. Ces énormes blindés filent avec une légèreté quasi silencieuse. Et sur cette joie qui semble encore irréelle, la lune ronde, apparue au-dessus de la forêt, verse une clarté de rêve… si claire que le jour paraît se prolonger indéfiniment… Minuit a sonné depuis longtemps. Et les parents rappellent encore les enfants qui ne veulent pas rentrer, et des groupes s’attardent sur le pas des portes. On est trop heureux pour rentrer et pour dormir…

Demain passeront des Allemands, mais prisonniers, désarmés. Demain, on saura que le jeune sang américain a coulé dans la forêt ardennaise, pour que les Ardennes soient libres. Et, plus tard, dans le Massachusetts ou le Michigan, un homme se voûtera soudain parce qu’il saura que le fils ne reviendra jamais de France ; une femme pleurera devant une photographie.

Demain, le petit village aura les honneurs du communiqué : "Les troupes américaines ont atteint la Semoy à 15 kilomètres au Nord-est de Charleville ... ".

Et cela signifiera que nous sommes libres, vous entendez bien ? Libres ! Qu’ils nous sauvent la vie, au mépris de la leur. Une fois de plus, venus de si loin pour nous sortir de l’abîme, ils ont sauvé le pays de La Fayette : « Nous voici ! » Dans le pays de La Fayette, dans le petit village des Ardennes niché au bord de la Semoy, oui, les voici…

Et nous sommes si émus, si émerveillés, que nous ne savons comment crier à notre soeur l’Amérique, merci »

EVA THOME ,Thilay le 4 septembre 

Septembre 1994 : l'Association "Ardennes 44" défile dans Thilay

 

CONCLUSION

Septembre 1944, la libération, enfin !

Enthousiasme et allégresse des Ardennais qui retrouvent la LIBERTE après quatre interminables années d’occupation allemande et de privations.

Dans un message adressé à Hitler, en décembre 1944, le Maréchal Von Rundstedt écrit : "La bataille des Ardennes aurait pu être gagnée mais les terroristes ne nous ont laissé aucune chance ".

Le courage et le refus de se soumettre ont ainsi gagné la lutte contre l’oppression et la tyrannie, et cela en dépit des risques encourus.

« La véritable forme de grandeur de la Résistance en Ardenne est d’avoir su montrer que l’héroïsme se conjugue aussi au quotidien et que la détermination d’une cause n'exige pas le spectaculaire : elle se contente de conviction et de sincérité. »

Désormais, le promeneur qui traverse les Vieux-Moulins dit :
« L’air y est pur »
Il faut qu’on sache que l’âme y est pure.
« On y est isolé du monde »
Il faut qu’on sache que d’Amérique, d’Australie, d’Afrique et de diverses régions d’Europe, on y a fait escale.
« La vie y est paisible »
Il faut qu’on sache qu’il y a eu là des émotions et des évènements exceptionnels.
« La forêt est profonde »
Il faut qu’on sache qu’elle renferme dans son mystère de beaux, de lourds, de tragiques secrets.

Les Vieux-Moulins de Thilay, point invisible sur la carte de France, haut-lieu de la Résistance, où ne s’entend aucun tic-tac de moulin, mais où bat le cœur de la brave Ardenne.


Eva Thomé, Ecrivain et Résistante d’Ardenne (1903-1980).