Les bals d'antan

Avant-guerre et même longtemps après la guerre, le bal et les séances de cinéma constituaient les principales sources de distraction dans nos villages pour les jeunes... et les moins jeunes.

C'est pourquoi chacun attendait avec impatience le jour du bal ou la séance de cinéma sur la place pour rompre avec la monotonie de la semaine et retrouver le plaisir d'un bon moment entre amis. 

A NOHAN:

Dans les années 1960, la jeunesse organisait des bals dans la petite salle des fêtes. Dans ce local exigu, des musiciens réputés dans la région ont animé des soirées dansantes. C'est par exemple le cas de l'accordéoniste Huguette Lanotte qui a fait danser bon nombre d'Ardennais.

La salle était archicomble et les danseurs tassés les uns contre les autres mais personne ne s'en plaignait. Au contraire, il paraît même que les jeunes s'en rejouissaient ...

Il n'y avait pas de buvette, pas seulement par souci de gain de place, mais aussi parce que les danseurs pouvaient se raffraîchir dans les deux cafés voisins : le café Pierrard ("chez la Rolande et le Milien") et le café-boulangerie-épicerie Defossez, là où furent employés Mrs Claude Martin et Jean-Claude Beaudoin avant que Jean-Claude ne reprenne le commerce à son compte.

A cette époque,les danseurs semoysiens fréquentaient également le café Poirson à Hautes-Rivières où il y avait bal chaque dimanche (avec l'orchestre Ray Capri tous les quinze jours à un certain moment), tandis que l'on pouvait danser le samedi chez le "Touron" .

A THILAY:

L'an dernier, M. Henry Bonnefoy nous a soumis un texte rédigé avec beaucoup d'humour dans lequel il évoque les bals du dimanche tels qu'il les a lui-même vécus :

"Avant-guerre, le bal du dimanche à Thilay.

La double porte de la salle de bal s'ouvrait toute grande à 8 heures (20H). C'était précis comme était rigoureuse la fermeture à 11 heures (23H).Pour accéder à l'aire de danse, il fallait passer devant le comptoir en zinc montant la garde devant l'entrée. Comme celle-ci n'était pas gratuite, le fils du patron, l'André, délivrait des billets de 40 sous. En peu de temps, danseurs et "r'wétants" arrivaient en bon nombre. L'André quittait son poste pour alimenter un tourne-disque installé sur une planche murale. Parfois, son père, l'Emile, repérait un resquilleur. Son fils qui était un costaud se chargeait de remettre le délinquant dans le droit chemin. Et le bal commençait.C'était toujours les mêmes chansons (y a l'feu chez Adèle, Sous le pompon y a le képi, Marinella entre autres) et nul ne s'en lassait.

En piste, toujours les mêmes danseurs, les mêmes cavalières : les jumeaux Jean et Emile,"Doudou" attirant par sa toison ondulée, le bout du nez regardant la chevelure, François à la raie (celle de la tête) impeccable, Clovis, plus à l'aise balle au pied qu'à la valse, l'Henry plein de mauvaise foi sentimentale, les deux frères Maurice et Gaston, Tuture peu sauvage, toujours souriant, Raymond de Nohan au visage anguleux, parfois Omer, Normalien peu enclin à une attache sérieuse et le cheveu annonçant une disparition précoce, etc...

Onze heures, la dernière. Chaque amoureux invite sa préférée. Demain,c'est le p'tit train à 6 heures et la boutique à 7. Vivement dimanche!"

Les soirs de bal, les mères des jeunes filles mais aussi d'autres thilaysiennes s'entassaient devant les trois fenêtres pour guetter ce qui se passait à l'intérieur et alimenter ainsi les conversations du lundi à la boutique. Côté sanitaires, un urinoir extérieur existait à droite de la grande salle. Les WC intérieurs n'existant pas, les dames traversaient la place pour se rendre aux WC...extérieurs à l'école des filles (actuelle salle des fêtes). A cette époque, ni les rues ni la place n'étaient goudronnés. Les eaux pluviales s'écoulaient dans les rigoles, ainsi d'ailleurs que les eaux de vaisselles provenant des "glacis".

Mme Marcelle Gilles, née en 1920 et actuellement domicilliée à la "Gaieté", a fait ses premiers pas de danse vers 1932 au café Noizet avec les copines de son âge.

A l'époque,un superbe piano mécanique interprétait les tubes de l'époque tels que "Riquita". Les Thilaysiens de cette génération se souviennent de cet imposant meuble en bois aux grandes vitres finement décorées. Marcelle se souvient qu'il fallait introduire une grosse pièce de 2 sous pour obtenir la chanson de son choix. A l'intérieur du piano, un gros cylindre hérissé de fines pointes tournait et soulevait des lamelles métalliques identiques à celles des petites boîtes à musique vendues de nos jours dans les magasins de souvenirs.

Léon "Bonnac" était chargé de tourner la manivelle pour remonter le ressort du mécanisme. Marcelle se souvient également qu'étant âgée de 14 ou 15 ans, M. Emile Noizet lui disait : "Surtout, tu as plus de seize ans, n'est-ce pas?", sans doute au cas où il aurait un contrôle par les gendarmes. Parfois, lors des grandes occasions, un orchestre local remplaçait le piano. Marcelle se remémore parfaitement les musiciens installés sur une estrade au fond de la salle. Maurice Bonnac (frère de Léon) surnommé le "Bédet", jouait de la batterie tandis que Lauralfe Hulot jouait de l'accordéon. M. et Mme Hulot se prénommaient Laure et Alfred d'où l'origine du prénom donné à leur fils... La famille Bonnac habitait dans le virage de la mairie rue de la Naux et la famille Hulot dans l'actuelle rue Marie Bonnefoy, près de Mme Christiane Sauvage.

L'épouse d'Emile se prénommait Pauline. Par la suite, André, leur fils et ...Andrée, l'épouse de ce dernier ont repris l'établissement. Le progrès technique aidant, le "pick-up" a détrôné le piano mécanique. Plus de manivelle à tourner. André n'avait plus qu'à mettre un disque et chacun pouvait danser au son des succès de l'époque. Le piano mécanique a longtemps séjourné au fond de la grande salle en guise de décoration. Peu après la guerre, vers 1947, un bal concurrent exista au café de la Gaieté, tout proche de la place. Ce café était tenu par Mme Ney, une solide dame, qui vivait ici avec ses deux garçons. Elle était surnommée "La Matelassière" tout simplement parce qu'elle fabriquait des matelas, tout comme M. Balon par la suite.

Tout nouveau, tout beau ! Les jeunes du village se précipitèrent pour "voir" et désertèrent en partie le café de la Place, au grand dam de M. et Mme Noizet.

M. et Mme Pierre Pilard se souviennent de cette époque et de M. Noizet qui battait le tambour à l'entrée de sa salle pour attirer de nouveau la clientèle car les deux bals avaient lieu aux mêmes heures. Par bonheur pour lui, le bal de la Gaieté périclita peu de temps après et la jeunesse reprit ses quartiers au café de la Place.