Les écoles autrefois

LES ECOLES DE THILAY

Un peu d’histoire : Des « petites écoles » à la « communale »

En 1850, la loi Falloux oblige les communes de plus de 800 habitants à ouvrir une école des filles.

Nommé ministre de l’Instruction publique en 1863, l’historien Victor Duruy met en œuvre une vaste politique scolaire. Il mène des actions très vives en faveur de l’école primaire, prévoyant même la gratuité dans les écoles publiques, trouvant parmi les instituteurs des défenseurs du gouvernement contre le clergé. A la chute de l’Empire, l’instruction publique, gratuite et obligatoire, pointe déjà.

ecole pupitre bonnet ane

"Un futur savant" : Tableau de Jean GEOFFROY(1853-1924) Ce tableau peint en1880 est une merveilleuse illustration de la vie scolaire au moment de Jules FERRY. Debout sur un banc, un écolier coiffé d'un bonnet d'âne subit les moqueries de ses petits camarades. Il est midi, et l'un des enfants délaisse quelques instants le repas qu'il vient de déballer du panier familial. Il a enlevé ses sabots et étalé le torchon sur le pupitre. En face, certains continuent à travailler tout en suivant la scène de loin.

Né en 1832 à Saint Dié (Vosges), Jules Ferry est persuadé que l’école a sa responsabilité dans le désastre français de 1870. Sa tâche sera de multiplier les écoles, de garantir à tous les citoyens une instruction, donnant ainsi aux uns et aux autres le sentiment de leur propre dignité. Le 20 Janvier 1880, il dépose un projet d’obligation scolaire pour lutter contre l’analphabétisme. La loi du 28 Mars 1882 oblige tous les enfants de 6 à 13 ans à recevoir un enseignement soit à l’école publique, soit à l’école privée, soit dans leur famille. La gratuité scolaire s’étend à l’ensemble des écoles primaires publiques, aux salles d’asile qui petit à petit s’appelleront écoles maternelles.  

Cette loi va incontestablement institutionnaliser ce qui va devenir l’école communale.

Les écoles des hameaux

« Après la promulgation en 1881-82 de la loi Jules Ferry, notre village a compté le nombre impressionnant de 6 écoles : d’abord une école de garçons et une école de filles à Thilay, puis une à Naux, une à Navaux, une autre aux Vieux-Moulins et une à Nohan/Semoy. En plus, la commune participait aux dépenses d’entretien de l’école de la Neuville-aux -Haies. La nouvelle salle des fêtes était l’école des filles, blottie entre la « rue du pont », la Semoy et l’ancienne église. Entourée par le cimetière, cette église empiétait sérieusement  sur la chaussée actuelle.

pupitre ecole bois banc

A noter que l’école des Vieux-Moulins, inaugurée en 1911, a accueilli jusqu’à 25 élèves à l’époque de la cité douanière qui abritait plusieurs familles. Cette école accueillait également des enfants des Vieux-Moulins d’Hargnies

Les écoles jumelles de Naux et de Navaux ont été édifiées peu de temps avant la nouvelle église de Thilay inaugurée en 1889. Ces trois bâtiments possèdent d’ailleurs un point commun : c’est l’architecte sedanais M. Couty qui a établi les plans et dirigé l’ensemble des travaux.

Quant à l’école de Nohan, le projet de construction décidé par le conseil municipal en 1911 a été suspendu pendant la première guerre mondiale. Avant 1925, la classe enfantine était abritée dans un local appartenant  à un particulier. Ce propriétaire ayant alors refusé de renouveler le bail et l’ancienne école étant plus que centenaire, le projet fut remis au goût du jour. En 1930, les élus se prononcèrent à nouveau. L’option choisie comportait deux classes et deux logements car « l’académie ne répondait pas de pouvoir mettre tout le temps un instituteur et une institutrice mariés dans ce poste ». En 1933, la nouvelle école de Nohan devint finalement opérationnelle.

                                                                              
L’école des filles sur la place :

La jeune génération thilaysienne ignore sans doute que le vaste bâtiment en pierre du pays abritant aujourd’hui la salle des fêtes a été construit à l’origine pour abriter l’école des filles. A cette époque, il n’était pas question de mélanger garçons et filles dans une école primaire, sauf dans les classes « uniques » des petits villages où les effectifs et les moyens financiers ne permettaient pas de construire et d’entretenir deux bâtiments scolaires.

L’école des filles de Thilay fut construite vers 1830. Autrefois, des bonne sœurs s’occupaient des petits dans les écoles. C’était le cas à Thilay où on les qualifiait de congréganistes.

Extrait du registre des délibérations du Conseil départemental de l'Instruction publique :

"Séance du 21 décembre 1872.

Le Conseil municipal de Thilay, par délibération du 15 août 1872, demande le remplacement des institutrices congréganistes de la commune par des institutrices laïques.

M. Raulin, inspecteur primaire, a été chargé de se rendre dans la commune de Thilay pour examiner si la substitution demandée par le conseil municipal répond au vœu de la population.

Sur 139 familles consultées, au domicile de chacune, par M. l'Inspecteur Primaire, 127 se sont prononcées pour le maintien des congréganistes et 12 y sont opposées. "

En conséquence, le Conseil départemental de l'Instruction publique émet l'avis que "la direction de l'école publique de filles de Thilay reste confiée à une institutrice congréganiste. "

Les institutrices congréganistes quittèrent l'école de Thilay en 1903, puis en 1905, une loi officialisa la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Les petites sections étant mixtes, les filles quittaient l’actuelle rue des écoles pour poursuivre leur scolarité sur la place au moment d’entrer au cours élémentaire. Les garçons restaient eux … sur place. Cette répartition dura jusqu’en 1954.

L’école des garçons :

La construction de l’école des garçons a été votée par le conseil municipal le 3 Septembre 1882. Edifié en pierre du pays, le bâtiment n’a pas pris une ride. On peut encore y remarquer l’inscription « école » au dessus de la porte d’entrée. Un arbre existait dans la cour non goudronnée à ce temps là.
M. Jacques Zucchi, dont la famille demeura à Narbruay, se souvient que les grands entraient par la porte centrale et les petits par une porte située le long du pignon sud.

 

Les maisons d’école :   porte ecole

La loi du 2O Mars 1833 et les textes de 1887 préconisèrent la construction de « maisons d’école » spécialement conçues à cet effet. Rappelons qu’auparavant, l’enseignement était dispensé dans des lieux plus ou moins adaptés. Lorsqu’on parcourt le territoire national, on peut facilement identifier les anciennes écoles communales grâce à leur architecture typique. Bâtiments, préaux et cours avaient été pensés par des hygiénistes. Dans certaines communes, l’école et la mairie figuraient et figurent encore dans les mêmes locaux. Le nombre des écoles publiques laïques ainsi créées passa de 51 732 en 1881 à plus de 69 000 à l’aube de la Grande Guerre.

L’école des garçons de Thilay correspond parfaitement à ce profil -type : murs en pierre du pays, encadrements des ouvertures en brique rouge et en pierre de taille, vide sanitaire pour conserver un plancher sain, couverture en ardoises posée sur une charpente en sapin et en chêne de nos forêts. Un jardin sur l’arrière et un vaste préau à six travées avec robuste mur en pierre côté nord complètent l’ensemble. Un abri situé dans le prolongement du préau permet de stocker le bois de chauffage des salles de classe. L’architecture et les matériaux du vaste logement de fonction destiné à l’enseignant sont identiques à ceux du groupe scolaire.

A propos de la gémination :

Une  délibération du Conseil Municipal rédigée en 1933 stipule :
« Le Conseil estime que la précocité des enfants de nos pays industriels rend impossible la promiscuité des enfants des 2 sexes à Thilay, celle-ci étant admise dans les hameaux dont l’effectif ne dépasse pas celui d’une classe . »
 A quel niveau se situait la « précocité » de nos « chères têtes blondes » ? Nous ne pouvons que nous en tenir à d’aléatoires supputations. Toujours est-il que le sujet était brûlant et plusieurs Anciens du village conservent le souvenir de soirées houleuses lors des séances du Conseil Municipal.

 Progrès notable : l’expression « promiscuité des 2 sexes » fut remplacée au niveau de l’administration par le terme « gémination » sans doute plus pudique. A cette époque, bon nombre de Thilaysiens découvrirent ce mot inconnu avec beaucoup de surprise. Tout au long des 2 décennies suivantes, le combat des « pour » et des « contre » se poursuivit sans relâche. Ce n’est qu’en 1961 que le Conseil Municipal décide la gémination des écoles de Thilay pour la rentrée des classes.

Délibérations du Conseil Municipal :

21 septembre 1950 : Résultats de la consultation des parents d'élèves des écoles de Thilay du jeudi 7 septembre 1950 à 19h30, au sujet de la gémination des élèves de l'école des filles et de l'école des garçons.

Nombre de parents présents : 29

Nombres de votants pour la gémination, parents d'élèves : 9

Nombre de votants pour la gémination : M. l'Instituteur : 1

soit un total de 10 pour la gémination.

Nombre de votants contre la gemmation, tous parents d'élèves : 20

Les conseillers présents s'étant abstenus pour laisser la parole uniquement aux parents

d'élèves, le CM, au vu des résultats de la consultation,    maintient sa décision contre la

gemmation.

31 août 1954 : Monsieur le Président donne lecture de la lettre de M. l'Inspecteur de l'Enseignement primaire en date du 28 juin 1954 concernant une nouvelle organisation des classes pratiquant la coéducation dans les deux classes supérieures de Thilav Centre.

Le Conseil, après avoir délibéré, émet un avis défavorable à la demande de gemmation, et ce pour les mêmes motifs que ceux exprimés dans la délibération du 10 août 1950.

29 août 1961 : Madame la Présidente donne lecture de la lettre de M. Le Préfet des Ardennes, suite à la délibération du Conseil Municipal du 26 mai 1961, sollicitant l'attribution d'une classe légère pour l'école maternelle par suite de l'augmentation des élèves qui seront à 62 à la prochaine rentrée scolaire.

Monsieur le Préfet des Ardennes à Monsieur le Maire de Thilay .-

" J'ai l'honneur de vous faire connaître que Monsieur l'Inspecteur d'Académie m'a donné les précisions ci-après :

L'organisation scolaire de Thilav est la suivante :

Classe enfantine : 58 élèves dont 10 élèves du cours préparatoire.

Classe de garçons du CE au CFE : 28.

Classe de filles du CE au CFE : 32

On compte donc 48 élèves de moins de 6 ans et 70 de 6 à 14 ans, soit un total de 118 élèves pour 3 classes. L'effectif de la clase enfantine est normal. Une solution au problème est possible. Elle consisterait à ne mettre dans la classe enfantine que les enfants de moins de 6 ans. Les 70 d'âge scolaire pourraient être répartis en deux classes. On gemmerait ces deux classes afin de simplifier l'organisation pédagogique.

En conséquence, la situation actuelle ne permettant pas d'envisager l'ouverture d'une nouvelle classe, j'ai le regret de vous informer qu'il n'y a pas lieu de donner une suite favorable à la requête précitée..."

Le Conseil, après avoir délibéré, décide la gemmation des écoles de Thi/ay pour la rentrée des classes.

1954 : une nouvelle école des filles

L’écoles des filles de la place avait fait son temps et les locaux se dégradaient d’année en année. Mme Andrée Vindot, épouse Mouze, se souvient par exemple des nombreux trous dans le parquet. Leur taille était telle qu’une camarade de classe avait caché la trousse d’Andrée dans l’un d’eux. Plusieurs délibérations du Conseil Municipal confirment cette vétusté.

9 juin 1946 : Monsieur le Président signale à l'assemblée l'état lamentable de l'école des filles de Thi/ay, à tel point qu'il y a danger pour les élèves et que sa fermeture serait à envisager. Il a convoqué la Commission scolaire qui s'est rendue sur place et il donne connaissance à l'assemblée du rapport de cette commission. Il résulte de ce rapport que la toiture est à remplacer complètement, gravement endommagée par les suites de l'explosion du pont qui se trouve à proximité, à tel point que l'institutrice est obligée de mettre des récipients pour recueillir l'eau de pluie. Malgré ces précautions, elle ne peut empêcher parfois ces récipients de déborder. L'eau s'infiltre alors dans les plafonds et tombe parfois sur la tête des élèves.

-Les plafonds, de ce fait, sont lézardés et menacent de tomber.

- Le plancher du rez-de-chaussée menace de s'effondrer ; les poutres le soutenant sont par endroits cassées par la pourriture ; le plancher cède et s'affaisse, entraînant avec lui les murs intérieurs, d'où les profondes lézardes.

12 janvier 1947 .- Monsieur le Maire donne connaissance au Conseil d'une lettre en date du 19 décembre 1946 de M. le Préfet des Ardennes relative à la désaffection de l'école des filles et construction d'une nouvelle école dans laquelle il signale qu'en raison de l'état de vétusté des locaux de l'école des filles, il importe que celle-ci soit transférée sans délai dans un local provisoire. En conséquence, il faut prendre toutes dispositions utiles à ce sujet en accord avec l'Inspecteur d'Académie. Le Conseil, après avoir délibéré, reconnaissant qu'il y a danger de continuer à faire la classe dans l'école des filles en raison de son état de vétusté, décide de la transférer soit dans la salle des fêtes qui, quoique encore assez délabrée pour ne pas être complètement terminée, ne présente néanmoins aucun danger, soit dans les bureaux désaffectés de l'usine Ballot. Il sollicite l'accord de M. l'Inspecteur d'Académie sur ce sujet.

 

Deux précisions :

- La salle des fêtes en question était sans doute située au rez-de-chaussée de la mairie actuelle dont les bureaux étaient installés à l'étage.

- L'usine Ballot installée entre la rue de la Motte et la rue de la Naux avait cessé son activité avant 1930. Les bâtiments restèrent à l'abandon jusqu'en 1948. A cette date, la famille Thévenin remit l'usine en marche. M. Henry Thévenin se souvient que de lourds travaux furent nécessaires   car les bâtiments abandonnés pendant une vingtaine d'années avaient beaucoup souffert. Les bureaux de l'usine actuelle ont été réaménagés au même endroit qu'autrefois.

20 août 1948 : Madame la Présidente donne connaissance au Conseil qu'il y aurait lieu de construire le plus rapidement possible une école des filles à Thilay, celle existante étant de plus en plus dangereuse mais au vu du manque de ressources de la commune qui a une charge écrasante avec ses six écoles, elle soumet de ce fait un projet de construction d'une classe dans le prolongement de l'actuelle école de garçons sans adjonction de logement particulier et lui demande son avis.

Le Conseil, après examen de la situation, décide la construction d'une classe pour l'école des filles dans le prolongement de l'actuelle école de garçons sans adjonction d'un logement particulier, le logement pouvant être assuré dans la maison d'habitation des instituteurs qui comprend sept pièces.

3 novembre 1949 : Madame la Présidente informe le Conseil que la construction de l'école des filles que la commune envisage d'édifier à Thilay coûterait approximativement :

— pour une classe seule sans logement pour l'institutrice, avec préau couvert dans la cour, environ 5.000.000F.

-pour une classe avec logement de l'institutrice de 4 pièces à l'étage et préau comme ci-dessus : environ 7.500.000F.

Le Conseil, après en avoir délibéré, annule sa délibération du 20 août 1948 et approuve le principe du projet de construction de l'école des filles avec logement pour l'institutrice et préau, d'un montant de 7.500.000F et décide pour le financement incombant à la Com­mune de s'adresser au Crédit Foncier de France.

27 février 1951 :

Madame  la Présidente soumet au Conseil la construction de l'école des filles de Thilay dont la dépense est trop importante pour le programme proposé. Elle demande l'avis de la sous-commission du Comité départemental des constructions scolaires.

Le Conseil, après avoir délibéré,

Vu le besoin urgent d'une classe pour les filles, décide la réfection de la vieille école, une subvention de 50 % étant accordée pour la réparation des bâtiments scolaires.

15 février 1952 : Le Conseil, après examen, approuve le projet de la construction de l'école des filles de Thilay présenté par M. Dulieu René, architecte dont le devis se monte à la somme de 9 790 821 francs. Il sollicite une subvention de l'Etat aussi élevée que possible.... 

Le lot « maçonnerie » échut à une entreprise de Villers-Semeuse. Parmi  l’effectif se trouvaient plusieurs Thilaysiens : Emile D’Agaro, Georges Bockoltz et Léon Guillet. Pierre Pilard, licencié d’une usine de Naux  pour raison économique, vint compléter ce groupe. Il se souvient qu’au moment de couler la dalle de l’étage, le chef d’équipe s’aperçut que l’escalier avait été oublié. A la fin des travaux de gros œuvre, la coutume voulait qu’un bouquet soit fixé en haut de la construction. Pierre fut chargé d’escalader un tronc de sapin fixé contre le pignon et le souvenir de cette opération périlleuse reste ancré dans sa mémoire. 

L’inauguration eut lieu en 1954 en présence des élus, des enseignants, des entrepreneurs et de M. Bozzi, député-maire de Charleville.

Mme Marcelle Brouet fut la première institutrice à enseigner dans cette classe et à résider avec sa famille dans le logement de fonction situé à l’étage. L’école des filles et celle des garçons possédaient chacune une cour de récréation. Une porte existait dans le mur de séparation mais elle restait toujours fermée. A cette époque, M. Rossignon dirigeait l’école des garçons. Mme Georgette Letellier avait en charge l’enseignement des enfants de 3 à 7 ans, CP inclus. Administrativement, elle dépendait de l’école des garçons. Après avoir eu deux directeurs, l’école de Thilay passera sous l’autorité d’un seul.

Progressivement, les écoles des hameaux ont fermé leurs portes. Les vieux-Moulins (les élèves furent alors dirigés vers Monthermé ), Naux et Navaux en 1970 et enfin Nohan en 1989. Cette dernière fermeture a engendré l’ouverture d’une classe supplémentaire au groupe scolaire de Thilay.

De trois à quatre classes avec deux directions.

26 mai 1961 : Madame la Présidente demande au Conseil s'il n'y aurait pas lieu de prévoir la construction d'un préfabriqué pour l'école maternelle de Thi/ay, le nombre d'élèves inscrits pour la rentrée 1961-1962 étant de 62.

Le Conseil avant délibéré,

Vu l'augmentation constante des effectifs scolaires, décide de prévoir la construction d'une classe préfabriquée dans les moindres délais. La construction de cette classe sera faite dans le jardin appartenant à la commune qui se trouve derrière le groupe scolaire de Thi/ay et demande que le coût de cette construction nouvelle soit pris en charge au titre de l'allocation scolaire.

 

La dernière classe de Mme Letellier en juin 1963.

 

Les enseignants en juin!963 (retraite de Mme Letellier) : Mme Letellier, M. Roynette et Mme Brouet.

Une seule direction pour quatre classes :

9 octobre 1964 :

Madame la Présidente demande au Conseil s'il n'y aurait pas lieu de proposer M. Rovnette, actuellement directeur 2 classes à Thilay comme directeur 4 classes dans la même école, du fait que :

- Ces quatre classes sont groupées.

- La surveillance des classes serait assurée par une autorité compétente.

Le Conseil, après avoir délibéré, demande à Monsieur l'Inspecteur d'Académie la nomination de M. Roynette au titre de Directeur 4 classes du groupe scolaire de Thilay, cela pour qu'une autorité mette fin aux désordres divers qui entraînent des réclamations de la part des parents. Cette nomination permettrait d'autre part à Monsieur le Directeur de prendre l'une des deux adjointes comme maîtresse de couture.

 Une direction pour cinq classes :

 

Progressivement, les écoles des hameaux ont fermé leurs portes ; Les Vieux-Moulins (les élèves furent alors dirigés vers Monthermé), Naux et Navaux en 1970 et enfin Nohan en 1989. Cette dernière fermeture a engendré l'ouverture d'une classe supplémentaire au groupe scolaire de Thilay.

  • Les Anciens témoignent :
  • Yvonne Sauvage épouse Mahy, née en 1919.

Yvonne a fréquenté l'école de Navaux avec comme institutrice Mme Roger qui arrivait au train en gare de Thilay et se rendait à l'école de Navaux à pied chaque jour. Elle a obtenu une dérogation pour s'occuper de ses frères et sœurs et n'allait donc à l'école que le soir à l'étude. Elle venait plusieurs fois à Thilay pour préparer le Certificat qu'elle a obtenu en 1932.

  • Robert Gilles, né en 1921.

Elève à l'école de Thilay avec Mme Potet en maternelle et M. Potet en primaire qui habitaient le logement de fonction devenu la bibliothèque à l'heure actuelle, Robert a passé le Premier Certificat en 1933 à Monthermé, le Deuxième Certificat étant programmé à 13 ans. N'étant pas attiré par le travail de la ferme familiale rue du Moulin, il a été embauché par la suite chez Rondeaux (dans les Paquis)

  • M. Henry Bonnefoy, né en 1920 (La famille Bonnefoy arriva à Thilay en 1929 et demeura sur la place, dans le logement de l'école des filles.)

 

Plan réalisé par M. Bonnefoy.

"Dans la salle de classe, il y a quatre rangées de tables d’écoliers avec bancs. Chacune accueille deux élèves. Contre le mur, entre deux fenêtres, la maîtresse « trône » derrière un bureau surélevé. De chaque côté du tableau noir, au milieu de la classe, s’impose le fourneau à bois, haut et muni de tuyaux rejoignant le mur. Il ronfle en période hivernale. Une porte donne sur la première habitation. Elle est pleine dans sa partie basse mais à carreaux au-dessus. Du papier collant interdit tout regard curieux. Cependant, le fils de la maîtresse, jeune en phase d’émancipation, s’est ménagé un observatoire par un grattage discret lui permettant d’épier les donzelles en évolution. Dans l'un des quatre coins de la classe, il y a une minuscule bibliothèque pour adultes, souvent mise à contribution : à cette époque, les gens de Thilay et des environs sont friands de livres de toutes sortes. Derrière la dite bibliothèque, un couloir assure la sortie des élèves. Une porte s’ouvre sur la cour de récréation. Une autre, condamnée, donne dans l’appartement : le trou de la serrure permet de jeter un œil sur ce qui s’y passe. En classe, la maîtresse est sévère. On ne badine pas avec leçons et devoirs. Après les cours de la journée, celles qui le désirent restent à l’étude, moyennant paiement ; c’est le prolongement de la journée dans une atmosphère studieuse. La discipline est sévère. Il faut obéir et les parents ne sont pas systématiquement (comme certains de nos jours) les défenseurs de leurs enfants. Le résultat de cet état d’esprit est le succès remporté chaque année au Certificat, baccalauréat des pauvres, avec le retour au bercail par le P’tit train croulant sous les drapeaux tricolores."

L'ancienne école des filles vue de la place (dessin Henry Bonnefoy)

  • M. Roger Boule, né en 1930.

" Quels enseignants ont exercé à Thilay pendant que j’étais élève ? Sous réserve des défaillances de mémoire toujours possibles, j’y vois :

Mr et Mme Potet jusqu ‘en 1933 ou 1934
Mr et Mme Abraham jusqu’en 1942
Mr et Mme Laval de 1942 à 1947

        Je crois que Mr Petit a dû succéder à Mr Laval puis plus tard, mon camarade d’Ecole Normale Michel Roynette de 1961 à 1972. Il a quitté Thilay pour Neufmanil. J’ajoute, avec émotion, qu’il est disparu en 1998.

      De Mme Potet, je ne garde aucun souvenir : je n’avais que 3 ou 4 ans. Mme Abraham qui enseignait en C.E. m’a laissé en mémoire les fins d’après-midi très agréables consacrés à la lecture qu’elle faisait à haute voix de «  Sans Famille » d’Hector Malot. Nous étions captivés par les aventures de Rémy, du Signor Vitalis et la bonté de Mère Barberin. Puis, ce fut ensuite le CM avec Mr Abraham qui, le 11 mai 1940, nous a réunis au fond de la classe devant une carte de France pour nous faire mesurer la situation : « Les Allemands ont attaqué en Belgique. Nous sommes à l’est de la Meuse. Sans doute, allons-nous évacuer ». Après un séjour d’un an à Barbâtre sur l’île de Noirmoutier, où nous ont fait classe Mmes Tissot et Richard nées Mézières (de Thilay), filles de Léon le cordonnier, nous avons retrouvé Mr Abraham. Ensuite, sont arrivés Mr et Mme Laval. Avec Mr Laval, très apprécié, nous avons découvert les sorties pédagogiques : ainsi, avons-nous été amenés à dessiner le panorama Thilaysien vu d’au-dessus de Wachelot. Et, un autre jour, il nous a emmenés, bien en rangs jusqu’à l’atelier de Mr Thomé – le père d’Eva. Que de bons souvenirs ! (selon l'auteur de cet article, M. Thomé était menuisier et son atelier se trouvait pratiquement sur la place, juste à côté du café Noizet)

      A l’école de Thilay de cette époque, les tables étaient à deux places. Chacun pouvait ranger ses livres, ses cahiers et son ardoise en soulevant le pupitre placé sur le casier. Le pupitre était incliné : le porte-plume et le crayon trouvaient leur place dans la rainure située vers l’avant avec, tout contre, le trou pour l’encrier. Le bureau du maître trônait sur l’estrade : nous étions bien en vue, sous surveillance constante. Et, si ma mémoire est bonne, une photo de Pasteur était le seul décor accroché au mur, à côté des tableaux noirs. Dans le fond de la salle, les cartes de géographie pendaient au mur. Et, pour finir l’inventaire, je n’oublierai pas le gros poêle à bois que le maître alimentait de temps à autre. Les hivers étaient sévères en ces temps-là et le matin, malgré les bons soins de l’instituteur, il y faisait parfois un peu frisquet.

      En ces temps anciens – plus de 60 ans ! – les élèves étaient de service à tour de rôle. La mission consistait à effacer les tableaux, essuyer les poussières, remettre de l’encre dans les encriers en cas de besoin. Et, l’hiver, c’était la corvée de bois. Nous disposions sur les avant-bras les bûches d’une quarantaine de cm qui avaient été sciées – à la scie à main, bien sûr – par le « Batisse » qui s’appelait en réalité Jean-Baptiste Cunin, garde-champêtre de son état. Il y avait aussi les cabinets (on dirait aujourd’hui les W C) au fond du jardin qui mettaient nos odorats en alerte de loin. Mais c’était l’habitude !

      Il me souvient aussi d’un exercice d’alerte auquel nous avons participé avant mai 1940. Sous la conduite de Mr Abraham, nous avons été amenés à nous installer dans les caves voûtées appartenant à la famille Gilles, sous la colline, près du Monument aux morts. Mais heureusement, il n’y eut jamais d’alerte aérienne amenant à mettre en pratique cet exercice.

      Encore un peu, j’allais oublier un moment très important de la vie scolaire : les récréations. Ce quart d’heure nous permettait de nous livrer à des jeux très prisés à l’époque, le jeu de billes et le jeu de barres. Aux beaux jours, avec les billes, nous jouions au « trou » : il fallait faire pénétrer la bille au bon endroit. La bille, coincée entre le pouce et l’index devait être propulsée par un coup sec déclenché par le pouce. Tout un art ! Le jeu de barres était moins calme : c’était une épreuve de vitesse qui impliquait une certaine loyauté. Les deux équipes rivales s’alignaient le long des deux murs opposés et « avait barre » celui qui avait quitté son camp après l’autre. De vigoureux échanges verbaux – toujours en patois – accompagnaient très souvent cet exercice : J’ai barre sur toi – Mais non, c’est moi. Des regards noirs tentaient d’être persuasifs…..

      Je viens de préciser « en patois ». A cette époque, le français n’était pratiqué que dans la salle de classe. A la récréation, dans la rue, les jeudis (c’était alors repos) comme les dimanches, nous ne nous exprimions qu’en patois.

      Pour continuer, je me dois de rapporter quelques anecdotes me restant en mémoire :

L’élève peu motivé mais précautionneux :
       Au cours élémentaire, avant de quitter la classe, en fin d’après-midi, G. M. dit à la maîtresse
  - Madame, je ne pourrai pas venir demain
  - Et pourquoi G. ?
  - Parce que je serai malade !

La manière forte :
A P. ayant  été mis  en retenue,  sa   maman  avait  été  alertée. Arrivée  fort  décidée  et dans  un  silence impressionnant, elle a giflé énergiquement – en aller et retour – son gamin qui est resté de marbre. Nous étions très impressionnés.

L’historien en herbe :
        Le 11 mai 1940, devant la carte de France, Mr Abraham tente de nous rassurer : l’armée française va   s’opposer énergiquement à l’envahisseur. Au fait, savez-vous qui est le commandant en chef de l’armée ? Pas de réponse. Alors, le maître « C’est le général Ga …..Ga…… » Et R. B., avec conviction « C’est le général Gallieni ». Mais, mon pauvre, le général Gallieni est mort depuis longtemps. Il s’agit du Général Gamelin !
      Et pour finir mon propos, j’espère que ces quelques lignes rappelleront aux plus anciens des souvenirs communs. Et les plus jeunes auront peut-être aussi confirmation de ce qui a pu leur être raconté par ailleurs."

  • Témoignage anonyme.

Elève en 1943 dans la classe de M. Laval, un élève n’était pas tous les jours docile. Lorsqu’il était puni par le "maître d’école", il devait tourner en rond sous le vaste préau avec les autres élèves en pénitence. Il garde en mémoire les paroles d’une chanson composée à l’insu de M. Laval et qui établissait un lien avec l’homonyme de ces années de guerre.

Un jour, ce même élève avait lancé des cailloux sur l'école depuis la côte de la Haillette. Identifié par le maître, le garçon avait eu droit à une sévère correction par son père, agrémentée de coups de ceinturon bien appuyés. Il  avait alors pris la fuite et passé la nuit dans une grange à foin. Le lendemain matin, un camarade de classe lui avait apporté de quoi se restaurer. L'ancien élève se remémore : "Un bol de café bien chaud, un solide casse-croûte et c'était reparti comme en quatorze ! ".

  • Geneviève Jadot, née en 1931.

 "J'ai commencé ma scolarité avec Mme Potet en maternelle à Thilay puis de 1940 à 1941, en Vendée, mon instituteur était M. Abraham, ensuite à l'école des Vendéens, Mlle Jalabert, très autoritaire me laisse les souvenirs des coups de règle sur les doigts reçus à cause de mon écriture : en effet dans les Ardennes, il fallait écrire en écriture penchée mais pas en Vendée !
A Thilay, aussitôt la guerre, les conditions de travail étaient très difficiles,  car le matériel scolaire était rare et très cher. Sur les cahiers de la librairie Bouche, je me souviens que pour préparer le certificat, les nombreuses dictées d'entraînement lors de l'étude du soir nous obligeaient à écrire dans la marge, sur la couverture… aucune place n'était perdue. L'institutrice Mme Bonnefoy nous avait dit : "Plus de cahiers avant le Certificat !" Nous écrivions sur des enveloppes usagées et même, nous fabriquions des enveloppes avec de la colle réalisée à base de  farine.  J'ai d'ailleurs conservé et ces cahiers et…ce souci d'économie.
Une distribution de gâteaux (sorte de petits beurres rectangulaires) avait lieu à l'école autour du poêle à bois mais celle-ci n'était pas gratuite.
J'ai passé le Certificat en juin 1945 avec Geneviève Laurent, Francine Camus, Micheline Bockoltz, Simone Buffet, Monique Bouché, Josette Brasseur et Félicie Ancelet à Monthermé, à l'école de la Rive Gauche. Je connais encore par cœur la poésie "Le printemps" qu'il fallait savoir pour l'examen. Un beau diplôme était remis aux heureux lauréats."

  • Françoise Badré, épouse Vanderkeelen, née en 1938.

"J'ai dû fréquenter la maternelle de 1941 lors de mon retour de Vendée à juillet 1945 avec Mme Laval. Je me souviens que nous partions en file, alternant un grand garçon de la classe de M. Laval et un petit de la classe de Mme Laval en chantant "une fleur au chapeau, à la bouche une chanson". Sans doute allions-nous en promenade vers la gare, la Maladrerie… Il paraît, d'après Denis Jadot et René Davreux, que nous avions adopté également cette technique pour aller nous mettre à l'abri derrière les maisons de la rue du Moulin pendant les alertes.
J'ai également souvenir d'avoir participé à un voyage à Anvers. Geneviève Jadot y est allée également, ce qui placerait cette sortie en 1945. Je sais que mon père y est allé comme parent accompagnateur. Il me semble aussi être allée à la mer mais je ne sais plus ni où, ni quand.
A la "grande école" avec Mme Bonnefoy, à la sortie de la guerre, nous faisions nos brouillons au crayon pour effacer ensuite et réutiliser la feuille, les résumés d'histoire et de géographie étaient écrits tous les trois interlignes toujours dans le même souci d'économie, malheureusement, je n'ai pas gardé d'exemplaires ; seul le cahier journal avait droit à un traitement normal. Bien sûr, l'ardoise était l'outil privilégié.
Le dernier quart d'heure de la journée, après 1945, était consacré à la lecture à haute voix d'un passage du "tour de France par deux enfants" où nos apprenions -sans images- la géographie de nos régions à travers le récit du voyage de deux petits orphelins venus clandestinement en France après le rattachement de l'Alsace à l'Allemagne. Ces récits étaient d'ailleurs conformes au sentiment anti-allemand de l'époque.
Des chansons me reviennent à l'esprit : "Les Alpes", "Les Pyrénées"…J'ai d'ailleurs conservé soigneusement mes cahiers de chants.
En 1944 je crois, après une action de résistants dans le secteur, le maire, M. Demotier, le curé Aubenton et le Directeur de l'école, M. Laval, avaient été emmenés en otages à l'école de Naux."

  • Luciane Badré, épouse Fritsch, née en 1940.

Un jour, Luciane avait décidé de faire l'étude buissonnière en compagnie de deux camarades : Brigitte Parizel et Jacqueline Rousseaux. Cette absence serait peut-être passée inaperçue mais une autre élève de la classe, inquiète de ne pas avoir vu Luciane à l'étude, était allée demander des nouvelles chez la maman. Mme Badré ne plaisantait pas avec ces choses-là et elle avait puni sa fille. A cette époque, chaque écolière mettait un point d'honneur à se mettre au premier rang pour entrer en classe. Quelques jours après l'incident, alors que Luciane s'était empressée de se ranger en tête, Mme Bonnefoy la renvoya au dernier rang en guise de punition. "Quand on se permet de faire l'étude buissonnière, on ne se met pas au premier rang !"
 Luciane fut profondément contrariée par cette décision, d'autant plus que les "grandes" ne manquèrent pas l'occasion de "chambrer" la jeune écolière.

  •  Lucienne Ygonin, épouse Davreux, née en 1937.

Elle aussi élève à l'école des filles à la même époque, Lucienne conserve le souvenir du mur qui entourait l'école et du grand arbre qui dominait le tout. Cet arbre était un noyer et au moment d'entrer dans la cour, chacune s'empressait d'inspecter le sol à la recherche d'une noix car les friandises et les fruits étaient rares à l'époque.
Lorsque le logement de fonction devint inoccupé, l'une des pièces voisines de la salle de classe servit à "accueillir" les retardataires. Par crainte de passer un désagréable moment dans l'obscurité, Lucienne s'efforçait d'être toujours à l'heure à l'école.

  • Monique Dominé, épouse Hubert, née en 1940.

Elève à l'école de Nohan, Monique se souvient que Mlle Martin y enseigna à partir de 1942, de M. Badré, instituteur de la "grande classe" et de Mme Dominé, partie ensuite dans le sud des Ardennes. Monique n'a pas passé le Certificat à Monthermé mais à Charleville car elle était en pension à cette époque. En épreuve de chant, les candidats devaient la plupart du temps interpréter la Marseillaise ou le Champ du Départ, patriotisme oblige… Monique elle, dérogea à l'habitude et eut droit à la Chanson de Roland de Roncevaux. Elle se souvient encore par cœur des paroles.

 

(à suivre)